‹ Antiquités anglo-normandes de DucarelChapitre 16 sur 56 · HO ANTIQUITÉS · texte numérisé non relu

HO ANTIQUITÉS

simplicité à l’intérieur comme à l’extérieur , sans aucun ornement gothique. Les deux tours carrées à

suivant l’assertion de plusieurs savans , par Charles , roi de Navarre', qui était en guerre avec Charles Y , alors dauphin et régent du royaume. Ces deux tours étant placées sur un point élevé , servaient sans doute à signaler les bâtimens anglais qui remontaient l’Orne jusqu’à Caen , et elles furent démolies par une mesure militaire dont la cause nous est inconnue. Elles ne furent rétablies telles qu’elles sont aujourd’hui que dans le XVIIIe. siècle par l’abbesse Françoise Froulay de Tessé» D’autres bâtimens modernes, appliqués contre le bas de la par * lie extérieure de l’église , au nord et au sud , ne permettent plus de reconnaître les premières constructions ; mais la ligne des fenêtres qui régnent au-dessus est parfaitement conservée ( surtout du côté du midi ) , et laisse voir entre de longs pilastres , les grands arceaux cintrés des fenêtres dominant au-dessus de deux autres petites arcades de la même forme , mais moins élevés ; ces trois arcs sont chargés d’ornemens et de sculptures simples du genre le plus gracieux. Un peu au-dessus , on retrouve dans l’entablement des figures plus ou moins grotesques , connues sous le nom de Corbeaux , que le normand plaçait à la naissance des toits ( planche i5 , fig. 35 à 46.) Autrefois , on admirait la beauté et la magnificence intérieure de l’église , qui ne formait pour ainsi dire qu’un vaste vaisseau , parce que les bas-côtés étant extrêmement étroits, ne s’apercevaient même pas. Lorsque cette abbaye fut changée en dépôt de mendicité, on a bâti des murs de séparation et un plancher pour former un étage supérieur. Cette mutilation avait cependant un avantage particulier; elle rapprochait l’observateur des voûtes et des chapitaux variés qui couronnent les longs fûts gigantesques des colonnes qui s’élèvent depuis le sol de l’église jusqu’à la naissance de la voûte. On peut facilement juger de l’effet de ce plancher par la planche i8,fig. 4g, qui donne la facilité de voir distinctement les petites clefs coniques par une extrémité , et alternativement emboitées les unes dans les autres, pour former les deux grandes voûtes qui portent la tour du milieu de l’église. Ce joli fragment donne une idée précise de la noblesse et de l’élégance de l’architecture normande , qui , malgré les défauts de proportions que peuvent lui trouver les gens de l’art , est cependant eu harmonie avec le grandiose qu’on aime à trouver dans les monumens religieux.

pi.xvm.%4c).

PI. XDC.

l’ouest étaient autrefois extrêmement élevées , et leur construction faisait honneur au goût et au jugement de l’architecte ; mais la partie supérieure fut détruite en i36o par Charles , roi de Navarre. On descend trois degrés pour entrer dans cette église. Je n’ai rien vu de remarquable dans le parloir , que la grille , au travers de laquelle on peut voir les nonnes ; mais en entrant dans l’intérieur de l’église, qui ne forme réellement qu’une vaste nef , j’ai été frappé de sa beauté et de sa magnificence.

Le sol de cette vaste église est pavé de marbre noir et blanc d’une manière fort élégante. Le maître autel , élevé de six marches , est revêtu des plus beaux marbres d’Italie , et orné de six colonnes corinthiennes également en marbre rouge et blanc. Elles portent une magnifique voûte , surmontée d’une croix richement dorée ; l’intérieur de ce dôme , parfaitement peint, représente une multitude d’anges, dont l’un porte une bandelette , sur laquelle sont écrits les mots Gloria in excelsis ! La table de l’autel est garnie de lames dorées , et le fond est rempli par trois tableaux très-bien peints, (i).

