CHAPITRE PREMIER
GÉNÉRALITÉS
| i. — Le Pays,
La Kaldée, baignée par le golfe Persique, touche à F Arabie. C'est le Sermaar où la Genèse place Faurore des sociétés, la première ville Babel, et la fameuse confusion des langues. « De Kousch naquit Nimroud. » L'origine de son empire fut Babel, Erech, Accad et Chalanné, témoignage confirmé par les découvertes monumentales et qui ruine l'interprétation allégorique de ce verset 10 par Fabre d Olivet : « Or Forigine de son empire, au sein des révolutions civiles, fut la vanité, le relâchement des mœurs, Fisolement et Fambition. »
LES IDÉES ET LES FORMES
Terre cTalluvion que deux fleuves, le Tigre et FEuphrate, fécondent par leurs crues, à peu près à la même époque, en mai, lande plate. L'Euphrate aux rives mouvantes et sans cesse modifiées aboutissant à des lagunes fiévreuses. Le blé et l'orge à l'état indigène, beaucoup de végétaux comestibles. La céréale rendant jusqu'à 3oo pour 1 ; le millet et le sésame arborescents. « Ce que je raconterais de cette fertilité ne serait pas cru », dit Hérodote.
Le Tigre et TEuphrate prennent leur source en Arménie, coulent parallèlement d'abord, s'éloignent, puis se rapprochent, pour se jeter ensemble dans le golfe Persique. Qu'on se figure une immense plaine ici marécageuse et là desséchée; le sable du désert poussé à travers une lagune aux grands roseaux.
Il n'y a pas de pierre en Kaldée. « Entre Bagdad et la mer, creusez, vous ne trouverez pas un caillou gros comme une noix » (Perrot), et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Brique crue, cuite ou émaillée et les versants du Zagros fournissant fer, cuivre, plomb et argent, tout Péclat venait du revêtement d'émail et de métal. Les ruines sont presque informes, des tertres ou tells.
En Egypte la civilisation commence à Memphis, au delta; en Mésopotamie les plus an-
KALDÉE ET ASSYRIE
ciennes cités sont voisines de la mer, Our, Larsam, puis Babylone, enfin Ninive.
La Kaldée est la partie mésopotamique baignée par le golfe Persique. Rawilson compare comme étendue la surface de la Kaldée au Danemark et celle de la Syrie à la Grande-Bretagne.
Depuis les temps primitifs la mer a reculé de cinquante lieues. Pas de pluie avec des étés torrides et des hivers venteux. La fécondité dépend des fleuves.
Les Susiens des Grecs sont les Elamites de la Bible et nous ne savons à peu près rien d'eux; Bérose reproduit pour la Kaldée des assertions légendaires, dynastie divine et dynastie humaine d'une longévité invraisemblable.
| 2. — La Race.
Kouschite ou Sémite? Les auteurs classiques confondent Chaldéens, Assyriens et Syriens.
Sumériens, c'est-à-dire venus de l'Oural et de l'Altaï, septentrionaux importateurs du cunéiforme. Race icthyophage, travailleusedes métaux gisant à fleur de terre dans le Touran. Cette question d'origine reste pendante; une seule assertion est légitime : on trouve ici d'abord une race non sémitique.
LES IDÉES ET LES FORMES
Deux races dont Tune touranienne (?) formèrent ia Kaldée primitive. Qu'est-ce qu'un Touranien? Il n'est ni Aryen, ni Sémite. Les inscriptions distinguent, en Kaldée, les Soumirs des Accades, deux civilisations se sont superposées : Nimroud le babylonien marche contre Assour le Ninivite, d'après la Genèse. On peut attribuer la Babylonie aux Accads. Babylone resta à peu près indépendante jusqu'au huitième siècle avant Jésus-Christ.
La philologie seule apportera de la clarté dans la confusion deracesquiforment l'agglomération kaidéenne, lorsqu'elle aura établi le rapport des trigrammes deFo-Hi, avecle cunéiforme. Lenormant a invoqué des relations finnoises et ouraliennes, au lieu des chinoises beaucoup plus probables.
