‹ Antiquités celtiques et antédiluviennes (volume 2)Chapitre 4 sur 30 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Des premiers habiUDs des Gaaies.

Avant de parler de l'œuvre , il est bon de dire quelques mots des ouvriers , car c'est leur âge qui nous servira à déterminer celui de leur industrie.

L'opinion reçue est que cette partie de l'Europe où nous vivons est une terre nouvelle ou nouvellement habitée. Ses annales atteignent à peine à vingt siècles; ses souvenirs et ses traditions ne dépassent pas deux mille cinq cents ans.

Les excellens ouvrages de MM. de Caumont et Amédée Thierry ne les font pas même remonter si haut , et les peuples qui ont occupé ou seulement traversé les Gaules , les Galles , les Celtes , les Belges , les Vénètes , les Ligures, les Aquitains ou Ibères, les Kimris ou Cimbres , les Scythes n'y auraient laissé aucun vestige auxquels on puisse assigner cette date.

Ce système est parfaitement fondé en ce qui concerne les grands monumens , car la tradition en serait demeurée. Ces monumens auraient frappé les yeux de nos ancêtres, et leurs ruines frapperaient les nôtres comme les frappent encore celles des cités asiatiques et des fabriques dites Pélagiques et Cyclopéennes. Quoiqu'on ne connaisse pas T histoire de celles-ci ni même bien positivement leurs fondateurs , ce qui en reste indique , sinon Finstant précis de leur construction , du moins la période de civilisation à laquelle elles se rattachent; et, dès qu'elles appartiennent à cette civilisation, elles se trouvent en deçà de ce que nous considérons comme la période antique. Nous n'avons donc rien à dire de la France présente, ni même de la France romaine ou gauloise , parce que , selon nous , là ne commence pas notre histoire. C'est en traversant le sol de la civilisation, c'est en pénétrant jusqu'au sol cehique, que nous trouverons le berceau de nos pères, ou la terre que foula la population primordiale des Gaules.

Dans cette étude des êtres qui ne sont plus, leurs traces superposées, sorte d'échelle des jours écoulés, seront nos tablettes historiques , tablettes authentiques , car la poussière des âges ne s'improvise point et la couleur des siècles est inimitable.

Venons aux preuves.

Les traces de ces tribus nomades ou conquérantes qui ravagèrent les Gaules , précèdent à peine de quelques siècles l'ère chrétienne. Avant cette époque, la Gaule était-elle déserte ? N'y avait-il jamais paru un homme? Aucune peuplade, aucune tribu n'y avait-

elle élevé une chaumière ou placé sa tente? Alors, comme aujourd'hui, son soleil n'était-il pas doux et vivifiant? Sa terre n'était-elle pas fertile? N'avait-elle pas ses collines , ses plaines, ses vallées toutes prêtes à produire? Ou, si les hommes, sauvages encore, ne savaient ni labourer ni semer , n'avaient-ils pas devant eux d'autres moyens de se nourrir : des rivières remplies de poissons, des forêts peuplées de gibier? Alors, je le demande, quand la population surabondait en Asie, en Afrique et sur plusieurs points de l'Europe; quand la Gaule était féconde ^ quand elle possédait tout ce qui attire et fait vivre l'homme , pourquoi n'y aurait-il pas eu d'hommes ? Pourquoi ces hommes n'auraient-ils pas laissé de traces, ou pourquoi ces traces ne remonteraientelles qu'à vingt-cinq siècles ?

Que la Gaule, avant cette période ou même aune époque plus rapprochée , n'ait pas , comme l'Asie, été le siège d'une haute civilisation et de puissans royaumes , c'est ce que semble indiquer l'absence des grandes ruines. Mais pourquoi n'aurait-elle pas eu ses bourgs, ses villages ? Ou bien pourquoi encore, de même que les steppes de la Russie, que les prairies et les forêts vierges de l'Amérique, que les plaines fertiles de l'Afrique, n'aurait-elle pas été parcourue, depuis un temps immémorial, par des tribus sauvages peut-être, mais pourtant réunies en famille , si elles ne l'étaient pas en nation ?

