CHAPITRE m
Do sol aolM|iie et de son eiplontion.
Avant d'aller plus loin , je dois indiquer ma manière de procéder dans les investigations de cette espèce , et faire ma profession de foi.
Dans les sciences comme <|ans les arts , quiconque veut être peintre ou seulement observateur et copiste , doit , avant tout , être exact. Il faut surtout lorsqu'on a peu de données et (pi'on procède par induction , que ces données, puisqu'elles remplacent des preuves, ne soient pas avaitorées. Aussi quand il s'agira de faits matériels , ne citerai-je que ceux dont je serai sûr , ^i distinguant les olijets que j'ai fait extraire moi-mène et que j'ai étudiés sur place , de oe«x qui {nto viennent de fouilles où je n'ai pas assisté.
Si j'ai adopté cette marche , si dans ces sortes d'exploration , sauf des cas rares , je ne crois qu'à mes yeux ,
ce n'est point par un sentiment de défiance contre les personnes qui veulent bien me prêter aide , mais par la conviction , qu'ici , rien n'est plus facile que les erreurs ; et je ne veux jeter sur qui cpie ce soit la responsabilité de celles que je puis commettre. Les conséquences en seraient graves , car , en partant d'un point faux , elles fausseraient toutes les inductions qui suivraient.
Que voulons-nous démontrer? L'ancienneté de la population du sol. Sur quoi établissons-nous notre démonstration? Sur l'antiquité des objets qu'on y trouve. A quoi mesurons-nous cette antiquité? A la matière, à l'œuvre et surtout à la position subterranée de ces objets. Dès-lors nous admettons une sorte d'échelle de la vie, une superposition de couches formées par les débris des générations , et nous cherchons, dans chacune de ces couches, des indices de l'histoire de ces générations.
Les couches les plus profondes nous offriront ainsi les populations les plus vieilles ; mais, si nous confondons ces couches, si nous ne les étudions pas en conscience, ou bien, si nous les étudions sans tenir compte de la nature et des accidens du terrain , loin d'éclaiccir le sujet, nous le rejetons dans le chaos, parce que de la concision des élémens , nait celle des idées et l'incohérence de l'ensemble. Il est donc utile de vœr par soi-même et en même temps de bien voir.
J'exposerai ailleurs les moyens que je crois propres à exécuter une fouille utilement , et à la rendre à la fois archéologique et géologique. Ici, je me bornerai à rappeler qu'il est indispensable, notamment c[uand il s'agit de vérifier les temps douteux ou la transition d'un
âge à un autre , de s'assurer par un examen préliminaire ou par un sondage , que le lieu n'a pas été exploré, chose fréquente autour des fabriques romaines. Dans ces terrains remués, on peut encore trouver des objets curieux, mais non étudier leur origine avec certitude.
Le premier soin de Tobservateur doit donc être de ne pas confondre les époques. Si, d'âge en âge, chaque nation civilisée est caractérisée par son architecture et la coupe de ses édifices, chac[ue peuple barbare ne l'est pas moins par ses ustensiles, par la forme et la matière de ses armes. On comprend qu'ici un âge est moins une date qu'une période pendant laquelle une nation est restée au même point; or, pour les peuples primitifs, cette stagnation a dû être longue : il en résulte que des objets falnriqués, des armes, des ustensiles, absolument semblables de forme, peuvent avoir un âge fort difiTérent. *
Ces objets , dont la figure reste invariable , sont de deux sortes :
1® Ceux qui, par leur destination même, ne doivent pas changer de forme;
2^ Ceux qui sont voués au culte , et dont la forme traditionnelle est devenue obligatoire ou sacrée.
Les premiers remontent â l'origine du besoin qui les a fait naître, et dès-lors à la plus haute antiquité, aux {premiers temps des hommes.
Lfô seconds datent de la naissance de la religion dont ils sont l'un des symboles. Ils subsistent tant qu'elle subsiste. C'est seulement quand cette religion
36 DU SOL ANTIQUE ET DE SON EXt^LORATION.
disparaît qu'on cesse d'en fabriquer. Mais ceux qui l'avaient été pendant cette suite de siècles n'ont pas tous péri : voilà pourquoi nous trouvons tant de ces formes mystérieuses que nous prenons, tantôt pour des ornemens , tantôt pour des armes , et dont , en définitive, nous ne connaissons pas l'usage.
Le plus nouveau de ces instrumens doit être ancien ; qu'on juge alors de l'ancienneté de ceux qui remontent à la* naissance de ce peuple et à ses premiers pas sur la terre.
Comment les distinguer les uns des autres ? Je viens de le dire : par la position ou par le plus ou moins de profondeur où ils se trouvent.
Je me ferai mieux comprendre par un exemple. Il arrive fréquemment dans notre vallée , qu'après avmr traversé le sol romain , puis le sol gaulois , vous arrivez à un gissement celtique que vous reconnaissez à la nature de ses poteries. Là, vous trouvez une hache en pierre , arme qui , à vos yeux , caractérise cette époque où le fer était encore rare.
