KA.LDÉE ET ASSYRIE
cieux, le type indiscernable ; les figures d'Istar sont rares et minuscules.
La femme, représentée gauchement par des statuettes et sur les cylindres avec les traits d'Istar, est absente du bas-relief assyrien, moins comprise que la plastique masculine.
La statue de Nebo (Thot), Sargon devant l'arbre sacré, au Louvre, la statue assise de Salmanasar en basalte noir, sont belles.
| 3. — Bas-reliefs.
Le plus ancien bas-relief est celui de Sirtella, au Louvre, où on ensevelit des morts tandis que des oiseaux de proie emportent des membres humains dans les airs.
Le bas-relief assyrien qui s'élève parfois en très haut relief jusqu'à 25 centimètres, est narratif. Commandé par le roi, il ne dit que ses victoires et ses chasses et déroule les annales du règne: les dieux ne paraissent que sous forme de blason dans le disque des étendards décochant une flèche. Groupe d'officiers ou défilé de captifs, prise de ville ou festin après le combat.
Le type diabolique abonde à Kouyoundjick,
LES IDÉES ET LES FORMES
des hommes à pattes d'aigle, à tête de lions furieux, les mains armées de poignards. Un spécimen de ce genre est au Louvre.
Le vent du sud-ouest, statuette de bronze du Louvre, est probablement la plus ancienne figure de diable qui existe : exemple de hideur méchante où les formes animales se combinent avec le corps humain de façon vraiment effrayante.
On possède aussi une tête de lionne effrayante ; un chien au musée Britannique.
Ce sont là les prototypes de la diablerie qui s'épanouira dans la gargouille du moyen âge, avec le même principe de la forme animale en relation avec un vice ou un mauvais sentiment.
Le dieu, même avec un corps animal, porte la tête humaine : la tête animale est réservée au démon. Art anthropomorphe, puisque la divinité se représente en couple : le dieu s'accompagne de sa parèdre ou principe passif.
Sin règne à Our, Samas à Larsam ; à Babylone Merodack et Nebo, et surtout Bel.
Assour ne prend le rôle général d'Ammon que tard, à Ninive, et s'égale alors à Iaveh.
C'est au dixième siècle, sous Assourbanipal, que la sculpture assyrienne donnera sa mesure au palais de Calach. Ces bas-reliefs, au musée Britannique, représentent le roi appuyé sur son
arc d'une main et de l'autre élevant une soucoupe de libation, en face d'un eunuque agitant le chassemouclie.
Le roi es! aussi musclé, avec biceps redondant, et aussi mâle que le pharaon est mince ec presque féminin.
Assourbanipal apparaît à la fois comme un tueur de lions et un lettré. Le palais du Nord à Koyoudjik contenait la copie des vieux textes kaldéens, véritable bibliothèque dont les débris sont au musée Britannique. (V. Menant, La Bibliothèque du palais de Ninive. 1880, Leroux.) L'empire de Sargon et de ses successeurs est essentiellement militaire et conquérant, mais on ne le trouve jamais, habile administrateur, à la façon romaine.
En632, les Kimmériens comme un Kamsin ravagent tout; les murailles sauvèrent Babylone et Ninive,etcette formidable razzia opérée, les dévastateurs chargés de butin regagnèrent leurs steppes.
L'Assyrie se présente, à la fin du douzième siècle, avec un bas-relief taillé dans le roc, à Korkhar : Teglathphalasar, debout, tient un sceptre.
Au dixième siècle, s'élève à Calah le palais d'Assourbanipal. Ce sont les bas-reliefs de ce palais qui donnent la plus haute idée du ciseau assyrien.
LES IDÉES ET LES FORMES
La stèle de Samasvul, qui porte la croix grecque au col, est un chef-d'œuvre.
Avec Sargon (VIIIe), à Korsabad, la forme moins trapue, la musculature moins abondante avec un relief plus modéré dans l'albâtre.
Les monuments de Sinnakirib offrent plus de détails et d'accents naturalistes ; « le genre et le paysage s'introduisent dans le tableau d'histoire ». (Perrot.)
