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CHAPITRE PREMIER

GÉNÉRALITÉS

| i. — Le Pays.

Soixante lieues de côte sur quelques lieues de large, contrée montagneuse, sol calcaire assez tendre pour que la maison d'Amrit soit toute entière découpée dans le roc ; une quinzaine de villes toutes séparées de la Syrie par le Liban : Arad, Marath, Gebal (Byblos), Béryte (Beyrouth), Sidon (Saïda), Tyr (Sour), Joppé

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(Jaffa), Béryte et Gebal furent d'abord ; quoique la Bible appelle Sidon « le premier-né de Khanaan » qui eut pour rivales Arad et Sour.

Toutefois, la Phénicie n'est pas plus contenue dans ces cités propres que l'Angleterre dans son île, et quoique ses coloniesn'aient été que des comptoirs, c'est-à-dire des stations de radoub, d'entrepôt, ou de négoce, on les trouve répandues sur toutes les côtes de la Méditerranée et dans des villes très avancées dans l'intérieur des terres, comme Carcassonne en Languedoc qui paraissent à base punique (Carcago, Carthage).

La Phénicie a élevé des temples à Malte, à Rhodes , on la retrouve en Sicile, en Sardaigne, sur la côte hellénique et italique : il faut suivre ses bateaux et faire escale avec eux plutôt que de s'attarder aux métropoles syriennes. L'intermédiaire n'existe que par rapport à deux autres personnes et le Phénicien aussi; par lui-même, il ne représente rien.

| 2. — La Race,

Les Pœni des Romains, le Pount des Egyptiens, les Hycksos qui s'abattirent sur l'Egypte et ceux qui s'établirent sur la côte syrienne sont semblables. Ce seraient des Kouschites, des fils

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de Kham; mais leur langue est sémitique ? Au temps de David, la Phénieie était déjà puissante, puisque l'architecte et les ouvriers, une partie des matériaux sont demandés par Salomon au roi de Tyr. Renan a vu, dans le Phénicien, le frère de l'Hébreu.

Au vingtième siècle avant J.-C, Sidon, Tyr, Jaffa, Béryte (Beyrouth) et Gebal (Byblos) étaient les plus anciennes, Sidon (pêcherie), surnommée la fleurie, et Tyr (séparée du continent par un détroit de 1.000 mètres) l'emportaient. Pour la prendre, dit Renan, Alexandre dut la réunir à la terre par un isthme comme le sillon de Saint-Malo.

Malgré que la Bible fasse le Phénicien descendant de Gham, il a joué un rôle trop identique à celui du juif pour qu'on n'affirme pas son caractère sémitique. Au reste, Salomon et Hiram se traitaient fraternellement, Achab épousa Jésabelde Sidon.

L'évolution phénicienne devança la juive; et toujours le juif emprunta aux Phéniciens sa main-d'œuvre et même ses rites dépravés. L'identité de la langue et du type et même des facultés sociales constituent une preuve de parenté plus forte que la classification de la Genèse qui fait très illogiquement du Phénicien un fils de Gham.

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§ 3. — Les Idées.

Elles paraissent empruntées à la Kaldée. Les Dieux ont une parèdre, à côté de Baal on trouve Baalat. Molock est une mauvaise lecture de Méleck (roi) et ne signifie que le seigneur. Baal (Bel) et Atarsté (Istar).

Rouach (le souffle) flottait sur le chaos et s'unit à lui, Mot (le limon) naquit.

Le dieu El avait fondé Byblos. Il est bifrons et a six ailes. Sa sœur-épouse portait le croissant et les cornes de vache (Hathor), elle aima Adonis qu'un sanglier tua et par ses pleurs le ressuscita : version du mythe kaldéen d'Istar et de Tammuz.

Melkart est un Isdubar et le prototype d'Héraclès. Comme dit Maspero, le soleil est un Baal et la lune une Astarté.

Le culte sanguinaire et lascif forçait les parents à racheter leur premier-né : le passage des enfants par le feu ne fut peut-être qu'un rite, une élévation au-dessus de la flamme : mais dans les heures de péril, selon Plutarque, les parents assistaient résignés à la grillade de leurs enfants. Au livre des Rois, les prêtres se tailladent avec leurs couteaux, comme des derviches.

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Pour Astarté, le fouet, la mutilation et la sodomie avec les Kédeshim, chiens d'amour.