La population primitive de la Kaldée aurait été touranienne. Lenormant retrouve chez les Finnois des ressemblances avec les Accads de la Mésopotamie. Les Kouschites de Nemrod à Babylone ne sont que des Syro- Arabes.
L'idéogramme Sumer désigne un peuple ayant une langue distincte. C'est un fait acquis, sur ce point encore si litigieux, que la dualité de langue sémitique et touranienne, que la dualité de race Soumir et Accad.
Our (Mougheïr) est la capitale des Accads.
Les Kaldéens paraissent une tribu qui s'imposa au IXe et qui donna au VIIIe des rois à Babylone; et ces Kaldéens ne sont pas des sémites.
La question accadienne se raccorde à celle des origines chinoises, tant pour récriture que pour la race.
« Désormais, dit Ledrain, comme il y a le siècle de Périclès et celui d'Auguste, on nommera, dans l'histoire cle l'art, le siècle de Goudéa (3ooo avant J.-C).
D'après Ledrain, Sumir ou Schumer n'a pas un sens géographique, mais linguistique : il s'agit d'une langue sacrée, vaticinatoire, plus propre à la Kaldée méridionale; Emekou, synonyme, se dit dans le sens de langue d'élite, tandis que l'accadien serait Eme-sal — Eme-lukh, langue de femme ou d'esclave.
Avec ses déclinaisons, le Sumir diffère du type sémitique et se rattache au finnois et au mongol.
Et maintenant qui affirmera que le fameux alphabet phénicien ne sort pas du cunéiforme?
Une seule statue représente Likbagus, patesi gouverneur de Sirtella, il se vante d'avoir construit le temple des cinquante « à la souveraine des montagnes, à la mère des Dieux, il a élevé le temple de sa demeure heureuse à Anri et aussi à la fille de l'abîme, souveraine du séjour sou-
terrain, il a élevé le temple de sa demeure heureuse. » Sirtella dépendait d'Our.
Ledrain donne pour dieux à cette période Mulkit (Melquart) tandis que Ater Nannar régnait, et un fils de Mulkrit, Papouka, et une fille d'Anri, Bagus.
Chaque homme avait un dieu pour patron.
A douze lieues Warka (Ereck ville funéraire^ Abydos de la Kaldée), un amas de tells qui Fa fait nommer Tello, M. de Sarzec a trouvé neuf statues en diorite et en dolerite.
« Sans le peuple de Sumir point de Tyr et de Sidon; la terre eût appartenu aux nomades du désert, au sémite du sud. » (Ledrain).
On trouve à Sirtella toutes les œuvres d'une civilisation : des statues en ronde bosse, des coupes, deux cylindres d'environ chacun deux mille mots, un bas-relief représentant une harpiste, un autre figurant une prise de ville.
Nul doute que si l'on attaquait d'autres tells ils rendraient à la lumière des fondations de temple, des statues et des cylindres.
Un peu de l'or prodigué par les Anglais à la reconnaissance du temple de Jérusalem aurait mis à jour ce que cache le Birs Nimroud. Babylone attend ses explorateurs, son Schliemann, et le résultat serait, pour l'histoire et pour l'art, d'une plus grande importance que la découverte d'Ilion.
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Il y aurait lieu de séparer Babylone, la savante et voluptueuse métropole, de la Ninive guerrière et brutale, mais les Assyriens ayant réalisé dans des monuments durables et parvenus jusqu'à nous les créations kaldéennes, ce serait augmenter la difficulté d'exposition que de les désunir. On peut cependant préciser les rapports de la race avec le caractère de chaque civilisation. Babylone a quelques traits de la Chine, elle met au-dessus de tout la culture spéculative, tandis que Ninive représente un empire militaire et qui tombe, le jour où la victoire l'abandonne : son Dieu disparaît avec sa force.
Pour les Grecs, les Kasdim, Kaldéens étaient une caste sacerdotale; la science était héréditaire, le fils succède au père. L'archimage ou pontife suprême venait après le roi et l'accompagnait toujours, régent à sa mort.
L'Assyrie fut un camp perpétuel : son art vient de Kaldée ainsi que sa religion, mais Assour est un dieu national, comme Iahvé, selon la conception sémitique de se déclarer peuple élu, non pour sa vertu mais par suite d'un pacte avec la Divinité, tandis que la croyance kaldéenne plus abstraite conçoit l'universalité de la puissance céleste.