Continuant votre sondage, vous rencontrez une couche de tourbe peu épaisse , mais dont l'ancienne formati<^, si vous en examinez les élémens , ne vous paraîtra pas douteuse. Sous cette couche, est un lit de sabie, et dans.ee lit, une autre hache. Après vous être assuré qu'elle est bien là sur son sol primitif, qu'dle n'y est pas arrivée en traversant la tourbe molle encore, ou qu'elle ne provient pas d'un éboulement de la couche supérieure, il devient évident pour vous que l'époque de la fabrication de cette seconde hache est séparée
de répoque à laquelle l'autre appartient, par la série de siècles qu'a exigée la formatioD du banc de tourbe , temps qu'il ne vous sera pas impossible d'estimer d'après la composition , l'épaisseur et l'état plus ou moins compact de cette tourbe. Vous en concluez que, pendant cette période, ces peuples ont été, sinon les mêmes, du moins dans une situation analogue.
La probabilité historique ou traditionnelle vient à l'appui de ceci. Nous avons vu que les habitans primitifs des Gaules, divisés en tribus nomades, vivant de chasse ou de pèche, comme font encore les hordes sauvages de l'Amérique du Nord, sont restés bien long-temps stationnaires, et que les siècles se sont entassés sur les siècles avant que l'industrie et les arts aient fait chez eux des progrès sensibles.
Remarquons qu'un peuple ne se perfectionne guère tant qu'il n'est pas agriculteur, et qu'il ne vit que de proie ou au jour le jour.
Par les besoins mêmes de cette vie aventureuse , et par la nécessité de rencontrer cette proie , il faut qu'il change continuellement de place, qu'il campe plutôt qu'il ne se loge. De là l'absence d'anciennes bâtisses dans les Gaules , où l'on ne reconnaît les lieux où ces peuples ont séjourné le plus long-temps , que par le plus grand nombre de fragmens de leurs grossières poteries , ou par ces silex bizarrement taillés et ces ustensiles étranges qui nous occupent.
On le voit, ce n'est pas seulement la forme et la matière de Tobjet qui servent à établir sa haute antiquité, et dès-lors celle du peuple dont il émane;
38 DU SOL ANTIQUE fiT DE SON EXPLORATION.
c'est encore la place où il est; c'est la distance de la surface; c'est la nature du terrain, et aussi celle des couches superposées et des débris qui les composent ; c'est enfin la certitude que là est son sol originel , la terre qu'a foulée l'ouvner qui l'a fobriqué.
Ceci demande une certaine habitude d'observation , et c'est faute de l'avoir eue , que des explorateurs, d'ailleurs fort recommandables , ont quelquefois confondu des âges et par suite des races que séparaient de longues périodes.
Ainsi, quand en perçant le sol , après avoir écarté les traces qui couvrent la superficie ou celles de la génération présente, on arrive au terrain moyen-Age qui se révèle à vous par ses poteries aux vernis jaunes, gris ou verdâtres, par ses débris de verreries irisées, ses statuettes en terre grossière, ses madones tronquées , par ses monnaies françaises , brabançonnes, espagnoles; quand, après avoir dépassé ce second plan, vient une couche de produits divers où les médailles du bas-empire sont mêlées à celles des premières races, ceci vous annonce une époque de transition : vous allez toucher au sol galloromain.
Ici, la nature des poteries est différente: plus de vernis , mais des couleurs vives et une pâte plus fine , surtout des formes plus élégantes; peu de médailles consulaires, mais beaucoup de Césars en bronze, en cuivre , en zinc , ou en argent de bas aloi , en or quelquefois.
Plus bas, des armes gauloises, en cuivre mélangé
d'étain, dont le tranchant a presque le mordant du fer*.
Là, aussi , vous trouvez des médailles au cheval gaulois, au sanglier oi^ à des symboles inconnus. Puis encore des poteries qui ont le caractère de Fépoque, médium entre la grossière industrie des Celtes et la finesse des pâtes et des formes des beaux vases grecs et romains.
Nous sommes à la période dite celtiqite. Je n'adopte ce nom que faute d'autres , et sans décider si les Celtes ont précédé les Gaulois , ou si ceux-ci ont précédé les Celtes. Parvenus à cette profondeur, il n'y a plus de médailles, plus d'armes, ni de fer, ni de bronze, ou s'il en apparaît de loin à loin , c'est en firagmens presque informes.
