‹ Antiquités celtiques et antédiluviennes (volume 2)Chapitre 28 sur 30 · I . Il I · texte numérisé non relu

I . Il I

InjtiXf/neiu en vierrt. Haches tù/uviennje^ .

plas grande dimension sont travailtés avec plus de soin , mais on en rencontre fort peu ; c'étaient des instrumens précieux.

Parmi ces derniers, le plus remarquable est dessiné n^ 1. Il a été trouvé à la Motte près Soissons, dans le lieu dit camp des Sarrasins. Il a appartenu à M. de Maismy, ancien préfet de la Somme, et m'a été donné par son neveu, M. le Poitevin de la Motte.

Ce couteau est un silex d'une pâte brune tirant sur le noir ; il a 22 centimètres de long et 33 millimètres dans sa plus grande largeur; son épaisseur est de 5 millimètres. Le dessous est parfaitement uni, et il l'a été par un procédé que je ne m'explique pas, car ce n'est point par le frottement qu'on est arrivé à ce résultat: il n'a ni le luisant ni la teinte que donne ce frottement, et son apparence terne et grenue est plutôt celle d'une matière fondue ou d'une cassure cornée. L'autre foce est bombée et arrondie en d'os d'âne. Cette face, sauf une faible portion, n'est point polie : l'on distingue facilement les éclats ou rubans, qui vont obliquement d'un bord a l'autre; l'on en compte trente-six dont la largeur varie de 4 à 8 millimètres et qui offrent de petites côtes ou arêtes assez régulières. A chaque bout de l'instrument est une pointe en ogive dont l'une est un peu brisée. L'ensemble de sa forme ne difiG^re en rien des couteaux à deux pointes dont se servent les papetiers; il en a même la légère courbure, et, posé de face, il présente un arc de 2 à 3 millimètres.

C'est le seul couteau de silex que j'aie vu complètement ouvré; tout y est soigné. On avait commencé à polir

les écailles de la partie convexe , mais leur r^^larité, qui produit une sorte d'ornement, a sans doute &it renoncer à ce polissage.

Contrairement aux autres outils de ce genre, les éclats, au lieu d'être longitudinaux, sont transversaux en obliquant un peu. Je crois ce morceau moins ancien que ceux dont je vais parler.

Le couteau en silex bleu-noir n^ 2, offre un travail qui diffère du précédent , sans être moins remarquable. Sa longueur est de 17 centimètres, sa largeur de 4 i|2. Il a été recueilli avec d'autres similaires, en 1844, entre la Somme et la porte Marcadé, à l'endroit où est aujourd'hui le gazomètre.

Sa partie concave dessine un arc d'un centimètre; elle est unie, mais non polie par le frottement: il semble qu'elle ait été faite d'un seul coup, et ceci est commun à tous les couteaux quelles que soient leur forme et leur taille.

Le côté convexe (offre dans sa longueur une aréle vive dont la^plus ^grande hauteur est de 3 centimètres, et qui descend en pente douce jusqu'aux extrémités de l'instrument. Si ce travail avait été exécuté petit à petit, en enlevant de faibles éclats, comme dans le couteau précédent, on en comprendrait aisément le procédé; mais il n'en est pas ainsi, il semble au contraire que l'œuvre ait été opérée en trois coups principaux, plus un quatrième longitudinal, et un cinquième transversal. Chacun de ces coups dirigé avec une précision parfaite aurait enlevé une tranche comme on le fait dans un fromage ou tout autre corps mou et onctueux.

J'ai essayé de faire reproduire ce travail par des tailleurs de pierre habiles , mais après maints essais tentés sur des silex choisis et de pâtes analogues à celle des couteaux antiques, ils ont été obligés d'y renoncer.

La face concave de ces instrumens, face toujours unie qui semble avoir été faite d'un seul coup , devait être aussi le commencement de l'œuvre, car l'ouvrier aurait trop risqué si après avoir terminé la partie convexe, qui offre le plus de détail, et conséquemment qui demandait le plus de temps et de soin, il eut détaché le morceau du bloc, ce qui ne pouvait se faire que d'un coup, et dès-lors non sans risque de tout briser.