Il y a un parallélisme entre le développement de la Chaldée et celui de PÉgypte.
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Elle naît au delta du Tigre et de l'Euphrate dans une vallée d'alluvion et la civilisation remonte les fleuves, plus ancienne à Our et à Larsam qu'à Babylone et à Ninive.
La Chaldée ne forme qu'une partie de la Mésopotamie, se développe entre l'Arabie et le golfe Persique. Le Tigre et l'Euphrate remplissent ici le rôle du Nil fécondant : sans l'inondation périodique, ce pays sans pluie serait un désert. Hérodote a raison, aucun pays n'est aussi fertile en blé, qui y pousse à l'état naturel.
Sennaar (Kaldée biblique) vit la première ville, Babel et puis Accad etChalanné.
Les douze rois de Bérose correspondent aux douze patriarches hébreux Guibborim (gabra assyrien, géant). Les identités entre les traditions chaldéennes sont innombrables.
« J'ai lu, dans les plus anciens textes de la collection Sarzec, jusqu'au nom du dieu particulier d'Israël, Iahvé, dont on avait jusqu'ici vainement cherché la provenance. Il y avait dès les temps les plus lointains, un Iahvé sumérien, un dieu qui est. »
L'Assyriologie comme l'Egyptologie est une création française.
Botta, consul de France à Mossoul, en i843, commença les fouilles de Korsabad, en i845; l'anglais Layard en commençait à Nimroud et à
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Kouroundjick. Place en 1801 reprenait Fœuvre de Botta. On voit que l'Assyriologie date d'un demi-siècle.
Du huitième à la fin du septième, le roi d'Assyrie demeura à Ninive. Botta crut retrouver Ninive à tort, il ne mit au jour qu'un palais de Versailles assyrien, élevé de 722 à 705, amas de constructions qui se divisent en lieux de réceptions, en appartements privés et en communs.
Les merveilles attribuées à Sémiramis par les Grecs, les deux palais sur les rives de PEuphrate, les jardins suspendus n'ont pas laissé de traces.
Nimroud, à six lieux de Mossoul, sur la rive gauche du Tigre présente un tell ou tertre considérable. On y a dégagé le palais d'Assournazirpal {880). Les bas-reliefs représentent le roi et ses officiers, des génies à tête d'aigle devant P arbre sacré.
Le palais d Assarhadon s'accuse inachevé.
11 faut citer à Kouroundjick, le palais de Sinnakerib (80 de long sur 100 de large). L'entrée du côté de la ville avait dix taureaux séparés par des génies. Les bas-reliefs se rapportent tous à la vie guerrière.
L'emplacement de Babylone n'apas été fouillé, ses tells attendent encore la pioche de l'archéologue mais les difficultés et les dépenses seraient
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énormes. Hérodote attribue à l'enceinte un espace trois fois plus grand que Paris ! Même si Nabuchodonosor après la défaite de Ninive a employé les vaincus à construire, on se figure mal une telle cité avec des maisons à quatre étages et des rues droites, des murs de 100 mètres du fond du fossé au créneau avec 26 mètres d'épaisseur : « sur le haut du mur on avait laissé entre la saillie des tours, l'espace qu'il faut pour faire tourner un char à quatre chevaux ».
L'épaisseur venait de la matière employée qui n'offrait de résistance que par sa masse.
Les tours saillantes de 4 mètres et espacées de 27 mètres avaient des portes ornées en cintre avec briques émaillées. De tout cela il ne reste que des monticules informes.
L'ingénieur militaire ici est bien supérieur à r égyptien, il use du bélier, des tours mobiles; on construisit des voies militaires comme les Romains; les chars de guerre furent d'un emploi régulier et r Assyrien se montre le plus anciennement accompli des Poliocertes.
| 3. — Les idées.
