IV. - LE LANGAGE INTERPRÈTE DE LA PENSÉE
Ici, toutefois, semble s'ouvrir un fossé béant : du réflexe primitif à la langue rudimentaire des animaux même supérieurs, nous avons passé sans difficulté ; de celle-ci à la parole consciente et significative de pensée, nous n'apercevons plus la transition ; non pas, répétons-le, parce que la parole humaine est infiniment plus souple, plus variée dans ses éléments, — il n'y aurait là qu'une simple question de degré qu'à elle seule résoudrait l'évolution normale d'un appareil vocal, — mais parce qu'un nouveau facteur, inconnu au langage animal, y fait brusquement apparition.
Une poule, disons-nous, pousse un certain cri, toujours le même, lorsqu'elle aperçoit l'épervier. Est-il jamais arrivé à une poule de pousser ce même gloussement pour raconter à sa commère ou à ses petits qu'elle a vu l'épervier hier, ce matin, tout à l'heure? Nous n'en savons rien et ne pourrions que le conjecturer. Mais, le fait n'ayant jamais été observé, la conjecture
1 . La conclusion s'impose : le signe préexiste à la conception claire de la chose signifiée ; ou, en d'autres termes, c'est le langage qui crée Vintelli^ gence, bien loin d'en procéder.