D'un autre côté, comment ces tranches perpendiculaires étaient-elles enlevées sur un silex mince et long ? C'est ce qui n'est pas plus facile à expliquer. De quelque manière que s'opérât cette extraction d'éclats longitudinaux, le résultat en était fort chanceux, et l'on devait briser beaucoup de pierres avant d'obtenir un couteau d'une certaine longueur, droit, effilé et sans reprise. Aussi ai-je dit que ceux de cette espèce n'étaient pas communs.

Sous le même n^ en sont d'autres moins grands ; leur longueur ordinaire est de 9 à 1 1 centimètres sur une largeur de 2 à 3. Ils proviennent aussi du gissement celtique de la porte Marcadé et des fouilles faites pour établir le gazomètre.

Les couteaux trouvés à cette place sont généralement mieux faits que ceux de la Portelette; ils sont d'un silex à pâte plus fine, bleuté ou gris azuré ressemblant assez, à la transparence près, au quartz bleu dit

saphirin, substance qu'on peut rencontrer parmi les silex ordinaires de la craie et qui dès-lors ne doit pa3 être étrangère au pays. *

Le silex des outils de la Portelette est de l'espèce la plus commune, à pâte grise ou noirâtre peu transparente, mêlée de blanc, ou jaunâtre et cornée; et en ceci ces outils différent entièrement des premiers ; cependant entre la Portelette et la porte ** Marcadé , il y a un kilomètre à peine.

A la porte St-Gilles éloignée d'un autre kilomètre, les couteaux sont en silex roux-clair et transparent mais non veiné. C'est, je crois, cette espèce. de silex ou silicoxide , qu'on nomme calcédoine et que l'on voit aussi dans la craie de nos falaises.

Quant à la forme des morceaux de ces provenances diverses, quoiqu'elle indique un même type originel, elle n'est pourtant pas si exactement semblable, qu'on ne puisse la reconnaître. Chaque gissement, soit par la forme, soit par la matière de ses produits , a ainsi son cachet particulier, qu'avec le temps et l'habitude on parvient à distinguer. Aujourd'hui je ne m'y trompe plus ; et lorsqu'un terrassier m'apporte un couteau, je puis dire immédiatement du quel des trois points il provient.

* J'ai trouvé depuis de ces silex bleus dans le banc de craie qu*on aperçoit à l'extrémité du faubourg de Ronvroy, sur la route d*T0Dval, banlieue d'AbbeviUe.

** Le mot porte est ici employé pour indiquer la zone de terrain qui s'en rapproche.

Il est d'ailleurs assez difficile d'expliquer cette diversité d'œuvres et de matières sur des points si rapprochés. Ces silex quoiqu'indigënes ne sont pas sortis originairement de la même gangue , et nous avons dit qae les silex blonds proviennent plus spécialement de la craie grise ou tu&u, tandis que les silex noirs appartiennent à la craie blanche; il en résulte que dans les terrains où la craie grise est a la surface du sol, on rencontre des silex blonds en plus grand nombre que des silex noirs, et que c'est l'opposé dans les lieux où la craie blanche prédomine.

Sans doute à l'époque diluvienne, après le bouleversement de la craie et la destruction de ses couches supérieures et moyennes , les silex de toutes les nuances ont été confondus et amenés dans nos champs où Ton en rencontre de toutes ces espèces ; néanmoins il n'en est qu'une seule qui y soit véritablement commune: ce sont les silex noirâtres et toutes les nuances grises qui en dérivent.

Les silex blonds ou roux veinés non transparens n'y sont pas rares; mais les bleus azurés et les roux transparens et non veinés le sont. J'ai trouvé au gissement de la porte Marcadé des couteaux en silex gris avec d'autres en silex bleu azuré, et je n'en ai découvert aucun en calcédoine ou en silex roux.

Dans le gissement de la porte St-Gilles, je n'ai pas aperçu un seul instrument en silex azuré.

Quant à la Portelette, dans ces masses d'éclats, de haches, de couteaux, je n'ai vu que des silex noirs, gris, blanchâtres, et pas un des deux espèces indiquées ci-dessus.

