M. FONTANES
Le Kaldéen se rasait la tête et le visage, au contraire de l'assyrien qui y voyait un attribut de dignité; il était honteux d'être nu; et le vêtement est long, lourd, sans doute voyant et bordé de longues franges, parfois un manteau.
La mitre ronde avec un tour de plumes ou conique avec deux rangs de corne coiffe les dieux et les rois : ceux-ci ont des anneaux de bras, de lourdes bagues.
Il y a deux types dans les bas-reliefs : Pun à
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taille élancée, l'autre trapu; l'un dolichocéphale, l'autre à tête globuleuse; l'un au profil arqué, l'autre aux pommettes saillantes et au nez creusé à la base : le premier est l'assyrien proprement dit, et l'autre mongolique ou touranien.
§ 2. — La Forme humaine.
Le taureau à face humaine, admirable création qui réunit, de profil, le caractère du bas-relief à celui de la ronde bosse, vu de face.
Combinaison des flancs et des sabots du taureau avec la crinière du lion qui blasonne les deux types du courage et de la force animale; ce type s'augmente de la face humaine mitrée et des ailes propres à signifier l'être surnaturel. Par la tête il pense, par les ailes il peut s'élever au ciel, par les caractères organiques il commande en terre.
Le sphinx est un chat androgyne, il garde en rêvant; le taureau veille et marche.
On doit admirer sans réserve les reliefs musculaires d'une intensité sans égale, et considérer aussi la noblesse sereine, la pensée puissante et bienveillante de cette face si différente du type juif. Ce dernier a un trait dominant, c'est le retour
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du nez vers la bouche : la courbe assyrienne s'arrondit nettement au lieu de couler.
Les taureaux, monolithes de 32.ooo k., de face, paraissent immobiles tandis que de profil ils marchent.
Au Louvre, ils sont placés latéralement, à leur place, ils regardaient l'entrée; le taureau a cinqpattes afin de présenter les deux aspects complets.
Les taureaux de Kaldée ont tous disparu à cause de la rareté et de la cherté de la pierre : ceux de l'Assyrie n'ont dû leur salut qu'à leur enfouissement.
Un autre type de la statuaire est Isdubar (Hercule) qui a une tête léonine, avec chevelure en crinière ; les cylindres le montrent accomplissant des travaux héraclides. Dans un grand relief du Louvre, Isdubar étouffe contre sa poitrine un lionceau.
Il y a aussi le génie aux ailes éployées tenant des objets d'offrandes, et rentrant dans la catégorie des seds ou protecteurs de l'homme.
Sans la trouvaille récente de M. Sarzec qui orne le Louvre, sans les statues de Sirtella, nous ne saurions pas ce que fut la statuaire kaldéenne. Certainement, d'autres ouvrages surgiront, mais ils ne changeront pas l'opinion déjà faite sur une tendance réaliste tout à fait étonnante à une pareille date.
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La force physique, la force du muscle n'aura jamais de version plus impérieuse, même chez les athlètes grecs ; l'Hercule Farnèse, malgré son luxe de modelé, ne produit pas l'effet de toute puissance brutale du ciseau d'Assour.
Est-il permis de voir dans les vestiges de Sirtella une antiquité égale à celle de Memphis? Goudéa ne se place pas plus haut que 3ooo avant J.-C. Toutefois, le bas-relief des vautours qui tournoient au-dessus d'un amas de cadavres que des hommes en pagnes couvrent de chaux, et l'enseigne à Poiseau éployé tenu par un homme à mitre basse témoigneraient d'une date plus lointaine que les statues du palais. Les statuettes du musée Britannique ne donnent pas de date appréciable et rentrent dans la rubrique de la Kaldée primitive.
La sculpture assyrienne, comme l'architecture, s'épanouit au dixième siècle, sous Assourbanipal qui éleva le palais de Calach. Le despote asiatique dans son acception de force victorieuse a trouvé là son image idéale. Le pharaon androgyne de Thèbes et le sar brutal de Ninive représentent les deux aspects de la royauté, à un degré tel que, nulle part, on ne retrouve des images aussi impérieuses et définitives : le premier en type mince et nerveux, le second en robustesse, épuisent toute Pidée attachée au
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sceptre. Sur son char poursuivant l'ennemi ou le lion, ou solennel dans les scènes d'offrande, le sar assyrien est peut-être la plus forte vision plastique du pouvoir absolu : le pharaon, subtil de lignes et doux d'expression, représente plutôt le consort divin, l'homme privilégié qui tire sa puissance de sa race surhumaine : il a des parents célestes et qui lui donnent la victoire; le monarque assyrien avec ses énormes biceps a sa légitimité dans ses muscles : il réalise le fort chasseur devant l'éternel et la Grèce n'a pas atteint en ses Héraclès l'intensité de puissance physique qui s'accuse ici.
L'art assyrien est un grand art : dans l'interprétation du fauve, c'est le plus grand. Les animaux grecs ou romains de la salle du Vatican ne sont que des bibelots et des presse-papier auprès des panthères blessées et des lions vomissant leur sang de Ninive. De môme, les guerriers romains font bien petite figure à côté du rude homme d'Assour, si râblé et si féroce. Le basrelief assyrien a devancé les Florentins, il a un fond et du paysage, la mer et ses poissons, les arbres des montagnes, le marais et ses roseaux.
Le taureau ailé à tête humaine tiarée, la grande création kaldéenne, est le pendant du sphinx égyptien. Il a le même sens de gardien : coros de
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taureau, crinière de lion, ailes d'aigle forment un blason d'une force irrésistible.
Le taureau semble marcher et garder le seuil à la façon d'une sentinelle surnaturelle. Avec l'Oannès et l'fsdubar, ce sont à peu près les seuls personnages représentés.
L'arrangement symétrique de la chevelure et de la barbe produit une espèce d'uniformité dans les têtes au nez aquilin, au front bas. Le type ne diffère pas du génie au monarque et au guerrier.
Il y a, au Louvre, huit statues de Goudéa, toutes trouvées dans la cour centrale, les unes debout, les autres assises ; toutes ont les mains unies sur la poitrine et emboîtées Tune dans l'autre ; ce qui devait être une attitude consacrée pour la prière. Sous le turban ou la perruque, la tête est rasée. Les parties nues, épaule et bras droit sont traités, pourrait-on dire, à la grecque : les pieds et les mains minutieusement modelés aux phalanges et aux ongles: quant aux têtes trouvées en même temps et qui ne correspondent pas à ces corps, elles sont d'un franc caractère, mais sans analogie avec le type sémitique, toutes imberbes ou rasées.
On a trouvé à Sirtella une femme jouant de la harpe qui est la plus ancienne figure du sexe en dehors de l'Égypte : le monument est gra-