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CHAPITRE

ARCHITECTURE

§ 1. — Le Temple.

Le temple égyptien ne s'élève pas, il s'étend, il s'élargit derrière le pylône, c'est une architecture trapue, courte, d'une robustesse incomparable, on peut dire aussi que c'est une architecture de plaine.

L'architrave avec ses supports constitue la porte, le portique et pour ainsi dire l'édifice à toit plat.

Lotiforme ou campaniforme la colonne paraît courte, elle étonne et ne charme pas, plus étrange que belle, plus solide que noble.

Le module grec qui détermine les proportions respectives des parties, et qui a pour canon le diamètre de la colonne, n'existe pas en Egypte.

LES IDÉES ET LES FORMES

La maison divine se compose d'une partie céleste, le sanctuaire, chambre rectangulaire où ne pénètrent que les prêtres et le pharaon et renfermant une arche ou une barque. Devant ce saint des saints, s'élève une salle hypostyle, souvent précédée d'une cour à portiques, avec pylône et obélisques.

A vol d'oiseau, l'horizontale prédoiiiine, non seulement parce que le monument se développe en profondeur, mais parce que son faîte plat paraît d'autant plus bas, à côté du pylône. Le plus beau des temples de Thèbes a tous les caractères de Fhypogée. Strabon a donné une bonne description du temple égyptien. Une voie dallée (dromos grec) menait au temple. Le dromos de Louqsor à Karnack avait une demi-lieue. Une enceinte forme le temple où on entre par le pylône ou porte monumentale, encadrée de deux tours carrées.

A Karnack, le temple de Mouth a trois avantpylônes avant celui de l'enceinte, qui sont analogues de destination à l'arc triomphal et destinés à augmenter l'impression du fidèle par un rappel décoratif de la dignité du lieu.

Le plus grand pylône, celui de Karnack, ptolémaïque, a 44 mètres.

Près de chaque temple, un lac compris dans l'enceinte servait aux cérémonies.

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Le circuit de Karnack enserre les ruines de onze temples dans ses quatre enceintes dont la salle hypostyle est le chef-d'œuvre : i34 colonnes de 10 mètres de diamètre (colonne Vendôme) sur 21 de haut.

Après le grand temple de Karnack, celui de Louqsor ; Mariette, dans ses planches, montre les constructions successives, de la XIIe aux Ptolémées.

En traversant le Nil, on trouve les temples funéraires de Gournah, Medinet-Abou, Ramesseum et, à un kilomètre de ce dernier, le temple des Toutmès et ceux de Ramsès III.

Le temple égyptien pourrait s'appeler une crypte, au ras du sol.

Esthétiquement, il exprime plus de certitude que d'espoir : l'inébranlable confiance du prêtre en ses dieux et du peuple en ses prêtres : c'est une architectonique de credo, de puissante affirmation. Il serait intéressant de le comparer, lui l'aîné des sanctuaires, avec notre cathédrale ogivale qui est certainement la forme suprême de la maison éternelle.

« L'immense largeur des bases est le trait caractéristique », dit Charles Blanc. Peut-être serait-il plus précis de dire que la prédominance d'une seule dimension produit un effet d'intensité. Idéalement, l'édifice manque d'une hauteur

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proportionnelle, vu de l'extérieur ; et intérieurement les supports, piliers du temple de granit ou colonnes hatoriques, augmentent encore l'impression d'un art trop trapu et ramassé sur luimême, par leur robustesse que rien ne dissimule. Karnack a des linteaux de 8 mètres.

Selon Mariette, le temple égyptien n'est pas une église pour les fidèles, mais l'oratoire du pharaon.

La procession à travers les salles et autour des lacs semble avoir été un rite essentiel : le peuple n'a jamais dépassé la salle hypostyle qui est le vestibule du vrai temple.

Avec son enceinte qui le dérobe aux yeux et son développement horizontal, le sanctuaire ne se révèle que par le pylône. Comme aspect, c'est un rectangle aux murs inclinés en talus.

La profondeur est la proportion dominante ; il n'est pas orienté.