On concilie difficilement l'activité et l'audace de cette race avec l'abomination de ses mœurs. C'est à croire que ces éternels corrupteurs cultivaient les vices afin de les mieux comprendre et de les mieux servir.

Ils adoraient les sept planètes kaldéennes sous l'appellation de Cabires, en leur donnant comme chef Eschmoun, cette étoile polaire qui fut la seule boussole de ces audacieux navigateurs.

L'immortalité de l'àme n'existe pas plus en Phénicie qu'en Israël, mais, ici et là, on trouve les betylles, les pierres sacrées, coniques, dont le culte se perpétue de nos jours dans la pierre noire de la Mecque.

A Jérusalem comme à Tyr, les deux colonnes Jakin et Boaz se placent à Feutrée du temple.

Clermont-Ganneau a signalé que les Phéniciens adoraient certaines divinités égyptiennes et composaient leurs propres noms avec les leurs.

« La Phénicie fut, dès la plus haute antiquité, sous la dépendance de la civilisation égyptienne. » (Renan).

Aucun peuple n'apporte un témoignage plus positif à la moralité essentielle de l'art : l'antiquité est unanime à déclarer la bassesse d'âme

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de cette race dont toute l'activité était pour le gain et dont la religion s'exprimait parla cruauté et la débauche. Ces marchands étaient des pirates; à l'occasion ils faisaient le commerce des deux sexes non pour la glèbe mais pour la luxure. Le rite religieux représente toujours le plus haut état des consciences : ici il consacre la négation du sentiment paternel et de la loi naturelle. Le Phénicien est immonde comme type et pour tout son ensemble, c'est un frère de l'Israélite. Il faut admirer à quel point la différence de religion peut séparer deux branches d'une même race.

Le Bétyle Beth-El de la Bible, c'est la pierre levée de notre Bretagne, l'obélisque d'Egypte : il occupe le centre ou la niche de tout sanctuaire phénicien.

Il y aurait un beau et difficile travail à faire sur le rôle phénicien dans le voyage des mythes. On identifie Resef à Apollon, Baal Hammon, homme mur assis, avec ses cornes de bélier, offre un caractère de dieu infernal.

Le sacrifice d'Abraham qui a immémorialement révolté la conscience occidentale suffit à prouver que la demande de Iaveh au patriarche ne répugnait pas invinciblement à l'esprit sémitique.

Nous ne saurons jamais bien quelle fut la

religion de Tyr ou de Carthage parce qu'elle affecte un paroxysme sauvage de l'instinct.

Les Dieux qu'ils ont pris à la Kaldée perdent leur physionomie originelle, ils se sémitisent, lascifs et farouches. Le beau livre de Flaubert ne donne qu'une idée fantaisiste du monde punique, c'est une fresque ou une série de fresques sans réalité.

§4- — La Société.

Le Phénicien n'a rien créé, pas même son alphabet, mais il a servi d'intermédiaire entre tous les points de la Méditerranée : pendant huit siècles, il a trafiqué par mer de toutes choses, de vierges et d'éphèbes, comme d'étoffes et d'épices. Industriel, il a fabriqué de la pacotille pour tous pays, il avait le monopole de la pourpre.

Il fut intrépide dans le commerce, quoique l'expression étonne, lui qui payait tribut au lieu de livrer bataille, esprit pratique et avide au gain, il accepte les risques d'une Argonautide, pour s'enrichir: jamais l'esprit d'aventure n'a armé tant de bateaux que le vœu de négoce.

Méprisé et recherché, passant pour un être de mauvaise foi, et en réalité aussi pirate que mar-

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chand, le Phénicien nous apparaît dans l'Odyssée enlevant à Syros le fils de Clesios et le vendant à Ithaque.

Les savants prétendent que le Phénicien échangeait des objets manufacturés contre des produits naturels. Cependant Hérodote dit qu'ils offrirent aux Argiens « des denrées égyptiennes et assyriennes ». Il est plus conforme au tempérament juif de ne pas fabriquer lui-même et de se borner au rôle d'intermédiaire. Les Sémites de Sidon savaient que nul ne s'enrichit du travail de ses mains, et ils devaient se borner au trafic, mais avec quelle intrépidité ! L'héroïque navigation de Jason vers Colchos, ou d'Agamemnon vers Troie, toute une race l'a osé, sans répit, dans le seul but du lucre : et peut-être cette audace et ce mépris du péril donnaient-ils au juif delà mer un certain prestige qui le sauvait du mépris où fut toujours tenu le juif de la terre.

