Influe7ice de Vâge
L'âge est sans contredit la cause modificative qui agit le plus puissamment sur les proportions du corps. Cette cause s'y imprime d'une manière si profonde, qu'elle se révèle aux yeux même les plus inexpérimentés. Sous son
influence active, le corps, en dehors de toutes les autres circonstances qui peuvent le faire varier, présente depuis la naissance jusqu'à l'âge le plus avancé un spectacle admirable, qu'on ne saurait étudier avec trop d'attention. Rien n'est plus propre, en effet, à nous donner une idée aussi grande des convenances et delà subordination, qui existent dans toutes les lois de la nature.
Remarquons d'abord que les parties essentielles de l'homme, sont celles qui, vers l'époque de sa naissance, se trouvent le plus développées et qui varient le moins pendant la croissance. Quand l'enfant-voit le jour, sa tête a la moitié de la hauteur qu'elle aura après l'achèvement total ; le torse n'a que le tiers ; le bras a le quart environ; et la jambe, à partir de la bifurcation, le cinquième seulement. Cette inégalité de croissance n'est pas accidentelle ; c'est le résultat d'une sage combinaison de la Providence, qui n'a pas voulu que les organes de Ja locomotion, par exemple, fussent plus développés à leur origine, que le siège de la pensée qui doit leur servir de régulateur.
Il est ensuite des organes qui, malgré leur importance, ne prennent un développement marqué que vers l'achèvement de la croissance, parce que c'est l'époque où leur intervention devient essentielle. Je citerai en particulier les organes de la reproduction chez les deux sexes, et le sein chez la femme, qui ne commence à se développer que quand il doit servir d'instrument de conservation pour les nouveaux nés.
On remarque partout, dans l'économie humaine, que les organes se développent en raison de l'utilité dont ils doivent être pour la conservation et la reproduction de l'individu. Les plus strictes convenances se trouvent établies à cet égard; et cette diversité dans les formes.
PROPORTIONS litj ' CÔRPS HUMAIN .
donne à chaque âge son caractère et ses nuances largement prononcées.
Je ne parlerai pas de l'enfant qui vient de naître; tenant en quelque sorte le milieu entre la vie et la mort, il n'est doué d'aucune des qualités qui puissent lui révéler son existence; en possession de tous ses organes, il n'en connaît pas l'usage et l'on peut dire qu'il n'appartient pas encore à ce monde. Tout son être porte l'empreinte du travail qu'il a éprouvé pour arriver au jour; il continue pour ainsi dire la vie végétative, qu'il avait dans le sein de sa mère':'
Pendant les premiers jours qui suivent sa naissance, obligé de se faire au nouveau milieu dans lequel il respire, il subit un léger amoindrissement. S'il appartient déjà au domaine de la science, l'art ne saurait encore en tirer parti : l'œil d'une mère peut, seul, lui trouver des charmes.
Mais cet état transitoire est de peu de durée. Dès que l'organe de la vue a pu reconnaître les objets, et l'ouïe saisir quelques sons; dès qu'une première pensée a pu animer sa physionomie et qu'un premier sourire a passé sur ses lèvres, l'enfant a pris rang dans l'humanité ; chaque jour lui donne des grâces nouvelles. Sa petite tête s'arrondit délicieusement; ses joues charnues et pleines de santé compriment légèrement la bouche qui demeure entr'ouverte comme une rose fraîchement épanouie ; l'œil plein de douceur se dessine avec finesse sous un sourcil à peine marqué comme par un léger trait de pinceau. Les cheveux commencent à croître et à descendre en ondulant sur des épaules qui ont la fraîcheur et la mollesse du satin. C'est à peine si l'on aperçoit le cou qui se dérobe sous les plis du menton.
Le haut de la tête, dès les premiers mois, semble se rapprocher le plus des dimensions que lui réserve la
nature :. c*est un [des caractères prédominants de l'enfance, il sert de siège aux principaux organes, qui doivent servir à développer les premières notions, à faire naître les premières pensées. La partie inférieure présente en miniature des formes que l'âge doit modifier et dans lesquelles il serait difficile de prévoir leur développement ultérieur. Sous ces traits pleins de grâce et de fraîcheur, l'œil ne pourrait saisir encore la différence "des sexes : comme chez les anges que rêve l'imagination du poète, ou que cherche à retracer .le pinceau de,; l'artiste. Doués d'une enfance éternelle, la reproduction ne leur serait point nécessaire.
