PI. XLI
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DE B A YEUX. 399
ble même arrêter un cavalier qui prend la fuite. L’inscription dit :
Hic Odo Eps. baculum tenens confor- ( -tat pueros.)
La fin de cette inscription est effacée (i) ; mais probablement elle se terminait par confortât Fr ancos ou par quelqu’autre finale semblable. Le duc est également présent à cette action. On le voit animer ses soldats , quoiqu’il fût déjà blessé et qu’il eût eu trois chevaux tués sous lui. L’inscription ne porte que ces mots :
Hic est Willelmus dux.
Eustache , comte de Boulogne , fut sur le point de se retirer du champ de bataille , parce qu’il craignait que toutes les forces de l’ennemi ne tombassent sur les troupes qu’il commandait. Le duc Guillaume , qui s’en aperçut , l’appela par son nom et l’exhorta à tenir ferme. Mais celui ci, en se rapprochant du Duc, lui dit à l’oreille qu’il ferait beaucoup mieux de se retirer , s’il n’avait pas l’intention de périr dans cette entreprise ; et au même instant il fut percé d’un coup de lance qui l’étendit mort
(i) Ducarel se trompe ici ; celte dernière partie de l’inscription n’est pas effacée , mais les mots tat pueros se trouveut dans le vide formé entre le second et le quatrième cheval de cette scène. Le P, Monlfaucon que Ducarel a copié littéralement fait la même erreur.
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TAPISSERIE
aux pieds du Duc ; mais ce dernier fut si peu effrayé de cet avis , qu’il s’élança avec une nouvelle fureur sur les ennemis , ce qui anima tellement les Français et les Normands , qu’ils se battirent avec plus de vigueur encore qu’au commencement de l’action : ils culbutèrent les Anglais et les mirent en pleine déroute. L’inscription dit :
Hic Franci pugnant , et ceciderunt qui erant cura Haroldo.
Harold fut tué dans cette déroute. La Tapisserie le représente à bas de son cheval et étendu sur la terre (1). L’inscription s’exprime ainsi :
Hic Harold iuterfectus est. ( 8e. Planche. )
« 11 mourut, dit un historien , après un règne » de neuf mois et neuf jours , ayant constamment
(i) Cette partie de la Tapisserie représente non-seulement Harold étendu auprès de son cheval , mais même le Dragon d’Angleterre , que quelques Antiquaires avaient cru reconnaître dans l’étendard semi-circulaire décrit plus haut. Cette même scène reproduit encore, deux figures plus bas , ce Dragon , ou cet étendard d’Angleterre , porté au bout d’une lance par un guerrier dont une flèche paraît traverser le haut de la poitrine. D’autres Antiquaires croient aussi que cet étendard était formé d’une peau de bête portée au bout d’une lance en signe de dérision , pour se moquer de Guillaume , petit-fils par sa mère d’un pelletier de Falaise. On dit que le cri de guerre des soldats Bretons , lorsqu’ils se battaient contre Guillaume , était à la Pel , à la Pel , en agitant une peau d’animal quelconque au bout de leurs lances.
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DE BAYEUX
» montré , dans toutes les batailles auxquelles il » assista , qu’il était le plus brave soldat de son a armée. »
Mathieu Paris et un autre historien anglais disent qu’il fut tué par une flèche , et qu’un homme d’armes du Duc lui coupa la. cuisse (i). Ce fait est confirmé par la Tapisserie , qui représente un cavalier coupant le jarret d’Harold. Cette action indigna tellement Guillaume , qu’il dégrada celui qui s’en était rendu coupable.
Le reste de cette Tapisserie est tellement effacé , qu’on ne peut plus rien distinguer. Les inscriptions sont totalement détruites. Les fragmens de broderie qui subsistent encore laissent voir les Français qui poursuivent et massacrent les Anglais.
(i) Henri de Huntingdon , page 368 , Maîmesbury ,p. 100, font mention de cette cruauté , et le Roman de Rou peint cette action ainsi qu’il suit :
« Heralt à l’estendart estoit ,
» A son poer se deffendoit ;
» Mez moût estoit de l’œil grevez ,
» Pour ceu qu’il li estoit crevez.
» A la douleur que il sentoit ,
» Du cop de l’œil qui li doloit ,
» Vint un armé par la bataille ,
» Heralt feri sor la ventaille;
» A terre le fist tresbuchier ;
» A ceu qu’il se vont condrecier.
» Un chevalier le rabati » Qui en la cuisse le feri,
» En la cuisse parmi le gros » La plaie fu d’isi qu’a l’os. »
( Noie du Traducteur. )
402 tapisserie
Ce combat fut un des plus longs et des plus opiniâtres dont l’histoire fasse mention.
La Tapisserie , telle qu’elle est aujourd’hui , se termine à cette bataille ; mais il n’y a pas de doute quelle ne dût au moins se continuer jusqu’au couronnement de Guillaume. Le reste aura péri. Il est même très-surprenant qu’un monument de broderie d’une telle dimension ait pu se conserver aussi bien pendant un espace de plus de sept cents ans.
Le nombre des scènes de ce dernier acte est de trente et une.
Pour ne pas laisser cette histoire imparfaite , nous allons la continuer jusqu’au couronnement de Guillaume (i).
Guillaume , vainqueur , fit rendre les derniers devoirs à son ennemi. Cette générosité facile, puisqu’elle ne s’exerce que sur ceux dont on n’a plus rien à craindre , mérite pourtant des éloges dans un siècle de barbarie. Le Duc ne la porta cependant pas au point de rendre à la mère d’Harold le corps de son fils quelle réclamait , en offrant de le racheter au prix de son pesant d’or.
Le Conquérant , pour ne laisser échapper aucun
(1) Ducarel termine ici son récit , parce que , selon lui ,les événemens que le P. Montfaucon a cru convenable de retracer en abrégé n’ont plus de rapport avec la tapisserie ; mais nous avons pensé qu’il ne serait pas sans intérêt pour nos lecteurs de connaître le dénouement des scènes dont la broderie les a rendus spectateurs , et nous avons cru devoir leur offrir , en l’abrégeant encore , le précis du savant Bénédictin.
DE BAYEUX
des avantages d’une victoire si chèrement achetée , marcha sur-le-champ vers Douvres , où s’étaient réfugiés les débris de l’armée anglaise. Les habitans de cette ville , effrayés à son approche , se soumirent sans opposer la moindre résistance ; elle ne put cependant échapper au pillage; mais Guillaume, qui voulait se faire des amis , répara autant qu’il le put les désordres commis par ses troupes et même dédommagea les citoyens qui avaient souffert dans leurs propriétés. La possession de cette place , bien for-, tifiée, était fort importante pour le Duc ; elle assurait sa retraite en cas de revers. Tranquille de ce côté , il y laissa une forte garnison et se mit en route pour arriver à Londres.
L’élite de la noblesse anglaise s’était réunie dans cette capitale , et , dirigée par Stigand , archevêque de Cantorbery , elle venait de proclamer successeur d’Harold Edgar Athelin , prince issu des rois Anglo- Saxons. Guillaume , averti de cet événement , qui semblait le menacer de quelque résistance , continue sa marche; et après avoir reçu en chemin la soumission de plusieurs villes , entr’autres celle de Cantorbery , arrive en peu de jours aux portes de Londres. La garnison essaya d’abord de se défendre , mais elle fut vivement repoussée dans une sortie. La division s’étant mise parmi les principaux seigneurs , les esprits les plus confians furent bientôt découragés , et l’on songea à se rendre. Le jeune Edgar fut un des premiers à faire sa soumission.