Le Phénicien a devancé les modernes comme ingénieur et surtout dans ce qu'on appelle couramment les travaux d'art. Ses citernes d'une si grande importance pour les villes fortifiées et surtout pour les îles, ses ports avec leurs môles et leurs docks, toute la construction industrielle ou mercantile, ont exercé son sens pratique et civilisateur.

Pris sur la bande de côte où il fabrique pour

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l'exportation, le Phénicien est le moindre des Sémites. Il ne nous a laissé ni un art ni littérature, on peut ajouter ni religion. Mais suivi dans son mouvement incessant de navigateur marchand, il crée des contacts si nombreux, si fréquents entre des races si diverses, que l'histoire de la civilisation deviendrait incompréhensible en son absence.

Les deux civilisations autonomes de l'Afrique et de l'Asie l'ont eu pour missionnaires: le scarabée d'Egypte et le cylindre de Kaldée ont passé, par le ministère de ses mains crochues, d'Orient en Occident. On leur a trop attribué d'inventions ; ils n'en firent jamais, non plus que de créations, mais ils établirent les contacts les plus divers et remplirent un rôle providentiel. Pirates non conquérants, ils n'inspiraient pas d'autre crainte que celle d'hommes avides dont on se gare, en les utilisant ; leurs vaisseaux ne portaient pas de soldats aux armes dangereuses. Partout où ils s'arrêtaient, ils apportaient toujours du nouveau, du rare, et en bon commerçant, ce qui manquait.

La pensée s'étonne devant l'évocation de leur bassesse et aussi de leur utilité, à la fois sordides individus et prodigieux agents de civilisation.

Leur influence fut extrême, ils mirent en contact des races qui, sans eux, se seraient toujours

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ignorées. Ils créèrent une circulation incroyable d'objets.

Sans eux, la civilisation méditerranéenne n'aurait pu évoluer aussi vite.

L'antiquité orientale éprouvait dans son ensemble une répugnance à se risquer sur la mer; seul, le Phénicien fut un marin hardi, en même temps qu'un assimilateur : il fabriqua tout ce que demandait une clientèle vraiment européenne.

Le Phénicien ne fut ni conquérant, ni colonisateur: sauf Carthage, il n'établit que des comptoirs.

Moralement, il a donné lieu à l'expression de foi punique. A en croire un passage de la Politique d'Aristote, Carthage était en réalité une plutocratie.

Industriellement, la Phénicie tenait l'article parfumerie et elle soignait les flacons en albâtre, en terre émaillée qu'on a retrouvés à Vulci, à Glusium, à Véïes, ainsi que des ivoires : même les curiosités, comme les œufs d'autruche.

Les gigantesques travaux d'exploitation industrielle et agricole, les innombrables caves creusées dans le roc, les silos à grains, les piscines, les citernes, les pressoirs monolithes à grain et à huile, les meules énormes révèlent le génie propre de la vieille Phénicie (Soury).

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| 5. — Les Dates.

Période sidonienne, extension dans la mer Egée et la Méditerranée, Chypre, Rhodes, Crête, Cilicie, Paros, et Thasos, fondation de Combé (Tunis), fondation de Thèbes,en Béotie,par Kadmos. Elle finit vers 1209.

Période tyrienne qui dura jusqu'à la victoire de Nabuchodonosor 5y4 et même jusqu'à Alexandre 332, fondation d'Hippone et d'Utique.

Période carthaginoise (de 833 aux guerres puniques).

| 6.— Alphabet.

Champollion avait dit que l'alphabet phénicien sortait du hiéroglyphe: M. de Rougé Ta démontré. A l'époque des Hycksos, les Phéniciens prirent dans l'égyptien cursif les caractères correspondants à leurs principales articulations. L'araméen, l'hébreu n'ont pas d'autres origines. L'alphabet grec a la même source : c'est donc tout à fait à tort que l'on attribue à la Phénicie l'alphabétisme qui appartient à l'Égypte, mais ils l'adaptèrent à leur langue et le répandirent.

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Les prétendus inventeurs de Pécriture paraissent n'avoir pas beaucoup écrit. Les monuments publics restèrent anépigraphes «jusqu'à l'époque grecque ». Renan remarque encore la laideur des inscriptions sans calcul d'espace, sans alinéa, sans majuscule. Graphologiquement, cette cursive correspond à l'écriture de l'avare. Le fond répond à la forme identique, conventionnel sans accent, ni digne ni touchant.

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