‹ Anthropométrie, ou, Mesure des différentes facultés de l'hommeChapitre 18 sur 111 · DURER · texte numérisé non relu

DURER

PARTIES DU CORPS

;lge

No 3.

Vertex à la naissance des cheveux. . .

U,Uoo

" » du menton (la tête). . .

» aux aisselles

» au pli

Longueur du pied

Épaule au coude

Coude à la naissance de la main. . . .

Longueur de la main

Diamètre antéro-postérieur de la tête. .

» du cou

» entre les tempes

" « les épaules

» " les seins

" " les trochanters . . .

Largeur du pied ....

« de la main

» de l'avant-bras

Dans le troisième livre, Albert Durer indique différents procédés au moyen desquels les artistes, en faisant usage des proportions données précédemment, peuvent faire varier leurs figures et leur donner la diversité qu'on rencontre

dans la nature. Ces procédés sont généralement ingénieux, mais peut-être trop systématiques. Le livre- est terminé par des considérations générales sur la peinture, qui sont d'autant plus intéressantes que l'auteur y découvre entièrement le fond -de sa pensée sur la théorie de son art.

Le quatrième livre a pour objet l'exposition des méthodes qu'il faut suivre pour incliner, courber, détourner, etc. les figures, en restant fidèle à la théorie des proportions. Le savant artiste j emploie tour à tour avec adresse les procédés de la géométrie descriptive ^ et de la perspective ; il termine en montrant l'application de ces principes à la sculpture.

En résumé, cet ouvrage est moins un guide à suivre, qu'un excellent spécimen des ressources diverses que le peintre et le sculpteur peuvent puiser dans la science.

Albert Durer paraît être le premier auteur allemand qui se soit occupé des proportions de l'homme. J'ai essayé de faire apprécier le plan et le mérite de son ouvrage, dont des traductions existent dans presque toutes les langues, et qui, pendant longtemps, servit de guide aux artistes. Son exemple eut, parmi ses compatriotes, de nombreux imitateurs ; ils ne parvinrent cependant pas à le faire oublier, et ajoutèrent peu à nos connaissances ethnographiques.

L'époque de la Renaissance présente un caractère particulier auquel on n'a peut-être pas donné une attention

1 On sera peut-être étonné de trouver ici le nom d'une science qui ne fut connue et pratiquée que longtemps après Albert DUrer, et développée par les excellentes instructions de Monge. On voit néanmoins que le peintre allemand eut les mêmes vues que le constructeur français, qui vivait longtemps après lui, mais qui sut employer sa méthode avec toutes les ressources que lui donnait son génie mathématique et les progrès de la science.

PROPORTIONS DU CORPS HUMAIN

'assez grande. L'art s'y montre constamment associé à la science , qu'il semble prendre pour son auxiliaire indispensable. Tandis que les frères Van Eyck et Antonello de Messine empruntent à la chimie des procédés qui doivent les immortaliser, qu'Albert Durer et Léonard de

■ Vinci fouillent les profondeurs de la géométrie et en font sortir les principes de la perspective et des proportions humaines, que le Titien prête son crayon à notre célèbre anatomiste Vésale, les musiciens de leur côté explorent le domaine de la physique, dont ils reculent les limites, et c'est du sein des universités qu'ils proclament leurs découvertes ; c'est dans le sanctuaire même de la science que l'inspiration leur donne ces mélodies dont aujourd'hui encore nous admirons la grâce et la fraîcheur. La poésie même subit cette influence : l'œuvre de son plus illustre représentant au moyen âge, la Divine Comédie du Dante, est, en quelque sorte, l'encyclopédie des connaissances de l'époque où elle parut. Les poésies de Michel- Ange présentent le même caractère : poète, peintre, sculpteur, architecte, l'illustre florentin unit, dans tous ses ouvrages, la vigueur de la pensée à un vaste savoir.

C'est après s'être séparé de la science que l'art est descendu des hautes régions où il planait, et qu'il a perdu le sentiment du beau idéal pour se tourner vers des beautés matérielles. La grâce et la noblesse des formes, l'élévation du style, la pensée ont fait place à ce qui pouvait charmer les sens. Les conséquences de cette transformation se firent sentir partout, même dans le champ des recherches qui nous occupent. Ce ne fut plus dans l'étude de la nature qu'on alla puiser la connaissance des proportions du corps humain ; à quelques rares exceptions près, on se borna à copier plus ou moins bien ce qui avait été fait précédemment, ou même aux proportions de

la nature on en substitua d'autres purement conventionnelles ; le goût de l'époque imprima son cachet aux formes humaines, comme il le faisait aux vêtements destinés à les recouvrir.

Joachim Von Sandrart, né en 1606, mort en 1688, écrivit sur les proportions humaines dans son Académie allemande pour les peintres, les sculpteurs et les architectes, mais en se servant des mesures d'Audran prises sur les statues antiques.