(i) Cet autel a été' enlevé pendant les troubles de la révolution ; mais cet enlèvement a laissé à découvert les colonnes de la rotonde , ainsi que les chapiteaux de ces mêmes colonnes ( planche 19 , fig. 5o à 57 ), qu’on ne pouvait voir auparavant. Un de ces chapiteaux semble représenter la tête de Guillaume-le Conquérant , placée dans un médaillon carré, supporté par les lions de Normandie. On voit aussi sur un autre dè ces chapiteaux , des corps d’oiseaux à figure humaine , coiffés avec le casque pointu et le cache-nez normand , tel qu’il se trouve répété dans la Broderie de Bayeux, ( Note du Traducteur.')

A NTIQUITÉS Vers le milieu du chœur , et à quelque distance des degrés du maître autel , repose le corps de l’illustre fondatrice de cette abbaye ( la reine Mathilde ) (i) , déposé sous un nouveau tombeau de marbre noir et blanc de trois pieds de hauteur sur six de longueur. Autour de celui-ci règne une rangée de pointes de fer de trois pouces environ , fixées sur les bords de la pierre tumulaire. Dans un écusson placé du côté de la tète , on voit les armes du Conquérant, deux lions en or; it du côté opposé une couronne en or. On lit sur ce tombeau l’épitaphe suivante , écrite en très-anciens caractères normands dorés ( planche XYII , fîg. 48 ) :

Egregie pulchri tegit hec structura sepulchri ,

Moribus insignem , germen regale , Mathildem.

Dux Flandrita pater liuic extitit , Adala mater.

Francorum gentis Roberti filia régis,

Et soror Henrici, regali sede politi ,

Régi magnifico, Villelmo juncta marito ,

Preseutem sedem recenter fecit et edem ,

Tàm multis terris quàm multis rebus honestis A se ditatam , se procurante dicatam.

Hec consolatrix inopum , pietatis amatrix ,

(1) La reine Mathilde ou Maud était fille de Baudouin , surnommé le Débonnaire , comte de Flandre par Adala ou Alice , fille aînée de Robert , roi de France , fils de Hugues Capet. Le duc Guillaume l’épousa à Angy , en Normandie , étant encore fort jeune. Lorsque la couronne d’Angleterre lui fut offerte après sa victoire sur Harold , il voulut différer son couronnement , afin que Mathilde pût venir participer à cette cérémonie ; mais pressé de n’y apporter aucun retard , il prit la couronne et la posa sur sa tête ; il couronna ensuite Mathilde le jour de la Pentecôte de l’année 1068. Elle mourut le 2 novembre xo85. ( Voir ci-contre la Généalogie de Mathilde. )

Pl.XVIl fig4«

Généalogie de MATHILDE , femme de Guillaume le Conquérant.

pages ii 3- ii 4.

Salvart, prince de Dijon.

Jungarde , fille de Gérard , comte de Roussillon.

Lyderic , seul fils et héritier , après avoir tuePhinart , surnommé le Bue , fut nommé eu 621 par Dagobert , roi de France , grand forestier de la Flandre.

Rithilde , fille de Clolhaire II , roi de France.

Jozaran , fils aîné , meurt sans postérité.

Anthony, secoud fils , devient forestier après son père , et meurt sans postérité.

Bouchard , 3e. fils, succède à sou frère Anthony.

Helwig, fille de Walgilius , père Treize autres d’Augisus , marquis de l’empire. enfans.

Elle était aussi princsc de Louvain. j|

Estoredus, seul iils et héritier, succède au gouvernement de Flandre , i. N. fille de N. meurt en 792. j

Lyderic II, seul fils et héritier , succède au gouvernement de Flandre et de Louvain , est nommé comte de Harlebec par Charlemagne en 836.

Flauarine , désiguée par les uns comme fille d’un gentilhomme allemand , et par d’autres comme fille de Clolhaire, roi de France.