On a voulu voir la génération spontanée dans le régime a queux à travers le mythe chaldéen. As-
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pou (Océan) et Tiamat Chaos mêlaient leurs eaux. Les Dieux naquirent : Anou (ciel), Bel (terre), Ea (Neptune); ils se dédoublèrent en Anat, Bélil et Ea. Les Dieux engendrèrent Sin (lune), Samas (soleil), Mardouck, Nergal, Istar, Nebo (Mercure).
Tiamat (chaos) fut vaincu par Bel-Mardouck qui avec ses membres fît l'univers. « Le Monde était une sorte de chambre close en équilibre sur des eaux éternelles, la terre qui en forme le plancher a l'apparence d'une barque renversée. » (Maspero). Un bizarre Messie Ea Khan (oannès), Dieu amphibie, vint instruire les hommes : au coucher du soleil, il se replongeait dans la mer. Ce mythe signifie que la civilisation fut apportée par un homme étranger à la race aborigène ; mais sa représentation ne donne que le type assyrien ordinaire.
La nuit, en Kaldée, est d'une limpidité incroyable , on aperçoit à l'œil nu des étoiles que FOccidentne voit qu'à Taide d'un instrument; en outre la chaleur sèche et le vent accablant de la contrée poussent à la veille. Delacroix, dans un pendentif de la bibliothèque des députés, a rendu sensible le mouvement mental qui disposait les Chaldéens à l'astrolâtrie et à l'astrologie.
Le temple semble être, en même temps, un observatoire, mais comme nous sommes en pays
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astrolâtrique et que la science fait partie de la religion, il n'y a pas lieu de différencier les deux notions.
Ilou, qu'on nommera Assour, engendra le chaos, Anou, Bel, Novah, Trinité que Maspero qualifie la Matière, le Verbe et la Providence. Anou, père des dieux, se manifesta aux hommes sous les traits d'un amphibie, l'homme-poisson qui enseignait pendant le jour et au soir se plongeait dans la mer. Bel-Mardouck (Jupiter) ; Novah maître des sciences, semblable au Saint-Esprit. Chaque dieu a sa parèdre, Anou, Anat; Bel, Belit; Nouah, Tihavti.
La seconde triade se composait de Sin (lune), Samas (soleil) et Bin (dieu de la fertilité et des météores). Puis Mardouck (Jupiter), Nergal (Mars), Istar (Vénus), Nebo (Mercure), Adar (Saturne). Un dieu, analogue à Hercule, Isdubar qui étouffe un lionceau en le serrant sur sa poitrine, aux bas-reliefs du Louvre. Il y avait donc douze grands dieux zodiacaux, plus les 36 décans : tous les dix jours Pun monte en haut et un autre passe en bas, c'est le dieu de service.
La Chine primitive seule a poussé aussi loin que la Kaldée l'étude du ciel et de ses mutations périodiques, en même temps que le culte des esprits élémentaires; cette similitude de tendance mérite l'attention.
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L'astrologie amena la découverte des mathématiques. Une numération à base sexagésimale, un système métrique, la division du cercle en degrés, minutes et secondes, le zodiaque, les étoiles fixes ou errantes, les éclipses de lune, avec une année lunaire de douze mois et un planisphère.
Josèphe affirme que les Egyptiens apprirent l'astronomie des Kaldéens ; Diodore opine pour le contraire. Callisthène, au dire de Porphyre, aurait envoyé des observations de 1903 à Aristote. Leur année était de 36o jours, et tous les six ans, on la complétait d'un mois supplémentaire. Le jour avait vingt-quatre heures.
Surtout astrologues, ils se targuaient de leurs présages. Lenormant a analysé les tablettes astrologiques du British Muséum. A côté du tireur d'horoscope, Pincantateur ou guérisseur et exorciseur pullulait. L'importance des amulettes et talismans était extrême.
La magie a un double mouvement de défense contre les puissances du mal et d'alliance avec celles du bien; chez nous, la dévotion aux anges a toujours été parallèle et proportionnelle à la crainte des démons.
La Kaldée était le pays le plus hanté de la terre, à en juger par le nombre des conjurations qui nous sont parvenues ; la peste, la fièvre, les
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maladies étaient des démons auxquels il fallait opposer les bons génies.