Les poteries sont d'une pâte noirâtre , séchées au four et fabriquées au tour. Ceci se rattache encore à l'époque de la civilisation. Hais ces poteries ne sont pas les dernières; continuez de creuser. Au-dessous, après un lit de tuf ou une seconde couche de tourbes , sont d'autres vases plus épais, mais plus friables, fabriqués à la main, d'une pâte probablement séchée au soleil, et dont les élémens sont une argile mélangée de sable , de gravier ou de silex broyé. Ces vases, comme ceux des
* D'après Pline, liv. XXXlV,chap. VUl, les gaulois mêlaient un huitième d'étain au cuivre. Le minéralogiste anglais Clarke a trouvé que les anciens bronzes celtiques, sur cent parties, en contiennent douze de plomb ou d'étain , et quatre-vingt-huit de cuivre. Voir le Cours d'Antiquité de M. de Caumont , page 223.
couches supérieures , sont toujours brisés, et ils l'ont été sur place, tous les tessons s'y trouvent ; néanmoins rien de plus difficile que de les réunir , car ils tombaoït en poussière dès qu'on les dégage de leur euTeloppe de sable ou de cendre.
Quelle que soit leur imperfection , ces vases ne sont ni les derniers , ni les plus grossiers : dessous , vous en trouvez de plus informes encore.
Nous reviendrons sur ces détails ; nous n'en sommes qu'aux aperçus généraux. Mais de cet exposé des incidms d'une fouille, il faut induire que lorsqu'on explore un terrain , on ne doit pas s'arrêter au promis plan, ni se tenir satisfait de ce qu'on y trouve 4 on doit persévérer et aller jusqu'au bout.
Vous explorez, je suppose, une fabrique gallo-romaine; après être parvenu aux dernières (âerres des fondaticNOs , vous ne voulez pas aller plus loin ; vous vous croyez au terme des travaux des hmnmes , et les ouvriers ne manquent pas de vous l'affirmer. Il est possible qu'ils aient raison, cependant il n'y a pas certitude ; sous une habitation , on en trouve souvent une autire : les mêmes causes, une bonne expo^ion, une terre fertile , le voisinage d'un fleuve , d'une fontaine , d'une forêt , ont déterminé les mêmes effets ou le même désir de résidence.
Les générations changent; un peuple succède à un peuple; le goût du bien-être et l'entraînement d'un beau site restent les mêmes. Le temps, l'incendie, ou la tempête a renversé ce manoir; ses habitans ont disparu ; il en vient d'autres qui , sur ses débris , élèvent
une lu^bitaticm nouvelle. Le Franc remplace le Galle- Romain , comme le Romain avait remplacé le Gaulois , et celui-ci, le Celte.
C'est ainsi que l'archéologue persévérant peut , d'effort en effort , et malheureusement de ruine en ruine , parvenir jusqu'au lieu où vécut le propriétaire originel du sol , celui qui le prunier y plaça une pierre sur laqueUe il appuya sa tête en disant : « Ce champ est à moi. >
Quel fut le nom de cet homme , de ce légitime possessair , le seul légitime peut-être ? A quelle race apparu tenaitril? Eut-il une famille? Faisait-il partie d'une nation? Ces monceaux de cendres, sont-ils les débris d'une civilisation qui commence ou d'une civilisation qui s'éteint ? Ces couteaux , ces pierres tranchantes , ces os aiguisés, furent-ils les instrumens de l'attaque ou ceux de la défense 7 Enfin cet homme fut-il notre père, ou nos pères furent-ils ses bourreaux ? Race déchue ou race naissante, d'où venions-nous et où allionsnous?
Telles sont les questions que je me suis souvent faites sur ces aines de la famille française ; questions probablement insolubles , car , pour notre feiblesse humaine , le passé est non moins impénétrable que l'avenir.
Ceci sort du sujet. Nous en étions à l'appréciation des temps, par la superposition des terrains dont nous faisions l'échelle des âges et l'indication de la diversité des races. Ici encore rien d'absolu. Souvent vous rencontrez sur le sol celtique, et à une très-grande profondeur, des médailles romaines; puis
VOUS retrouvez les mêmes médailles et des instrumeiis celtiques sur la superQcie : c'est la conséquence des travaux humains, des sondages et de tous les remuemens de terre.
Ici même, l'intervention de Fhomme n'est pas indispensable : un monument peut subitement se trouver enfoui par une avalanche terreuse.
Ce n'est donc point dans toutes les localités , même celles qui sont les plus riches en objets de collection , qu'on peut étudier l'histoire du sol ou des générati(ms qui s'y sont succédé ; c'est dans les terres qui ofirent le moins d'éboulements, ou qui présentent les coupes les plus nettes , et c'est ce que nous avons rencontré éum ce pays.
Ajoutons que la confusion des couches , ou dés vestiges qu'elles contiennent, devient moins à craindre à mesure que l'on arrive à une plus grande pnH fondeur : l'on n'a pas perdu de vue que c'est à huit ou neuf mètres de la superQcie et à trois ou quatre audessous du niveau de la Somme, que nous avons trouvé ces traces des premiers arts.
Ici s'élève une difiBculté. Je vais la poser, puis essayer de la résoudre.