Si toutes les probabilités disent que les choses ont dû se passer ainsi , et que , sédentaires ou nomades , labou*reurs ou chasseurs, des habitans ont existé dans les Gaules dès les premiers âges du monde , il y a donc au-

dessous du sol gaulois, un sol à explorer, des débris à étudier; et, sous ceux-ci, peut-être d'autres débris qui ne datent pas seulement de vingt siècles , mais de trente, mais de quarante, mais de cent.

Sans doute cette antiquité indéfinie trouvera bien des incrédules : on nous renverra à la tradition ; on nous dira que ces armes , que ces ustensiles en silex , de l'existence desquels je tire des conséquences si étranges, ne datent que d'hier;' qu'ils furent l'arme fevorite des Francs , des Scandinaves , et que les Normands s'en servaient encore aux 8« et 9® siècles.

Admettons qu'il en soit ainsi. Parce que ces instrumens servaient au 9® siècle, est-ce une raison de croire qu'ils n'aient pas servi cent siècles avant ? Parmi nos ustensiles usuels nous en avons qui , fabriqués la veille , ne diflGferent en rien de ceux qu'on trouve dans les ruines de Thèbes et qui datent de trois mille ans. C'est qu'il est des meubles , si bien appropriés , dans leur simplicité, aux besoins journaliers de l'homme, que leur forme ne peut changer et qu'elle est restée la même chez tous les peuples de la terre.

Quant aux instrumens tenant au culte et dont la figure est consacrée par le rite , cette figure doit par cela même avoir une durée peu ordinaire.

En reconnaissant donc cette non-existence, dans les Gaules , de constructions anciennes annonçant, par leur perfection , une longue pratique des arts , ou , par leur masse, les efforts collectifs d'un grand peuple, nous n'en concluons pas que l'Europe soit nouvellement peuplée , ni dès-lors qu'on ne puisse trouver des preuves de son antique population.

Que ces preuves ne soient pas des monumens proprement dits , c'est ce que nous venons de faire observer. H ne s'agit donc ici ni d'édifices , ni de chefsd'œuvre, mais de simples ustensiles et des premières ébauches de ces idoles, de ces signes mémoratifs consacrés à un culte qui s'établit ou à un ordre de choses qui commence, ouvrages qui ont pu être entrepris et exécutés isolément , et qui , dès-lors , ont dû l'être; car, quelque brut qu'on suppose l'homme primitif, est-il un âge où il n'ait pas eu de besoins et par conséquent où il n'ait pas étudié les moyens de les satisfaire et préféré celui qui lui offrait le plus de profit avec le moins de peine 7 Est-il un âge où , insensible à tout sentiment humain , il n'ait pas jeté un peu de terre sur le corps de son père mort, puis mis une pierre sur cette terre pour eiùpécher les animaux féroces de la fouiller ?

Qu'on croie donc à l'intelligence innée de cet homme et à sa civiUsation précoce, ou bien qu'on ne voie en lui que le sauvage semblable au sauvage actuel, on reconnaîtra que, dès cette époque , sans être ni architecte ni sculpteur , ou , si vous aimez mieux , charpentier ni maçon, il a eu une notion de ces arts; car il a fallu que , pour lui ou pour sa famille , il construisît un abri. Cet abri a exigé un travail qu'il n'a pu faire sll ne s'est aidé de quelque instrument bien imparfait sans doute, mais qui a dû lui donner l'idée d'en fabriquer qui le fussent moins.

Quand il a eu construit son asile , il a désiré quelques meubles , quelques ustensiles , ne fût-ce que pour

puiser de l'eau à la fontaine , ou pour préparer sa nourriture. Jamais l'homme, quelqu'arriéré qu'on le suppose , n'a dévoré vivante sa proie sur la terre. Enfin il lui a fallu des armes pour se défendre contre les animaux.

Le bois fut d'abord la matière de ces ustensiles et de ces armes; mais pour travailler ce bois, il fallait une substance plus dure. Il prit des os , des coquilles , des pierres auxquelles il donna la forme propre à faciliter son travail. Tels furent les premiers outils; tels sont ceux qu'on peut retrouver et, selon moi, qu'on retrouve.

Quant à l'âge que l'on doit leur attribuer, c'est un problème que je ne tenterai pas de résoudre. Cet âge, je ne le sais pas; je crois seulement qu'il est bien autre que celui qu'on accorde ordinairement à la première apparition de l'être humain. Je ne nie pourtant pas que l'homme, postérieur aux animaux, comme habitant de la terre , n'y soit venu le dernier ; mais c'est que les animaux sont bien vieux : ces ossemens dits anté-diluviens remontent à des milliers d'années, peut-être à des milliers de siècles.