Les esprits élémentaires, les esprits morbides, les esprits de la montagne ou de la plaine remplissent la vie humaine de leurs interventions bénéfiques ou maléfiques : conjurer ces génies, les désarmer par des prières ou les réduire à l'impuissance par des formules, tel a été le souci religieux du bas Euphrate, véritable patrie de la démonologie.
L'humble se gare du diable, cela ne suffit pas aux ambitieux qui se flattent de le vassaliser, et partout il y a superstition, il y a magie (c'est-àdire une science conventionnelle qui soumet certains esprits à l'homme). Le dualisme qu'on attribue aux Perses se voit bien plus ancré dans l'âme chaldéenne, et, certes, notre moyen âge n'atteindra pas àc la laideur effrayante des démons à tête de lions et armés de poignards et à cette figure si puissamment méchante du vent sud-est que possède le Louvre et qui est le plus ancien chef-d'œuvre de la représentation diabolique.
Les diables tiennent une place importante dans l'iconographie du moyen âge : le sculpteur de la cathédrale en a fait sa gargouille et le support des vierges et des saints, l'incarnation des vices. Dans les représentations de l'Eglise
militante le démon, l'adversaire, joue un grand rôle; si Satan ne paraît qu'une fois en personne dans TÉvangile ses noirs sujets montrent fréquemment leur corne.
Le diable médiéval effrayait peut-être son temps, il nous fait sourire, même aux fresques de Pise, tandis que la statuette du Khamsin, au Louvre, fait peur, comme les monstres armés de poignard de Koyoundjick. La méchanceté se manifeste par des accents vigoureux et les combinaisons de formes animales sont intenses.
Bin, dans un bas-relief de Londres, poursuit, la foudre à la main, un lion à la crinière de plumes, aux ailes d'aigles. L'artiste kaldéen tremblait réellement à la pensée des esprits, au lieu que le moderne fut toujours un peu sceptique.
Sur les cylindres, Nergal (Mars) et Isdubar (Hercule) combattent sans cesse les démons, sous des formes hybrides.
Il y a des formules contre celui qui forme l image (de l'envoûtement). L'imprécation agit sur l'homme comme un démon; mais la conjuration s'élève surtout contre l'esprit élémentaire. Une brique de Ninive énumère sept grands dieux suprêmes, cinquante dieux du ciel et de la terre, trois cents esprits des eaux et six cents esprits de la terre.
Les Igili (anges) et Announnaki, bons génies, dépendaient des Seds, des Nirgals, des Oustours et des Nattigs.
Le Dieu suit sa ville dans la fortune; quand Our domine, Sin devient le grand dieu, si c'est Larsa, Samas remporte.
On retrouve en Kaldée le prototype de nombreux mythes : Istar et Tammuz (Vénus et Adonis), les douze travaux zodiacaux d'Isdubar (Hercule).
Le polythéisme n'est pas un système, mais la forme générale de la croyance chez les êtres d'un certain degré; au plus bas de l'échelle religieuse, tout le monde est polythéiste de pratique, sinon de formule : au plus haut, tous les esprits sont monothéistes, et ce fut le cas du grand sacerdoce oriental.
La religion kaldéenne ou accadienne est surtout une démonologie ou mieux un perpétuel exorcisme. Le Recueil magique de Koyoundjick, que Lenormant compare à l'Atharna-Veda, a pour final d'hymne «Kakama», qui seditenassyrien « Aman », amen.
Le Sed est le génie bienfaisant, le fameux taureau à face humaine, qu'on appelle aussi « alap ». Le nirgallu se représente par un lion ailé.
L'utuk habite le désert, le mas les montagnes, le télal les villes, le gigim est errant.
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D'après la doctrine lue sur les briques ninivites, l'homme est possédé des bons ou mauvais esprits, sans compter les démons de la maladie, Tidpa qui attaque la tête, le Namtar la peste, le Alal malfaisant sur la poitrine, le gigim qui commande aux viscères, le télal qui agit surles mains.
Le démon revêt trois formes pour persécuter l'homme : le fantôme, le spectre et le vampire. Gelai et Kul-gélal sont l'incube et le succube.
Il existait un nombre mystérieux d'une vertu souveraine. Ea l'enseigne à ses fidèles.