Le directeur de l'académie d'Augsbourg, George Bergmùller, publia, en 1723, son Antlirojiométria, ou mesure de l'homme. 11 chercha à suppléer aux lacunes qu'on trouve dans l'ouvrage d'Albert Durer, et donna les proportions de l'homme pour les différents âges, depuis la naissance jusqu'à 24 ans. « 11 suffit d'un coup d'œil jeté sur ses planches et d'un peu d'examen, dit Schadow ^ pour s'apercevoir qu'il a suivi un système résultat de son imagination, plutôt que les lois de la nature. »

Le graveur George Lichtensteger alla plus loin encore dans son Arithmétique et géométrie des p7^oportions humaines qu'il publia en 1764. 11 basa tout un sj^stème sur de prétendues idées d'harmonie, et invoqua à l'appui de sa thèse les proportions de l'arche de Noé, celles du tabernacle des Juifs et du temple de Salomon.

On conçoit qu'avec ces vues systématiques, il serait bien difficile d'ajouter de fermes appuis à l'édifice des sciences. Aussi la connaissance de l'homme, négligée par les naturalistes, restait, vers cette époque, à peu près stationnaire dans les ateliers des peintres et des sculpteurs.

Le directeur de l'académie de peinture de Nuremberg,

1 Plusieurs des renseignements qui suivent sont empruntés à l'ouvrage de Schadow sur Xa Théorie et les mesures de l'homme. Je n'ai pas eu l'occasion de les vérifler par moi-même.

PROPORTIONS DU CORPS HUMAIN. 125

Daniel Preisler, né en 1666 et mort en 1737, avait publié avec quelque succès son livre sur le dessin : Die durch Théorie erfundene Pratik. Son fils, Justin Preisler, né en 1698, y ajouta une quatrième partie sur les proportions du corps humain. Il y dessine, sur une même planche, sept figures masculines, représentant l'homme aux différents âges, depuis la première enfance jusqu'à son complet développement. Les figures sont vues de face; les longueurs seules sont indiquées et les diamètres ont été omis.

Les proportions de l'homme à 3, 7, 12, 18 et 24 ans ont été dessinées dans onze planches par le sculpteur J oseph Mattersberger, mort à Breslau en 1827. Ces dessins, dit Schadow, ne sont pas . dépourvus de mérite. Ce dernier auteur cite encore les Leçons de dessin publiées, en 1789, à Berlin, par J.-L. Meil; un ouvrage in-folio que fit paraître, en 1805, le peintre hanovrien Pflugfelder ; et un Traité sur l'art du dessin publié en 1799, à Kônigsberg, par un anonyme. Ces diverses publications sont d'un médiocre intérêt.

Nous ne devons pas omettre ici un nom célèbre, celui d'Antoine-Raphaël Mengs, surnommé le Raphaël de l'Allemagne. Mengs, comme Albert Durer et comme tant d'autres artistes illustres, avait été initié aux premiers principes de l'art par son père, qui le conduisit de bonne heure à Rome et qui développa, avec une certaine âpreté de caractère, les germes de son talent. Le jeune Mengs était né en 1728, à Aussig, en Bohême ; il mourut en Italie à l'âge de 51 ans, après avoir été comblé d'honneurs en Saxe, à Rome, en Toscane et en Espagne. A un rare mérite pour la peinture, il unissait des connaissances de théorie fort étendues. On a de lui une méthode pour dessiner une tête bien proportionnée d'après des règles

géométriques ^ Mais, selon Scliadow, on aurait tort de suivre cette méthode, « qui n'est que le résultat manqué d'une « spéculation-. »

Ce dernier artiste, à son tour, s'est occupé des propor-

1 Le principal ouvrage de Mengs, contenant différents traités sur la théorie de la peinture, a été imprimé, in-4°, en 1786, à Paris, d'après une ti-aduction française. Cet ouvrage renferme plutôt des indications ingénieuses sur les beaux-arts que les principes nécessaires pour les cultiver avec succès.

u L'histoire, dit-il, nous fournit plusieurs faits touchant lïnvention de l'art du dessin ; mais ce qui est dit, quoique bien fondé peut-être, est si confus, que nous n'en sommes pas mieux instruits. Je crois même qu'il est, pour ainsi dire, impossible de découvrir la véintable origine des arts, d'autant plus qu'ils ont, sans doute, été inventés en différentes contrées à la fois ; de même que l'imprimerie, qu'on a découverte en Europe, et qui était déjà connue à la Chine depuis plusieurs siècles. Il se peut que l'Egypte, la Grèce et l'Italie aient donné en même temps naissance à l'art, ou peut-être bien a-t-il passé successivement de l'un de ces paj^s dans l'autre? Quoiqu'il en soit, comme c'est une question peu importante, en elle-même, nous ne nous y arrêterions pas, pour tracer la route que, selon l'opinion la plus vraisemblable et la plus reçue, les anciens ont suivie pour porter. la peinture et la sculpture au plus haut degré de perfection.

