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DEUXIÈME ÉPITAPHE

O mors , cui parces , cum regum destruis arces ?

Arcem fregisti, Gulielmum cùm tetigisti.

Anglia , cui parva fuit exprobitate corona ,

Militià que suâ Cenomanica terruit ora,

In dexirà tenuit quidquid Normannia quivit ;

Par jubar extinctum mirantur sidéra , lugent,

Mirantur que novi solis abesse jubar.

Mundus in occasu flet solis , Marsque leonis :

Mundus sole caret , Marsque leone suo Stante leone stetit Mars et Mavortinus egit ,

Et sol hoc sole clarius emicuit.

Hic sol , ille leo viguit, vivente Guillelmo.

Dux fuit imrao rex Cesare Cesarior ;

Dux Normaunorum Britannos sub juga duxit ,

Atque priore prior Cesare César erat.

Ille serael victos subduxit posteritati ;

Hic victor victus fertur abisse semel.

Hic tandem , Guillelme , jaces cinis, ossa , quid ergo ?

Det tibi Sancta Deus , Dent tibi Sancta Deum. ,

Avant de cesser de parler des nombreux événemens qui arrivèrent au tombeau de ce grand duc de Normandie , il n’est pas hors de propos de dire que les excès commis par les Calvinistes peuvent bien avoir été exagérés par les plus zélés partisans du parti opposé , ainsi que M. Breval l’exprime dans son voyage , en ajoutant qu’un de nos compatriotes , sur la demande d’un des moines de cette abbaye (i) , avait donné au public l’inscription suivante :

Hic Normaunigenæ jacuerunt ossa Wilhelmi ;

Nobilis et nierito splenduit ære tholus.

Cemere erat magni eœlatos principis artus ,

Et faciem , atque ipso lumina digna Jove.

Hinc milii fnlgentes videor spectare catervas Et tumida auspiciis , Æole , vêla tuis !

Hinc oppositas acies , ferroque peremptum Saxonidem (2), et cæso rapta trophæa duci ;

(1) Que cette inscription ait été faite par un Calviniste , il n’y a rien là qui doive étonner ; mais il n’est pas probable qu’un moine catholique ait appelé un Anglican pour composer une inscription en faveur des religionnaires ( Note du Traducteur.)

(2} Le roi Harold*

Unde labor tantus periit , nec noscere nuuc est Semidei insignis quo stetit urna loco.

Scilieet à titulo turbæ venit ira furenti.

Rex erat , hoc crimen putre cadaver habet.

Quod nollet patrasse uefas Thrax , Indus , Arabsve ,

Gallus ab insano missus (1) Hugone potest.

Dans la partie circulaire qui règne autour du choeur de l’église Saint-Étienne , il y a seize chapelles d’une belle construction , mais sans ornemens remarquables, dont huit portent le nom de chapelles de Castres , parce qu’elles ont été fondées et dotées par Charles de Martigny, évêque de Castres, tandis qu’il était abbé de Saint-Étienne ; tout ce qui en dépend appartient à l’abbé, et le droit de présentation est réservé au prieur. Dans la chapelle de N.-D. de Halbout , on dit toutes les semaines une messe , célébrée par quatre chapelains , nommés à ce bénéfice par l’abbé de Saint-Étienne , pour tout le temps de son abbatiat. Une semblable fondation a lieu dans la chapelle de Saint-Martin de Cheux ; les quatre chapelains sont également nommés par l’abbé ; mais on ignore les noms des fondateurs et la date des fondations.

Derrière le maître autel , on voit la chapelle Sainte- Marie , plus communément désignée sous le nom de Chapelle du Duc ; elle était regardée comme la chapelle du palais , pendant le temps que Guillaume et ses successeurs y résidèrent ; mais comme elle n’a jamais été dotée , elle est maintenant extrêmement né-

(1) Les Huguenots furent ainsi désignés d’après un zélé prédicant nommé Hugon.

gligée. On prétend que l’architecte qui a construit cet édifice a été enterré dans cette chapelle ; on ne lui a pas érigé de tombeau particulier , mais sa mémoire cependant a été conservée par une inscription encore lisible , placée à l’extérieur de l’abside ou du rond point de l’édifice (i).