Inguerram, ou Juguelram , fils et héritier, devient forestier de Flandre et comte de Harlebec. Jj N. fille de N. Odoacre , fils et héritier , devient forestier et comte de Harlebec , il meurt eu 865. j| N. fille du Prévôt de Schilive.

Baudouin, ou Baldwin , surnommé Bras de Fer ou le Hardi; fils unique, devient forestier, est créé comte de Flandre par Charles le Chauve , roi de France , en 863 , meurt en 879.

Judith, fille de Charles le Chauve, roi de France, d’abord veuve d’Ethelweelf , roi des Saxons de l’ouest , et en secondes noces d’Ethelwald , roi d’Angleterre.

Charles, fils aîné, mort jeune.

Baudouin, 2e. fils, devient comte de Flandre , et meurt en 919.

Elstrude , ou Elfride , fille d’Alfred -le- Grand , roi

d’Angleterre.

Rodolphe , 5e. fils , comte et abbé de Cambrai.

Guinedilde épouse Wifrid comte de Barcelone.

Amolph-le-Grand , fils aîné , devient comte de Flandre, meurt en 957.

Alice ou Adala , fille de Robert , comte de Vermandois.

Adulf , comte de Boulogne et St-Paul , 2e. fils , meurt sans postérité.

Alswithe , ou' Elstrude.

Ermentrude.

Première femme ,

Mathilde , fille de Conrad , = Baudouin le jeune, fils aîné, roi de Bourgogne , meurt devient comte de Flandre,

sans postérité. meurt en 967.

Seconde femme , Mechtildis , fille d’Herman- Billung , duc des Saxons.

Ecbert ,

2e. fils.

Luytgarde , épouse Wichman , comte de Gand.

Arnolph le jeune , fils aiué , devient comte de II Susaune , ou Rosalie , fille de j Jeanne épouse Geoffroy, comt.e de Mons et du Flandre , et meurt dans l’année 988. [) Berenger , roi d’Italie. | Hainault.

Première femme ,

Ogine , fille de Gilbert , comte = Baudouin , surnommé le Barbu , fils de Luxembourg , meurt sans aîné , devient comte de Flandre , postérité. meurt en io34.

Seconde femme ,

Eléonore , fille de Richard II , duc de Normandie.

Mathilde , morte sans postérité.

Baudouin l’Insulaire , surnommé le Débonnaire , fils aîné et héritier , de- || Alice ou Adala , fille de Robert , roi cle France, vient comte de Flandre , et meurt dans l’année 1067.

Baudouin , fils = Richilde , fille et héritière

Robert , surnommé = Gertrude , fille

Mathilde ou

aîné , devient de Reginald , comte de

le Frison , 2e. fils. de Bernhard ,

Maud épouse

comte de Haiuault, veuve d’Her-

duc de Saxe,

Guillaume le

Flandre. man, et mariée en troisiè-

et veuve de

Bâtard , duc

mes noces à Guillaume

Florence ,

de Norman-

Fitz-Osberne , comte

comte de Frise.

die.

d’Hereford.

Judith épouse d’abord Toslie ou Tostic, comte de Northumberland , père d’Harold, roi d’Angleterre , et en secondes noces , W elpho ou W elf, duc de Bavière.

Gazis dispersis , pauper sibi , dives egenis ,

Sic infinité petiit consortia vite

In prima menais post primam luce novembris.

La fureur , qui porta les Calvinistes en 1 562 à détruire les autels et les tombeaux des églises , insulta les dépouilles mortelles de cette princesse dans leur dernier asile. Après avoir profané l’abbaye de Saint - Étienne , et dispersé les ossemens de Guillaume-le-Conquérant , ils se portèrent à l’abbaye de Sainte-Trinité , où ils exercèrent la même profanation sur ceux de Mathilde. Les prières et les larmes de l’abbesse et de ses religieuses n’eurent d’abord aucun effet sur le cœur de ces révoltés ; cependant ils se contentèrent de jeter bas le sarcophage , et de briser la statue de la reine Mathilde , qui s’élevait au-dessus ; après avoir ouvert le cercueil dans lequel était déposé le corps, un des révoltés voyant aux doigts de la Reine un anneau d’or , sur lequel brillait un saphir , le prit et l’offrit à l’abbesse, Anne de Montmorency , qui le donna ensuite à son père, le baron de Conty , connétable de France , lorsqu’il accompagna Charles IX à Caen, en i563(i).