A quelle cause attribuer ces diflférences ? Les morceaux trouvés dans ces dépôts divers n'émanent-îk pas des mêmes peuples ? Ou bien ne sont-ce que des insignes de tribus et les marques distinctives des castes d'une même nation, comme la couleur de la pierre des boutons chez les Chinois et les Japomiais ? Ceci n'est pas impossible, mais la différence des temps serait peut-être une explication plus rationnelle. Les instrumens recueillis dans chacune de ces sépultures seraient ainsi plus ou moins anciens ; et la diversité des nuances ne viendrait que de celle des bancs ou gissemens dont on tirait les silex avec lesquels on les faisait.

Nous avons dit que les vases étaient superposés et que les plus vieux ou les plus grossiers étaient ceux qui étaient les plus profondément enfouis, mais cette superposition ne se rencontre point partout: elle existait dans toute l'étendue du dépôt de la Portelette et sous quelques points de celui de la porte Marcadé, mais je ne l'ai remarquée nulle part à la porte St-Gilles; on ne peut donc ici rétablir comme règle constante.

On ne peut davantage se fonder sur la profondeur; elle variait peu d'un dépôt à l'autre, et c'est toujours de 2 à 4 mètres au-dessous du niveau de l'eau que je trouvais en plus grande abondance les tessons, les cendres et les pierres ouvrées.

On se tromperait d'ailleurs si l'on attribuait une même origine et une même date à tous les objets découverts à une profondeur égale. Je suis convaincu que dans la même sépulture et autour de la même urne, il y a des haches et des couteaux d'époques diverses, et qu'on

peut diviser en deux catégories principales: 1^ ceux qui ont été fabriqués au moment de la consécration du lieu, 2^ ceux qui Tétaient depuis longtemps et qu'on avait acquis par héritage, par échange ou par suite de la conquête et de la dépouille des vaincus.

Or , parmi ces derniers, il devait y en avoir de fort anciens et remontant aux premiers temps des hommes. Ce que nous faisons aujourd'hui, nos pères ont pu le faire : en cherchant des silex pour fabriquer des haches et des couteaux, ils ont dû trouver des haches et des couteaux tout fabriqués: c'est probablement ceux-là qu'ils ont pris pour modèles.

Dès-lors une partie des morceaux que nous rencontrons dans les sépultures celtiques et gauloises , et que conséquemment, nous attribuons aux Celtes et aux Gaulois, seraient d'origine plus ancienne , diluvienne peut-être : o'est l'œuvre des peuples anté-diluviens que ces Celtes ^t ces Gaulois auraient imitée.

Quant aux inductions qu'on pourrait tirer de l'âge

€lu travail, par l'apparence de la cassure ou de la coupure,

il ne faut les admettre qu'avec précaution. Une cassure

tout-à-fait nouvelle est facile à reconnaître; mais de celle

^ui a un siècle à celle qui en a cinquante, il y a peu de

^lifférence: j'ai trouvé dans les sépultures celtiques et

même dans les bancs diluviens , des haches et couteaux

dont l'arête est si vive et la couleur si franche, qu'on

les croirait peu anciens, et pourtant le contraire était

prouvé.

J'en reviens aux descriptions. Le couteau n^ 3 est en silex gris, veiné de noir. Il a été recueilli à la Porte-

lette, dans la cendre, au milieu des uraes, à 3 oa 4 mètres au-dessous du niveau de la Somme. Sa limgueur est de 12 centimètres, sa largeur de 4. Il est tranchant des deux côtés, à pointe arrondie, uni et concaTe sur une face ainsi que tous les couteaux de pierre. Des tranches ou rubans apparaissent sur la partie convexe. Il n'est pas, comme le précédent, partagé dans sa km* gueur par une seule arête; il en a deux dont la séparation est environ d'un centimètre. On croirait qu'il a été bit en quatre coups, parce qu'on n'aperçoit d'abord qoe quatre tranches longitudinales ; mais en l'examinant, on voit sur ses bords une suite de petites écailles transversales annonçant que l'on a rectifié la première ébauche, ce qui n'existe pas dans le précédent dont le travail, comme je l'ai dit, est d'une hardiesse extraordinaire.