La découverte des débris romains ou celtiques, au plus bas des tourbières, n'a rien qui doive étonner: il n'est pas besoin des mouvemens du sol , ni des travaux des hommes pour que ces débris puissent se trouver là. Entraînés par les cours d'eau, ils ont naturellement été s'ensevelir dans les cavités de la vallée; ou bien, par un autre accident , s'ils ont été jejés sur la croûte
herbacée d'un marais , ils ont bientôt, en la traversant, atteint cette masse de plantes , de feuilles en décomposition, sorte de terreau liquide qui devient la base et l'élément de la tourbe. Le faible obstacle que leur offrait cette matière vaseuse, a dû céder sous leur poids, et ils ne se sont arrêtés qu'au point où, plus épaisse, elle leur a opposé une résistance plus grande.
U est facile de comprendre que le point où git l'objet , point plus ou moins éloigné de la superficie, est déterminé d'une part, par la pesanteur de cet objet, et de l'autre par le degré de consistance du terrain qu'il a traversé.
Dans ces terrains meubles et vaseux, le gissement ne peut donc faire loi ; et , quand un fragment de marbre grec ou romain se trouve au-dessous d'un tesson de poterie de l'époque gauloise , évidemment la différence du poids a seule fait celle de la position.
Il n'en est pas ainsi des vases exhumés à la Portelette; quoique trouvés sous la tourbe, ils n'y étaient pas accidentellement : rangés dans un ordre symétrique , ils avaient été mis là avec intention, et nécessairement avant la formation de ce banc de tourbe et de celui de tuf placé au-dessus. Cette intention n'était pas un fait isolé : la grande quantité de ces vases, leur superposition , la diversité de forme , de pâte et de mode de fabrication , annonçaient qu'ils appartenaient à plusieurs époques et peut-être à diverses nations.
Les masses de cendres , de charbons , d'os et de silex calcinés , dont ils étaient environnés , démontraient qu'un feu avait été allumé autour de chaque vase ou
de chaqoe groupe de vases ; or , ce lieu est à quelques mètres du lit de la Somme , ^ le gissement des poteries à trois et quatre mètres au-dessous du niveau du fleuve. C'est là que ce feu a brûlé avec une violence qui explique la calcination des os , des silex , et Tabondance des cendres et des charbons.
Si ceci se passait à la surface, le sol où vivaient ces peuples, celui qu'ils foulaient de leurs pieds était donc plus bas que le sol actuel; à moins qu'cm ne veuille qu'ils aient creusé jusqu'à cette profondeur pour y enterrer les urnes : chose possible , mais non probable.
On ne creuse pas ordinairement autant pour y déposer un souvenir funéraire. Si on le fait, ce n'est pas au bord de l'eau et au-dessous du niveau de cette eau.
On choisit encore moins cette position pour y placer un bûcher et y allumer du feu.
Admettons une exception et supposons que ceci tint à un usage local; il faut supposer aussi que, pour dresser un bûcher dans un lieu semblable , on épuisait l'eau à mesure que l'on creusait et qu'on l'épuisait d'une manière bien complète, pour que la combustion pût sV pérer ; mais en outre que ceci n'était pas dans les coutumes des nations antiques , qui cherchaient plutôt les enchroits élevés pour y placer leur bûcher, Taspect seul des lieux prouverait que la chose était impossible: ces vases se trouvent toujours par groupes de cinq, sept, neuf ou plus, et les groupes sont si rapprochés, que les cendres et les charbons qui s'en
échappaient , ou qui avaient été répandus autour , formaient une zone noire que j'ai prise dans plusieurs a^lroits pour un lit de tourbe ; et cette zone de cendres, qui commence à la Portelette , se retrouve à la porte d'Hocquet , puis à la porte Marcadé , c'est-à-dire dans un espace de quatre à cinq cents mètres et probablement plus ét^idu encore.
Est-il plus croyable que le bûcher allumé à la surface était ensuite précipité, avec tout ce qu'il portait , ossemens , charbons, offirandes , vases 7 Mais nous avons vu que ces vases étaient superposés , et que les moins profondément enfouis étaient encore au-dessous du niveau de la Somme. Comment accorder cette superposition , cet arrangement symétrique , avec cet enfouissement d'un bûcher et de ses accessoires 7
D'après ces considérations , je ne crains pas d'affirmer que pas une seule de ces versions n'est admissible , et qu'il ne peut y avoir d'accident fortuit ; que si ces urnes cinéraires n'ont pu être jetées sur ce point par un effet d'alluvion et du cours des eaux , elles ne l'ont pas été non plus par un simple remuement de terre opéré par les hommes.
Placés dans un ordre régulier, l'ouverture tournée vers le ciel, environnés de charbons, de cendres, d'ossemens, d'éclats de silex et d'os travaillés, en contenant eux-mêmes , évidemment ces vases ont été mis là , un à un et à dessein. Or, cela eut-il pu être , si l'eau avait recouvert le sol 7 Non; s'ils ont été mis là, c'est que le terrain y était sec , c'est qu'il était celui que foulait le pied de l'homme , qu'il était enfin la pro-
priété ou d'une nation ou d'une famille. Ici point de doute possible : dès qu'un champ présente une borne, un pieu, une trace de bâtisse, ou un vase enfoui, et surtout un vase funéraire, il a appartenu à quelqu'un , il a été habité ou destiné à l'être , conséquemment il n'était pas couvert d'eau. '
Pourquoi l'est-il aujourd'hui ? Pourquoi se trouve-t-il sous les fondations des constructions modernes et à plusieurs mètres plus bas que le niveau de la Somme? Cette rivière est-elle devenue plus profonde? Non, elle a conservé son eau et ne l'a pas accrue.