Remarquons que la dissolution de certains corps, lorsqu'ils sont à l'abri des variations atmosphériques , se trouve indéfiniment suspendue et qu'alors , de mille siècles à mille jours , il n'y a , d^ns les résultats , aucune différence visible: un os fossile subit plus de modification durant une heure d'exposition à l'air que pendant mille ans passés sous terre. Ainsi l'état de certaines substances ne prouve rien , ni pour, ni contre leur âge.

22 DES PREMIEHS HABITANS DES 6AULES«

Sans doute il est facile de distinguer un os fossile de celui qui ne Test pas. On fait aussi une distinction entre les fossiles tertiaires et les fossiles diluviens : ils ont un aspect différent. Provenant de races qui ne sont pas les mêmes , on peut dire qu'ils sont de telle époque ou de telle formation géologique; mais de combien de siècles ou de milliers de siècles se composent ces époques, c'est ce qu'on ne dira pas.

Que l'on affirme donc que la famille de l'homme est jeune sur la terre, nous l'affirmerons aussi. Mais cette jeunesse de la forme humaine date de loin; car les jours des premiers âges étaient des jours séculaires.

Ne donnant même à ces débris que l'âge que leur accorde l'interprétation la plus restreinte , la tradition reconnait qu'avant le déluge existaient des hommes* Pourquoi ne découvririons -nous pas des traces de ces hommes ou des fragmens de leurs œuvres ? Est-il même démontré que nous n'ayons jamais rencontré leurs os? Pour qu'il n'y eût pas de fossiles humains, il faudrait qu'il n'eût pas existé de créatures humaines à l'époque où vivaient les animaux, aujourd'hui fossiles* Or, j'en reviens à cette proposition : comment n'y aurait-il pas eu d'hommes, puisqu'il y avait sur la terre tout ce qu'il faut pour faire vivre les hommes; la preuve, c'est que les grands mammifères y vivaient et l'on sait que l'homme peut exister où ils existent. Sans doute la possibilité du fait n'est pas le fait , mais c'est une grande présomption.

Oui les animaux ont précédé l'homme sur la terre et ils devaient l'y précéder ; mais ils ne l'ont pas précédé

d^iin temps tellement long qu'eux seuls soient anciens et que notre race soit nouvelle. Dès que les mammifères qui se rapprochent de la race humaine par leur forme , leur intelligence , leurs besoins , leurs sens , leurs passions, leur mode de vivre et de mourir , ont été multipliés sur ce globe, les hommes n'ont pu tarder à y paraître. Ma conviction est donc entière à cet égard : à l'époque du dernier cataclysme qui a changé la surface de notre planète, et même long-temps avant, l'homme y existait et l'on doit y rencontrer ses os.

Alors comment ne les rencontre-t-on pas ? Telle est l'objection. Elle est rationnelle; pourtant, on ne peut la considérer comme absolue ou comme une solution définitive. Voici ce que , consulté dernièrement par moi, me répondait, le 31 octobre 1844, un des hommes dont la France s'honore , mon respectable ami M. Alex. Brogniart , directeur de la manufacture royale de Sèvres :

« Nous avons besoin de preuves bien évidentes pour être convaincus de la présence de l'espèce humaine sur la terre en même temps que les animaux antédiluviens. Des observations faites par vous-même , appuyées de descriptions claires et détaillées des terrains , de figures et d'échantillons , seront peut-être de nature à détruire une loi géologique qui n'est fondée que sur des observations négatives , bien nombreuses il est vrai , bien débattues ; mais enfin il ne faut qu'un fait positif, évidemment établi , qu'on ne puisse attribuer à une exception locale , pour détruire cette loi. »

Cette réponse de M. Alex. Brognîart est la raison même. Les véritables savans ne sont pas exclusifs , ils croient aux progrès même de la science.

S'il y a eu des hommes anté-diluviens , il peut exister des traces de ces hommes.

