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CHAPITRE III

LA SCULPTURE

§ i. — Type.

Svelte, élancé dans sa haute taille avec une grosse tête triste et douce au» front bas et carré. « Il avait les épaules larges, les pectoraux saillants, la main fine et longue, peu de hanche, la jambe sèche, les pieds minces. » De grands yeux, un nez court et rond qui n'a rien de sémitique, et les lèvres charnues.

L'Egyptien se rasait la tête comme le visage et portait une perruque ou une calotte. Une statue de bois de Boulacq nous montre le plus ancien burnous : le bras droit est libre, le gauche sort d'une manche.

La schenti, petite jupe souvent plissée ou

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tuyautée, est parfois empesée de façon à former un tablier triangulaire.

L'art thébain affecte des formes plus élancées que l'époque memphite : le caractère androgyne s'étend à toutes figures, il s'exagéra à l'époque saïte.

L'art égyptien ne reproduit ni l'enfant, ni le vieillard, mais essentiellement portraitiste, il nous a laissé des nains.

Les ouvrages les plus anciens comme le Khefren et le Sphinx présentent le style égyptien à son apogée de signification.

§ 2. — La Forme humaine.

L'Egypte n'a donné l'image de ses Dieux qu'en statuettes; le temple ne comporte que la statue du roi-vicaire, quoique au temple deMout (Karnack) le pylône aurait eu 572 Sekhet à tête de lionne, en granit noir et toutes semblables. Memphis ne nous a livré d'autre figure divine que le Sphinx., Horus solaire; etla nudité absolue du temple de granit correspond à un monothéisme primitif.

La statue est assise dans une attitude calme ou bien dans le mouvement de la marche : elle

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règne ou elle va. Seule, la statuette de genre s'évertue à diverses actions.

On voit, à Ghizé, des statuettes en calcaire d'expression réaliste, telles les pétrisseuses qui pourraient être attribuées à l'Asie Mineure, tellement leur physionomie s'éloigne de toute convention et donne une libre interprétation de la nature.

Le bas-relief des tombes représente souvent les travaux rustiques, les ateliers, voire les jeux et les chasses, les luttes.

Aupuits desplusanciens mastabas, on a trouvé des statues d'un art accompli.

Le nouvel Empire comprenait PÉthiopie et s'étendait dans l'Asie Antérieure : à cette extension se rapporte la prédilection pour les colosses : les deux encore debout, à Thèbes, étaient entourés de quinze autres sur la rive gauche ; il y en avait autant dans l'avenue de Karnack. D'après le pied (4 mètres de long), le Ramsès du Ramésseum avait 17 mètres, celui d'Ipsamboul a 20 mètres. Le Ramsès de Memphis qui gît encore à terre pèse 1218 tonnes en ses i3 mètres.

On ne peut appliquer à l'art égyptien ni l'épithète de réaliste, quoique sa statuaire procède du portrait et ses bas-reliefs du tableau de genre, ni idéaliste malgré le style hiératique qui le do-

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mine : c'est plutôt un mélange de convention et de réalisme.

Perrot appelle bien justement la statue, un corps de rechange, ce corps indispensable à la vie posthume.

La statue, en Egypte, a une destination pratique ; c'est le double de la momie, comme un corps artificiel qui sert de support, c'est-à-dire d'organisme au Ka. Le nombre des statues assurait les meilleures chances du devenir: et comme on multipliait la forme du mort, on l'entourait des formes de la nutrition. D'ordinaire, la statue était faite d'après nature et présente du reste tous les caractères du portrait avec un soin admirable, malgré qu'elle fût destinée à l'ombre du tombeau.

La sculpture primitive ici peut s'appeler funéraire.

Si la statue égyptienne est la plus ancienne, au moins comme perfection, il faut chercher la raison dans la croyance qui enseignait l'utilité pour la vie animique d'un corps semblable à l'organique.

La silhouette c'est l'ombre ou le profil de la forme. Mais dans le visage de profil l'œil se trouve de face; de même avec un torse de face les pieds et les jambes restent de profil.

Cet illogisme vient-il d'une impuissance pri-

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mitive passée en habitude ou bien cette convention s'inspire t-elle d'un dessein esthétique ? Cela ne me paraît pas douteux : un bas-relief, redessiné selon les règles, perd beaucoup de son hiératisme. Partout ce qu'il faut louer sans réserve c'est la façon d'indiquer le vêtement qui couvre le corps, en le dénudant.

Tout bas-relief, même s'il n'est que buriné en creux, se couvrait de couleurs : un édifice complet présente intérieurement une suite ininterrompue de figures gravées et coloriées qui tournent autour de la colonne.

Le Sphinx de Gizeh taillé au bord du plateau lybique est antérieur à la pyramide de Khéops.

