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nal de Gefore , qui en est maintenant abbé (i). -
Dans l’enceinte de l’abbaye, et près de l’église, Guillaume-le-Conquérant avait fait bâtir un palais pour sa résidence ( planche i3 , fig. 2 7), dont il reste encore quelques parties , et de beaux appartenons , désignés sous les noms de Salle des Gardes et Chambre des Barons , qui servent maintenant de greniers à blé ; ces salles sont plus dignes de fixer l’attention d’un antiquaire, que tout ce que j’ai vu en Normandie.
Parmi les salles qui subsistent encore , on peut regarder comme la plus singulière celle qui est désignée sous le nom de Grande chambre des Gardes. Celle-ci, dont le plafond voûté forme un arc magnifique , est vaste et bien proportionnée ; sa longueur est de 1G0 pieds, et sa largeur de 90. Les fenêtres à l’est et à l’ouest sont décorées de pilastres cannelés ; et à chaque extrémité de cette salle , il y a deux rosaces en pierre , garnies de vitraux peints , du travail le plus soigné. On voit du côté du nord deux cheminées bien conservées , ainsi qu’un banc de pierre à l’entour de cette salle , disposé sans doute pour les personnes de service. Le plancher est pavé de briques de six pouces carré , vernissées , dont les huit rangées qui s’étendent de l’est à l’ouest sont chargées de divers écussons, généralement désignés comme les armes des familles normandes qui accompagnèrent le duc de Normandie dans sa descente en An-
(i) Le dernier abbe de Saint-Etienne , nomme en 1777 , fut Arthur de Dillou , alors archevêque de Narbonne. (Note du Traducteur. }
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gleterre (i). L’intervalle entre chaque rang de ces briques est pavé de briques en rosaces , et le milieu représente une espèce de labyrinthe d’environ dix pieds de diamètre, si artistement contourné, qu’un homme, en suivant toutes ses sinuosités , peut faire plus d’un mille avant d’arriver au point d’où il est parti. Le reste du plancher est pavé de divers carreaux formant des échiquiers , qui servaient à l’amusement des soldats de garde. En sortant de cette salle , on entre à gauche dans une autre plus petite , nommée la Chambre des Barons , de vingt-quatre pieds de large sur vingt-sept de long , pavée de la meme espèce de briques, vernissées comme les premières ; mais avec la différence qu’au lieu d’armoiries , elles représentent des figures de cerfs et de chiens à la chasse. Les murs de cette salle semblent avoir été décorés d’écussons d’armes peints sur des boucliers, dont quelques-uns subsistent encore.
(i) Les tuiles ou briques qui avaient été portées en Angleterre vers le milieu du siècle dernier , avant le voyage de Ducarel, donnèrent lieu à beaucoup d’écrits divers , qui rappelèrent aux familles anglaises la vieille souche normande dont elles se flattaient de descendre. Elles furent également gravées trois ou quatre fois , mais très-imparfaitement. Les meilleures planches furent celles qu’Henniker donna dans la seconde édition de sa Lettre sur les briques armoriées de l’abbaye de Saint-Etienne, qui fut imprimée à Londres en 1794. Mais ellesne contenaient que vingt écussons , tandis que M. l’abbé de La Rue en a signalé 24. Ce dernier a jeté une grande lumière sur ce point historique , depuis la page 85 jusqu’à g3 du 2e. vol. de ses Essais historiques sur la ville de Caen. Quatre de ces tuiles furent apportées en Angleterre il y a quelques années: une d’elles fut donnée à mon savant ami , Horace Walpole , écuyer ; et les trois autres sont maintenant dans mu collection. ( Note du Traducteur. )
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Ce fut dans cette Chambre des Gardes et dans celle des Barons que , suivant la chronique , Guillaume-le-Conquérant reçut sa mère Arlette avec la plus grande magnificence ; il y donna le repas de noces , le jour de son mariage avec Herluin, comte de Conteville , dont elle eut Odon , évêque de Bayeux et comte de Kent , Robert , comte de Mortagne et de Cornouailles , ainsi qu’Emma , sa fille, qui, par son mariage avec le comte d’Aumale , fut mère de Hugues d’vVvranches , comte de Chester.