Sans quitter le lieu où nous sommes, quand, en y sondant de quelques pieds , nous rencontrons les débris d'une autre époque, avec d'autres mœurs, d'autres monumens, d'autres temps, d'autres hommes; quand quelques pieds plus bas nous trouvons un autre âge et aussi d'autres peuples , qui donc peut dire si , en descendant plus profondément encore, si en pénétrant dans les entrailles d'une terre dévaslée par tant de catastrophes, nous n'acquerrions pas la preuve que ce qui fut à la surface est aujourd'hui au centre et que des terrains intermédiaires, ou ces immenses régions que recouvre la profondeur des mers ne nous cachent pas des monumens et les débris de populations inconnues.

Les convulsions qui ont bouleversé notre planète , sont prouvées; l'est-il également qu'à chacune de ces révolutions, elle était sans créatures humaines? Lors de ces premiers cataclysmes, nulle trace de vie. Dans ceux qui suivent, on trouve des débris d'animaux marins, puis de végétaux terrestres, puis de sauriens, puis de mammifères , puis plus rien : tous ont péri , la terre est déserte, ce n'est qu'après une période indéfinie que Ton voit reparaître des espèces nouvelles qui périssent à leur tour par suite de cette grande destruction dite déluge universel.

Que ce déluge traditionnel concorde avec le déluge géologique, ou avec l'époque clysmienne ou diluvienne ; qu'ils ne forment qu'une seule et même catastrophe, qu'ils ne marquent qu'une seule et même période , c'est une grave question que nous n'entreprendrons pas de traiter; nous voulons seulement dire qu'il est un immense et dernier bouleversement dont la tradition est restée chez presque tous les peuples.

Alors, nous en convenons, les hommes vivaient. Mais depuis combien de temps vivaient-ils et combien de révolutions semblables avaient-ils éprouvé ? La tradition ne le dit pas : comment l'aurait-elle dit , si la destruction a été totale.

Que dans chacun de ces terribles évènemens, la surface du globe ait été balayée , renouvelée , c'est ce que la géologie nous montre ; mais elle nous montre également que rien ne s'est perdu et qu'on retrouve successivement des traces de ces diverses époques.

Ces traces , les a-t-on aperçues toutes le même jour 7 Non, ce n'est que peu à peu et seulement de notre temps qu'on les a signalées d'une manière positive.

Dans cette voie de découvertes nous ne sommes qu'au point de départ. Alors pourquoi dire que nous sommes arrivés au terme du voyage? Parce cpie nous avons levé un coin du voile, en faut-il conclure que nous avons vu tout ce que le voile recouvre ?

Nous savons aujourd'hui , qu'au moment de chacune de ces révolutions , il existait beaucoup d'animaux ; c'est une vérité que démontrent les amas d'os des gisemens diluviens. Ces gisemens nous étaient inconnus

26 bSS t'HEMlËftS HABITANT DES GAtLÊS*

il y a cent ans; et, au commencement de ce siècle ^ nous ne connaissions pas le quart des espèces anté^ diluviennes que nous connaissons aujourd'hui. Peut-être dans trente ans, en connaitrons-nous davantage.

Il est des contrées entières jonchées de squelettes d'éléphants. Il en est d'autres où Ton n'en a jamais vu. Cela s'explique : un courant aura traversé la 2one où ces animaux vivaient et aura entraîné en masse leurs cadavres vers uu point; ce point est resté à découvert ; un concours de circonstances y a conduit des voyageurs aptes à reconnaître ce fait et à le signaler.

Un autre courant aura atteint une région habitée par les hommes; ces hommes à leur tour auront été engloutis et, eux aussi, jetés morts, non plus sur une surface, mais dans quelque vaste excavation, dans quelque caverne intérieure , ou précipités dans la profondeur des mers.

Depuis , ces mers ont changé de place , ou les eaux en ont baissé. Elles baissent peut-être encore et ces grands gisemens d'os humains , vaste cimetière des générations d'alors, pourront reparaître au jour.

Qu'est-il même besoin de ce dessèchement des mers ? La découverte d'une plage nouvelle , l'éboulement d'une montagne, l'ouverture d'une caverne ou de quelque grande fissure de la surface ; ou seulement des travaux d'arts et des sondages à travers les couches intermédiaires, peuvent à tout instant amener la démonstration que nous cherchons , celle de l'existence de ces hommes anté-dilu viens : la science marche toujours et la vérité tend partout à se montrer.