De même qu'on martelait le cartouche des prédécesseurs pour y inscrire celui du pharaon régnant, on modernisait les anciens temples, en se servant des matériaux. Champollion a retrouvé à Ombos des fragments attribuables à Touthmès III. On a beaucoup reconstruit, en agrandissant, mais on conserva toujours le caractère traditionnel; même sous les Césars, l'édifice égyptien garde, à l'aspect du moins, toute sa

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personnalité. L'exode nous montre les Hébreux forcés à faire des briques avec un mélange de paille et de limon.

Chaque fois que la pierre doit recevoir un enduit de stuc colorié, l'architecte ne soigne pas l'appareillage ; et c'est le cas pour l'Egypte. En outre, les pharaons exigèrent sans doute que les fondations fussent exécutées au plus vite. Nous savons que l'obélisque de la reine Hatasou a été taillé, charrié et dressé en sept mois, depuis le commencement dans la montagne.

On associe trop volontiers le granit avec l'édifice égyptien. Le temple du Sphinx seul est en granit de Syene et couvert en albâtre ; à Karnack, il y a des salles appelées les appartements de granit, un linteau de 8 mètres : mais le calcaire et le grès régnent à Abydos.

Egalement on croit que la colonne monolithe primitive l'emporte, alors qu'elle se forme de tambours superposés, de véritables tranches de pierre, comme à Olympie.

Ce qui trompe le contemplateur des images, c'est qu'un enduit destiné à recevoir la couleur couvre la maçonnerie et fait disparaître les joints dans la plupart des cas.

L'Égyptien connut la voûte : plein cintre au Sérapeum, greniers du Ramesseum, mais elle ne lui représentait pas la solidité du linteau de pierre.

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L'art religieux, en Orient, obéit à la croyance; il ne faut donc pas s'entêter à une critique esthétique sans base. Celui qui a ciselé la tête du sphinx, celle de Setti I ou de Ramsès pouvait faire un Zeus et un Apollon.

Si les dynasties d'Abydos dédient leurs vœux à Osiris et à Isis, si Phtah règne à Memphis, si Ammon n'apparaît pour ainsi dire qu'au moment de Fhégomonie thébaine, enfin si Horus et Hathor sont privilégiés à l'époque ptolémaïque, ces mouvements de la foi ne changent rien aux formes employées. Il n'y a pas ici trois styles, comme chez nous : roman, ogival et Renaissance : et sauf le temple du Sphinx, unique en son aspect, les autres sanctuaires sont semblables d'Abydos à Thèbes et de Memphis à Philae.

Le second empire thébain remplit de ses œuvres Abydos, Karnach et Louqsor (XVIII et XXIX). Thèbes possède les plus beaux sanctuaires.

De la période Saïte, nous avons les descriptions d'Hérodote. Le passage du second empire aux Ptolémées est rempli par l'hégémonie persane qui imita l'art Saïte.

Sauf le temple de granit, les sanctuaires qui nous sont parvenus ont été remaniés ou reconstruits à peu près sur le plan primitif. L'architecte ptolémaïque, s'il multiplie les chapelles et les

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couloirs, ne change rien à la disposition monumentale. Pour agrandir un édifice, on y ajoutait des pylônes ou des salles hypostyles.

En regardant les images des temples du Nil, dont les dalles plafonnantes sont presque partout tombées, il faut se souvenir que la pénombre emplissait l'hypostyle et que l'ombre allait en s'épaississant, à mesure qu'on avançait vers le sanctuaire. Les rites processionnels avaient lieu sous les portiques, autour des lacs sacrés, mais les ténèbres gardaient l'intérieur qui eut toujours un caractère de crypte.

Techniquement, à la grande pyramide, la galerie du caveau offre le meilleur travail, une preuve matérielle que la civilisation du Nil, ne pouvant pas être dite spontanée, fut importée toute formée.

Le classement chronologique est difficile. Ousartesen (XII, dy.) commença Karnack, on y travailla jusque sous les derniers Ptolémées, pendant trente siècles.

Le temple type s'annonçait par une avenue de sphinx. Le pylône, porte de l'Orient où le soleil se lève, sort de la montagne, figure par ses deux tours Isis et Nephthys élevant le disque.

Après les cours à portique venait le sanctuaire Ousekt et ses trois parties, la salle hypostyle ou propitiatoire, la salle des offrandes (Notep) ou

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offertoire, et la salle de la vivification (ousekhtkha.