Le nom l'emporte encore sur le nombre.
L'idée du nom ineffable et incommuniquable de la Kabbale se trouve ici ; la force du schem n'est pas une idée juive, non plus que l'usage du phylactère.
Les talismans, par conséquent, jouèrent un rôle prodigieux dans la vie du bas Euphrate; chaque cachet porte du reste des figures symboliques et conjuratoires.
Lenormant croit qu'en un coin de la maison kaldéenne une table était servie aux génies pour les rendre favorables; ce qui serait encore une identité avec la Chine.
A tort on a voulu voir le péché originel dans un récit des briques ; en revanche le roi Adra- Khasis, roi antédiluvien, fait à Isdubar le récit du déluge.
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Prince de Surippak, Adrakhasis fut averti par Kin (seigneur de l'abîme, Hea, Pluton) de Tintention de Bel : « Fais un vaisseau: la semence des êtres vivants va être engloutie, porte la semence des êtres vivants sur ton vaisseau », il en donne les dimensions. Dans le vaisseau Adrakhasis fait monter les troupeaux du désert, et les hommes dans la force de l'âge. Pendant six jours et nuits régnèrent le vent, l'orage; vers les douze maisons de l'horizon, pas de continent. Le mont Nizir arrête le vaisseau et le septième jour il lâche une colombe qui revint, un corbeau qui ne revint pas.
Il sacrifie aux quatre vents et fait un feu expiatoire sur la crête de la montagne. Mais Bel en voyant l'arche s'emplit de colère contre les dieux cinq et deux, mais calmé par Kin, il plaça Adrahasis à l'embouchure des fleuves.
La cosmogonie commence étrangement, presque scientifiquement : Oppert traduit ainsi :
«Jadis, ce qui est en haut, ne s'appelait pas le ciel et ce qui est en bas, la terre, n'avait pas de nom. Apsu, l'abîme, fut leur générateur.
« Un chaos, la mer, fut la mère, la mère qui enfante. Il y eut des ténèbres sans rayons, un ouragan sans accalmie, jadis les dieux furent sans aucune existence. Un nom ne fut pas donné.
« Un destin ne fut pas fixé ».
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Les dieux Luhmu et Lahamu furent créés d'abord.
Un grand nombre d'années passèrent jusqu'à ce que s'augmentât leur nombre.
Le dieu Assur et Ki-Assur.
Le dieu Bel...
Il répartit les mansious, sept en nombre. Il désigna les étoiles qui seraient les demeures des sept lumasi. Il créa la révolution de Tannée et la divisa en misrat (décades), pour chacun des 12 mois, il fixa trois étoiles (décans).
La religion accadienne est un culte des esprits élémentaires, tandis que celle kaldéo-babylonienne est kouschito-sémitique; mais elles se sont pénétrées.
Les planètes vivent d'une vie animale en leur sphères concentriques, au milieu des nuages et des vents.
Dans l'Aral, séjour des morts, il y a sept cercles fermés par sept portes, les démons y habitent.
Le IX c. de la Genèse donne l'origine de Babylone et de la zigurrat.
1. Sur la terre une seule série dont chaque individu renfermait les trois facultés.
2. Dans leur évolution vers la lumière ils vinrent à la manière d'être Schonguir (?) et s'y arrêtèrent.
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3. Ils se dirent : Faisons notre effort pour nous élever, réalisons notre instinct, bâtissons notre doctrine, cimentons nos connaissances.
4- Ils dirent encore : Ne soyons qu'une race et qu'une seule zigurrat s'élève vers le ciel et n'ayons qu'un nom, afin de ne pas être dispersés.
5. Iohah voyant ce dessein de l'humanité de n'être qu'une race et de n'élever qu'une zigurrat.
6. Il dit : voici, ils ne sont qu'un peuple et ils ont tous le même langage, et ils réaliseraient ainsi contre mon verbe.
7. Alors la volonté de Iohah se manifesta, il différencia le langage afin que les hommes ne s'entendant plus, se dispersassent.
8. Et Iohah ainsi les força à peupler toute la terre et à abandonner leur dessein de construire la ville unique, de s'immobiliser.