L'androsphinx ou mieux le sphinx androgyne (tête humaine et corps de lion, mamelles de femme) se trouve donc le plus ancien chef-d'œuvre de Part statuaire, à son apogée. La création d'un blason plastique d'un allégorisme aussi évident manifeste la plénitude de la civilisation. Figure testamentaire et véritable symbole de la pensée égyptienne le Sphinx nous montre le plus haut point de complexité expressive. Son sourire ne peut se comparer qu'à celui du Saint Jean de Léonard, tandis que son regard défie par sa puissance de rayonnement toute analogie. Cette statue est aussi monument, surtout aujour-

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d'hui où tout a disparu qui le rendait vivant et brillant. Les ailes de sa coiffure fendues et déchiquetées, semblent d'une chauve-souris, l'uréus qui le couronnait a disparu ; il n'a plus de nez et le menton conservé rend le crâne fuyant. Plus de profil, mais de face le regard et le sourire de ce colosse de cinquante-trois mètres de haut stupéfie, il semble lever la tête « pour découvrir, par-dessus la vallée, l'apparition de son père, le Soleil ». Ce colosse de cinq mille ans a dû être conçu d'après le chat. Denon, le premier qui l'a décrit, insiste sur la perfection de l'œuvre, sur lu subtile sérénité de ce gardien du mystère qui unit, zodiacalement, le signe de la Vierge à celui du Lion.

On ne trouve pas de figures divines dans la période primitive ou Memphite. Doit-on conclure que le monothéisme régna d'abord ?

On ne peut ranger l'art égyptien par écoles ; quoique, sous Ramsès II, le ciseau d'Abydos l'emporte sur celui de Thèbes.

Les bronzes des dieux n'ont qu'un demi-mètre. Ammon. Osiris (Louvre).

L'art memphite, en statuaire, a pour chefd'œuvre le Sphinx. Thèbes le reproduira, avec poncif: on ne le trouve guère qu'au musée de Gizeh en ses beaux exemples. Après le chef-d'œuvre, il y a les œuvres : après le sphinx les statues

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de Kheops et de Khephren, celles de Meïdoun, les bas-reliefs de la tombe de Ti.

Au puits du temple du Sphinx, Mariette a retrouvé les statues de Khephren : la plus belle et la mieux conservée est en diorite comme celle de Goudéa, à Tello, avec les mêmes reflets de bronze.

Le Klaft encadre un visage olympien que termine la barbe osiriaque, ce tasseau bizarrement posé sous le menton.

L'expression de pensée sereine et de force consciente atteint au plus hautdegré de noblesse : l'antropomorphisme a déjà trouvé sa formule et réalisé une figure surhumaine. Les dieux ne seront pas plus imposants ; du reste le pharaon est un dieu consort, par l'adoption divine qui concomite avec sa naissance.

Khephren, assis et calme, les mains, Tune posée sur le genou, l'autre tenant un rouleau, lève une face puissante et pensante dans l'encadrement du capuce. 11 figure vraiment un pasteur d'hommes et réalise l'entité pharaonique, la vie physique s'y accuse dans une robustesse géante, la vie morale atteint à l'inspiration. Après cette version du roi, comment réaliser la physionomie céleste ? Une autre remarque s'impose : la tête a le caractère du portrait et l'œuvre celui de la plus haute idéalisation.

L'admiration de notre temps va plutôt au

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scribe accroupi et au scheik de Boulacq ; elle se trompe, le pharaon tient la première place dans Part comme dans l'économie de Mizraïm.

Les plus anciens mastabas sont peints et renferment des statues. Celles-ci doublent la momie et constituent des corps de rechange pour la vie posthume du double : elles ont été exécutées pour la plupart d'après nature : mais on dut fabriquer en nombre et d'avance des supports de double, pour tous ceux qui n'étaient pas assez riches pour faire exécuter leurs portraits .

Rougé attribue à la XIIIe Sépa prêtre du taureau blanc, et sa royale parente Nesa (Louvre)r calcaire.

Antérieur à Cheops, le couple du général Ro- Hotep et sa femme Nefert (Boulacq), calcaire.

Les panneaux de bois trouvés à Satkarah dans le tombeau d'Hosi.

Le scribe accroupi (Louvre) : l'œil est fait de quartz, de cristal et de métal et par cet artifice paraît vivre témoignant que la statuaire égyptienne non plus que l'architecture ne connut d'enfance, ni d'évolution ou du moins elle ne nous en a laissé aucun reste et les plus anciennes sculptures se trouvent les plus parfaites.

Le Scheck-el-beled (Boulacq).

Parmi les plus caractéristiques, il faut citer pour leur aspect typique :

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Le Snefrou terrassant un ennemi (bas-relief) d'Ouadimaghara reproduit dans Lepsius.

Nésa (Louvre),

Le prêtre du taureau blanc et son épouse. Ra-Hotep et son épouse Nefert(Boulacq), chefd'œuvre.

Abydos, salle de Sokar : le pharaon entre Nefert et Sechmet.

