‹ Anthropométrie, ou, Mesure des différentes facultés de l'hommeChapitre 7 sur 111 · NOMBRES · texte numérisé non relu

NOMBRES

originaux. proportionnels.

parties 0,031

Stature. .

L'exacte conformité des trois nombres donnés pour le visage, la poitrine et sa distance jusqu'au nombril, laisse supposer qu'on a visé bien moins à la précision qu'au désir d'obtenir des règles commodes pour la pratique.

La hauteur de la tête est à peu près la même que celle admise dans nos écoles : elle forme en effet environ le septième de la stature totale ^

Cette proportion n'a sans doute rien qui cboque ; et on peut môme la retrouver dans plusieurs tableaux de Raphaël, l'artiste qui a le mieux saisi les relations de grandeur entre les différents membres ; mais on ne peut la considérer comme appartenant à l'état normal, à moins d'admettre que le type de l'Inde soit différent de celui de la Grèce ou de l'Italie.

1 A la page 18 de son Polyclète, Scliadow dit en pai'lant de la hauteur entière : « Ce qui ne fait pas 7 Vz longueurs de téte ; la division paraît avoir été prise sur un homme réguliéromeut bâti. « Il eut été plus exact de dire : ce qui ne fait guère que 7 longueurs de tête. On a en effet, en réunissant la chevelure au visage, 15 plus 55 parties ou 70 parties du corps entier, lequel est partagé en 480 parties ; ce qui donne 480/70 ou 6,86 ])0ur la hauteur du corps.

PROPORTIONS HUilxVINES CHEZ LES ANCIENS. 69

Remarquons que les divisions du corps sont telles que nous les admettons encore aujourd'hui, seulement nous les caractérisons d'une manière plus précise, en les désignant par leurs extrémités.

3° Proportions de Vhomme chez les Égyptiens,

Les Grecs, sous bien des rapports, ont puisé leurs connaissances chez les anciens Égyptiens, non seulement pour la philosophie et les sciences, mais encore pour ce qui concerne les Beaux- Arts. D'après Diodore de Sicile, les statuaires Téleclès et Théodore avaient rapporté d'Égypte un genre de sculpture qui ne se pratiquait pas chez les Grecs. C'est ainsi que ces artistes firent une statue de l'Apollon Pythien : l'un exécuta la moitié de la statue à Samos, et l'autre acheva la seconde moitié à Éphèse. Voici, d'après Diodore, le procédé qu'employaient les Egyptiens 1;

« Ce n'est point à la vue, au simple coup d'oeil que ces derniers jugent de la proportion des statues, comme font les Grecs, mais ils coupent et divisent leurs pierres en plusieurs portions, et ils les travaillent en fixant les rapports des figures, des plus petites dimensions aux plus grandes. Pour cela, ils divisent la stature du corps humain en vingt et une parties et un quart en sus, et ils expriment ainsi la proportion entière. Une fois que ces artistes se sont accordés ensemble sur la grandeur de la statue, ils se séparent et exécutent les divers fragments, chacun de

' Le passage de Diodore se rapporte aux premiers temps de la sculpture; les procédés scientifiques devinrent, 'plus tard, tout aussi familiers aux Grecs qu'aux Egyptiens.

Nous empruntons la traduction de Jomard, Mémoire sur le système métrique des anciens Égyptiens, page 75.

son côté, avec une convenance et une harmonie si parfaites, que l'ouvrage terminé excite l'admiration ».

Bien que les Egyptiens aient ensuite été surpassés par les Grecs, dans les développements que prirent les Beaux- Arts, leurs ouvrages n'en méritent pas moins notre attention par la fidélité sévère avec laquelle ils copiaient la nature. Sous ce point de vue, nous ne pouvons que gagner à étudier les proportions de leurs figures; il paraît même que c'est à eux que l'on doit l'idée de ce canon que les artistes grecs prirent généralement pour module dans leurs plus beaux ouvrages i.