Les fragmens de ce tombeau furent rassemblés

(i) Il était d’usage autrefois de mettre des anneaux aux doigts des Rois et des Reines, lorqu’on les enterrait. En restaurant l’abbaye de Westminster, on reconnut la tombe de Seberl , un des Rois de l’est de l’Angleterre; on y trouva son anneau mortuaire , orné d’un rubis de la plus grande valeur. M. Chifflet et le père Montfaucon rapportent qu’en 1625 , des ouvriers , en travaillant dans l’église de Saiut- Rrice , près de Tournai , trouvèrent plusieurs pièces d’or , ainsi qu’un anneau de même métal , avec une tête d’homme gravée dessus ; au-

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avec soin , et quelques années après , il fut restauré tel qu’on le voit maintenant. On y mit en mêmetemps l’inscription suivante , gravée en deux parties avec des caractères romains dorés : (i)

tour de cet anneau était écrit Childerici Regis , ce qui fit connaître l’endroit où avait été enterré le roi Childéric , père de Clovis-le-Graud. Henri II , d’après le Chronica Normanniœ de Mathieu Paris et d’autres autorités, fut enterré à Font-Evraud , en Anjou , avec un anneau trèsriche à son doigt ; et Richard II déclara en mourant qu’il voulait être enterré avec un anneau au doigt , suivant l’usage royal ; et en mêmetemps il spécifia qu’il serait orné d’une pierre précieuse de la valeur de 20 marcs. « Item volumus , etc. quod super digitum nostrum , more » regiu , annulas , cum lapide pretioso pretii siue valons vigenti mar- » carurn , monetœ nostrœ Anglicc , ponatur .» Testamentum Rie. II régis , dans l’ouvrage de Rymer, ayant pour titre Fœdera , T. 8, p. 76. Sous le règne de Charles 1er. , on ouvrit le tombeau de Guillaume-le- Roux , dans la cathédrale de Winchester , et on y trouva un trèsgros anneau d’or parmi différens autres objets.

(1) Ce tombeau fut détruit une seconde fois en 1793 ; mais l’ins • pection du pavé et du sol de l’église comparés avec les mots : Humo adœquatum , insérés dans la première des deux inscriptions ci-dessus relatées , que Ducarel avait heureusement conservée dans ses Antiquités Anglo-Normandes , donnèrent lieu de croire que la Capsula plumbea , dont il est fait mention dans cette même inscription , n’avait pas été découverte. En conséquence , M. le comte de Monllivault , préfet du Calvados et président de l’Académie de Caen , s’étant concerté avec Mgr. l’évêque de Bayeux , fit enlever, en présence de ce prélat et de plusieurs membres de l’Académie , une grande pierre unie et plus une petite , qui formaient une partie du pavé de l’église , au point même indiqué , comme étant celui qu’occupait le tombeau de la reine Mathilde. Cet enlèvement mit alors à découvert un cercueil en pierre de cinq pieds quatre pouces de longueur , de douze pouces de profondeur , et d’une largeur insensiblement graduée , depuis douze pouces jusqu’à vingt pouces , dans lequel on trouva, en effet, la boite de plomb désignée dans l’inscription sui-

Du

d u cÔt é du midi :

Reginæ Mathildis pretiosos ciueres Qui à furore hæreticorum Servati sunt, linteo piè involulos,

Capsula plumbea inclusit , et , honoris Causa, tumulum hune humo adæquatum ,

Non quidem regio apparatu , sed Memori et digno ut potuit cultu ,

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