CHAPITRE II
ARCHITECTURE
| 1. — Le Temple.
L'art phénicien se compose d'emprunts à l'Egypte et à l'Assyrie. Il mélange souvent les formes de Memphis et celles de Ninive, de telle sorte que les musées renferment nombre de pièces fausses fabriquées à Tyr et rubriquées comme venant du Nil et de la Mésopotamie. Au Ve, il imite déjà la Grèce. A Tyr et à Sidon, on fabriqua l'article de piété pour toutes les religions méditerranéennes : qu'on se figure une boutique du quartier Saint-Sulpice où Osiris coudoyé Bel Mardouck et Istar, Athéné. Le guerrier de Tortose est une assez pauvre chose de bronze au geste puéril, supérieur est l'ivoire du Louvre où une femme Sans tête tient
LES IDÉES ET LES FORMES
chaque main sous un sein d'un geste hiératique : malgré le caractère immobile, il y a quelque goût dans la double mouche et les deux bouts de cordon de ceinture à pointe de fleur.
L'art phénicien est un pastiche perpétuel, un démarquage aussi bien du symbole que de la forme : le globe ailé, le scarabée, tout est matière à contrefaçon.
Le sarcophage imite celui d'Egypte, les masques de lion imitent la Kaldée; les stèles chypriotes portent des sphinx, on trouve l'œil mystique à côté du taureau : la stèle de Lilybie est copiée d'un cylindre kaldéen. Les stèles votives de Carthage à la Bibliothèque nationale sont des misérables choses, tandis que les objets cypriotes présentent une variété et un imprévu fort intéressant.
Le Temple phénicien est fait d'une salle à portique avec un tabernacle au milieu c'est un peu une mosquée.
Perrot a remarqué dans l'importance du péribole des temples grecs de l'Asie, l'influence phénicienne': Magnésie du Méandre, Ephèse.
C'est à Chypre dont le nom est devenu pour les Grecs synonyme d'Aphrodite qu'ils ont connu l'art luxueux des Tyriens. De l'ombre et de l'eau, des galeries couvertes et des fontaines, des hiérodules, en somme, un mauvais lieu officiel,
LES SÉMITES
malgré les boutiques d'amulettes et le betyle du tabernacle : un étrange compromis entre la rue chaude et la mosquée.
Ils allaient sur les hauts lieux, avant leurs rapports avec l'Egypte.
Le seul temple trouvé par Renan se réduit à un tabernacle, à un naos, à une niche (moabedd'Amrith). Getédiculede 7 mètres n'a aucun ornement. « Ces sortes de cellse s'appelaient, chez les Phéniciens, de même que chez les Hébreux, théba, arche. Près de la fontaine des serpents, la Mission de Phénicie a rencontré deux autres tabernacles brisés dont l'un porte une frise d'ureus, monolithe exhaussé sur un bloc de 3 mètres de côté: ces deux restes gisent dans un marais de lauriers-roses.
De Byblos, ville sainte d'Adonis, de Sidon cité d'Astarté, de Tyr consacrée à Melquart, aucun monument ne reste. Peut-on se servir de la description d'Ezechiel évoquant le temple d'Iahvé pour restituer au moins la décoration du sanctuaire tyrien?Du mobilier sacré, aucun vestige non plus. Les ex-votos portent : « A notre seigneur Melquart, maître de Tyr, offrande de son serviteur ».
Renan décrit des cavernes destinées aux prostitutions sacrées. Des niches devaient contenir des statues ou des symboles, la paroi offre des sièges taillés.
LES IDÉES ET LES FORMES
Si l'avenir nous réserve des découvertes, elles confirmeront le caractère immonde des rites nationaux, la dévotion de boue et de sang de ces entremetteurs.
Perrot a remarqué que la pierre est employée telle qu'on la tire de la carrière sans la plier à un calibrage général et ces blocs préférés pour les bases ont paru gigantesques.
La colonne sans base, sans cannelures, lourde, d'un mauvais dorique ne joua qu'un rôle d'applique ornemental et non de support.
La métropole n'ayant rien conservé et Chypre appartenant plutôt à l'hellénisme archaïque, il faudrait suivre les escales de la navigation pour retrouver les traces de la Phénicie.
Malte représentait alors comme maintenant une base d'opérations méditerranéenne. On y a trouvé des stèles à Melquart et le tracé d'un sanctuaire ellyptique avec sept absides donnant l'idée de chapelles rayonnantes à un chevet d'église. Le champ des pierres est pointillé à la façon de l'héraldique indiquant l'or.