On peut dire que la même cause, l'effet des allavions qui agissait sur ses rives , agissant aussi sur le fond où elle coule , ce fond a dû s'exhausser dans la même proportion , et le niveau rester ainsi le même; dès-lors, qu'à l'époque où ces urnes ont été enfouies, la superficie n'était pas plus couverte d'eau qu'elle ne l'est aujourd'hui; ou si elle l'était, que c'était acci* dentellement, à la suite de grandes pluies , de la fonte des neiges, ou des hautes marées.
Ce système, vrai jusqu'à certain point, ne résout pas entièrement le problème. Si l'élévation du lit du fleuve dépassait certaine proportion , elle n'était plus en harmonie avec le nivellement général de la vallée. D'un autre côté, si cet exhaussement ne se faisait sentir que sur les points qui se rapprochent de son embouchure, il détruisait la pente qui le conduit à la mer. (kt ne peut donc , si on ne la généralise pas , admettre cette cause, comme cause unique.
Peut-on admettre davantage des travaux d'art, et
dire que les Celtes détournaient le cours des fleuves pour y enterrer leurs morts , comme l'ont fait depuis les Huns et les Vendales; ou qu'ils élevaient, sur ces bords, des digues impénétrables à l'invasion des eaux 7 L'histoire répond qu'à cette époque on n'entreprenait pRs de tels ouvrages , et que , si on l'eut fait, on en découvrirait les traces.
La version la plus probable , c'est que le sol spongieux de la vallée de Somme s'est affaissé peu à peu sous les pas des générations et sous les débris qu'elles y entassaient; ou bien encore , qu'à mesure que les alluvions, suite des débordemens et inondations, surchargeaient la superficie, cette superficie a changé de place, et que le sol aujourd'hui à trois mètres au-dessous du niveau de la rivière , se trouvait dans ces temps reculés audessus de ce même niveau. C'est donc depuis, qu'il s'est enfoncé, et par un mouvement insensible, qu'il est descendu où il est.
Peut-être descend-il encore: après une nouvelle période, si les mêmes causes continuent à agir, si les tourbières , si les tu&, si les sables , enfin si ces terrains meubles et limoneux qui composent la couche supérieure ou la croûte de la vallée ne sont pas arrivés à leur point de condensation, s'ils ne sont pas devenus aussi compacts , aussi serrés , et d'un aussi petit volume qu'ils peuvent le devenir, ce sol des urnes, au lieu d'être à trois mètres au-dessous de la rivière, finira par se trouver à six mètres ou plus bas encore.
Ce qui me fait croire que ce terrain , meuble et poreux dans l'origine, s'est condensé plus tard, c'est que
toutes les urnes sont brisées par un effet eoncentriquè et une force venant d'en haut. Ceci peut-il avoir une autre cause que la condensation produite par la près* sion? Toutes les couches de tourbe, sorte de feutre végétal, ne sont-elles pas aussi, par ce refoulement intérieur, amenées de Tétat semi - liquide à l'élat solide ?
Les tufs si poreux , si remplis de cavités , qu'on rencontre à six mètres au-dessus de ces urnes et de la tourbe, sous trois à quatre mètres de sable, de terre végétale ou de remblais , ne devaient-il^ pas égB^ lement, à mesure que la base ligneuse ou harbaoée servant d'appui au dépôt calcaire , se dissolvait, s'affaisser sous la pression des couches supérieures ? C'est en effet ce qui a eu lieu ; les tuyaux durs ont seuls résisté ; mais les plus fragiles se sont écrasés , et dè»^ lors ont tenu moins d'espace.
Dans ces tufs , placés entre deux lits de tourbe , j'ai trouvé des silex et des os travaillés, mais point de poteries. Ces poteries étaient toujours au-dessous du banc de tuf, quelquefois dans la tourbe, mais plus souvrat sous cette tourbe et dans un lit de sable. Dès-lors , wA doute que l'inhumation des urnes ne fût postérieure 4 b formation du banc de tourbe , et ce lit de tourbe postérieur à la formation des tufs.
Ces tufs n'avaient pu naître que par le séjour prolongé de l'eau à cette place , et d'une eau qui, sans être trop rapide , avait pourtant un courant assez profond.
Voici sur quoi je me fonde.