Les critiques sont partagés sur la question de savoir si le pavé de ces salles remonte ou non au temps de Guillaume. Le vulgaire croit généralement que ces briques furent couvertes à cette époque des armes des chevaliers qui accompagnèrent le duc dans son expédition contre l’vVngleterre ; mais les armoiries qui furent une marque distinctive des familles , étaient inconnues lors de la descente , et quoiqu’on reconnaisse sur ces tuiles les armes de vingt-deux fa-
milles normandes , il est néanmoins certain que plusieurs de ces mêmes familles n’avaient pas fait partie de l’expédition de Guillaume en Angleterre (i).
(i) Les armoiries, comme marques héréditaires d’extraction et de dignité , ne remontent pas au-delà des tournois de la fin du dixième siècle ; en effet , ies armoiries et les tournois ont une trop grande analogie pour ne pas reporter l’origine des premières aux diverses figures dont les combaltans variaient leurs écus et leurs cottes d’armes pour se reconnaître dans les derniers. Les succès réitérés des divers champions auront, pour ainsi dire , fixé une même devise dans la famille du vainqueur , qui l’aura transmis à ses desceudatis ; tel doit être l’origine du blason ou des signes distinctifs des fa-
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Ainsi , il est beaucoup plus probable que ce pavé de briques armoriées a été fait dans les dernières années du roi Jean-sans-Terre , tandis qu’il passait le plus beau temps de sa vie à Caen , dans les bras de la belle Isabelle d’Angoulême , son épouse. Ce ne fut en effet qu’à cette époque que fut introduit l’usage de porter des armoiries.
Quoique ces salles aient servi de greniers à blé pendant plus de quatre siècles , le pavé n’est endommagé ni par l’humidité du grain , ni par les sabots et les pelles des ouvriers constamment occupés à le remuer ou à le cribler. Le seul dégât qu’on y voit provient de l’enlèvement de quelques tuiles pour faire des trous , afin de jeter le grain dans les pièces inférieures.
La grande porte de la salle dite des Gardes est
milles. Ces signes n’étaient pas encore connus du temps de Guillaume, ainsi qu’on le voit par les bannières et les écus des soldats figurés sur la tapisserie; et quoiqu’antérieurement à la conquête , Henri, surnommé l’Oiseleur , ait , dit-on , institué en g34 à Gottingue les tournois , pour entretenir la noblesse dans l’exercice des armes en temps de paix, cependant , ils ne parurent en France qu’au commencement du XIe. siècle , ils furent introduits vers io36 , par Geoffroy de Preuilly. Si donc le blason eût été à cette même époque aussi généralement répaudu que ce pavé armorié semblerait l’attester , on ne pourrait douter que le duc Guillaume n’en eût introduit l’usage lors de la conquête de l’Angleterre ; mais , au contraire , Hicks pense que le blason n’y fut connu que vers le règne de Henri II , et Sandford ( dans son Histoire généalogique des Rois d’Angleterre) , prouve que leurs armes ne sont devenues héréditaires que depuis l’an 1189 , la première année du règne de Richard 1er. qui fit mettre dans son écu les deux lions de Normandie , devenus par la suite les armes de ce royaume. Ainsi, tout atteste que ce pavé est de beaucoup postérieur à la conquête. ( Note du Traducteur. )
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extrêmement curieuse , et donne une idée du génie des hommes de ce temps ; elle est chargée de sculptures ; quoiqu’endommagée par le temps , et dégarnie de ses ferrures , elle mérite encore d’être conservée (i). Sous ces salles , il y en a d’autres, dont les voûtes sont supportées par de belles colonnes, qui servaient à coucher les personnes du service d’un rang inférieur : elles sont également converties en greniers.
Yis-à-vis la grande salle , abbatue il y a près de vingt ans , et qui , depuis plusieurs années , servait de dortoir aux moines , il y a une ancienne chapelle, bâtie avant la fondation de l’abbaye , et sur le mur de laquelle on a peint à fresque quatre portraits de grandeur naturelle, (planche i5, fig. 3i , 32 , 33 , 34)? représentant Guillaume-le-Conquérant , la reine Mathilde et ses deux enfans Robert et Guillaume. Le duc est d’une haute stature , revêtu de ses habits royaux , ayant les pieds posés sur le dos d’un cliien couché ; il porte sur sa tête un diadème orné de trèfles ; sa main gauche est appuyée sur sa hanche , et de la droite il tient un sceptre surmonté d’une fleur de lis. La reine Mathilde est revêtue d’une longue tunique et d’un manteau ; sa tête est ornée d’une couronne semblable à celle du duc , servant à maintenir sur sa tête un voile qui descend sur ses épaules; elle tient de la main droite un sceptre, surmonté d’une fleur de lis , et un livre de la main gauche ; toute la figure porte sur un lion. Le duc Robert est
(i) Il est à regretter que Ducarel u’ait pas donné le dessin de cette porte curieuse , qui n’existe plus maintenant.