Pendant les premières années qui suivent la naissance, les 'membres présentent entre eux des différences moins prononcées que dans des âges plus avancés; l'homme n'a pas mêlé jusque-là son action modificative à l'action de la nature. Toutes les lignes sont pures encore; le torse se dessine avec grâce; point de contours anguleux; les bras viennent s'y rattacher avec souplesse : la charpente osseuse se devine bien plus qu'elle ne se voit : les têtes des os principaux ne s'accusent point par des saillies, mais par de légères fossettes. Quoi de plus délicat que ces faibles mains, que ces doigts doucement effilés en pyramides? Quoi de plus délicieux que le mouvement spontané de ces petits bras, quand ils s'étendent vers la personne préférée ?
L'enfance est le seul âge, où le pied présente sa forme naturelle ; il a toute la finesse et la souplesse de la main ; les doigts peuvent se mouvoir indépendamment les uns des autres : aucun des nombreux genres de torture, imaginés par la civilisation, n'ont encore altéré leur forme ; ils se rattachent au corps par des lignes pleines de grâces dont le pinceau de Raphaël peut seul nous reproduire la délicatesse.
PROPORTIONS DU CORPS HUMAIN
Vers l'âge de quatre à cinq ans commencent à se manifester les premiers indices des sexes ; les différences qui s'établissent, sont plus encore dans les habitudes que dans les formes extérieures du corps. Cependant, cbez le garçon, la charpente osseuse s'accuse davantage, les membres sont plus marqués, agissent plus librement, êt semblent mieux conformés pour le mouvement. Chez la fille, au contraire, les formes arrondies, continuent à prédominer; les chairs ont plus d'ampleur, la partie osseuse s'aperçoit à peine.
Jusque vers cette époque, le développement' avait plutôt été diamétral, mais il se ralentit ensuite la' croissance en hauteur se prononce d'une manière 'plus' seiisible, et s'effectue à peu près uniformément jusqu'à l'âge de la puberté.
Tous les membres alors semblent augmenter en longueur, au détriment des dimensions transversales : les principales articulations se dessinent d'une manière prononcée ; le développement de la charpente osseuse se fait, en quelque sorte, sans que les muscles y prennent part. Une transformation générale se prépare, non seulement dans toutes les proportions du corps, mais encore dans les facultés morales et intellectuelles. C'est chez la femme qu'elle se manifeste d'abord; et cet instant 'se trouve plus ou moins reculé selon le climat, la nourriture, le travail ou même l'éducation ^ '" "
Cet âge où la jeune fille passe à l'état de puberté, où
1 Quand on prend l'homme séparément, il n'est guère de croissance qui se fasse d'une manière continue : En général, les accroissements se font irrégulièrement par rapport au temps. Des individus sont plus précoces, d'autres le sont moins, et quelquefois des développements restent incomplets, ou bien s'arrêtent pendant un certain temps, comme chez de jeunes enfMnts que l'on considéi-e comme nains jusqu'à un certain âge, et le développement s'achève ensuite brusquement.
AJSfTHROPOMÉTRIE .
elle cesse d'être enfant pour devenir femme et pour concourir bientôt à la reproduction de notre espèce, est sans doute la phase la plus remarquable dans le tableau de la vie humaine.
La nature semble attendre cet instant pour orner la femme de ses dons les plus précieux. Elle lui verse avec exhubérance la force et la santé ; elle l'enveloppe en même temps d'un voile de pudeur qui, en lui donnant plus de grâce, la prémunit contre les dangers qu'elle peut rencontrer. Une sorte d'instinct, bien plus que le raisonnement, l'avertit de ces mêmes dangers et répand à leur approche, sur tous ses traits, un .yif incarnat qui en relève encore les charmes.
Cette transformation ne s'observe pas seulement dans notre espèce ; on en remarque aussi les principaux caractères chez les animaux et même chez les plantes. Cette loi est générale : elle jette; un; puissant attrait sur notre printemps, et. verse dans tous nos sens, un doux enivrement dont nous ne nous expliquons pas les causes. Voyez la plante, après avoir poussé lentement ses feuilles, se recueillir pour ainsi dire un instant en elle-même pour se préparer à nous donner ses fleurs ; et au moment où elle les développe, elle semble animée d'un excès de vitalité; elle a pris un air de fête pour accomplir le m^^stère de la reproduction, qui assure la perpétuité de l'espèce et la conservation de l'œuvre du créateur.