Les tufs s'engendrent ordinairement dans les rivières,
qui tiennent en dissolution du carbonate calcaire , lequel en se déposant se fixe sur les corps tombés au fond ou attachés aux bords. Les tufs ne s'y forment donc jamais au-dessus du niveau de l'eau , et la longueur des tuyaux ou des parties encroûtées peut, lorsqu'on les trouve dans la position perpendiculaire, indiquer quelle a été la profondeur de cette eau. Or, j'ai rencontré, dans le gissement dont il s'agit, des groupes tuffeux de trentecinq à cinquante centimètres de haut; ces groupes, oomme je l'ai dit, n'avaient résisté à la pression que par leur épaisseur et leur dureté presqu'égale à celle de la pierre, preuve certaine de leur ancienneté.
Quoiqu'il en soit, la formation de ces tufs n'a dû s'opérer que postérieurement à celle de la tourbe qui ne dénote plus , comme l'autre , une eau agitée et propre à mettre les parties calcaires en mouvement , mais bien un marécage, une eau stagnante remplie d'herbes et de détritus corruptibles, bref, une cause et des matières différentes de celles qui produisent les tufs.
Ces couches superposées de sable fluvial , de tourbe , de tuf, puis encore de sable et de tourbe, indiquent dwc , avec la mobilité du fond , le plus ou moins de profondeur de l'eau qui, d'après cette profondeur, est devenue alternativement coorante ou stagnante, et dèslors propre tour-à-tour à la formation de la tourbe ou à celle du tuf.
Il n'est aucune de ces circonstances qui ne vienne à l'appui de ce que nous avançons sur l'affaissement du sol et sur son rehaussement par des couches nouvelles.
Suivons la gradation de ces effets : nous prenons oe sol dans son état normal , c'est-à-dire habitable ; l'affais* sèment commence et continue ; le niveau de la rivière est dépassé; l'inondation se fait sentir, elle augmente peu à peu ; la plaine est définitivement changée en marais. Les végétaux croissant avec vigueur et se renouvelant d'année en année , fournissent par leur décomposition des détritus abondans. La première couche de tourbe se forme, elle se condense, s'épaissit, et par son poids uni à celui de l'eau , contribue encore à tasser et à enfoncer la couche de sable.
A mesure qu'il y a plus de creux , il y a plus d'eau ; car la rivière est voisine , et il faut bien que l'eau prenne son niveau.
Cette eau plus profonde , plus limpide , acquiert aussi plus de mouvement. La berge s'ouvre , un Ut s'établit, et quand l'eau est devenue courante , les végétaux n'y croissent plus que sur les bords.
Les tufs se forment ; il en résulte , comme dans toutes les rivières propres à ces concrétions , l'exhaussement du fond et le resserrement des bords.
L'eau perdant à la fois sa profondeur et son mouve* ment, les végétaux reparaissent, le deuxième lit de tourbe se pose, il croît et remplit le creux d'autant plus vite que le courant est moins fort et que les détritus sont plus abondans ; peu à peu cette eau fait place à un limon qui s'augmente de celui des allu viens. La dernière couche de tourbe est ainsi couverte d'une autre couche de sable qui replace le sol au niveau du fleuve, puis bientôt au-dessus.
DU SOL ANTIQUE ET DE SON EXPLORATION. 5t
Redevenu habitable , ce sol continue à s'exhausser , souvent avec une rapidité telle que l'affaissement , bien qa'il n'ait pas cessé, se trouve plus que compensé; et tandis que l'ancienne superficie s'abaisse à trois mètres au-dessous du niveau de la rivière, la nouvelle s'élève d'autant aurdessus de ce niveau.
Combien dure ce double mouvement ? C'est ce qu'il est difficUe de déterminer. Sans doute il n'est pas étemel, mais il peut être fort long , parce que les causes qui le produisent peuvent être durables ; toutefois comme elles sont variables, à chaque instant l'une peut cesser de contrebalancer l'autre.
Ainsi , d'une part , tant que le sol sera habité , et que les hommes le couvriront de débris et de remblais , ou que des détritus ligneux et herbacés s'y entasseront, nécessairement le sol devra s'élever.
Mais , d'autre part , tant que les couches tourbeuses , tuffeuses et sablonneuses n'aurcmt pas acquis toute la (xmdensation dont elles sont susceptibles , ou bien tant qu'elles n'auront pas rencontré un fond solide , un appui qui les arrête, tel que le banc de silex ou la craie, le mouvement descendant continuera.
Appliquant ce que nous venons d'exposer , aux urnes de la Portelette , nous disons : ce ne sont pas ces urnes et leur accompagnement de cendre, de charbon et de silex qui se sont enfoncés dans le sol , c'est le sol lui-même qui a changé de place, et qui est descendu à la profondeur où il est aujourd'hui. Ces vases, trouvés à trois ou quatre mètres au-dessous du niveau de la rivière et à sept à huit de la
superficie , n'ont , dans le principe , été enfouis que de trente à quarante centimètres, c'est-à-dire dans une tranchée ouverte où l'on pouvait allumer du feu. Le feu éteint, le vase était placé au milieu des cendres et des charbons ; la tranchée était comblée et on élevait dessus un massif de terre qui contribuait encore , en pesant sur le sol spongieux , à le tasser et à le faire descendre.
