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j> copie exacte est extraite d’un manuscrit de ce temps » conservé dans la bibliothèque de Lambeth.
» Cette lettre, Milord , est un abrégé fort succinct » de cet ouvrage , qui , j’ose l’espérer , obtiendra la » faveur et l’assentiment de Votre Seigneurie.
» Il n’est peut-être pas hors de propos de recher- » cher encore ici par quel motif la Normandie , » pays si riche , si voisin de l’Angleterre , et autre- » fois si intimement lié avec elle, tant par ses intérêts » personnels que par son gouvernement commun , » est presqu’entièrement négligée par les voyageurs » anglais depuis nombre d’années. Je crois pouvoir » attribuer cette indifférence à ce que la route la « plus directe et la plus fréquentée pour aller de » Londres à Paris , passant par Calais , nos jeunes » gens n’ont rien de plus pressé que d’y prendre la » poste pour se rendre à Paris. Si , du moins à leur » retour , ils prenaient la route de Calais par Rouen , » ils ne pourraient , tout au plus , alonger leur » voyage que d’une journée ; mais généralement ils » reprennent le même chemin , parce qu’ils ignorent » qu’ils trouveraient en Normandie une infinité de » monumens plus dignes de leur curiosité et de leurs ,> observations , que la majeure partie de ceux » qu’ils vont visiter dans les autres endroits de la » France.
» La meilleure route de France est actuellement , » Milord , celle de Brighthelmstone , dans le Sussex , » pour se rendre à Dieppe , qui n’est éloigné de » Rouen , capitale de la Haute-Normandie , que de
» 6 postes ( 36 milles). De cette ville , d’excellentes » routes se dirigent non-seulement sur Paris , qui » n’en est éloigné que de 90 milles anglais , mais » aussi sur le Havre , Honfleur , Alençon , Caen , » Bayeux , Cherbourg , St.-Lo , et autres parties de » la Normandie. Cette facilité d’y voyager me fait » espérer que cette province Anglo-Gauloise devien- » dra , par la suite , l’objet particulier des observa- » tions et des recherches de nos voyageurs Anglais.
» Je recommanderai particulièrement ici , Milord , » à ceux qui voyageraient avec l’intention de visiter » les Antiquités Anglo - Normandes , de prendre » non-seulement des notes écrites , mais aussi de des- » siner les principaux monumens qu’ils pourraient » rencontrer dans les édifices et l’intérieur des maisons religieuses de la Normandie et de ses » environs , parce que , depuis plusieurs années , on » en a abattu quelques-uns, sous le spécieux prétexte » qu’ils empêchaient le développement des proces- » sions dans les églises. Tel a été du moins le motif » qui a fait déplacer de l’église cathédrale de Rouen » les deux tombeaux de Richard Ier. et d’Henri le » Jeune , rois d’Angleterre , qui étaient placés de » chaque côté du maître autel. La même chose eut » lieu dans l’église Saint-Etienne de Caen , d’où le » tombeau de Guillaume le Conquérant , fondateur » de cette abbaye , qui était au milieu du chœur , » a été enlevé en 1742 , sous le même prétexte.
» N’ayant visité , Milord , qu’une partie de la Nor- » mandie , je dois présumer qu’il existe dans cette
» province plusieurs autres Antiquités Normandes » qui n’ont pas encore été décrites, et plus parti- » entièrement dans les maisons religieuses fondées » par notre ancienne noblesse anglaise. J’espère donc » que ces recherches, que je n’ai fait qu’indiquer , » pourront exciter quelques savans et judicieux An- » tiquaires à visiter cette province , et à faire jouir le » public du fruit de leurs travaux.
» Je ne puis terminer cette lettre , sans renouveler » mes remercîmens à Votre Seigneurie et aux autres » savans collègues qui ont généreusement contribué » à faire graver les planches qui embellissent cet ou- » vrage.
» J’ai l’honneur de me dire avec le plus profond » respect ,
«Milord,
« De Votre Seigneurie le plus obligé , le » plus fidèle et le plus humble serviteur ,
» And. COLTEE-DUCAREL.
« 10 avril 1767.
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P endant une assez longue série d’années , des relations très-intimes existèrent entre le duché de Normandie et le royaume d’Angleterre , gouvernés l’un et l’autre par des lois presque semblables pendant leur réunion. Les habitudes et les coutumes des habitans de ces contrées se confondirent , et les fréquentes alliances des Normands avec les Anglais , réunirent tellement leurs intérêts et leurs propriétés , qu’il y avait peu de familles d’un rang distingué qui n’eussent des rapports et des possessions territoriales , tant en Angleterre qu’en Normandie. Il en est résulté que l’histoire de ces deux pays est si étroitement liée , que la connaissance de l’une est absolument nécessaire pour éclaircir celle de l’autre. C’est pourquoi une étude approfondie et une recherche exacte de tous les vestiges d’ Antiquités Anglo-Normandes , ainsi qu’une description fidèle des monumens civils et religieux fondés par les ducs de Normandie pendant les Xe. , XIe. et XIIe. siècles , ne peuvent manquer de fournir une suite d’observa-
tions dignes de fixer l’attention des Antiquaires Français et Anglais.
C’est dans cette vue que je me déterminai , dès l’année , à visiter les principaux points de l’ancien duché de Normandie. Après avoir quitté , le 1 6 juillet , la route de Calais à Paris par Abbeville , et après avoir traversé Fressenville, je me rendis à Eu, l’une des premières villes maritimes de la Normandie, chef-lieu d’un district assez étendu , érigé en comté depuis le milieu du Xe. siècle.
Cette ville , quelquefois écrite Au , Auu , Auue et Ou ; désignée , par les anciens Historiens , sous les noms cV Auga , Augum et Aucum , est agréablement située , à une demi-lieue de la mer , au pied d’une montagne baignée par la rivière de Eresle , qui sépare la Normandie de la Picardie. Elle renferme trois paroisses , plusieurs maisons religieuses , et un collège de Jésuites.
Vers l’an q5 6 , Richard Ier. , duc de Normandie , donna cette ville , ainsi qu’une grande partie du pays de Caux , et le titre de comte à son fils naturel Guillaume , dont les héritiers prirent ensuite le titre de comtes d’Eu. La ligne mâle de ce Guillaume s’étant éteinte vers le commencement du XIIIe. siècle , le titre et les biens furent dévolus à Alice , seule héritière de la maison d’Eu (*) , qui avait épousé Raoul Lesignen , ou comme il rut appelé par la suite , Raoul d’Issoudun , Marie d’Issoudnn devenant ensuite seule héritière de cette famille , donna sa main au comte de Nesle , un des cadets de la mai-
son