Dans son Mémoire sur le système onétrique des anciens

1 Schadow a fait observer avec raison que les Égj^ptiens, tout en portant dans leurs ouvrages de justes mesures, étaient privés du goût des Grecs. « Les Égyptiens sont restés artisans au lieu d'être artistes. Voilà pourquoi ils évitèrent la position oblique, et dans leurs bas-reliefs on ne trouve que des figures en face ou en profil ; dans la même figure, on voit les épaules et le torse en faqe, et les pieds et la tête en profil. " Polyclète, page 1,

Et plus loin, page 24 : « Quelque peu développé qu'ait été l'art que les Égyptiens transmirent aux Grecs, il faut avouer que la méthode de mesurer les membres de la figure humaine, était un pas considérable fait dans l'intérêt des arts. Le chemin était frayé pour les Grecs si capables de sentir la beauté de l'harmonie. Peu à peu ils parvinrent à choisir entre les belles figures, qui se présentèrent à eux dans une grande variété, la mesure moyenne, et par degrés ils arrivèrent au canon qui restera toujours une régie pour l'art, et un principe de critique pour le beau. «

Les Grecs, par une appréciation exquise des formes et des gi'andeurs, avaient donc des types qui ont porté les plus habiles à former ces modèles qui furent acumis plus tard aux études des artistes ; on ne peut cependant concevoir la composition de ces modèles comme formée par des dimensions prises sur différentes figures réputées d'une grande beauté, et dont ou déduisait ensuite la moye^ine d'après les méthodes qui datent de temi\s beaucoup plus modernes et dont les plus anciennes traces appai'tiennent au commencement du xvu« siècle. Les ouvrages de Léonard de Vinci, de Léon-Baptiste Alberti, d'Albert Diirer, et de ces artistes qui ont traité avec tant de savoir des proportions de l'homme, ne témoignent même pas de l'idée de s'occuper des moyennes. La connaissance de celles-ci et de leurs propriétés n'étaient pas encore employées; l'on peut dii'e même qu'elles ne le sont pas encore de nos jours.

Égyptiens, Jomard a reproduit quelques mesures relatives aux proportions du corps humain, qu'il a recueillies lui-même sur des monuments anciens de l'Égjpte. Je ferai connaître ici celles qui se rapportent plus spécialement à notre sujet.

Il cite d'abord une figure d'homme debout, qui a les bras et les mains étendus, et qui est sculptée sur le grand sarcophage d'Alexandrie, déposé actuellement à Londres. La hauteur est de 0'"46, et si l'on prend sur cette figure la longueur de l'espace qui est entre le coude et l'extrémité des doigts, autrement la coudée, on trouve O'^llS; ce qui est justement le quart de 0™46.

Or, si l'on prend cette dernière grandeur pour unité, l'espace entre le coude et l'extrémité des doigts sera de 0^250^; par nos mesures, nous avons trouvé 0™257, qui est aussi le nombre donné par la mesure des statues grecques,

Jomard cite ensuite une autre figure égyptienne, mesurée par Delile , ayant V2o de hauteur : « Elle a été construite à l'échelle d'un pied pour coudée, ou 2 pour 3. En etFet, si l'on ajoute à sa moitié 0'"625, on a

P875, stature métrique. La tête a 0""165, ce qui est le septième et demi de la hauteur ^ : règle que nous avons reconnue pour avoir été suivie par les Égyptiens et qui est la même que celle dont on fait usage à présent. Le pied a 0"'20, ce qui est plus que ne demande Ja raison 1 à 6 1/2, et se rapporte au pied métrique. »

En prenant, pour unité, la hauteur de la figure précédente, la tête serait représentée par 0'^132 et le pied par

' C'est à dire quo

0m46 . imoo :: 0°>115 : x = 0'"250.

2 On a en effet, O-^ieS X 7'" 1/2 « 1-24; à peu près exactement la hauteur donnée 1-25.

0"'160. Les statues grecques assignent aux mêmes parties les valeurs O'^ISO et 0'"149; nos mesures sur l'homme belge donnent 0™135 et 0™154. J'ai déjà fait remarquer précédemment que c'est à tort qu'an grand nombre d'artistes supposent que le pied est de même dimension que la tête. 11 faut soigneusement distinguer les mesures de convention de celles que donne réellement la nature. Je citerai, à cette occasion, le passage suivant que j'emprunte encore à l'ouvrage de Jomard (page 77), et qui concerne le rapport entre le pied et la coudée chez l'homme :