DES PREMIERS HABIT ANS DES GAtLÊS. 27

Pour renverser toutes les données acquises, ou ces théories qui reposent bien moins sur des faits que sur des paroles et des inductions, il suffît donc, comme le dit M. Alex. Brogniart, d'un incident heureux, d'une de ces rencontres inattendues mais qui n'en sont pas moins convaincantes.

Qui sait même si ce n'est pas ici , sous nos pieds et dans ces lieux , c[u'existent les témoignages de cette antiquité des œuvres des hommes et d'une antiquité qui dépasse toutes les prévisions ? Vous avez tous , Messieurs , visité , à la porte d' Abbeville , à droite de la route de Boulogne, et sur celle de Laviers, les sablières de Menchecourt. Depuis bien des années , on en extrait du sable pour la bâtisse. Il y a plus de trente ans, que M. Bâillon et mon père, qui l'un et l'autre figurent parmi les fondateurs de cette Société , ont signalé dans cette sablière un dépôt d'os diluviens ; et, en effet, un squelette presqu'entier de rhinocéros , et depuis, de nombreux débris d'éléphants ou d'autres animaux , ont été recueillis et envoyés au muséum de Paris et à celui de cette ville où vous pouvez les voir encore. Eh bien! Messieurs, dans ces sables, à une profondeur d'environ huit mètres, au milieu de ces mêmes ossemens anté-diluviens , ont été trouvées des traces du travail de l'homme , des haches en silex que je soumettrai à votre examen avec toutes les circonstances de la découverte.

Que ces haches aient le même âge que les os , c'est ce que je ne puis affirmer; leur origine peut être postérieure comme elle peut être antérieure. Ce que je

maintiens seulement comme probable , c'est qu'elles sont là depuis que les os y sont, et qu'elles y sont par la même cause. C'est maintenant à la géologie à déterminer l'époque à laquelle remonte ce dépôt.

Ce fait n'est pas unique. Tout nouvellement, au mois de juillet dernier , à cent pas d'ici , dans le banc de silex ouvert derrière le jardin de l'hôpital, entre le Champ-de-Foire et la rue Millevoye, dans un terrain reconnu diluvien par plusieurs géologues et notamment par MM. Ravin et Buteux (*), qui en ont fait un examen approfondi, terrain dont je vous donnerai également l'analyse , ont été trouvés par moi-même plusieurs autres silex travaillés.

On pourrait dire que ces morceaux sont arrivés là par quelqu'accident postérieur à la formation du banc.

Pour moi , Messieurs , qui ai bien examiné leur position, et probablement pour tous ceux qui voudront l'étudier avec moi , cette postériorité est chose impos-

(*) Voici la lettre que m'écrivait à ce sujet le 18 novembre 1844, M. Buteux , membre du conseil-général du département et auteur d'un ouvrage estimé sur la géologie de la Somme.

Franzard, 18 novembre 1844.

Monsieur et cher Collègue, J'ai été voir la carrière de silex , située derrière le jardin de l'hôpital d'Abbeville, et dont vous m'avez fait l'honneur de m' entretenir. Les diverses bandes de cet amas de silex me paraissent évidemment appartenir au terrain diluvien , comme le terrain à osscmens de Menchecourt ; et sont absolument identiques à celles dcSaint-Roch-lès-Amiens, faubourg de Beauvais , où l'on trouve aussi des ossemens d'éléphans. Veuillez agréer , etc.

Signé : Buteux.

sible. Si le banc est diluvien, et je n'en doute pas, ces instrumens sont diluviens ; et il faut croire à l'existence d'un peuple dont l'antiquité excède de beaucoup ceux dont la tradition nous parle. Or, cette antiquité et cette existence, nous vous les démontrerons jusqu'à l'évidence. Si j'avais quelques doutes sur les haches de Menchecourt et sur leur origine , la découverte de celles-ci les a dissipés.

Je sais qu'ici encore l'évidence pourra être niée. C'est impossible, dira-t-on : des vestiges d'hommes, des ustensiles , des haches de silex ouvrées ne peuvent se trouver parmi des débris diluviens. Je ne puis que répondre : cela est , et cela doit être , car l'étrangeté serait que cela ne fût pas ; et je ne cesserai de répéter : puisqu'il y avait des hopimes alors, puisque la tradition le dit, puisque la réflexion le prouve, puisqu'enfin personne ne le nie , qu'y a-t-il donc d'étonnant à ce que leurs traces se retrouvent? L'un est la conséquence de l'autre.

