CHAPITRE II
ARCHITECTURE
| 1, — Généralités.
L'absence de carrières, à proximité, faisait réserver la pierre à quelques parties des édifices, encadrement de porte ou revêtement de mur ; la brique constitue l'élément architectonique, avec du mortier ou du bitume et parfois des filets de roseau. Estampée au nom du roi, la brique donne lieu à des incertitudes par les perpétuelles réparations que nécessite ce mode de construction. La terre de Kaldée ressemble à celle du Nil, comme matière.
La brique crue, c'est-à-dire séchée au soleil, la brique cuite au four, et la brique émaillée sont les matériaux de cette architecture. La pierre ne sert que de revêtement ou de base ou d'encadrement.
LES IDÉES ET LES FORMES
L'Assyrie (Resen, Calack, Ninive), plus aisément que la Kaldée, se procurait de la pierre et du bois. Cependant Nabopalassar dut reconstruire Babylone. Diodore parle comme d'une ruine du temple de Bel qu'Hérodote avait vu debout. La Genèse dit : « La brique leur servit de pierre, le bitume de ciment. » La voûte couvrait des salles carrées : elle était en briques crues. Perrot assure que les Assyriens ont su passer de la voûte à plein cintre, à la coupole hémisphérique et même à la coupole elliptique.
A Sippara, il y a des colonnes avec base et chapiteau ; la colonne était en bois revêtu de métal. Elle pesait sur les reins d'un lion, parfois.
La brique émaillée, représentant des motifs ou des personages ou des animaux, a été recueillie abondamment à Korsabad ; souvent les figures sont jaune clair sur fond bleu.
La brique extérieure se revêtait d'un enduit colorié ou blanc. Pour la ziggurrat, le premier étage est blanc, le second noir, le troisième rouge, le quatrième blanc, le cinquième vermillon, le sixième argent et le septième or, selon les 7 lumières de la terre.
La brique émaillée formait des ornements, taureaux ailés.
Place a remarqué qu'un angle de l'édifice est toujours orienté vers le nord vrai, en Kaldée,
tandis que c'est le milieu de l'édifice qui regarde le point, en Assyrie. (Perrot).
Y a-t-il quelque parenté entre la Tour à étages et la pagode ? Celle-ci imite la forme d'une tente et la ziggurrat ressemble à un monticule : il faudrait connaître des types de la Chine primitive : mais là, à chaque étage, un toit débordant se retrousse.
§ 2. — Le Temple.
Le temple kaldéen s'efforce dans le sens vertical, au contraire de l'égyptien qui s'étend sur le sol.
La ziggurrat se compose de terrasses en retrait se superposant et terminées par un édicule ; le type accompli est la tour carrée à sept étages mentionnée par les Grecs.
La ziggurrat créait une éminence artificielle dans un pays plat. La description d'Hérodote donne « une tour massive de i85 mètres (un stade), sur cette tour s'en élève une autre et ainsi de suite » ; il décrit ainsi le monument type reconstruit par Nabuchodonosor.
Voyez la restitution Chipiez du temple sur plan rectangulaire.
Le Birs Nimroud, qui n'a plus que 70 mètres,
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s'élevait à i85 d'après Strabon. Chaque étage se colorait d'une couleur planétaire. La double rampe a-t-elle existé ?
La tour à étages de Korsabad a été étudié par M. Chipiez (salon de 1879). C'est une pyramide à larges degrés en terrasse. La description d'Hérodote se trouve exacte.
Les bas-reliefs donnent l'image de chapelles à fronton triangulaire, mais la forme du temple est la ziggurrat; la tour de Babel était la plus haute tour de ce genre. On a voulu rapprocher la pyramide, qui est la maison close pour les siècles d'un roi mort, de la ziggurrat où le sacerdoce étudie et sacrifie, observe le ciel pour ses présages et dresse sans doute un autel aux dieux.
Arya ou Sémite, l'homme a commencé ses rites sur les hauts lieux; le Veda en témoigne comme la Bible : or, la Mésopotamie n'offre aucune montagne, il fallut donc construire le bamoth qui n'existait pas dans cette plaine si rase.
On fit d'abord un soubassement très large, une éminence artificielle. Sur cet exhaussement artificiel on éleva des terrasses en retrait avec la brique séchée au soleil ou au four.
