BAS-RELIEFS ET PEINTURES
La peinture couvre les murs et les bas-reliefs de sa teinte plate et conventionnelle, sans ombre ni nuance, ni perspective, qu'elle représente un sujet mystique ou réel : on la voit semblable enluminure aux papyrus mortuaires.
Osiris vert en maillot et mitre blancs.
La couleur essentiellement symbolique et pour ainsi dire théologique, est d'un ton franc, sans dégradation, destinée à la pénombre du temple ou à l'ombre du mastaba.
Même brève et incomplète l'indication des principaux sujets de Fart égyptien achèvera sa physionomie et surtout expliquera certains caractères dont l'esthétique ne découvrirait pas la raison.
Il serait difficile et même oiseux de séparer
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les peintures proprement dites, des sculptures peintes souvent d'un très faible relief. Mieux vaut les réunir dans une vue rapide sur la décoration des tombes et des temples.
Tombe de Ti, « le plus beau monument des dynasties (Ve) » selon M. de Rougé. Nous avons vu sa statue déjà et celle de sa femme. Le relief montre au vestibule le transport des statues et le sacrifice du bœuf; puis les plus anciens tableaux rustiques, basse-cours, mares et aspects de la glèbe. Les thèmes sacrés ne sont pas oubliés, la barque d'Abydos passe suivie d'une flottille, portant des provisions à l'usage du mort.
Le sentiment de la nature est ici d'une justesse étonnante et les animaliers de la cinquième dynastie donneraient des leçons aux nôtres : les mouvements surtout frappent par leur netteté dans les scènes de genre où on gave des oies, on vanne du blé, où les percepteurs une trique sous le bras saisissent des contribuables ruraux; et on s'étonne que ces femmes portant des corbeilles sur leur tête ne figurent que les terres du défunt: avec une coiffure symbolique elles passeraient pour des déesses ; et c'est le caractère du bas-relief égyptien, sauf dans la représentation des ennemis vaincus, que la forme humaine obéisse à un poncif idéal pour le fellah, comme
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pour l'immortel. Généralement la peinture funéraire montre les occupations du défunt sur la terre, les phases de ses funérailles, sa navigation vers l'occident et son retour à la vie posthume.
L'indication des sujets achèvera de faire sentir la mentalité égyptienne.
La décoration du temple se répétait du nord au sud : sacrifice du nord et sacrifice du sud toujours offert par le pharaon dédicataire, seul intermédiaire entre les dieux et les hommes. Si le pylône représente le pharaon immolant ses ennemis, le mur intérieur le fait voir faisant une libation de grâces à son père céleste. Les prêtres viennent portant le naos ; le dieu reçoit son fils, et tous deux restent seuls dans le sanctuaire.
La décoration de la tombe, pendant la période memphite, ne comporte guère que des inscriptions du livre des morts, mais la tombe thébaine développe pour ainsi dire le rouleau : Thèbes dessine et peint ce que Memphis se contentait d'écrire.
La tombe de Séti Ier a été décrite par M. A. Gayet. C'est une décoration des plus complètes comprenant le rituel de la résurrection, l'enfer et les aventures d'outre-monde. Celle de Ramsès III est importante aussi.
Beni-Hassan, la tombe d'Ameni, officier sous
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Ousartiasen Ier, s'illustre de tableaux militairesfort curieux, car ils représentent la viedu soldat depuis les exercices de la caserne, gymniques et autres, jusqu'aux sièges des places et aux punitions.
La tombe de Khoum-Hotep présente surtout des scènes de chasse et de pêche. On y voit une caravane asiatique avec des mèches à la chinoise. Le défunt assis dans un fauteuil semble se complaire à voir cultiver ses champs.
Tell-El-Amarna. — Là fut fondé par Amenhotep IV, Khout-aten, dans sa guerre avec les prêtres d'Amon, maîtres de Thèbes ; il n'en reste que des tombes, mais importantes par la décoration. Celle d'Aï montre les cérémonies de son mariage et la famille royale faisant du haut d'une terrasse largesses à la foule. La forme ici s'amincit et s'allonge jusqu'au maniérisme.
Le temple d'Amon à Louxor montre la dédicace même du temple orné de mâts à banderolles. Les fils de Ramsès, les prêtres, les taureaux du sacrifice défilent. Aux murs de la colonnade de Seti une procession passe, tambours et derviches (car ils se contorsionnent selon un hiératisme inconnu faisant l'arche de pont), danseurs de pyrrhiques, chanteurs, soldats, musiciens, et ces groupes sont séparés par des bannières. On a l'image fidèle d'une fête religieuse sous Amenhotep III.