Admit-on même que ces hommes fussent peu nombreux ; quelque petit que fut ce nombre ^ cela suffirait pour écarter toute négation absolue; et n'y eût-il eu qu'un seul peuple, qu'une seule famiUe, qu'un seul couple, on ne pourrait pas dire avec certitude: leurs traces ne se retrouveront jamais.

Il faut donc en revenir à cette conclusion : si les hommes sont plus vieux sur la terre qu'on ne l'a cru communément, leurs monumens aussi doivent l'être, ou , à défaut de monumens , leurs ustensiles et leurs armes.

Ce n'est point pourtant ces seuls instrumens des pre-

miers âges qui feront l'objet de cette notice, nous aurons d'abord à nous occuper de l'époque intermédiaire ou de la période qui a précédé la civilisation des Gaules.

Nous ne nous dissimulons pas la difficulté de la tâche que nous avons entreprise; les souvenirs comme les matériaux écrits nous manquent. Que trouvons-nous dans la tradition , chez nos historiens ou les chroniqueurs, sur ce qui a précédé l'entrée des Romains dans les Gaules ? Rien, absolument rien. Partout une obscurité profonde, le chaos, ou le néant. Cependant, depuis long-temps la Gaule était populeuse et même conquérante; les invasions de nos pères en Italie, en Grèce, le prouvent assez. Mais si la Gaule avait des soldats , elle n'avait pas d'historiens. La Gaule belliqueuse, mais ignorante, resta donc oubliée.

Elle n'a commencé à sortir de son obscurité que lorsque la fertilité de son sol eut tenté Rome , et que, vaincue par elle, elle finit par se fondre en elle, partageant son luxe, ses arts et ses vices qui, comme Rome, la livrèrent aux barbares, et, après une prospérité bien courte et une lueur de civilisation , la rejetèrent dans les ténèbres du moyen-âge.

Si nous parlons de ce moyen-âge et de la superficie actuelle du sol, nous en parlero;is peu. Quant à la période romaine et même celle qui la précède , nous avons déjà averti que nous les laissions de côté. Le cadre dans lequel nous nous renfermons est ainsi nettement tracé. Ce n'est ni la civilisation, ni la décroissance de la Gaule que nous allons examiner ; c'est ce qui précéda

l'une et l'autre ; c'est l'époque où sa population , sans nom encore, passa de l'état de nature à celui de famiUe et de celui de famille à celui de nation , époque mystérieuse qui ne nous offre que des vestiges aussi mystérieux que les hommes dont ils émanent.

Ces débris ne présentant ni inscription , ni date , on pourra nier leur âge. Cet âge, nous ne nous engageons pas à le produire ; seulement, nous nous attacherons à prouver qu'il excède de beaucoup celui des plus vieux monumens et même des plus anciens peuples que signale la tradition.

Nous pouvons ajouter que si nos preuves sont faibles , du moins ici, elles ne font défaut nulle part. Partout, le sol répond quand on l'interroge, et je suis convaincu qu'il est fort peu de nations aujourd'hui éteintes et oubliées , de celles qui , nées barbares , sont mortes barbares , de celles qui n'ont légué aux siècles futurs ni chefs-d'œuvre , ni édifices , ni statues , ni inscriptions, qui n'aient pourtant laissé leur empreinte sur la terre et dès-lors qui ne puissent renaître évoquées par un observateur patient. C'est ce qui m'a engagé à signaler cette voie qui reste ainsi ouverte à toutes les investigations.

Voici comment nous en indiquerons les jalons :

1° Époque moderne ;

2** Moyen-âge;

3° Époque romaine ;

4** Gallo-romaine;

5° Gallo-celtique;

6° Celtique;

7^ Antérieure aux Celtes;

8® Diluvienne.

Ce sont des vestiges de ces trois dernières périodes , Celtique , antérieure et diluvienne , que nous nous occuperons.

Maintenant, nous allons dire un mot de l'exploration du sol et de la manière dont , selon nous , elle doit être faite.

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