D'après le temple de granit qui gardera sans doute à jamais son énigme, on pourrait induire par l'importance des tombes et leur antiquité que le culte des ancêtres fut la base de la religion primitive et que le sacerdoce, au début, n'eut pas l'importancequ'il prit plus tard. Ammon ouvre la liste des dynasties, à Thèbes.

Le temple du Sphinx, à quarante mètres sud du colosse, est, à cette heure, le plus ancien de l'univers. Son plan affecte la forme d'un tau à double barre avec diverses prolongations d'utilité. Découvert en i835, déblayé intérieurement, sa façade reste encore sous le sable. Il s'ouvre par son toit dont les dalles d'albâtre sont brisées. Jamais la pierre dure n'a été polie et ajustée comme ici, avec un art de joaillier. La maind'œuvre ne dépassera jamais ce résultat.

Dix piliers de 5 mètres sur j m. 4o de côté forment une nef de 17 mètres sur 9. A l'angle S.-O. du transept, il y a une chapelle à six niches. Au milieu du transept s'ouvre un corridor dont les murs ont 4 mètres d'épaisseur ; le second transept plus étroit se termine, des deux côtés, par une chapelle carrée.

La paroi luit comme un miroir métallique,

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sans un signe inscrit, sans autre forme que l'angle droit.

Cette nudité absolue impressionne fortement ; elle avertit qu'un pareil lieu réunissait les plus subtils d'une race. Les édificateurs étaient de vieux penseurs pour comprendre si bien le prix du silence de ces murs si lissés et polis qu'on s'y mire. Affranchis des cérémonies et des symboles, les Shesou-hor, en ne dédiant pas l'ouvrage, invoquèrent logiquement le Dieu sans nom.

Abydos} sanctuaire des dieux infernaux, s'adosse à la montagne avec sept nefs et deux salles hypostyles, 27 colonnes papyriformes en un espace de 52 sur 11, sept sanctuaires ou chapelles voûtées consacrées chacune à une divinité; 36 tableaux représentent les dévotions que devait accomplir le pharaon. Il y eut aussi là, un temple de granit rouge et noir.

En remontant le Nil, c'est le premier temple digne d'étude; collé au mont, il se développe en largeur; construit en calcaire de Tourah, il a perdu ses pylônes, mais Fhypostyle, à 24 colonnes papyriformes, émerveille encore !

C'est dans l'aile sud qu'on a trouvé la célèbre liste qui, avec Manéthon et le papyrus de Turin, permit la chronologie des dynasties.

Abydos possédait un second temple, fondation

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de Ramsès II, en granit rouge et noir et albâtre, mais les piliers osiriaques sont à bas.

L'Egyptien allait à Abydos, comme l'Arabe va à la Mecque, il dressait une stèle, point de repère pour le jour où il viendrait désincarné à ce port d'éternité, à ce lieu d'embarquement pour le devenir. On apportait les momies pour les faire bénir et on les ramenait à leur tombe.

La musique et la danse étaient interdites à Abydos.

Denderah, quoique ptolémaïque et d'un style grécisant, reproduit un plan de XIIe dynastie. Les décombres Pont changé en hypogée, on y descend, au lieu d'y entrer. Le pronaos a ^4 co~ lonnes hathoriques. A la gorge de la façade s'étalent les ailes du disque : une inscription grecque indique qu'il fut inauguré sous Tibère, et sur les murs c'est l'empereur romain qui adore Hathor. L'hypostyle à chapiteaux palmifères surmontés de la tête d'Hathor reçoit la lumière par des jours spéciaux. Le pronaos montre vingt-quatre colonnes hathoriques.

Dédié à Hathor comme épouse d'Horus, la musique et la danse y étaient en honneur.

Sous le temple, quatorze cryptes à bas-reliefs peints sous Ptolémée XIII : extraordinaire exemple des traditions d'art se conservant à peu près intactes jusqu'à la plus basse époque,

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puisqu'un c'est Tibère qui fait les offrandes.