Thèbes. Les Colosses. — Pareils à de formidables gardiens d'autant plus impressionnants qu'ils n'ont plus de traits, les deux statues d'Amenophis III qui veillèrent jadis à l'entrée du temple disparu, gardent maintenant la vallée funèbre. Septime Sévère, en 27 avant Jésus-Christ, les restaura. A cent pas l'un de l'autre, assis sur des trônes, les mains à plat sur les cuisses, celui du sud est monolithe sauf pour le profil, celui du nord est le célèbre, le vibrant aux premiers rayons de l'aurore. Aux faces latérales le haut Nil coiffé de papyrus et le Delta mitréde lotus. Le cartouche porte « Soleil, directeur de justice; Amenoteph, directeur de puissance ».

Ramésseum. — Dans la cour, gît un colosse €onçu en émulation de ceux d'Amenoteph et qui fut jeté bas, comme eux, par un tremblement de terre. « Un homme, dit Maspéro, peut se coucher à demi dans le creux de l'oreille comme il ferait sur un divan. »

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L'esthétique passe de la sixième dynastie à la douzième (Ousourtesen Anemenha) et y découvre un caractère androgyne tel que le poursuivit l'art grec de la belle époque. La taille plus fine et plus élancée, la proportion augmente. Le sphinx de granit rose du Louvre et le Sebekhotep en même matière, sont de ce temps.

De la période des pasteurs ou Hycksos datent les sphinx barbares de Tanis et le basalte vert du Louvre, statuette qui représente le type des Hycksos. Les voyageurs disent que ce type concorde avec celui des habitants actuels de Tanis, au lac Menzaleh.

Le second Empire thébain s'affirme par la multiplication des colosses : les plus fameux sont ceux d'Amenophis III, le fondateur de Luxor sur la rive gauche du Nil, les plus grands ceux de Ramsès II, à Ipsamboul (20 m.). Celui qui gît sur la route de Saqqarah, après avoir orné l'entrée du sanctuaire de Pthath à Memphis, attend que l'Angleterre à qui il appartient se décide à l'enlever: c'est le chef-d'œuvre de la XIXe dynastie.

Le Ramsès II du musée de Turin est admirable de paix et de sérénité grandiose. Seule peut-être la tête de Menephtah (Boulacq) l'emporte pour le rayonnement intellectuel.

La douzième dynastie offre une forme plus

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svelte, une taille presque féminine. La race s'estelle affinée ou l'esthétique du peintre s'imposet-elle au sculpteur? Une grâce éphébique5un caractère androgyne se dégage des représentations.

Statue en grès de Mentou-hotep trouvée à Carnac par Mariette.

Sebet-hotep III, granit rose (Louvre).

Le sphinx en granit rose (de Tanis).

Jambe en granit noir (Berlin) d'un Ousourtesen.

Statues de Turin.

Sphinx en granit noir (Boulacq).

Stèles d'Abydos.

Mariette donne ce signalement du type de Hycksos : « Les yeux sont petits, le nez est vigoureux et arqué en même temps que plat au bout, les joues sont grosses en même temps qu'osseuses et la bouche s'abaisse aux extrémités . »

La tête de la reine Taïa (Boulacq) (mère d'Amenophis IV qui martela le cartouche d'Ammon et tenta une réforme religieuse) est un chef-d'œuvre d'individualité subtile et sensuelle : on pourrait l'appeler la première des Joconde.

Une statuette du Louvre montre cet Amenophis IV avec les stygmates graisseux propres aux eunuques.

Les sculptures d'Abydos où Seti Ier s'avance vers une Panathénée.

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Le bas-relief de Gebel Silsileh où Isis allaite Horus, serait le frontispice d'une histoire de la madone.

Dans l'expression de la force brutale l'Égypte n'atteint pas à l'Isdubar étouffant un lionceau contre sa poitrine ; le pharaon qui lève sa masse d'armes sur les Khetas vaincus, à Karnack, ou tire de l'arc du haut de son char à Louqsor ne frappe que par sa beauté presque féminine. Il est clair que dans l'esprit de l'artiste la divinité du pharaon lui donne la victoire plutôt que son biceps. Vainqueur comme dieu consort, il fait le geste royal et le ciel fait le reste : conception d'une étonnante idéalité.

La femme assez quelconque sous les traits de Nésa, déjà jolie avec Nefert, perd dès la douzième dynastie sa lourdeur et s'amaigrit, s'élance, s'allonge selon un goût qui ne se démentira plus. On a accusé ce parti de maniérisme et de poncif. Son inventeur eut du génie : car toute femme des bas-reliefs vêtue de robes de gaze, le sein long et saillant, le bras mince, la cuisse forte et presque sans mollet donne une impression très vive de sexualité stylisée : la reine devant Amenophis IV (Tell-el-Armana) et les danseuses musiciennes et déesses.

La race égyptienne très amoureuse nous a légué ces théories de femmes aux jeunes corps

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sous des voiles transparents, qu'il s'agisse de déesses ou de ballerines.

Saite.

La régente Améniritis en albâtre ouvre la période Saïte (XXVIe dy.), de Psammetik à Amasis.

Sphinx en bronze du Louvre, Psammeticke. Hathor (Roulacq), THorus sans tête du Louvre.

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