« On a trop légèrement admis certaines proportions de grandeur entre les diverses parties de la stature naturelle , et. l'on s'est appuyé ensuite sur ces relations abstraites pour fixer soit les rapports, soit les valeurs

absolues des mesures usuelles Dans ses recherches sur

la coudée sacrée des Juifs, Newton a adopté le rapport de 5 à 9 entre le pied et la coudée de l'homme. Ce rapport est un peu trop faible, et suppose le pied trop petit. D'un autre côté, le rapport de 2 à 3, qui existait entre le pied et la coudée des mesures usuelles, selon Hérodote et tous les auteurs, est beaucoup trop grand; le rapport exact entre ces deux parties de la figure humaine est celui de 4 à 7. Il est donc certain que le rapport de 2 à 3 n'est pas puisé dans la nature, et qu'il, est d'institution. C'est sa simplicité même qui rend la chose évidente; il a été

choisi pour la commodité de la division De même que

le rapport du pied à la coudée diffère du rapport naturel, de même sa valeur absolue s'éloigne de celle du pied humain. Pour une stature de r"73, mesurée et observée chez plusieurs individus, la longueur du pied ne s'élève que de 0"'263 à O'^'SGS; pour une stature moyenne, la longueur serait bien moindre. «

u Le pied naturel est compris six fois et demie environ dans la stature entière. Cependant l'orgyie qui, parmi les mesures de l'Egypte, exprime la stature métrique, est censée renfermer le pied siœ fois. Qui ne voit que ce rapport senaire a été institué pour la facilité des calculs? Vitruve confondait les deux espèces de pied et de stature, quand il disait que le pied était le sixième, et la coudée le quart de la hauteur du corps : ces rapports étaient ceux du sj^stème égyptien, et non ceux de la nature. La coudée naturelle est trois fois et demie environ, et non pas quatre fois, dans la hauteur de l'homme. Pour une stature de l'^TS, la coudée est d'environ 0™464, le pied et l'orgyie sont donc des mesures systématiques. Ainsi, dans la nature, le pied, la coudée et la stature sont, à fort peu près, comme 4, 7 et 26; dans le système égyptien, ils sont comme 4, 6 et 24. Ces derniers nombres expriment des palmes ou mesures de 4 doigts métriques. »

D'après Jomard, l'homme de nos climats, avec une stature de 1"73, aurait donc la coudée de 0™464, et la longueur du pied de 0^^263 à 0'"265; en prenant pour unité la stature, ces nombres deviennent 0"'257 et 0"'152 à 0™153; nos mesures donnent 0'^257 et 0"'154, valeurs à peu près identiques.

Jomard a reproduit aussi quelques-unes des principales mesures de la statue d'Osymandias ; nous 7 trouvons malheureusement peu de nombres qui soient comparables aux nôtres. Je transcrirai ceux qui permettent des rapprochements ; je rappellerai aussi ceux qu'il a donnés d'après un colosse renversé qui se trouve dans le même monument d'Osymandias.

STATUE D'OSÏUANDIAS

D'APRÈS LË MODLLE

PARTIES DU CORPS

nombre donné.

valeur réduite.

belge.

grec.

Tour du bras, au coude. . . .

Diamètre du pied, au-dessus des

" de l'oreille

'• de la bouche ....

Les mesures égyptiennes se rapprochent un peu plus des nôtres que de celles prises sur des statues antiques; il est à regretter qu'elles soient si peu nombreuses-.

1 La statue est douze fois plus haute; elle est réduite ici â la valeur métrique. Voyez pages 50 et 52 de l'ouvrage cité.

2 Au sujet de ces remarques écrites qui ont été publiées dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique, Jomard a bien voulu m'adresser les observations qui suivent : « Vous savez que les proportions égyptiennes, sinon comme rapports, du moins comme quantités absolues, sont, selon moi, un peu au delà de la stature naturelle des habitants du bord du Nil, autrefois comme aujourd'hui. Les Égyptiens, en conservant à peu prés les proportions relatives des parties du corps, élevèrent le module jusqu'au chiffré métrique, diviseur exact de plusieurs grandes me- .sures, et multiple lui-même de la coudée et du pied. Cette stature métrique de l'"847 se retrouve partout; elle était systématique, parce qu'elle était pai'tie aliquote des mesures du système général.

« Ce système lui-même était essentiellement duodécimal et sexagésimal, ajoutait Jomard : de là, les proportions de plusieurs parties du corps, exprimées par les nombres 2, 3, 4, 6, 12, etc., tous facteurs de 12 et 60. Votre but, Monsieur et cher collègue, est de déterminer les mesures . vraies du corps chez les différentes nations, et cela pour un grand nombre de lignes. Cet objet est d'une ap])lication pratique et d'une utilité plus évidente qu'une recherche systématique... ••

PROPORTIONS DU CORPS HUMAIN

Je vais maintenant rapporter, d'après Audran, des mesures prises sur un Terme égyptien, qui parait d'une très belle proportion, et je continuerai à rapprocher de ces nombres ceux déduits d'après des modèles belges et d'après des statues grecques dont il sera parlé plus lôin.

Page 1