La division de Desaix, accablée par la soif, lorsqu'elle aperçut les ruines de Thèbes, saisie d'admiration, se mit à battre des mains. « L'imagination qui, en Europe, s'élance bien au-dessus de nos portiques, s'arrête et retombe impuissante au pied des i4o colonnes de la salle de Karnack. Si j'en traçais une faible esquisse, je passerais pour un enthousiaste et peut-être même pour un fou. » (Ciiampollion.) « Imaginez une forêt de tours : i4o colonnes égales en diamètre à la colonne Vendôme et la hauteur de notre obélisque, couvertes de bas-reliefs et de hiéroglyphes. » (Ampère.) « Il est impossible de rendre l'impression qu'on éprouve en pénétrant dans cette forêt de colonnes, entre ces grandes figures de dieux et de rois qui les couvrent » (Lepsius.)

La ville d'Ammon, la Thèbes de Ramsès, est la plus prestigieuse des ruines de l'univers. Nulle part, une telle affirmation religieuse ne s'est pareillement élevée en défi du temps. Athènes sera plus parfaite, la cathédrale plus sublime, Thèbes gardera, avec sa date, le caractère de sa puissance expressive.

Thèbes, c'est Louqsor sur une rive et Karnack sur l'autre. A droite le temple d'Ammon, à gauche la vallée des rois, le Ramesseum, les Colosses, Medinet Abou, la vallée des reines, Déir-el-Me-

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dinet. Comme si une volonté mystérieuse avait voulu résumer l'Egypte en un lieu, la nature y a prodigué ses charmes et Part ses chefs-d'œuvre; fleuve et montagne, sable et verdure, tout concourt à faire de ce coin de terre la grande oasis monumentale.

Louqsor. — Le temple de la Triade, Ammon, Mout et Khonsou a 200 de long sur 5o de large. Une double rangée de sphinx et de béliers couchés le reliait à Karnack. On l'appelait « les trônes du monde » . Sethos rétablit le cartouche d' Ammon martelé sous Amenoteph IV. Ramsès Ier édifia le pronaos à colonne, le pylône, les obélisques et augmenta l'édifice de 60 mètres. Il s'étend le long du fleuve qui littéralement le vivifie. C'est Maspero qui Ta déblayé, retrouvant la trace d'un temple en brique de la XIIe.

Des six colosses, il en reste deux assis de i4 mètres.

Le pendant de l'obélisque de Paris, dresse son granit rose. La cour a eu 74 colonnes papyriformes.

Les murs de la seconde cour sont tombés, les colonnes et l'architrave restent debout.

Le naos a un couloir d'enceinte ruiné par Cambyse, relevé par Alexandre. La galerie du fond a six portes de chapelles très détériorées.

Karnack. — L'avenue des béliers, tenant entre

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leurs pattes à plat la statuette du pharaon dédicataire, comprenait mille exemplaires espacés sur 2 kilomètres et reliait Louqsor à Karnack : une autre avenue allait au fleuve.

Le temple de Khonsou est le type achevé du nouvel empire ; on voit au pylône les rainures et les trous des grands mâts à banderolles.

Le grand temple, surnommé « les trônes du monde », a un pylône de n3 sur 43, ouvrage ptolémaïque. Les colonnes de la grande cour ne sont pas sculptées.

Enclavé, le petit temple de Setos avec 3 chapelles.

Ensuite une cour à piliers osiriaques, enfin la merveille de Karnack et de l'architecture du Nil, la salle hypostyle. Si l'impression d'éternité peut jaillir d'un ouvrage humain, c'est de celui-là. Art vraiment fabuleux, les i34 colonnes ont la grosseur de la Trajane. Au milieu 12 colonnes lotiformes font une nef centrale de 20 mètres de hauteur. Sur les côtés 122 colonnes forment seize nefs : le chapiteau a 3 mètres et le fût 10. Ces dimensions, si nulles sur le papier, en réalité, concourent à un effet magique. Dans ce dédale de ruines colossales on va, de pylône en pylône, avec un étonnement qui ne cesse pas.

De deux obélisques de Thoutmès, un dresse encore à 23 mètres son affirmation unitaire.

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On traverse la salle à piliers à la campane renversée et on marche, comme sans fin, à travers ces débris jusqu'à la haute porte de Nectanébo. Au nord, un amas de pierres qui fut un temple de Mout et un sanctuaire de Phtah dégradé, ensablé. D'autres temples précipités par les tremblements de terre ou les invasions continuent ce Campo Santo indicible où les tombes sont des basiliques démesurées et les stèles des tours géantes.

