B ANTHROPOMÉTRIE
La constance de la loi que l'on déduit du tableau précédent est d'une assez grande importance. Malgré sa valeur, elle échappait tellement à l'attention des savants qui se sont le plus occupés de la théorie de l'homme, qu'ils ne se doutaient pas même qu'elle existât. J'ai cru devoir signaler cette partie remarquable de l'anthropologie ; elle mérite d'être étudiée par les hommes les plus attentifs, surtout par ceux qui avaient cru d'abord devoir me combattre. Je ne fais que l'indiquer ici, on la trouvera plus loin et avec détails pour certains âges. Les données manquent encore malheureusement pour la plupart des pays les plus éclairés. J'ai pu recueillir cependant des tables pour plusieurs États où des: savants, entièrement dévoués à la science, ont bien voulu recueillir les données nécessaires, souvent pour me réfutei", il, est vrai, comme ils ont bien voulu l'avouer ensuite de la manière la plus loyale.
Je présente donc ici, d'après mes anciennes données, une table réduite à. sa forme la plus simple, et à laquelle, il me serait impossible de donner plus de généralité en voulant y faire entrer tous les âges. Je me borne à donner les trois éléments principaux, les deux valeurs maximum et minimum, d'après des individus régulièrement construits, en même temps que la moyenne ^éwévîAQ. Comme la courbe est de la construction la plus simple, ces trois éléments devraient suffire pour la déterminer entièrement, si ces limites apparentes étaient bien effectivement les limites réelles.
N'ayant pu recueillir mes nombres que sur des individus régulièrement construits, et, d'une autre part, le nombre des personnes soumises aux observations étant peu considérable, les dilférences entre les nombres waccima et juinima sont très faibles, comme l'indiquent les
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dernières colonnes ; mais l'on voudra bien se rappeler que je ne possédais pas les moyens de donner à la science des nombres plus développés, puisqu'elle ne me fournissait pas les données nécessaires pour pouvoir les comparer.
En considérant un individu en particulier, sa croissance est loin d'être aussi régulière que celle indiquée dans les tableaux précédents, surtout dans le premier. Il se présente presque toujours des points d'arrêt dans le développement d'une même personne, comme aussi des époques de croissance plus ou moins rapide. Ces anomalies s'observent vers l'âge de la puberté et surtout à la suite de maladies. Il faudrait un ensemble de circonstances favorables pour que toutes les facultés physiques pussent se développer d'une manière parfaitement normale. Quand on opère sur un grand nombre de personnes, ces petites anomalies disparaissent sur la moyenne générale, et ce qui manque au développement de l'un se trouve compensé par un excès de croissance chez l'autre ; c'est du moins ce, que tend à nous enseigner l'expérience^.
La diminution de taille se manifeste après l'âge de 50 à 60 ans ; elle devient même assez sensible après 75 ans. Cette diminution semble provenir surtout du retrait des substances molles qui se trouvent interposées entre les pièces de la charpente osseuse, dans le sens delà hauteur. La courbure que prend le corps, qui semble s'affaisser sur lui-même, ajoute encore très sensiblement à cette diminution.
1 En rendant compte de mon ouvrage sur la Physique sociale, V* édition, M. Mallet, dans la Revue de Genève, pense que j'aurais dû m'en tenir à des mesures suivies sur de mêmes individus. Je regrette de ne pouvoir partager l'avis de ce savant : une croissance régulière chez un même individu jusqu'à l'âge adulte, est une chose tout â fait exceptionnelle; je suis loin de contester toutefois l'avantage des mesures individuelles, quand surtout on peut se les procurer d'une manièi-o sûre.
J'ai réuni, dans le tableau qui suit, quelques mesures que j'ai réussi à prendre, pour la croissance, sur les mêmes personnes pendant un certain nombre d'années. La première colonne contient les nombres donnés par Buffon pour le fils de M. Guénau,qui ont été traduits en mesure métrique ; dans les deux colonnes suivantes sont inscrites les tailles de mes deux enfants. Les deux dernières cojlonnes concernent deux jeunes filles dont j'ai pu suivre 'également la croissance.
On voit, pour le fils de M. Guénau, que le développeiment a été très rapide dans les premières années ; il s'est i; présenté ensuite de petites irrégularités de croissance ' entre 8 et 15 ans. A cette dernière époque, un développement rapide en hauteur s'est manifesté ; et j'ai pu remarquer la même chose chez mon fils. Cet accroissement j.a précédé la puberté. Quelque chose de semblable s'ob- ' serve pour les mesures des jeunes filles, mais un à deux ans plus tôt. Du reste, rien ne paraît fixé à cet égard; c'est ce qui fait surtout que ces retards et avances de croissance se compensent jusqu'à un certain point et laissent moins de traces de leur passage ^
C'est particulièrement aux moments de l'adolescence que ces changements se manifestent , comme je l'ai fait observer. Avant cette époque, la nature semble résumer ; ses forces pour qu'elles puissent se développer en entier ' au moment de cette espèce de mue qui, chez certains indi-
1 Les irrégularités do croissance que nous observons ici sur l'homme, se remarquent mieux encore sur les produits de la végétation. Sur un arbre , par exemple , que Ton coupe perpendiculaii'emeut à sa hauteur, on peut voir, sur la partie tronquée, par les lignes parallèles de séparation do l'aubier, les accroissements qui ont été apportés par chaque année , et reconnaître les années plus ou moins fécondes, pour la plante dont il s'agit, par les interpositions de ces lignes rangées autour de ce qu'on peut nommer l'axe do croissance de l'arbre.
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vidus, peut parfois être très rapide et -cause une espèce de désordre dans les lois de la nature.
Accroissement individuel de l'homme et de la femme.
AGE
GUENAU.
Différence.