Il est même possible qu'il n'y ait pas eu d'excavation , et que les urnes et le bûcher aient été placés sur ia surface; ce qui me le fait croire, ce sont ces assises de bois formant le dernier plan des sépultures. Pourquoi les aurait-on enfouis , et à quoi bon les travaux que ceci eut nécessités. Aussi, ce travail, ne le faisait-on pas. On se contentait d'abattre les arbres les plus voisins ; on les taillait en planches grossières et en soliveaux ; on les étendait sur le sol , on plaçait dessus un lit d^herbe et de branches , dont nous avons retrouvé de nombreuses traces ; ensuite on brûlait les corps , mais non sur cette assise qui ne porte nulle part l'indice du feu. C'était à quelque distance que le bûcher était probablemrat placé ; ou s'il l'était sur ce lieu même , on garantissait les soliveaux par cette couche d'herbe fraîche et de sable mouillé. Peut-être , brûlait-on les corps sous une espèce de voûte ou de four formé de terre et de silex , ainsi que M. Féret l'a remarqué aux environs de Dieppe.
L'opération de la combustion terminée , on étendait sur les assises de bois une couche de sable, puis des cendres , des charbons , des ossemens d'animaux , d'hommes peut-être. C'était au milieu de ces débris, qu'cm
plaçait les vases et qu'on les entourait de cendres brûlantes, qu'on les en remplissait même, car beaucoup portent des traces de combustion intérieure et extérieure.
Les offrandes ne commençaient que lorsque le feu était éteint; ce qui l'indique, c'est qu'il est rare que ces ex-voto en soient endommagés ; et quand cela arrive , ce sont des ustensiles grossiers , des ébauches qui , à cause (|e leur peu de valeur, avaient été jetées dans le foyer, ou placées sans soin dans les cendres , et près des débris encore fumans.
Ces offrandes consistaient en haches et couteaux de silex , en os travaillés , ou même bruts , mais , dans ce dernier cas , provenant d'animaux rares ou étrangers au pays.
Quelquefois , mais seulement autour des vases les moins anciens et aux approches de la superflcie, on rencontrait des fragmens de marbre précieux, arrachés peut-être à des monumens de l'Italie ou de la Grèce.
Ordinairement ce n'était que dans les couches les plus profondes , que l'on trouvait ces signes ou symboles dont nous aurons à parler, représentations presqu'informes d'animaux qui remplaçaient peut-être des victimes vivantes.
Cette cérémonie accomplie et les offirandes déposées , on entourait les urnes d'un Ut de silex brisés, l'on couvrait le tout de terre et de cendre, et quelquefois d'un autre Ut de silex. Ainsi consacré, ce Ueu de sépulture ou de sacrifices continuait , de génération en génération , à recevoir de nouveaux vases et de nouveaux dons. De
là , ces étages d'urnes , de cendres et d'ex-voto , qui , bien qu'ils semblent se toucher et se touchent eETectivement aujourd'hui sur certains points , par l'afTaissement du sol et la pression , ne sont pas moins , quant à l'âge , séparés par les siècles.
Posé sur une base de granité, ou sur le banc de craie,
cet ama3 de poteries , de silex , de charbon , de cendres , eut certainement dépassé le niveau de la vallée, et, s'accroissant d'année en année par de nouveaux dép6t», aurait à la longue formé une vaste tombelle , une butte , une colline qu'on eût aperçue à distance. Mais le monn* ment élevé sur un marais , s'est enfoncé d'abord par son propre poids , et comme l'aurait fait tout édifice dont les fondations n'eussent pas été assises sur un fond solide. C'est donc dans cette absence d'un point d'appui, ou dans la mobilité du sol, qu'est l'explication d'un fiût qui, au premier abord, parait incompréhensible.
Je ne pense pas d'ailleurs qu'il soit unique ou qu'il ne se soit présenté que sur ce point ; je crois qu'il en est à peu près ainsi dans toute la vallée de Somme , notamment aux abords de la rivière. A l'appui de ceci, je citerai le marais de Boufilers entre Âbbeville et Hesdin où , m'a-t-on dit , on trouve , à plusieurs mètres sous la tourbe , une chaussée souterraine , chaussée pavée qui aura été, dans ces temps reculés, la voie gauloise ou romaine traversant le pays.
Je citerai aussi plusieurs tourbières d'ancienne formation. Sans doute une partie des objets qu'on y trouve josh (ju'à la profondeur de sept et huit mètres au-dessous du niveau de la vallée a pu , ainsi que nous l'avons exposé ,
s'y enfoncer par son propre poids et traverser la matière molle et vaseuse; mais ceci n'arrive pas toujours, et quand la couche supérieure est assez condensée pour que l'objet s'y engage sans pouvoir passer outre , il descend , comme les urnes de la Portelette avec tout son entourage, c'est-à-dire avec la couche elle-même.