Traversant le Nil à Luxor, on trouve le temple de Thoutmès III qui a été remanié jusqu'aux Antonins.

Le premier pylône n'a plus que deux colonnes. Au second, après une cour des Ptolomées, le sanctuaire entouré de portiques, sans trace d'hypostyle.

Les scènes sacrées commentent une théorie fluidique qui n'est pas expliquée au livre des Morts: vivification opérée parle roi et distribuée aux quatre points cardinaux, vivification de la momie, vivification du roi par l'image de Dieu. La transmission de la vie, selon la pensée égyptienne, attend son explicateur.

Medinet-Abov. — Après le pylône de 65 sur 22, une cour à piliers osiriaques. Le second pylône précède une cour à portique de 38 sur l\0 avec colonnes lotiformes et piliers osiriaques : au

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delà de Ja seconde cour, des chambres. Ce sanctuaire a une grande importance pour sa décoration guerrière qui représente les Philistins et les Takkiou qu'on a voulu identifier aux Troyens. Une avenue reliait autrefois ce temple à la chapelle funéraire du grand Ramsès.

Bamésseum. — Strabon dit Memnonium ; Diodore, tombeau d'Osymandias. L'hiéroglyphe : tombe de Ramsès II, la basilique cle son double.

Le pylône porte des reliefs de la vicioire sur les Khetas célébrée dans le poème de Pentaour.

La seconde cour conserve un rang de piliers osiriaques, de 10 mètres, tenant le fléau et le crochet.

Ce Ramsès, dont la momie intimide au musée de Gizeh, régna soixante-sept ans et bâtit de toute part à Thèbes, à Abydos, à Memphis, il repeupla Tanis. La liste d'Ouady-Seboa lui attribue ni fils et 5i filles.

L'Egypte est la seule terre qui nous montre en même temps les monuments d'un monarque et son corps avec la peau et les os.

Entre le Ramésseum et Medinet-Abou, une vallée montre le petit temple de Philometor, édicule à portique et pronaos avec sanctuaire accolé de chapelles : c'est restreint, mais charmant.

En suivant l'étroite vallée, on arrive à Deïr-el-

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Bahari, à la tombe d'Hatasou, tille de Toutmès I61 et femme de Toutmès II. Ce fut Ammon qui féconda sa mère Ahmasi.

A sa mort Toutmès III, son frère, martela ses cartouches.

C'est ici que Maspero découvrit, en 1881, les sarcophages de la XVIIIe à la XVe dynastie.

Le temple de Deïr-el-Bahari, àThèbes (XVIII) s'appuie à la chaîne lybique et semble l'escalader par une succession de cours et de terrasses qui rappelle le type monumental de la Kaldée. En le rapprochant de la pyramide de Saqqarat qui est une tour carrée à sept étages en retrait, on se trouve en face du grand problème de la simultanéité évolutive des deux deltas : chapelle funéraire plutôt que temple proprement dit.

Goumah. — La chapelle deRamsès Ier se réduit à l'hypostyle avec des colonnes d'un galbe élégant.

Edfou. — C'est ici que Horus le bon vainquit Set le mauvais : le temple, commencé 287 avant J.-C, est le chef-d'œuvre des Ptolémées,il reproduit un plan de Thoutmès III et sa construction dura deux siècles de 287 à 57.

Le pylône colossal se présente avec une ampleur, une fierté, un style, d'autant plus étonnants que le dogme qu'il glorifiait n'avait plus un siècle à vivre.

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La cour à ciel ouvert offre un portique de trente-deux colonnes lotifères et palmifères : la profusion du détail et l'affadissement du symbolisme se voit aux reliefs.

Par 14 paliers et 200 marches, on monte au sommet du pylône d'où la vue s'étend sur le Nil. L'hypostyle a 18 colonnes.

Le naos de la salle sacrée porte le cartouche de Nectanébo.

Kom-ombos. — La basilique regarde le fleuve; sauf les assises attribuées à la reine Hatasou, tout est ptolémaïque. Sebet le crocodile et Haroër, avatar d'Horus, se partagent le Temple qui est double avec deux sanctuaires ayant chacun son naos et ses chapelles. On retrouve ici l'impression de Dendérah.