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Un thème fréquent est la figuration du monde sous les traits d'un couple humain portant des fruits. Au-dessus, le pharaon vivifie de sa masse d'armes d'où quatre rayons portent une Maut.
Dans le pourtour du sanctuaire on suit le rituel de l'adoration pharaonique : on y retrouve avec étonnement la pose et la reprise de la mitre et les changements de costumes de la messe épiscopale. Enfin il monte au tabernacle et offre le lotus, l'encens, l'eau et le feu. Ailleurs il tient un sceptre en spirale, le sceptre des quatre vies ; un rayon va sur quatre taureaux, un noir, un blanc, un jaune et un r uge.
Le temple de Maut nous raconte la naissance d'Amenophis et comment Amon prit les traits du roi pour s'unir à la reine Mautmova. On voit Khoum modeler le corps du futur pharaon. Ensuite Hathor fait des passes sur la nuque de la reine. Il faudrait des pages pour décrire les Khoum à têtes de béliers tenant une croix ansée à chaque main et levant un bras en abaissant l'autre, la reine enfantant au milieu de déesses, la vache d'Hathor allaitant le pharaon et son double, qu'on voit grandir ensemble.
Qui voudra pénétrer la religion égyptienne et y découvrir les origines de ce qu'on appelle la magie devra s'attacher à ces registres d'un intérêt extrême.
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Le temple de Séti le représente devant Maul et Khonsou qui lui donne à respirer, les ankh et lui-même, le feu et l'eau; à l'intérieur il encense.
La salle hypostyle de Seti à Karnack montre sur chaque colonne un rite accompli par le pharaon, tandis que l'extérieur porte les campagnes syriennes.
Le pharaon, les rênes de son char nouées à la main, charge le glaive de l'autre.
Le mur du sud concerne la prise d'Askalon.
Le sixième pylône de Karnack donne plus de six cents noms (il en donnait le double en son temps) de peuples et de villes vaincus ou tributaires ; tous n'ont pas été identifiés.
Temple de Khonsou, — Le pharaon offre des branches de lotus à Amon et l'encense. Un cortège sacerdotal se développe avec les barques.
Ailleurs, Thot et Horus répandent le fluide sur le pharaon ; celui-ci présente à Khonsou un sphinx et un enfant. Toum et Menthou vivifient le monarque.
A Medinet-Abou, sur la rive gauche, en passant devant les colosses d'Amenophis, le temple de Totmes III, où on retrouve la vivification et surtout le migdol de Ramsès III : le bas-relief extérieur représente le monarque sacrifiant des vaincus Khetas, Armorrhéens, Sardes, Lybiens.
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L'intérieur représente la vie privée, voire intime du roi; ici, il caresse le menton d'une femme, là il joue aux échecs avec une autre. Au temple de Ramsès III, sacrifice des prisonniers. Les scribes comptent les mains coupées. Des sièges, des arrivées d'otages, des escrimes diverses. L'autre pylône raconte encore des campagnes victorieuses. Au portique, un cortège royal avec tambours, trompettes et chœurs, et Ramsès porté en chaise par des chefs militaires. Amon générateur passe sur les épaules de vingtdeux prêtres.
On pourrait restituer ici beaucoup de points du rituel, les divers degrés de la cléricature des instruments et des emblèmes. Un prêtre fait envoler quatre oiseaux vers les points de l'horizon, ils portent au monde le fluide vital.
Départ pour la guerre, combats, victoires et actions de grâces aux dieux.
Le Ramésseum raconte les expéditions de Ramsès II, sa victoire sur les Khetas, sujet du fameux poème de Pentaour.
Au sanctuaire de Medinet-Abou, on voit une belle illustration duLivre des morts terminée au temps de Cléopâtre. Le pèsement de l'âme devant Osiris juge, avec les quatre génies canopes sur la fleur de lotus. La déesse Mat conduit le mort : les quarante-deux juges infernaux sur deux rangs.
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A Deïr-el-Bahari, on trouve une campagne navale que dirigea la régente Hatasou ; et les navires chargés d'animaux rares et d'objets précieux.
A Gournah, la tombe de Rekhmara, gouverneur de Thèbes sous deux pharaons, mérite une grande attention : elle met en scène le grand vizir ou premier ministre et ses subordonnés. Il reçoit les ambassadeurs et les tributaires apportant les tributs les plus variés. On reconnaît les Somalis, les Phéniciens, les Soudanais, ceux du Liban. Tantôt comme intendant des subsistances, tantôt comme inspecteur des divers métiers, Rekhamara surveille les chantiers monumentaux comme l'atelier des artistes.