Le n^ 4 provient aussi de la Portelette. il est pias arqué encore que ceux que nous venons de décrire et forme, à son centre, une courbe d'un centimètre. L'une de ses extrémités se fait remarquer par la quantité d'écaillés qu'on y a enlevées pour l'arrondir. Il est œ silex noir; sa longueur est de 9 centimètres 1|2, sa largeur d'un peu plus de 3.

 l'exception du premier , tous les couteaux déorite dans ce chapitre o&ent, ainsi qu'on le verra par las dessins, un nombre plus ou moins grand d'aoalogMS qui varient pour la dimension , la nuance des silex et le fini du travail, mais dont la similitude du type est facile à saisir. Je rappelle encore ici que ces instni-mens, et c'est un des^ signes caractéristiques qui les distinguent des haches , sont unis sur leur fiioe ooncave

COUTEAUX CELTIÇUES. 887

qui toujours paraît avoir été faite d'un seul coup ou par renlëvement d'un éclat unique.

Le n® 5, en silex gris-bleuté, ne présente aucune ooapure transversale; mais on en compte six longitudi- Dales se dessinant parallèlement sur presque toute sa longueur, ce qui n'est pas ordinaire dans ces sortes de morceaux. Sa hauteur est de 9 centimètres 1]2, sa plus grande largeur de 25 millimètres. Il est en silex bleu pâle et provient de la porte Marcadé , où il était parmi les urnes et les cendres à 6 mètres de la superficie, et à 1 ou 2 au-dessous du niveau de la Somme. Ces couteaux ne sont pas rares , mais on en trouve peu d'entiers.

Le n<^ 6 a la même origine. Il est en silex bleu-foncé. Long de 10 centimètres sur une largeur qui varie de 2 à 3, il semble avoir été fait en trois coups. Il diflère des précédons en ce qu'il est terminé d'un côté par une pointe aiguë et de l'auire par un angle droit ; dans son ensemble il figure bien un fer de javeline.

Le n® 7, recueilli près de la porte St-Gilles, était dans une couche de sable marin. Il est d'un silex roussfttre transparent, sans nuance d'autre couleur. Ce couteau pointu d'un côté, est coupé de l'auti^e à angle droit. n décrit un arc de 5 millimètres de creux. La partie convexe parait avoir été faite en trois coups. Deux arêtes le traversent dans toute sa longueur qui est de 8 centimètres IfS, sur une largeur d'un peu moins de 2. La partie concave est , comme toujours , plane et tranchée d'un seul coup. Ce morceau est fort délicatement travaillé.

 côté , en était un autre brisé par le milieu, mais ouvré de la même manière.

Un troisième également taillé, à deux arêtes perpendiculaires, sort de la Portelette. Il est en silex gris-brun, non moins bien fait que le premier. Sa longueur a dû être de 7 centimètres, mais la pointe manque; sa largeur n'est pas tout-à-fait d'un centimètre, sa plus grande épaisseur est de 2 millimètres. C'est encore un couteau à pointe. Il diSëve des autres parce qu'au lieu d'être coupée à angle droit, la partie opposée à la pointe a été arrondie par écailles ; cependant cet angle existe aussi, quoique peu visible. Ses analogues sont plus grands, mais moins soigneusement ouvrés.

Le n^ 8 est encore à deux arêtes ; ici elles ne sont plus en ligne droite et, quoique dirigées de haut en bas, elles serpentent et se divisent. Deux de ces couteaux en beau silex bleu d'azur, longs de 10 à 11 centimètres, larges de 2, proviennent de la porte Marcadé. Un autre, en silex brun marbré de blanc et de bleu , a été trouvé près de Long-sur-Somme; ses dimensions sont les mêmes que les précédentes, seulement il est un peu plus large.

Le n^ 9 parait taillé comme le n^ 8, en arêtes longitudinales irrégulières ; aussi n'est-il pas cité ici comme type de forme, mais seulement à cause de la délicatesse de son travail. Il est en silex gris-brun; il a 59 millimètres de longueur sur 14 de largeur.