Philœ constitue le premier îlot de la première cataracte; elle a 4°° mètres sur i5o, et n'était jamais couverte par le limon du Nil. Aujourd'hui, des barrages établis pour forcer le rendement des cotonniers la submergent, à la honte de l'administration anglaise, car cette île est un des plus beaux lieux de l'univers ; l'art et la nature s'y exaltent l'un par l'autre !

Le temple de Nectanébo n'est antérieur à Alexandre que de trente années, il a encore son obélisque et ses quatorze colonnes hathoriques coiffées d'un dé en naos. Le grand temple d'Isis

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fondé par Ptolémée Philadelphe, a une colonnade qui longe le fleuve. Le pylône a 39 de large sur 18 de haut; le temple, commencé sous Cléopâtre, fut achevé sous Tibère.

De Philse à la seconde cataracte on rencontre le temple de Kababché construit par Auguste sur des assises d'Amenophis II ; celui de Dakké construit par le roi éthiopien Ergamène et surtout à Ipsamboul, le speos de Ramsès II, le chefd'œuvre de la basse Egypte. La façade, de 36 sur 32, est flanquée de quatre colosses de 20 mètres. La gorge de la façade est surmontée de 22 cynocéphales. Le speos a 55 mètres de profondeur. L'hypostyle n'a que quatre piliers: la décoration est magnifique et d'une entière conservation.

| 2. — La tombe.

L'origine de l'architecture funéraire se voit dans le tumulus, ce tertre artificiel accumulé sur l'endroit où le mort a été enseveli. Cela se pratique encore parmi les pasteurs et nomades. L'homme très civilisé s'occupe de sa tombe, le pharaon la commençait à son avènement ; et à côté de sa tombe se groupaient celles de ses pro-

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ches, de ses officiers et ainsi se formait une ville des morts.

La maison par excellence fat la maison du double : l'homme, à sa mort, disparaît comme le soleil à la fin du jour, mais il ne meurt pas, il entre dans une vie éternelle. Cela explique, dit M. Perrot, que les Achéens de Mycènes aient enseveli tant d'or et que les plus beaux vases grecs se soient trouvés dans les sépultures de TEtrurie.

Pour l'ancien empire, Mariette n'a trouvé que des squelettes, mais ne disait-il pas, cet incantateurdu Campo Santo égyptien, qu'il y avait des momies si bien cachées qu'on ne les découvrirait jamais.

On appelle du nom arabe de mastaba la tombe. Toujours quadrangulaire, orientée aux points cardinaux, ayant de 2 à 5 mètres de côté, elle se compose de deux pièces : la chapelle où vien nent les parents, et le caveau où repose la momie « appartement privé du double » muré et qu'il eût été sacrilège de franchir. On nomme serbab (en arabe, corridor) la pièce murée qui contenait les statues du mort.

Les mastabas étudiés par Mariette, au nombre de 142, s'étendent sur plus de mille années. Il faut considérer le mastaba comme la tombe privée : on y trouve de magnifiques bas-reliefs et

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des statues. Une pyramide indique toujours un grand nombre de mastabas : autour de la sépulture royale, tout un peuple a logé son double.

La tombe implique la stèle portant l'inscription funéraire ou la formule d'offrande. « Le premier venu répétant, en l'honneur du mort, la formule de l'offrande procurait au double les objets énumérés. » (Maspero.)

Pour nous-mêmes, croyants, le tombeau n'est qu'un lieu où le corps achève sa désagrégation ; pour l'Egyptien, c'était l'habitacle d'une vie beaucoup plus longue et au moins aussi précaire. Il ne suffît pas de donner la sécurité au désincarné, on peint les murs des scènes même de la vie, pour qu'il soit distrait.

Le Ka que Maspero a traduit par le double correspond au corps astral de l'occultisme. Spencer a tenté en vain d'expliquer la théorie du double par les phénomènes ordinaires. Dans la tombe le mort refait le songe de la vie, c'est sa maison posthume, demeure éternelle en comparaison de l'hôtellerie où il a vécu organiquement.