« Je crois que c'est l'art du dessin qui a été inventé le premier, et que la peinture et la sculpture sont venues ensuite; ou, pour mieux dire, que la sculpture est venue après le dessin, et la peinture encore plus tard. Je pense aussi que les premiers essais de dessin n'ont été que des ébauches grossières, et des foi'mes à peu près humaines ; qu'ensuite on a inventé la plastique ou l'ai^t de modeler en terre, et que c'est par cette invention qu'on a commencé à se rapprocher davantage de la nature ; car il est plus facile de donner une forme à une chose qu'on voit sous tous les aspects qu'à un simple dessin qui demande plus de jugement et d'exercice que la sculpture. Cependant j'avoue ne pas être en état de décider cette question. Je suis seulement persuadé que les anciens ont commencé l'art du dessin par des formes longues, simples et droites, telles que sont les figures qu'on voit sur les Vases étrusques... »

Jean Winckelman, né à Brandebourg, en 1718, était ami de Mengs; on lui doit ïllistoù^e de l'art chez les Anciens, qui fut imprimée à Dresde en 3 vol. in-4". Cet ouvrage intéressant touche, mais de loin, à notre sujet; nous ne pouvons que l'indiquer, en rappelant que l'écrivain distingué qui en fut l'autour mourut à Trieste, victime d'un lâche assassinat, le Bjuin 1768.

* Polyclète, p. 17.

PROPORTIONS DU CORPS HUMAIN

tions humaines à une époque où l'on en avait à peu près complètement négligé l'étuda.

Jean-Godefroy Schadow, le savant successeur des écrivains de mérite dont nous venons de parler, naquit à Berlin, le 20 mai 1764. Le peu de fortune de son père, qui était tailleur, et dont la famille était très nombreuse, ne lui permit pas d'abord de suivre ses premiers penchants pour les beaux-arts. Ces penchants s'étaient révélés pourtant et avaient été remarqués par un ami des arts qui lui ouvrit les ateliers du sculpteur Tessaert, professeur à l'Académie de Berlin. C'est là que le jeune Schadow puisa les premiers principes du dessin et de la sculpture. Ses études ne tardèrent pas à se trouver interrompues par un incident imprévu : il s'était épris d'amour pour une jeune fille avec laquelle il se réfugia à Vienne, oùill'épousa; il n'avait alors que 21 ans. Il se rendit aussitôt après en Italie, et y passa t^ois années constamment occupé de ses travaux et de ses études dans les différents musées de Rome.

Les succès qu'il obtint commencèrent sa réputation, et, en 1788, il fut appelé à Berlin pour remplir la place laissée vacante par la mort de son premier maître, Tessaert. Les différents travaux dont il fut chargé depuis cette époque, justifièrent de plus en plus ce choix honorable. Il fut successivement nommé sculpteur du Roi, directeur de l'Académie royale de Berlin et membre de la plupart des académies et sociétés artistiques de l'Europe ^

Son grand âge ne ralentit point son zèle pour l'étude de l'art. L'objet de nos travaux communs sur les proportions humaines m'avait procuré l'honneur d'être en rela-

' Lors de la réorganisation de notre Académie royale de Belgique, la classe des beaux-arts, dans sa séance du 6 février 1846, inscrivit le nom de Schadow, le doyen des artistes, en tête de la liste de ses associés pour la sculpture. Depuis cette époque, uoB^BuUetins se sont souvent enrichis de ses observations judicieuses sur lès proportions de l'homme.

tion avec lui; et quoique octogénaire, ayant perdu l'usage d'un œil et souffrant beaucoup de l'autre, il écrivait encore des lettres de sa main, demandant à être tenu au courant de tout ce qui se publiait relativement aux proportions de l'homme et faisant lui-même les calculs de réduction nécessaires pour pouvoir comparer à ses nombres ceux qu'on lui transmettait et qui étaient exprimés en mesures autres quele pied du Rliin\ Il suivait, en outre, avec attention, la marche des beaux-arts en Prusse, et consignait par écrit ses observatons, dans le but de les publier plus tard-.

Godefroy Schadow nous a laissé différents ouvrages, entre autres le Polyclète et les Physionomies nationales. C'est du premier de ces deux ouvrages que je me propose de parler ici. Je commencerai par faire connaître l'indication que l'auteur lui-même a donnée des choses nouvelles que renferme son écrit. Il les résume ainsi qu'il suit dans un avis imprimé en allemand et en français :

I. L'auteur croit avoir donné, le premier, la différence des deux sexes dans les têtes et surtout dans la face, et le profil pour l'âge mûr et la vieillesse. Cette distinction de sexe ne se trouve dans aucun livre qui traite des prO' portions.

Page 1