Vers cet âge, la croissance en hauteur a cessé chez la femme, pour faire place à la croissance transversale. Les muscles acquièrent plus d'ampleur ; et la peau qui les recouvre, plus distendue et plus colorée, semble avoir pris aussi plus de finesse et d'éclat. La taille se dessine avec grâce; les hanches mieux développées annoncent que tout est préparé pour la maternité ; d'une autre part les
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seins s'arrondissent et ces organes, les plus grâcieux dans tout l'ensemble, sont aussi ceux dont les formes sont les plus fugitives. Dans leur état le plus parfait , les deux boutons des seins, avec le point d'insertion des clavicules, forment un triangle équilatéral. Avant cette époque, la base du triangle est comparativement plus grande; elle est moindre au contraire, dès que la défor*^ mation commence; et c'est là surtout qu'on en aperçoit'les premiers indices.
La croissance et le développement de la femme sont'^ terminés deux à trois ans plus tôt que chez l'homme, qui ' dans nos climats n'a guère achevé son accroissement eri hauteur avant vingt à vingt et un ans. Celui-ci atteint ' alors à* peu près la taille qu'il doit conserver ;• ce n'est que vers cet âge aussi que, dans nos climats, ses muscles ont acquis leur développement. Sa poitrine largement dessinée présente l'indice le plus sûr de sa force et d'exercices prudemment ménagés; les muscles sont plus accentués que chez la femme ; le biceps surtout et le deltoïde rattachent vigoureusement le bras au reste du corps ; à chaque effort qu'ils font, on voit se mouvoir les fibres dont ils se composent.
Mais c'est surtout vers l'âge de vingt-cinq à trente ans que l'homme est dans toute sa force et dans toute sa beauté ; c'est alors que sa tête est portée avec une sorte de fierté sur des épaules vigoureuses qui s'effacent comme pour défier les coups qui pourraient la menacer. A la moindre manifestation de la volonté, tous ses muscles de la face obéissent et se tendent avec énergie. Le torse s'appuie noblement sur ses supports, dont les lignes fortement accentuées varient à chaque mouvement, mais en conservant toujours un caractère vigoureux qui n'exclut point la grâce. Les jambes sont conformées à la fois pour la
lutte et pour la course; les muscles qui s'y dessinent fortement, témoignent de leur besoin d'activité. Chez la femme au contraire, les formes charnues et arrondies sont plutôt l'expression de la grâce et du repos ; on comprend que le travail et la fatigue ne sont pas réservés pour elle.
Même en vieillissant, l'homme conserve l'empreinte de sa dignité : sa physionomie prend un caractère austère; ses cheveux, qui blanchissent, tombent avec noblesse sur ses épaules musclées et montrent encore l'empreinte de leur ancienne vigueur. Si ses membres ne présentent plus leur première souplesse, ils conservent leur caractère mâle et vigoureusement dessiné, comme les rameaux du chêne que l'hiver dépouille de son feuillage : tout ce qui rappelle en général sa vigueur, ou les souvenirs d'une force éteinte, imprime un sentiment de respect. L'artiste ne craindra pas de représenter le vieillard et d'en retracer les formes austères. Il n'en est pas de même delà femme; quand l'âge aura porté atteinte à ses qualités phj^siques, elle se couvrira d'un voile et ne voudra pas amoindrir en nous les idées qui nous restent de sa beauté passée. La femme semble avoir eu pour devoir de faire le charme de la société ; quand elle ne peut plus remplir cette noble mission par sa beauté, il lui reste encore les grâces et la fraîcheur de l'esprit.
Le moyen le plus sûr de plaire c'est de conserver à chaque âge ses qualités, à chaque sexe son caractère. L'enfance, la puberté, l'âge adulte, la vieillesse présentent tour à tour les avantages les plus précieux, lorsqu'ils sont accompagnés des qualités qui doivent les caractériser. Il est important surtout que le développement ne se fasse point à demi et que toutes les facultés soient cultivées avec le même soin.
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