Je pense donc que l'ancienne superficie de la vallée de Somme , dans les parties qui ne reposent pas immédiatement sur la craie , sur les bancs de silex , ou sur tout autre fond stable et arrivé à son point de condaisation, se trouve aujourd'hui fort au-dessous nonseulement de la Somme , mais de tous les cours d'eau de la vallée et conséquemment du niveau de la marée.
Cet affiûssement a-t-il exigé un temps bien long? Je répondrai négativement pour certains terrains : les tribus gauloises, romaines et même franques ont pu fouler des parties du sol qui sont aujourd'hui enfouies à plusieurs mètres. .
Ce peu d'ancienneté de l'affaissement du terrain se reconnaît à la nature des débris qu'on y rencontre et à celle des couches superposées.
Un enfouissement ancien contiendra des détritus d'arbres et de végétaux d'espèces qui ne sont plus celles qu'on trouve à cette place : il présentera aussi des ossemens d'an'unaux non fossiles, mais devenus rares ou même étrangers au pays.
Dans ces gissemens , les ossemens humains sont plus rares encore ; alors les hommes étaient peu nombreux , les animaux régnaient. D'ailleurs nul vestige d'un progrès social , ni même de soji aurore : peu de poteries ,
et toujours de très-grossières; aucune espèce de métaux, ni de scories.
Ces signes , la plupart négatifs , ne sont pas les seuls : et , dans ces terrains , Ton remarque , comme à la Portelette et dans les gissemens voisins , ces assises successives de tourbe dure et ligneuse, de sable bleuâtre, de tuf brisé ou en masse.
Là où tous ces indices se présentent, on peut être assuré de la haute antiquité des affaissemens et affirmer que bien des siècles se sont écoulés sur eux.
Dans les enfouissemens moins anciens on commence à trouver des traces évidentes de la présence de l'homme : des os travaillés , des tessons de vases , mais rares encore et de la nature la plus grossière. C'est la deuxième époque des enfouissemens de la Portelette.
Quant à ceux qui touchent à la civilisation ou à ht période moderne, on les distingue facilement aux décombres, aux remblais, aux scories, aux métaux. Si ces témoignages de la présence des hommes manqurât , on les reconnaît encore aux nombreux ossemens d'animaux domestiques , chiens , chevaux , ânes ; ou bien à un sable d'alluvion , à un tuf friable , à une tourbe poreuse ou à demi-liquide.
Ce que je viens de dire des a&issemens locaux , ne change rien au système que j'ai présenté ailleurs , sur l'exhaussement général du sol, ou l'accroissement de la surface terrestre prise dans son ensemble. L'enfouissement des parties supérieures qui finit toujours par s'arrêter, ne peut avoir lieu que dans certaines localités. Il peut s'opérer plus ou moins rapidement, et quelque-
fois spontanément s'il existe une cavité subterranée; mais c'est le cas exceptionnel , et le tassement , comme dans la vallée de Somme , n'a ordinairement lieu que peu à peu.
Quelle que soit l'origine de l'aflfaissement du sol , on conçoit d'ailleurs qu'il serait partout bien plus sensible sans les causes réparatrices que nous avons indiquées , c'est-i-dire les détritus végétaux et animaux , les alluvions, les dépôts atmosphériques, etc.; causes tellement puissantes, qu'en définitive elles font plus que compenser celles de déperdition.
C'est surtout sur les points habités par de grandes masses d'hommes ou d'animaux et dans les vallées où le fond est fixe, que l'exhaussement du sol est le plus prompt : la p^3te des collines qui y aboutissent tendant , par l'écoulement des eaux , à y amener continuellement des couches d'humus ou d'autres dépôts , les traces d'une génération y sont , en peu de temps , cachées par celles d'une génération nouvelle.
Evidemment, si ces dépôts n'avaient pas eu lieu dans notre vallée de Somme ; si le long séjour des hommes n'y avait pas entassé des décombres de toute sorte; enfin, si une végétation vigoureuse ne contribuait pas journellement , par ses détritus , à former de nouveaux bancs de tourbe , depuis long-temps cette vallée ne serait qu'un vaste lac où l'on n'apercevrait, de loin à loin , que quelques ilôts couverts de saules et de roseaux .
Cet afiaissement de la superficie primitive aujourd'hui à plusieurs mètres au-dessous de l'eau, loin d'être
en opposition avec la loi générale de l'exhaussefflent du sol, peut donc contribuer à la démontrer.
Quant à Tancienneté des peuples qui ont foulé la couche la plus profonde ; la superposition des traces de races si diverses , la présence de deux , trois , ou quatre lits de tourbe , séparés les uns deiS autres par autant de bancs de tuf ou de couches de sable bleu , enfin , Tabsence de tout débris et même de tout indice des temps historiques , ne permettent pas de la mettre en doute.
Et cette antiquité serait bien autre , si l'un des bancs de tourbe placés au-dessus des urnes, était de la tourbe bocageuse ou diluvienne, comme semble Tannoncer sa composition.
Nous allons maintenant parler des traces qui existent dans ces terrains subterranés, et hasarder quelques mots sur les peuples dont elles proviennent.