L'Assyrie employa surtout le pisé ou l'argile pilonnée dans des formes de bois, qui, en séchant, devient une masse compacte; la pierre s'appliquait comme un lambrissage, par vastes plaques :
KALDÉE ET ASSYRIE
on comprend que, malgré l'épaisseur, de semblables murs devaient à la longue s'effriter et produire ces tells informes qui bossuent la plaine de Kaldée par centaines et dont cinq ou six à peine ont été fouillés : Korsabad, Nimroud, Kouyoundjik et Sirtella.
| 3. — La Tombe.
Aucune stèle funéraire, ni aucune figuration relative aux funérailles. On a pensé que les Assyriens se faisaient enterrer en Kaldée, terre sacrée. On conduisait donc les morts notables à Babylone ?
La nécropole de Warka contient plus de cadavres queThèbes, campo santo séculaire et national. Les Chiites envoient encore à dos d'ânes tous leurs morts vers la tombe d'Ali (huit mille, par an) selon Loftus. On a trouvé des coupes, des écuelles, des cachets.
La descente d'Istar aux enfers découverte aux briques de la bibliothèque d'Assourbanipal, par Smith, nous initie à la notion kaldéenne du devenir.
La Kaldée croyait à l'importance de la sépulture. On a des cercueils en forme de jarre, des
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tombes à couvercle en claire-voie. L'Ekimmou (Ka égyptien) vit dans la tombe et on lui donne de la nourriture et des armes.
L'homme privé de sépulture se venge, en revenant en loup-garou, en vampire, il glisse sous les portes, il vole dans l'air jusqu'au moment où il entre dans FAral, enfer indéterminé qui a sept enceintes et sept portes et où régnent Nergal et Allât, « dame du grand pays ».
Velue, avec des serres et un masque de lionne, Allât manie des serpents comme armes; à la fois déesse des enfers et furie, elle règne despotiquement aux sombres bords.
La Mésopotamie croyait à la résurrection des morts.
L'enfer kaldéen se trouve figuré sur une plaque de bronze trouvée à Hama, dans la Syrie du Nord; il ne nous est parvenu aucun sépulcre monumental.
§ 4- — Le Palais.
Le palais est le monument qui a résisté.
Il pose sur un tertre à terrasse dallée, qui ressemble aujourd'hui à des tertres naturels et qu'on nomme tells : le Birs-Nimroud a encore 65 mètres.
KALDÉE ET ASSYRIE
Il n'y a pas de fenêtres, à cause de la chaleur, on recherche une fraîcheur de cave.
Le revêtement métallique avait une grande part à l'effet.
Le palais de Sargon, à Korsabad, est en briques, mais le mur a des pierres appareillées.
Le rempart ninivite a jusqu'à 28 mètres d'épaisseur, avec un crénelage de deux merlons superposés en décroissance.
Il y avait 26 paires de taureaux ailés, et à Kouroundjik, au palais de Sinnakirib, dix colonnes.
Le palais de Sinnakirib, à Koyoundjick, égale en surface le grand temple de Karnack; il avait 26 paires de taureaux ailés.
Celui de Korsabad, le mieux étudié, peut être pris pour type avec ses trois parties : selamlik, harem et khan. Il est construit en briques, mais le mur montre des pierres appareillées.
11 ne nous reste pas de monuments kaldéens; nous devons les supposer, en des restitutions, et MM. Perrot et Chipiez l'ont fait avec maîtrise.
C'est la sculpture qui' nous est parvenue de façon imposante.
Les huit statues de Soudéa suffisent à prouver que l'art kaldéen approchait de Fart égyptien.
Mais l'Assyrie (et cela fait douter de son sémitisme) a créé dans le domaine plastique, avec une puissance splendide, et son œuvre est per-
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sonnelle, indépendante, et elle engendrera l'art perse plus tard. Le bas-relief de Korsabad et de Nimroud est réellement un chef-d'œuvre; ces rois manifestent laplus brutale majesté, les scènes de chasse n'ont jamais été égalées.
§5. — La Maison forte.
A Uruck, quelques restes de rempart de i5 mètres de haut sur 6 d'épaisseur au sommet : Loflus y a vu des tourelles en saillie, de i5 en i5 mètres.
Selon Maspero, le plan que tient sur ses genoux une statue de Sirtella est une forteresse; c'est aussi un palais. On y remarque les rainures décoratives des maisons égyptiennes.