Le Louvre possède la stèle de granit rose, en fausse porte par où Rekhmara sortait de ce monde et y revenait. « Le fluide de la momie s'infuse dans la statue. On évoque son ombre, on la saisit dans une étoffe et on la fixe sur la statue. On fait le sacrifice des taureaux, on passe la cuisse de la victime sur la bouche et les yeux de la statue, on ouvre ses yeux et sa bouche avec diverses amulettes. Alors neuf amis élèvent la statue sur leurs bras et la ramènent au jour. » (Gayet, Itinéraire,)
A Edfou et à Denderah, le caractère astronomique se mêle aux scènes de l'Amenti et aux
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étapes de la vie posthume. A Philse, les pylônes représentent l'enfantement dTsis, le plafond donne les heures célestes.
Ipsamboul montre des batailles ; à Kabaché comme à Dandour, on ne rencontre que les redites des mêmes thèmes de la haute Egypte.
Medinet-Abou. — Le pylône montre Ramsès sacrifiant les vaincus d'un côté à Amon, de l'autre à Ptah. Les vaincus à genoux et les bras fortement liés en arrière ont un cartouche portant le nom de leur race. Ailleurs, le pharaon balance sa massue sur un paquet de prisonniers qu'il secoue par les cheveux ; plus loin, il est porté en sedia gestatoria, avec des flabelifères.
Toujours se revoit un prêtre qui donne la volée à quatre oiseaux qui porteront la vie aux points cardinaux.
Thèbes, tombe de Seti. Du ciel étoilé des Pyramides, on passe à une individualisation des planètes.
Trente-sept figures de chaque côté des litanies de Ra, et Isis et Nepthys, les mains sur le signe mystérieux. A la seconde salle, les zones infernales gardées par les serpents, et les alliances divines du pharaon avec dix dieux. A la onzième heure, les supplices semblables à la fresque du Campo-Santo de Pise : la lionne Tafnout extermine les impies.
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A Edfoa, aux murs de l'hypostyle, des listes de livres et la déesse Seikhet, patronne des scribes, écrivant sur une feuille de papyrus : en face, l'Horus enfant faisant le geste du silence. Métamorphoses successives d'Horus, en lion, en épervier, en scarabée, en bélier; il tue une gazelle, animal impur qui sert de monture à Bès.
Lenormant juge les bijoux de la reine Ha-hoteph aussi purs de forme que ceux de la Grèce.
Le plus grand prestige de l'Egypte réside dans son architecture qui donne tout le système classique, le portique, le pilier, la colonne et la salle hypostyle ! Le dix-septième jugeait tout cela avec désinvolture. « Ceci n'était pas tant un palais qu'un magnifique amas de douze palais. Quinze cents chambres mêlées de terrasses s'arrangeaient autour de douze salles. Il y avait autant de bâtiments par-dessous terre. Ces bâtiments souterrains étaient destinés à la sépulture des rois et encore (qui le pourrait dire sans honte, sans déplorer l'aveuglement de l'esprit humain) à nourrir des crocodiles sacrés, dont une nation d'ailleurs si sage faisait ses dieux. » (Bossuet).
Le manuel du baccalauréat de Lefranc, édition de 1870, porte, p. 27 : « On adorait en Egypte jusqu'aux poules, jusqu'aux légumes,,
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poireaux et oignons. Le dieu de l'enfer était Sérapis. Tout Egyptien subissait, monarque ou particulier, un jugement solennel après sa mort (il
L'an 389 de notre ère, l'empereur Théodose ordonna la destruction de tous les temples de l'Egypte.
Les empereurs chrétiens d'Orient régnèrent 25o ans et dévastèrent sans relâche jusqu'à la conquête arabe.
La Commission d'Egypte a dessiné un temple periptère à Elephantine, d'Amenophis III, qui a été détruit par le gouverneur ottoman en 1822.
(1) Pierret, le Livre des Morts.
Congrès provincial des Orientalistes français, 1880, 1er Bulletin, 2e Volume. Théollier, Saint-Etienne.
Maspero, Histoire ancienne des peuples de V Orient, ed. class.
Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, édition illustrée. (Hachette.)
Maspero, Archéologie Egyptienne. Quantin.
Perrot et Chipiez, Histoire de Vart : Egypte.
Gayet, Itinéraire illustré de la Haute Egypte.
Les livres usuels et français sont seuls indiqués ici, ils contiennent les références d'une étude plus approfondie.
Lenormant, continué par Babelon, Histoire ancienne de V Orient, 1885.
Rayet, Monuments de Vart antique.
Mariette, Voyage dans la Haute Égypte, 1893.
Prisse d'Avennes, Histoire de Vart égyptien, 1887.