9. On appela ce moment des grandes exodes, la porte de Dieu (dllou), car à ce moment chaque race ayant sa langue propre se sépara des autres et selon le verbe de Dieu marcha chacune à son destin respectif, par toute la terre.
§ 4. — La Société.
Le seul roi d'époque reculée que nous connaissions autrement que par un nom ou cylindre, le
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patèsi Goudea fut surtout un architecte, il porte sur ses genoux le plan de ses édifices avec le stylet et l'étalon des mesures : ce fut une exception : le bon roi René ne donnerait qu'une fausse idée des autres monarques delà maison d'Anjou, de Naples et de Provence. La Mésopotamie fut aussi superstitieuse que l'Egypte fut pieuse : cela ressort de tous les documents : la magie tient donc une place énorme et différente de la religion.
Les Kaldéens furent plus savants que les Egyptiens, au sens moderne du mot, au sens des mathématiques et de l'astronomie.
Quant à l'Assyrie, ce fut une puissance exclusivement guerrière et qui ne nous a transmis que des images royales ou militaires et quelques scènes d'offrandes. L'autocratie orientale, fantasque et implacablement cruelle, dominait despotiquement ; les Sinnakirib mutilent les prisonniers et leur coupent les mains. On voit le roi crever les yeux des vaincus, sur les reliefs.
Le roi, en Assyrie, n'était pas consort des Dieux, mais leur vicaire : il est presque toujours représenté avec un eunuque comme grandofficier, au type plus gros et imberbe : il y avait trois chancelleries, kaldeo-assyrienne, touranienne et araméenne. L'éponyme donnait son
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nom à Tannée. L'insolvable devenait esclave de son débiteur et déjà les Caucasiens vendaient leurs filles aux Assyriens, ces Romains de l'Asie.
| 5. — Les Dates.
Une date certaine est donnée par une inscription d'Assourbanipal ; il reprit les statues divines enlevées à Ereck i63o auparavant. Cela donne 2295 ans avant J.-C.
Ourkam et Ilgi régnaient en basse Kaldée, à Our, avant l'hégémonie de Babylone. Vers le quatorzième siècle, PAssyrie domina la Kaldée.
D'après Austin la puissance assyrienne mit fin à la suprématie de l'élément touranien.
Faut-il croire à l'inscription où Assarhaddon prétend avoir bâti 10 palais et 36 temples ?
Un palais inachevé à Nimroud lui est attribué. A en croire la Genèse, la civilisation mésopotamienne aurait devancé celle du Nil: les monuments ne justifient pas cette prétention.
La Kaldée est très vieille : elle précéda la Babylonie.
Le premier empire babylonien périt 2400 avant J.-C. et des rois mèdes, selon Bérose, y régnèrent 224 ans, mais la civilisation du bas-
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Euphrate était trop caractérisée pour que le passage des Aryaques pût la submerger. Au reste, la Médie (Madai) comprend toujours une forte part de Touran (Magog), Scythes, des Grecs (Tatars modernes),
| 6. — Le Cunéiforme.
Ecriture composée de traits en tête de clou ou coin, ce sont des droites se coupant à angles droits. On l'écrivait sur l'argile humide qu'on cuisait ensuite. Ce que l'alphabet phénicien a été pour le bassin de la Méditerranée, le cunéiforme le fut dans l'Asie antérieure.
La parenté des clés chinoises et surtout des fameux trigrammes de Fo-hi avec l'écriture cunéiforme est évidente. Le cunéiforme fut-il apporté en Mésopotamie ou exporté en Chine? Cette question insoluble encore déciderait bien des problèmes. A Sirtella, on trouve le cunéiforme encore à l'état de hiéroglyphes.
Le cunéiforme est touranien et le touranien accadien. D'où vient Taccadien, d'un pays où il n'y a ni palmier, ni lion, ni grand félin?
L'Accad n'est pas aborigène de la Kaldée, ils
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venaient de la montagne. Laquelle? Les Aecads étaient métallurgistes et magiciens.
Quinze siècles avant notre ère, l'accadien était devenu, comme une espèce de latin, une langue savante et sacrée et Assourbanipal au VIIe fit copier les textes comme ceux d'une langue morte.