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représenté debout sur un chien , et vêtu d’une tunique , sur laquelle est jeté une espèce de manteau ; sa tête est couverte d’une toque ; sa main droite , armée d’un gantelet , porte un faucon (i) , et de la
(i) Suivant une ancienne coutume, les personnes ,de qualité voyageaient ou avec un équipage de guerre , lorsqu’il y avait quelqu’expédition militaire sur pied , ou avec un équipage de chasse , lorsqu’on était en paix. Le goût très-prononcé que la noblesse avait pour ce dernier exercice , et particulièrement pour la Fauconnerie , pouvait être attribué aux lois sévères qui avaient été faites pour ce genre de divertissement. C’est pourquoi dans les temps reculés , le faucon ou l’é" pervier était regardé comme une marque de la plus haute noblesse ; c’est dans cette vue que le peintre a placé un faucon sur le poing des deux jeunes princes Robert et Guillaume. Il nous restait avant la révolution plusieurs souvenirs de cette coutume dans les peintures et les sculptures anciennes , particulièrement dans le portrait de St- Louis , tonseivé dans la Sainte-Chapelle à Paris , et que l’on suppose fuit à l’époque de son couronnement , où il était représenté portant un faucon. Dans les portraits d’après nature des anciens forestiers et des comtes de Flandre ( publiés à Anvers en 1612 par C. Merlin), Lyderic 1er. , son fils Anthony , Lyderic II et Odoacre sont tous représentés avec le gantelet et le faucon sur le poing. Robert de Bethune , fils aîné de Guy , comte de Flandre , était représenté sur son sceau , avec un faucon à sa main droite , comme on le voit dans l’ouvrage de Wrée , intitulé : Sigilla Comitum Flandriœ. Dans l’ancienne tapisserie historique de la reine Mathilde , conservée à Bayeux , on voit Harold , le faucon sur le poing, partant comme ambassadeur d’Édouard-le-Confesseur auprès de Guillaume , duc de Normandie. Dans une autre partie de celte même tapisserie , il est représenté de la même manière , ainsi que Guy dePonthieu, avec lequel il se rend à Eu. Cette marque de distinction n’appartenait pas seulement aux hommes, on la trouvait fréquemment sur les sceaux des princesses souveraines ou des femmes de la première noblesse ; tels étaient ceux de Marguerite, comtesse de Flandre , veuve de Baudouin , comte de Hainault; de Jeanne, fille du même comte et veuve de Ferdinand, fils de Sanchez , roi de Portugal ; de sa sœur Marguerite , comtesse de Flandre ; d’une autre Marguerite , fille de Charles-le-Chauve
gauche
gauche il tient un leurre. Le duc Guillaume est peint la tête nue , vêtu comme son frère , et porté sur un monstre fabuleux, pris probablement pour une harpie à double corps , n’ayant qu’une tête avec un visage de femme et deux corps d’oiseaux ; les pieds de derrière d’un cochon , et terminé par une queue de rat. La main gauche du prince est gantelée , et il porte un faucon , qu’il fait manger de la main droite. On présume que ces peintures datent de la fondation de l’abbaye de Saint-Étienne ; elles furent détruites en 1 700 , lorsque la chapelle fut démolie ; mais heureusement le père Montfaucon en avait conservé le dessin (1).