Les nécropoles sont placées sur les plateaux, à l'abri de l'inondation, aux pieds des monts Lybiens,, comme à Memphis, à Abydos, à Thèbes. Entre la chapelle et le sépulcre, il y a un conduit par lequel l'arôme arrive aux statues.

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Rougé a retrouvé sous les Ptolémiés la mention de desservants pour la tombe de Snewrou (IVe).

Les Oushati (répondantes), petites statuettes de momie, Toudja, œil mystique, le ta (clé du Nil), le scarabée, talismans des plus humbles tombes.

Il y avait comme partout une fosse commune où des corps étaient mis à même le sable et de ceux-là on n'a retrouvé que le squelette.

Une phrase de Mariette donne la plus vive impression de cette nation de morts que l'archéologie a troublés et rendus malgré eux à la lumière.

« Je trouve, dit Mariette, sur la mince couche de poussière du caveau l'empreinte des pieds nus des ouvriers qui, 3200 ans auparavant, avaient couché l'Apisdans son sarcophage. »

La tombe pharaonique passe de la forme pyramidale de Memphis à celle du temple funéraire de Thèbes.

A Abydos, la sixième dynastie a laissé des mastabas. Par suite de la nature du sol, les tombes construites, au lieu d'être creusées, formaient une multitude de petites pyramides en longues rues, de 5o6 mètres.

Entre Memphis et Abydos, les nécropoles de Beni-Hassan, appelés speos (grottes) parce qu'elles sont taillées dans la falaise.

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Le Moyen Empire suit en les réduisant les proportions antérieures et se plaît au speos : le Nouvel Empire ouvre ses tombes royales dans un ravin, c'est l'hypogée que les Grecs appellent syringe.

On peut les envisager comme une image du monde infernal avec ses étroits et sombres couloirs.

Une réflexion mélancolique s'impose en cette étude. Malgré tant de soins pour sauvegarder sa dépouille mortelle l'ancien fellah finit chez le marchand de couleur dans une vessie de plomb et Ramsès II, devenu un objet de vitrine, subit la curiosité stupide des touristes !

A la pyramide Memphite succéda la chapelle funéraire de Thèbes, véritable sanctuaire, dont les murs racontent les exploits du dédicataire. Ensuite vient le speos, l'hypogée dont Victor Hugo eût dit peut-être que c'était l'envers d'une pyramide.

Si on réfléchit qu'à leur belle époque, Memphis et Thèbes avaient mille morts par jour et que l'embaumement durait près de trois mois, nécessitant le travail de plusieurs ouvriers et la présence d'un prêtre qui mettait un scarabée sur le cœur, des bagues talismaniques aux doigts et le livre des morts entre les jambes, qu'on répétait à l'oreille du mort, comme pour les lui

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apprendre par cœur, les conjurations utiles, on sera stupéfait de l'importance des métiers funéraires jusqu'au moment ou le chœur de pleureuses criait « à l'Occident » et où le prêtre saluait la momie posée debout: « A ton double Osirisuntel, dont la voie est juste, auprès du Dieu grand ». Alors, on lui faisait, ce qu'Horus fit à Osiris, avec l'aide d'Anubis, on lui rendait son ombre et la vie posthume commençait.

Pyramide de Khéops, deux millions de mètres cubes sur cinquante-quatre mille mètres carrés; avec ses deux voisines, on formerait un mur de trois mètres sur un d'Alexandrie à la côte de Guinée. La masse ici joue un rôle esthétique. Dans une civilisation qui dédiait ses palais aux cadavres, le Versailles d'un pharaon se présente sous forme de mausolée. Au trentième gradin on a la vue la plus étendue sur le désert gris : l'entrée se trouve à douze mètres du sol, il faut ramper dans un couloir étroit et en pente, puis on monte des marches parmi le grouillis des scorpions et l'effarement des chauvessouris. Le colonel Wyse, le premier, explora la grande pyramide ; on a calculé que la construction de ce monument a nécessité l'emploi de cent mille ouvriers pendant vingt années.

Pyramide de Khépfren aussi haute que celle de Khéops, mais de moindre largeur (ai5 mètres

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de côté); il y a deux issues au nord, l'une au ras du sol, l'autre à i5 mètres. Le couloir d'entrée descend pendant 34 mètres, puis va en ligne droite au caveau creusé dans le rocher. Belzoni y vit le cercueil de granit, mais non la momie.