Le second, fig. 9^, même silex, même provenance, a 47 millimètres de long sur 8 de large.

Le troisième, en silex bleu azur, également à une seule arête transversale , sort des tourbières de Hareuil.

Sa longaeur est de 42 millimètres, et sa largear de 10. Le quatrième, en silex bleuté, a 33 millimètres de long.

Enfin un cinquième, venant de la Portelette, n'en a que 29 sur 7 de largeur et 1 millimètre d'épaisseur. Il y en a de plus petits encore.

Ces miniatures de couteaux pourraient passer pour de simples rognures ou copeaux sans leur ressemblance complète avec les plus grands: non-seulement Tensemble de la forme est la même , mais la coupe des arêtes ou mbans n'en diffère en rien.

A quoi servaient - ils 7 C'étaient probablement des amulettes, des souvenirs^ des ex-voto, comme l'étaient aussi des instrumens plus forts ou plus utiles en apparence, mais dont les extrémités arrondies ou émoussées ne pouvaient, par cette absence de pointe ou de tranchant, être employées ni à couper ni à percer.

Lorsque cette pointe existe, ainsi que dans les n^ 6 et 7 , c'est plutôt accidentellement et par le prolongement d'un éclat, que par suite d'une intention bien ^]^rrétée , car on ne voit pas qu'on ait fait quelque chose pour la rendre plus forte ou plus solide. J'en excepte les tètes de flèche et quelques autres outils en crochet dont nous parlerons bientôt.

Le tranchant, formé assez ordinairement par une suite ci'écailles enlevées une à une , coupe fort mal et beaucoup moins que celui qui résulterait d'une simple cassure. Il est donc certain que si ces instrumens étaient destinés à servir comme couteaux, ce n'était pas le plus ^and nombre.

U en est d'autres qui n'ont aucune apparence de pointe et dont les deux extrémités finissent carrément : tel est le n^ 10, en silex corné blanc, qui provient de la porte St-Gilles. Taillé à deux éclats perpendiculaires, il est long de 7 centimètres 1|2, large de 2 1{2. On voit que la brisure des extrémités n'est pas accidentelle , mais qu'elle a été faite à dessein.

Ses analogues, de la longueur de 9 à 10 centimètres, en silex gris et noir, sortent des sépultures celtiques de la Portelette et présentent absolument le même ensemble. Deux autres beaucoup plus petits, ou de 4 centimètres de longueur sur une largeur de 1 112, montrent plus nettement encore cette intenticm de coupe carrée. Ils proviennent l'un et l'autre de la porte Harcadé.

Ces couteaux à bouts carrés, qu'il ne îanî pas confoo-* dre avec les couteaux brisés par accident, sont ceux que l'on trouve le. plus abondamment dans tous les gissemens celtiques.

La forme n^ 1 1, dont j'offire aussi plusieurs similaires, est moins commune sans pourtant être rare. Le premiw analogue est en silex noir veiné de rouge; il a été trouvé à Noyelles-sur-Mer , entre le Crotoy et Abbeville. Sa longueur est d'un peu moins de 9 centimètres, sa largeur de 3 li2. U est uni d'un côté. Sa partie convexe est traversée obliquement par une arête qui ensuite se dinse en deux. Il n'a pas été fait pour trancher, car ses bords ont, dans toute leur circonférence, été émoussés par de petits éclats enlevés transversalement et avec une certaine régularité.

Contre l'ordinaire, c'est la base qui a été traitée avee

ie phis de soin et arrondie avec renflement sur la partie ^nehe.

Ce renflement, marqne distinctive de ces sortes de morceaux , est plus saillant encore dans son analogue dont la base de 4 centimètres dans sa plus grande largeur, est, comme dans le premier, arrondie avec soin par l'enlèvement de nombreuses écailles.

D'autres similaires , aussi en silex gris , ont été extraits des sépultures de la porte Marcadé et de la Portelette. Un peu plus petits que les précédens, et longs de 5 à 6 centimètres , ils sont coupés de même.