D'autres vestiges existent dans l'île; ils ont servi de carrières aux chevaliers de Saint-Jean.
A Gazzo (Gaulos), île la plus voisine de Malte, des ruines, appelées mur des géants, à cause de la grosseur des pierres employées. On est en présence de deux temples différents etpa-
rallèles : chacun se compose de deux ellipses réunies par un passage et le fond se creuse en abside très caractérisée. On se trouve en présence d'un plan assez semblable à certaines parties de l'époque romane. Les dimensions 26 sur 23 de large. Le sanctuaire était hypêtre, seul le cône devait être couvert par un dais.
A Eryx, en suite, il y avait un temple dédié à Astarté, Dame de Longue Vie : il en reste un coin de mur sur la montagne.
A Marsala, on vénérait Hammon. Le corpus en donne le dessin, il est au trait, sans modelé et représente un prêtre en bonnet pointu et en robe large, au geste conventionnel devant le bétvle.
A Gabès, sur la côte espagnole, Melquart avait un temple, mentionné par Strabon.
L'église Saint-Louis, à Carthage, couvre l'endroit où s'éleva le temple d'Echmounn. On y montait par soixante marches : admirablement situé sur la colline de Byrsa il devait frapper les regards du voyageur.
On sait qu'il y avait un temple de Baal Hamon sur le Forum, un de Tanit sur une colline : c'est là qu'ont été trouvées des milliers de stèles votives, mais si peu intéressantes redisant toutes « N... fils de ... Nà Tanit face de Baal parce qu'il a entendu sa voix, qu'il les bénisse ».
§2. — La Tombe.
Si le sarcophage d'Echmounazar n'est pas oeuvre égyptienne, l'imitation est évidente. Ce mort, roi de Sidon, a peur d'être volé puisqu'il dit en son inscription : « N'ouvrez pas mon cercueil, il ne contient pas de trésors ». Peut-être faut-il attribuer à une croyance dérivée de l'Egypte, ce souci d'être* dérangé dans le dernier sommeil.
La croyance sur ce point devait être flottante.
La nécropole d' Amrith se compose de caveaux taillés dans le roc et on pénètre par un puits ou un escalier : ces caveaux de plusieurs chambres sont des tombeaux de famille, avec niches dans la paroi en bouche de four qu'on fermait d'une dalle.
Renan loue comme un vrai chef-d'œuvre de proportion, d'élégance et de majesté, un cône, en retrait à mi-hauteur posé sur un soubassement carré avec lion d'angle; d'autres tombes affectent la forme pyramidale.
La nécropole de Sidon n'a plus aucune pierre monumentale, la population les a toutes utilisées, il ne reste que les caveaux. De la viennent les sarcophages anthropoïdes du Louvre.
LES SÉMITES
Près de Tyr, sous l'appellation de tombeau d'Hiram, une sorte de pyramide tronquée sur soubassement carré.
A Gebal, il y a des hypogées à fronton triangulaires et des grottes naturelles que Renan juge pour l'impression qu'elles produisent de vrais tombeaux héroïques, comme on en rêve pour les héros d'Homère.
Dans cette caverne naturelle ou ce puits taillé, le sarcophage en dos d'âne ou anthropoïde est un produit phénicien caractérisé qui tantôt ne donne que la tête, tantôt toute la figure comme la pierre tombale de notre moyen âge.
Le mobilier funéraire se compose de vases à parfums, des Bel, des Hammon, des Astarté, et des chars, biges ou quadriges en terre cuite.
On plaquait aussi une feuille d'or à tous les orifices du corps; on laissait aux femmes les anneaux et les pendants d'oreille et aux hommes leurs cachets. Point d'armes dans la tombe phénicienne ; et cette tombe prend une signification morale bien significative.
M. Perrot suit d'un pays à l'autre la trace des nécropoles, en Sardaigne où M. Spano a trouvé des cippes faits d'une pyramide posée sur un cube ou d'un mamelon sur deux degrés, ou en forme phallique. Le préoccupation de la forme sexuelle hante l'ouvrier phénicien.
LES IDÉES ET LES FORMES
Il faut signaler des étuis d'or à tête ciselée renfermant sur une feuille d'or une conjuration.
Renan attribue aux noms divins qui y sont gravés un pouvoir lalismanique.