Pyramide de Menkara, la plus petite (108 mètres de côté). Le couloir s'enfonce dans le sol, on trouve une salle destinée à tromper les profanateurs. Wyse trouva la momie du pharaon intacte en 1837; le navire qui transportait le cercueil de basalte à Londres sombra.

Le plateau de Gizeh est littéralement une nécropole : on rencontre trois petites pyramides devant celle de Kheops et des débris près de celle de Khephren ; au sud de Menkara trois autres pyramides, et puis les mastabas s'étendent en avenues.

La pyramide de Saqqarah pose l'important problème des relations d'origine entre la Kaldée et TÉgypte : ici nous sommes en présence d'une véritable zigurrat (c'est-à-dire tour à sept assises en retrait Tune sur l'autre). Elle serait antérieure aux Pyramides (?) et aurait 7.000 ans et justifierait la thèse qui fait du delta persique la première étape, tôt abandonnée, des Ser'Hor. La pyramide de Meidoun inspire la même réflexion. Le dernier groupe de pyramides est celui de Dachour.

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Serapeum (Oser-Ap, Osiris-Api) est la crypte ou hypogée creusé par Ramsès II pour la sépulture des taureaux sacrés et qui développe 35o mètres de couloirs; 24 sarcophages de granit sont encore en place.

Sur cette terre où les villes mortes sont encore habitées par les morts, le passé se lève à l'évocation de l'historien et la tombe rend témoignage du monument détruit.

Thèbes, capitale de l'Égypte sous neuf dynasties, de la XIe à la XXIe « successivement pillée par les Éthiopiens, les Assyriens, les Perses, un Ptolémée et enfin un tremblement de terre en 27 » (Maspeho), nous montre auprès de ses temples, ses tombeaux et souvent le grand temple n'est qu'une chapelle funéraire qui succède à la pyramide et dont les murs célèbrent les exploits du pharaon.

A Memphis la chapelle fait corps avec la pyramide, à Thèbes elle s'en éloigne.

Deïr-el-Bahari (XVIIIe dyn.) est le plus ancien monument de la vallée des reines et celui d'Halasou, épouse et sœur de Toutmès II qui régna dix-sept ans au nom de son frère Toutmès III.

Elle construisit et combattit en vraie pharaone, mais à sa mort, son frère martela ses cartouches et y substitua les siens. Ce speos

LES IDÉES ET LES FORMES

mérite Pattention pour ses bas-reliefs : il y a des caveaux voûtés en ogive. On appelle trouvaille de Deïr-el-Bahari la découverte par Maspero des sarcophages pharaoniques des XVIII-XXes dynasties.

Le temple de Gournah est la chapelle funéraire de Ramsès Ier, terminé par son fils Setti Ier et son petit-fils, Setti II.

La vallçe des rois qui avait quarante tombes n'en conserve pas la moitié. Celle de Setti Ier avec ses longs corridors et ses chambres importantes se recommande surtout par ses peintures mystiques aux murs et aux piliers. Celle de Ramsès III plonge à 4o mètres dans la montagne et bifurque; celle de Ramsès IV conserve sa cuve de granit.

Derrière Medinet-Abou, les tombes des reines sont détruites : on les a volées de préférence, dans Pespoir d'y trouver des bijoux précieux.

Beni Hassan, nécropole de la XIIe dynastie,, montre des pilastres à seize pans, les fameux protodoriques, antérieurs de 2000 aux colonnes grecques de cet ordre. Perrot ne partage pas cette opinion.

| 3. — Le Palais.

Le palais de brique et de bois, léger, sans plan limité, suite de divers corps et pavillons ne

l'égypte

nous est pas parvenu, d'après la maison figurée à Tell-el-Armana, avec cours et jardins.

M. Chipiez a donné une restauration du palais royal de Medinet-Abou qui est plutôt un château de plaisance avec des fenêtres à cadres sculptés.

L'ancien musée de Boulaccq, ex-harem en brique et en bois, proie toute désignée pour les flammes, donne une idée de ce que devait être le palais pharaonique dont il ne reste rien.

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