Dans leur ensemble, et ceci nous frappa tout d'abord,

ces morceaux se rapprochent beaucoup de la figure du

Phallus antique. Est-ce bien ce signe que l'on a voulu

représenter? Je ne saurais l'affirmer , mais l'apparence

y est.

J'ai retrouvé encore cette même forme dans les bancs diluviens, et j'en donnerai la description; seulement elle y est plus massive et d'un plus grand module, comme ^ont d'ailleurs tous les ustensiles diluviens, dont ceux des gissemens celtiques ne semblent que des diminutifs. Sous le n^ 12 sont dessinés deux morceaux, l'un en silex gris corné, l'autre en silex noir, tous les deux ^'une pâte très-fine, ainsi que presque tous ceux que j'ai recueillis dans les terrains celtiques de la porte Marcadé. Leur forme est celle d'une pique ou d*un épieu recourbé. La longueur du premier est d'un peu plus de 10 centimètres ; sa largeur à la base qui diminue successivement jusqu'à la pointe, de 3 1(2. La longueur du second, fig. 12^, est de 8 centimètres, sa largeur de près de

4, sa courbe de 10 millimètres. Ces instromens sont fabriqués par éclats longitudinaux, nombreux, mais peu réguliers. La Face concave parait, comme toujours, avoir été creusée d'un seul coup; cepradant on croit remarquer dans le premier, des éclats transversaux.

Les couteaux épieux de cette dimension ne sont pas communs ; je n'ai jamais vu que les deux que je viens de décrire ; mais on en trouve beaucoup de la taille de 5 à 6 centimètres.

La forme suivante n^ 13, dessinée en flèche, à une seule arête transversale, est moins rare encore; j'en ai recueilli par douzaines dans les sépultures de la Portelette et de la porte Marcadé. Leur dimension la plus ordinaire est de 5 à 7 centimètres de longueur sur 4 à 5 de largeur à la base. Il y en a de deux formes: celle en triangle et celle en cœur ; je les ai réunies sous le môme n^, parce que j'attribue cette dernière moins à l'intention de l'ouvrier qu'à la cassure naturelle de la pierre ou à la manière dont l'éclat se détachait sous le coup de masse ; en efiet , si la régularité de l'arête longitudinale qui partage en deux ces silex, ne démontre pas le travail, on doit l'attribuer à un accident.

La fabrication de ces morceaux avait lieu en trois ou quatre coups, à peu près comme celle de nos pierres à feu, et ne pouvait être bien difficile si l'on eo juge à leur abondance. Mais à quoi servaient-ils 7 Trop courts pour être utilisés comme couteaux, trop kmgs et trop lourds pour être employés comme flèches, on aurait pu croire qu'ils servaient comme fers de lanoe, si la difficulté ou plutôt l'impossibilité de les emmancher

n'indiqnait pas qne telle n'était point non plus leur destinatioo. ie pense donc qa'impropres à tout usage sérieux, ce n'étaient «leore que des figures de conventi(ni , des symboles et des signes représentatifs.

Il n'en était pas de même des petites flèches : armes offensives et défensives , celles-ci étaient employées à la guerreetà lâchasse. On en fabriquait de diverses sortes. La plus usitée, représentée sous le n^ 14, se distingue par sa double ou triple arête longitudinale et sa forme ou en olive ou en triangle. Sa dimension ordinaire est de 25 à 35 millimètres de hauteur, sur 12 a 15 de largeur à la base. Celles que présente la planche sont en silex corné ou brun ; elles proviennent de la Portelette et de la porte Marcadé.

Depuis j'en ai trouvé dans ce dernier gissement une

variété un peu plus grande, dont la longueur varie de 5

à 6 centimètres de hauteur sur 2 à 3 de largeur. Licur

ressemblance avec les précédentes fait croire qu'elles

pouvaient aussi être utilisées. Une est en beau silex azuré.

La flèche n^ 15 difiG^re de la première parce qu'elle est

plus effilée, ou en lancette ; ensuite parce qu'elle n'offi*e

qu'une seule arête qui la suit dans toute sa longueur,

variant de 4 à 5 centimètres, sur une largeur de 8 à 10

millimètres à la base.