Dans un ancien bâtiment décoré de sculptures, qui passe pour avoir servi de chambre à coucher à Guillaume-le-Conquérant , et qui sert maintenant de loge pour le portier , on voit une grande peinture, au-dessous de laquelle il y avait autrefois une cheminée qui a été abattue. Les moines prétendent que cette peinture était un portrait original du Conqué-
aussi comtesse de Flandre et veuve de Maximilien , fils de l’empereur Frédéric III ; de Marguerite, veuve de Guillaume de Roden , châtelain de Maldingham ; d’Élisabeth de Chàtillon ; de Marie, comtesse de Blois et de Saint-Pol ; d’Emma , dame de Laval et comtesse d’Alençon, veuve de Mathieu de Montmorency, connétable de France ; d’Ida , comtesse de Flandre , et de beaucoup d’autres. ( Voyez la Généalogie des comtes de Flandre par Olivier de Wrée , et le Sigilla comitum Flandriœ.
(1) Celui que je donne dans cette planche est tiré du cabinet de M. l’abbé de La Rue , qui a bien voulu me le confier pour en prendre une copie.
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ANTIQUITÉS rant (i), d’après lequel on avait fait la copie qui était dans la salle de compagnie ( planche i4, fig. 29 ) L’ignorance ou plutôt l’ingratitude des moines pour leur bienfaiteur leur fit passer une couche de blanc sur toute cette salle , et même sur le portrait ; mais la femme du portier actuel demanda avec instance et obtint la permission d’effacer le blanc qui était sur le portrait , et par ce moyen , un des plus anciens tableaux connus ( si Ton en peut croire les moines) r a été préservé de la destruction , et rendu à la curiosité des connaisseurs et des étrangers , moyennant une légère rétribution qu’exige le portier.
Peu de temps avant mon voyage , il y avait dans l’enceinte de l’abbaye un vaste bâtiment octogone , en forme de coupole ( planche i3 , fig. 28 ), aux quatre angles duquel s’élevaient quatre colonnes servant de cheminées , qui étaient terminées par une pyramide aiguë , percée d’une multitude de trous , pour
(1) Ce portrait, ainsi que celui de Mathilde, maintenant au Muséum de Caen , sont évidemment du XVe. siècle. « Audit temps, dit » M. de Bras , p. 84, les habits des seigueurs , dames et damoiselles » estoyent fort honorables, sans superfluité comme de présent. Lemar- » chand bourgeois portoit robe d’vn hn drap noir ou tanné à larges » et longues manches ouuertes à paremens de damas ; la barette ou » loque à l’arbaleste , qui était vne toque à rabat par derrière , où » esloit attaché vn ruban de soye sur la carre de deuaut ; les dames » et bourgeoises de villes , pour leurs bonnes robes de mariage , » estoyent d’escarlate rouge doublé de velours par les larges man- » ches et la queue de satin , les colets de veloux. J’ay mémoire d’en » auoir veu qui portoyent chaperons de la mesme escarlate rouge , et » pour le temps , n’y auoit que peu de damoiselles aux villes qui » portassent chaperons de velours. »
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donner passage à la fumée. Ce bâtiment recevait le jour d’une vaste ouverture octogone formée au sommet de la voûte (1). Les moines avaient fait un bûcher de cet édifice, et le désignaient sous le nom de cuisine de Guillaume-le-Conquérant. La forme et le caractère de ce bâtiment , qui a beaucoup de ressemblance avec celui de l’abbaye de Glastonbury , dans le comté de Sommerset , et de quelques autres du même genre en France et en Angleterre , semblent confirmer cette assertion. D’après son architecture , je le crois plus moderne ; le dessin que j’en donne a été fait peu de temps avant sa destruction par M. Noël , habile architecte à Caen.
L’abbaye de Sainte- Trinité , plus communément désignée sous le nom d’Abbaye-aux-Dames , fut fondée pour des Bénédictines , en 1066, par la duchesse Mathilde , vers la même époque que le duc Guillaume fit bâtir Saint-Étienne. En 1082 , elle dota cette abbaye avec une telle munificence , que Guillaume de Poitiers , archidiacre de Lisieux , ne craint pas de dire quelle enrichit l’église beaucoup plus qu’aucun des Rois ou des Empereurs qui la précédèrent.
L’église de cette abbaye (2) est de la plus élégante
(1) La forme extérieure de cet édifice a beaucoup de rapport avec
les anciens bàtimens tatars ; on retrouve également cette même forme dans quelques vieux bàtimens danois. ( Note du Traducteur.)
(2) On peut avec raison regarder cet édifice comme le type de l’architecture normande , excepté dans la nouvelle partie supérieure des deux tours carrées à l’ouest ( planche i6 , fig. 47 ), détruite en i36<*