Au ravin de Bavian, sur une paroi rocheuse, on voit de grands bas-reliefs taillés dans le roc des dieux, les pieds sur des lions et Sinnakirib. Il y a d'autres motifs plus petits.
Layard aussi découvrit une fontaine avec des lions de profil. Place a copié le bas-relief de Mathai bizarrement taillé à 3oo mètres d'élévation. C'est une suite de dieux mitrés les pieds sur des animaux, lions et taureaux, pour indiquer leur surnaturalité.
La paire d'ailes étendue portant le disque s'étale sur la corniche égyptienne. L'Assyrie inséra dans le disque un guerrier armé et tiaré que la Perse imita à son tour. Ainsi Atonou (le disque) devint Assour, puis Ahura Mazda.
Oannès, le Dieu civilisateur enseignant, et le taureau ailé sont les seules figures de bonté. Le taureau ailé n'est pas un dieu, mais un ange ou génie, un œlohim, un délégué des grands Dieux,
KALDÉE ET ASSYRIE K>7
tel le veau d'or que fondirent les Israélites pendant que Moïse était sur la montagne.
Anthropomorphe et réaliste et véritable ancêtre de Part grec, le Kaldéen se révèle par les statues de Goudea trouvées à Tello par M. de Sarzec. En dehors de cette fouille heureuse, c'est Ninive qui nous a conservé les formes kaldéennes, grâce à l'accumulation de la terre sur les palais royaux.
Le caractère égyptien est subtil et procède d'un dessin au trait sans modelé que la teinte plate achève de réduire à la silhouette.
Le caractère kaldéen est intense, et procède d'un modelé amplifié et d'accentuation hardie.
Les beaux pharaons, Seti, Toutmès, Ramsès, ressemblent à des androgynes et même, quand ils combattent, ils semblent triompher qualitativement.
Sinnakirib en vicaire des Dieux, les rois d'Assour, Assourbanipal et Sargon sont des hommes d'une robustesse prodigieuse, des lutteurs dont le poing est terrible.
En outre, on ne trouve nulle part en Mésopotamie ces reines, ces danseuses, toutes ces femmes voluptueuses de Thèbes ! Au bord du Tigre, la chasse fut le grand plaisir et le chefd'œuvre du ciseau reste, peut-être, le lion.
LES IDÉES ET LES FORMES
La XVIIIe dynastie a pénétré jusqu'à l'Euphrate, Sargon plus tard envahit l'Egypte, mais il n'y eut pas d'influence réciproque.
Les Assyriens, grands chasseurs, sont d'admirables animaliers.
La tête de vache en bronze trouvée à Bagdad et certains cylindres représentent des taureaux.
Mais les chiens d' Assourbanipal, l'onagre courant, lions et lionnes, le lion blessé, et le lion sortant, la panthère aux reins traversés de flèches sont des chefs-d'œuvre où la synthèse du dessin, l'accent fauve et la justesse des mouvements aboutissent à une puissance qu'on ne dépassera pas.
La sculpture ne représente que les génies et les rois. Ici, nul de ces bas-reliefs qui nous fasse assister à la vie des arts et métiers et aux travaux rustiques : il n'est question que de victoires et les scènes se rapportent toutes aux expéditions militaires.
L'invention se montre plutôt au Bestiaire. Dans un bas-relief d'Assourbanipal on trouve le cheval ailé, ailleurs le griffon ; au musée Britannique un centaure.
Cylindres.
« Les Babyloniens ont chacun un cachet, » dit Hérodote, avec lequel ils signaient. Furentils d'abord des amulettes ou le devinrent-ils? Ce
KALDÉE ET ASSYRIE
sont des cylindres de 3 ou 4 centimètres gravés sur la partie convexe et percés entièrement pour être suspendus ou recevoir une monture les rendant facile à manier. Le roulement du cylindre sur une matière molle ou humide donne un basrelief, à peu près toujours talismanique. Le musée Britannique possède 6oo cylindres et notre Bibliothèque nationale à peu près autant. La gravure est en creux. Les plus anciens sont des calcaires, plus tard on travailla sur pierre fine et on choisit la pierre suivant sa valeur magique.