En silex corné comme les précédentes , ces flèches ont aussi été extraites des sépultures de la Portelette et de la porte Marcadé. L'une d'elles est travaillée avec beau* coup de délicatesse et l'on a peine à comprendre com* ment on a pu, sans la briser, réussir à la tailler si finement.

3d4 COUTEAUX CELTIQUES.

Le n^ l^est &briqué avec un soin extrdme; coDtotuniô en bec à corbin très-aigu, il parait propre à couper oq déchira, et même à creuser le bois. J'en ai trouvé [dtH* sieurs analogues.

Le premier, en silex brun, veiné de bleu, a 4 oemimètres de haut sur 2 de large.

Le deuxième, fig. 16^, en silex noir bleuté, moiM bien fait, offire les mêmes dimensions.

L'un et l'autre sont traversés, dans toute leur longueur, par une seule arête très-tranchante dont l'épaisseur totale est d'un centimètre.

Le troisième, fig. 16>, un peu plus grand et moins recourbé, sortant du même gissement, parait avoir subi l'action du feu .

Sous le même n®, fig. 16^, est encore un morceau remarquable par la nature de son travail. Il n'est pas, comme les premiers, tronqué d'un côté à angle droit. Il a deux pointes et décrit l'arc complet. Sa hauteur est de 8 centimètres, sa largeur de 2 et son épaisseur également de 2. Il est soigneusement poli sur sa partie convexe; je l'aurais pris pour un fragment de hadie si la partie concave n'avait pas été finie avec un smn plus grand encore. Peut-être était-ce en efiet un dânis de hache que l'ouvrier a voulu utiliser.

Sous le n^ 17 sont deux instrumens pouvant servir à couper. Ils sont en silex roux transparent, et proviennent de la porte Str-Gilles. Le premier, haut de 6 centimètres 1(2, large de 5 à la base, est un triangle arrondi à son extrémité tranchante.

L'autre, long de 5 centimètres sur 3 de large, jriat

COUTEAUX CELTIQUBS. 395

d'un côté, GODcaye de l'autre, oblique ua peu à droite eu s'arrondissaot. Ces deux couteaux sont dignes d'attendon, en œ qu'ils semblât taillés par un procédé différent de celui ordinairement employé. Là, on ne distingue ni éclats ni écailles. Si le premier offire une arête, elle n'est pas au milieu, et l'autre en est dépourvu entièrement. L'écorce de celui-ci dont on voit encore une partie , a été enlevée délicatement sans laisser trace d'éclats , comme un fruit dépouillé de sa pelure ; si ce silex n'avait pas été trouvé à une assez grande profondeur, je l'aurais cru travaillé par une main moderne.

Le n^ 18 mérite aussi une mention spéciale. Il est en silex corné, haut de 25 millimètres, large de 20 à son tranchant et seulement de 10 à sa base. C'est un instrument en forme d'éventail ou ciseau, taillé comme nos pierres à fusil, mais plus régulier et n'ayant qu'une seule arête transversale qui sert de base au tranchant. Les côtés sont travaillés à petits coups et de manière à faire une rentrée pour le fixer à un manche. Cet outil devait être propre à couper.

Le n^ 1 9, long d'un peu moins de 6 centimètres, large de 2, en silex gris, provient des mêmes sépultures; c'est encore un ciseau qui pouvait être emmanché pour tailler le bois, peut-être même la pierre, car, très-tranchant, il a beaucoup de force relativement à sa taille. Il porte des traces de feu ; on l'a trouvé au milieu d'un amas de cendre et de charbon.

Son analogue dont la longueur n'est que de 3 centi^ mètres 1]2 sur un peu fim de 10 millimètres de large

396 GOUTEAIIX CELTIQUES.

et 1 d'épaisseur, est un instrument délicat et bien fiût, mais qui ne pouvait guère servir qu'à séparer des corps peu résistans. Il est en silex brun-clair et provient do gissement de la porte Marcadé. Voir fig. 19^.