Plusieurs savans sont d’avis que cette inscription doit être lue ainsi qu’il suit :

GUILehnUs JACET PETRARius SUMUS IN ARCA

ISTE NOVUm PerFECIT OPus DAT PreMIA CHRistus. AMen. (2)

On ne voit d’autres tombeaux que celui de Guillaume , soit dans la nef, soit dans les autres chapelles qui régnent autour de ce vaste édifice. La grande fenêtre à l’ouest est presque totalement masquée par un orgue gigantesque qu’on a bâti au devant d’elle. On regarde celui-ci comme un des plus beaux qui

(1) En comparant les caractères de cette inscription avec ceux qui sont gravés sur la pierre tumulaire de la reine Mathilde, ou voit que cette inscription est beaucoup plus récente , et qu’elle doit appartenir à l’époque de la restauration de l’abbaye de Saint-Étienne.

Ducarel s’est trompé en désignant cet architecte comme ayant été employé par Guillaume-le-Conquérant pour conduire les travaux de Saiut-Étieune ; le rapport qui se trouve entre l’âge de l’écriture de cette inscription et celui des voûtes en ogives de la partie de l’édifice auquel elle est attachée suffisent seuls pour démontrer la fausseté de celle assertion , que M. l’abbé de La Rue a réfutée à la page 60 du 2e. volume de ses Essais historiques sur la ville de Caen.

( Note du Traducteur. )

(2) Cette inscription peut être regardée comme un modèle de l’écriture en lettres minuscules et cursives du XIIIe. siècle, bien différentes eu effet du caractère alongé des lettres de l’inscription de la tombe

soient en France ; il est si vaste , qu’il nécessite l’emploi de onze grands soufflets. Cet orgue est trop bruyant pour être entendu avec plaisir d’un autre point que de celui du chœur, qui est la distance sur laquelle on a réglé ses proportions.

Parmi les objets précieux conservés dans le trésor de l’abbaye , 011 remarque une belle coupe d’argent

de la reine Mathilde , qui appartiennent au XIe. Elle est e'galement remarquable par la quantité de sigles et d’abréviations qui s’y rencontrent , par les trois points qui séparent chacun des mots , et par les signes d’invocation qu’on voit au commencement et à la fin de cette inscription , lesquels y sont figurés par une croix alongée avec trois points , pour indiquer la Trinité. Enfin , le mot Christus représenté ordinairement , par le monograme X ou XP , plus connu sous le nom de Labarum , qui apparut à Constantin et à son armée , y est figurée par les lettres XPE , au lieu d’une S , et surmonté de l’alpha et de l’omega , symbole de l’éternité du fils de Dieu.

M. l’abbé de La Rue diffère avec Ducarel dans l’interprétation qu’il donne de cette inscription :

Guillelmus jacet hic petrarum summus in arte

Iste nouurn per/ecit opus det præmia Christus. Amen.

Il ajoute le mot Hic , qui n’existe pas dans Ducarel , et le sigle , figuré dans le mot suivant par une espèce d’y grec , surmonté d’un tréma , que Ducarel explique par petrarius , il l’interprète par petrarum. Ducarel a aussi pris l’E des mots arte et det pour un A, et il en a fait dat et area , présumant sans doute que par ce dernier mot on avait voulu faire connaître que cet architecte avait introduit les hautes voûtes en ogives de Saint-Etienne.

Nous regrettons beaucoup de n’avoir pu trouver à Caen un artiste en état de graver eu relief cette inscription , que nous voulions donner avec le texte ; mais nous ferous en sorte d’en lithographier un facsimilé dans l’une des planches des livraisons suivantes , et nous prierons le lecteur de recourir à la planche a6 , fig. 66 bis.

( Note du Traducteur. )

gS ANTIQUITÉS

clore d’environ dix pouces de diamètre , qui est ornée de diverses médailles antiques. On prétend que ce fut dans l’intérieur de cette coupe que Guillaumele-Conquérant plaça la charte de fondation de l’abbaye de Saint-Etienne , quand il la déposa sur le maître autel , le jour de la Dédicace de l’église. Les bords de cette coupe sont un peu recourbés ; elle porte sur un pied de même métal. Dans son centre est incrustée une médaille grecque ; sur laquelle on lit : Avacufrtp A iocokoj ; mais comme elle est fixée dans le pied du vase, le revers n’en est pas visible. Les autres médailles , au nombre de quarante , sont montées à jour autour du bord qui leur sert d’encadrement ; elles sont toutes romaines et parfaitement conservées. Elles auront probablement été recueillies par le duc Robert , père de Guillaume-le-Conquérant , pendant son pèlerinage à la Terre - Sainte ; et à sa mort elles auront passé dans les mains de son fils (i).