Tantôt un génie tient en respect deux animaux symboliques, tantôt Isdubar, avec son écuyer Héa Bani, accomplit un exploit ou bien des scènes d'adoration et d'offrande.
Le cylindre assyrien semble reproduire un bas-relief, surtout sous les Sargonides, il est plus plastique et moins chargé de signification mystique. Inutile de dire que cette glyptique se borne à l'intaille et ne s'éleva pas jusqu'au camée.
Le commentaire des cylindres fournira un jour des clartés sur la religion. Le sceau d'Ourkam en lapis-lazuli montre un Dieu à barbe assis.
Un pays enrazziasperpétuelles comme l'Assyrie devait s'adonner au luxe. La beauté du meuble assyrien se trouve vantée dans la Bible. Les trônes et les fauteuils royaux incrustés de bronze ciselé
LES IDÉES ET LES FORMES
et d'ivoire correspondaient à la beauté des broderies qui étonne aux planches de Layard et il ne faut pas douter qu'Hérodote ait vu à Babylone des statues d'or massif. Pendant les trois siècles de la puissance assyrienne les matières précieuses affluèrent à Ninive.
L'art kaldéo-assyrien fut transporté, comme toute la culture, de Babylone à Ninive où il a fleuri, grâce à la puissance des rois.
Mais on ne se rend pas aussi bien compte de l'extension esthétique de la Kaldée que de celle de l'Egypte.
Cependant le sceau d'Ursaka, roi de l'Ararat, adversaire de Sargon, copie un cylindre; la Syrie et la Palestine n'eurent pas d'autres modèles et l'Asie Mineure a transmis son enseignement aux Hellènes. La Susianeoù on employait l'écriture cunéiforme donna son art à la Perse.
Sous les Acheménides les formes sont empruntées à la Babylonie, pour les monuments comme pour les cachets. La silhouette sculptée d'une ville susienne est identique à celle d'une cité kaldéenne.
La notion d'infériorité des races touraniennes est une erreur. Les Tibaréniens et les Chalybes auraient été civilisés et artistes, à la période du bronze, et auraient influencé même le nord de l'Europe, avant l'expansion phénicienne?
KALDEE ET ASSYRIE
L'Oannes, le dieu amphibie qui sortit de la mer Erythrée et vint sur la plage de Babylone pour enseigner les hommes, durant le jour, leur laissa un livre. Cet initiateur était-il touranien? En éclairant ce mythe, la plupart des obscurités disparaîtraient . L'Egypte ne nous donnera plus que des répétitions de ce qu'elle a déjà livré; les tells de la Kaldée nous restitueraient la seconde page de l'humanité. N'est-il pas étrange qu'aucun de ceux qui, en Amérique, donnent des millions pour des universités, ne commandite une expédition en Mésopotamie?
Babylone fut l'entrepôt des caravanes d'Orient et d'Occident : les produits de l'Asie se centralisaient là, mais elle fabriquait les tissus de laine et de lin, les bijoux, les amulettes. Il faut prendre garde que la Phénicie fut l'unique agent de propagation et d'échange. A mesure que les découvertes se font, le rôle du Phénicien se réduit, même comme entremetteur d'idée et de forme. D'après Lenormant {la Monnaie dans V antiquité), la Babylonie aurait inventé la lettre de change.
LES IDÉES ET LES FORMES
Botta, Monuments de Ninive, 1849.
Lenormant, la Langue primitive de la Kaldée, 1875.
Lenormant, la Magie chez les Kaldéens.
Place, Ninive et l'Assyrie.
Oppert, Expédition en Mésopotamie.
Loftus, Susiana and Chaldea.
La yard, Discoveries.
Rawlinson, Five great monarchies.
Menant, Essai sur les pierres gravées.
Heuzey, les Fouilles de Kaldée.
Perrot, Fouilles de M. de Sarzec {Revue des Deux-Mondes, 1er octobre 1882).
Rabelon, Manuel d'Archéologie Orientale.
Heuzey, Un Palais kaldéen, 1888.
De Sarzec, Découvertes en Kaldée.
Ledrain, Appendices à VHistoire d'Israël.