Le n? 20 est un médium entre le couteau et la hache, et Ton pourrait le ranger dans cette dernière catégorie si, convexe d'un côté et plat de l'autre, il n^avait ce signe caractéristique des couteaux ou de ce que Ton est convenu d'appeler ainsi. Long de 12 centimètres et large de 7, en silex gris-blanc et grossièrement ftiçonné, mais taillé partout et tranchant dans toute sa circonférence, il a été trouvé dans un banc de tourbe entre Hangest et Condé- Folie (Somme), avec des poteries celtiques d'un caractère très-ancien, des charbons et d'autres silex taillés. Ce couteau est remarquable par sa force et sa largeur. Il pouvait servir à couper, creuser et polir le bois.

Ses analogues, fig. 20^'^, proviennent des gissemens de la porte Marcadé et de la Portelette ; leur forme est la même, mais leurs dimensions sont moindres. Ils n'ont que 7 à 9 centimètres de long sur 4 de large. Ils sont taillés de la même manière et dans un silex à peu près semblable.

Je cite ici ces couteaux de forme courte et hu^, parce que je crois leur type très-ancien, et que nous les retrouverons dans les bancs dilu viras.

Le n^ 21 vient aussi de la porte Marcadé. Il est en silex gris; sa hauteur est de 9 centimètres, sa largear de 3 1(2. C'est un instrument fort grossier et qa'on pourrait prendre pour un simple éclat, s'il n'existait

pas d'analogues. Recourbé en crochet ou bec à cori3in, il devait être employé à creuser. J'ai trouvé dans les mêmes terrains des outils en os ayant absolument 43ette forme et dont la destination devait être la même. Ce type difiE&re peu de celui du n^ 16; seulement il est plus grand, plus brut, et sa pointe est tournée en sens contraire.

Ses analogues plus courts et moins prononcés dans leur courbe, viennent du même gissement où j'en ai trouvé beaucoup d'autres que j'avais d'abord rejetés comme simples accidens ; ce n'est qu'à leur nombre et à la persistance de cette coupe, qui n'est pas naturelle au silex, que j'ai reconnu qu'elle était le résultat d'une intention et d'une main-d'œuvre.

Un autre, fig. 21*^, mieux travaillé, en silex noir ou gris, d'une longueur de 5 à 8 centimètres sur 1 à 3 de largeur, représente assez bien une cosse de pois.

Un troisième , fig. 21 »»'^, variant de 5 à 9 centimètres, et plus efliilé, ressemble, à l'épaisseur près, aux couteaux épieux n**. 12.

Le n^. 22, long de 8 centimètres, large de 3, taillé à éclats perpendiculaires, et tranchant dans toute sa circonférence, est en beau silex noir au-dessus et bleu tendre dessous. Il sort des sépultures celtiques de la porte Marcadé et diffi&re des autres couteaux par sa forme ovale.

Ses analogues, fig. 22^'^, sont beaucoup plus petits mais la coupe est la même.

Une variété , fig. 22^', est terminée par une pointe oblique.

demi-boule. L'un des deux analogues, fig. 26^, a subi Faction du feu. La longueur de tous les deux est de 4 centimètres sur 15 millimètres de largeur. Ils ont été extraits , comme les précédens , du gissement de la Portelette où j'en ai trouvé d'autres , mais moins bien faits.

Sous le uP 27 sont de petits silex gris, longs de 4 à 5 centimètres, larges de 12 millimètres, épais de 7, décrivant un peu l'arc et qu'on rencontre fréquemment dans les gissemens celtiques. Leur nombre seul m'a empêché de les prendre pour des accidens. Mais il est difficile de deviner à quoi ils peuvent servir. Ils ont d'ailleurs entr'eux une ressemblance parfaite.

On pourrait étendre encore ces descriptions des couteaux celtiques, mais ceux dont je parlerais rentreraient dans les classifications précédentes. Quant à augmenter le nombre de ces classifications , peut-être trouverait-on que, déjà trop multipliées, les divisions reposent sur des nuances souvent bien faibles; mais j'ai cru faciliter ainsi les recherches des personnes qui voudront continuer cette étude. On me pardonnera donc cette surabondance de catégories et de détails.

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