Le couvent , bâti en belle pierre de Caen , forme deux carrés , dont l’un a été nouvellement construit ; trois de ses côtés sont déjà terminés. La galerie et les cellules des moines sont placées aux premier et second étages ; au rez-de-chaussée , il y a un fort beau réfectoire qui fait face au jardin ; et à côté , une fort

(1) Le long séjour des Romains dans la Gaule celtique, les villes qu’ils y ont bâties, et les nombreuses médailles trouvées tant dans l’ancien Noviomagus Lexoviorum , qu’à Vieux et à Bayeux , peuvent bien faire présumer que ces médailles avaient été trouvées dans la Normandie même, et non pas rapportées de la Terre-Sainte par le duc Robert , ainsi que le suppose Ducarel.

( Note du Traducteur. )

belle

belle salle bien décorée, qu’on nomme la salle cle compagnie , dans laquelle j’ai vu , sur la cheminée , un portrait, en petit , de Guillaume-le-Conquérant, copié d’après l’original encore existant dans la loge du portier , et dont je parlerai par la suite. Dans la même salle , j’ai vu également les portraits du Roi et de la Reine de France ; celui du cardinal de Fleury , qui fut un des abbés de ce couvent , ainsi que ceux de plusieurs autres abbés. Le côté sud de ce carré , où était autrefois la maison abbatiale, est maintenant en ruine , et il doit aussi être rebâti. Les arcs de quelques-unes des fenêtres des appartemens sont en ogive , tandis que d’autres sont à plein cintre ; telles sont celles du corps de bâtiment disposé maintenant pour le logement de l’abbé , qui faisait partie de l’ancien palais.

La masse de ces bâtimens est entourée d’un vaste et beau jardin.

Cette abbaye jouit de très-grandes immunités et de privilèges étendus. Le pape Alexandre II l’exempta, après sa dédicace, de la juridiction épiscopale de l’évêque de Bayeux, dans le diocèse duquel elle est située; cette exemption fut confirmée par le pape Ilonorius III en 1221 ; et Clément VI , dans la cinquième année de son pontificat , donna à l’abbé et à ses successeurs le droit d’user de tous les insignes pontificaux , et de donner la bénédiction dans toutes les églises , chapelles et autres places quelles qu’elles soient , qui se trouvent dans leur juridiction , à moins

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qu’un légat à latere ne fût personnellement présent. Les revenus de l’abbaye sont considérables et s’élèvent à plus de 100,000 livres de France par an (i). L’abbé de Saint-Étienne est ordinairement choisi parmi les personnes de la première distinction ; aussi cette place semble-t-elle avoir toujours été l’apanage des hommes les plus célèbres dans l'église de France. Sans réchercher ceux qui ont été abbés dans les temps reculés , on trouve que Charles d’O fut le trente-sixième abbé en ”1624; qu’il eut pour successeur Antoine de Bourbon , fils naturel d’Henri IY , roi de France , désigné sous le nom de comte de Moret, mort sur le champ de bataille en i63o. Vint ensuite Alphonse-Louis^ Duplessis de Richelieu , évê ■ que de Luçon ; il résigna en faveur de son frère et se fit chartreux , après quoi il fut fait Cardinal , et obtint d’abord l’archevêché d’Aix et ensuite celui de Lyon. Il fut également grand aumônier de France, possédant les riches abbayes de Saint-Victor-les-Marseille , de la Chaise-Dieu, et le prieuré de la Charitésur-Loire, ainsi que son abbaye de Saint-Étienne ;cet homme célèbre mourut dans le mois de mars i653. On voit , parmi ses successeurs à l’abbaye de Saint- Étienne , le cardinal de Fleury , et ensuite le cardi-

(1) Ce revenu, suivant M. l’abbé de La Rue (Essais historiques sur la ville de Caen , p. 97 ) , était en ia5o de 4,ooo livres, valant aujourd’hui 82,016 livres ; en 1668 , de 126,525 livres; et en 1774 ( quelque temps après le voyage de Ducarel en Normandie ) , ce revenu s’élevait à 192,000 ; par- conséquent, il avait éprouvé de i25o à 1774, une augmentation de i09,984 livres.

( Note du Traducteur. )

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