CHAPITRE VII
Examen comparatif des animaux actuels avec ceux des tourbières, des cavernes, des brèches osseuses et du diluvium ou de Te'poqne tertiaire.
Réponse aux objections.
Dans notre premier volume , nous avons dit : Si l'homme fossile n'a pas encore été découvert , il le sera un jour. Nous appuyions cette opinion :
1^ Sur la tradition d'une race d'hommes anéantie par un déluge;
2^ Sur les preuves géologiques de ce déluge et d'autres cataclysmes antérieurs;
3® Sur l'existence à cette époque des mammifères les plus voisins de l'homme et ne pouvant vivre que dans les mômes conditions atmosphériques;
4° Sur la certitude ainsi acquise que la terre était habitable pour l'homme;
5** Sur la tradition qui dit que si ces animaux ont précédé les hommes sur la terre, ceux-ci ont paru immédiatement après.
On m'a répondu :
t^ • Que les recherches les plus minutieuses n'avaient, jusqu'à présent, offert aucune trace d'ossements humains fossiles, ni d'empreintes de ces ossements;
2^ «Que ces immenses dépôts d'os de mammifères qu'on rencontre non-seulement en Europe , mais en Afrique, en Asie, en Amérique, n'avaient pas pré^ sente de traces humaines; que les brèches osseuses de Gibraltar, d'Antibes, de Nice, n'en contenaient pas davantage ;
3^ « Que les cavernes à ossements les plus anciennement découvertes et les mieux étudiées, notamment celles de Blanckenbourg, d'Hanovre, etc., qui renfermaient des débris de toutes les familles alors indigènes, n'avaient pas fourni un seul os appartenant à notre espèce; que pourtant ces cavernes avaient été habitées par de nombreux carnassiers, entr'autres par des hyènes vivant de corps morts et déterrant les cadavres; or, ces hyènes y ayant apporté des restes de tous les autres mammifères, il serait bien étrange qu'ils n'y eussent pas joint ceux des hommes. »
Pour répondre à ceci, nous ferons d'abord observer que tous les ossuaires antédiluviens n'appartiennent pas a la même période, et qu'il en est sur lesquels ont pu passer plusieurs déluges. Par exemple, les animaux des carrières de Montmartre, les palœothefiums, les anophotheriums et autres, découverts au même endroit par Cuvier, sont certainement plus anciens que les éléphants, les rhinocéros et les hippopotames du val d'Arro, les mastodontes d'Amérique, etc.
Parmi les brèches osseuses, il peut y eh avoir d*antédiluviennes, mais il y en a d'autres qui évidemment ne le sont pas. Il en est même d'origine asseî récente, et Ton y trouve des ossements humains : c'est donc par erreur qu'on a dit qu'elles n'en contenaieflt pas.
Quant aux grottes ou cavernes , quelques-unes ont pu présenter des débris antédiluviens, mais c'esit le petit nombre. Celles que j'ai visitées n'en avaient pas. Les espèces dont on y a trouvé les os semblaient identiques aux races actuelles , et par cela seul n'annonçaient pas une très-grande ancienneté; enfin, ces grottes ont aussi offert des ossements humains. Si Ton connaît des cavernes contenant des os fossiles , c'est qu'elles ont résisté au cataclysme qui a changé la surfoce de la terre et qu'elles étaient habitées avant le dernier déluge. Dès lors elles ont pu Vèit6 depuis et doivent offrir des débris animaux de tons les âges, c'est-à-dire des temps antérieurs et po^é^ rieurs à ce grand déplacement des eaux.
On aperçoit à quels résultats pourrait conduire 1% tude approfondie de cette succession d'êtres. D'après la modificiAtion des formes, on mesurerait celle du climat , et l'on saurait quelles espèces de plantes étaient contemporaines de ces animaux qui, comme telles, ne peuvent vivre aujourd'hui que sous d'autres latitudes.
Si ces cavernes que n'ont ni brisé ni balayé le mouvement des eaux ou les commotions postérieures suite de leur retrait, existent, eltes doivent être rarM; mais il suffirait de lia découverte d'une seule dont fo-
rigine fût bîea constatée pour décider la question. Celles que Ton connaît sont généralement de formatioa post-diluvienne : ce n'est que depuis le déluge et par la décomposition des roches ou l'éboulement des terres qui en obstruaient rentrée, qu'elles ont été mises en oonuDunication avec la surface habitée. Mais cette communication une fois établie, elles ont dû servir de reloge à toutes les générations qui se sont succédé sur les terres environnantes et aux hommes même, et elles leur en serviraient encore s'ils étaient restés à Tétat sauvage.
Ausaî ces cavernes ont-elles présenté quelquefois on mélange d'obgets des plus disparates et appartenant à des âges bien distincts. C'est ainsi qu'on y a vu des ossements de grands carnassiers et d'autres familles quiy depuis des siècles, ne vivent plus dans nos climats, pèle^méle avoc des haches de pierre polies, des pointes de flèches, des poteries dont la pâte annonçait une fabrication peu ancienne, enfin des monnaies gauloisea ou romaines.
Ce n'est donc ni dans les brèches osseuses ni dans les grottes post-diluviennes qu'on trouvera ddl preuves irréfragables de l'existence de l'homme antédiluvien, car l'âge ou l'origine des ossements qu'on y rencontre restera toujours entouré de doutes.
La question est, â mes yeux, restée au point où elle était en 1847, lors de la publication de mon premier ▼olome, et je répète ici qu'avec la certitude morale qo'il existe des Ibssiles humains, je n en ai pu obtenir encore le moindre fragment: tout ce qu'on m'a pré-
santé comme tel ou n'était pas fossile ou ne provenait pas d'un corps humain.
Ensuite, les ouvriers que j'ai employés ont^ls scrupuleusement recueilli tous les os qu'ils trouvaient? II est partout des préjugés qui, trop souvent, paralysent les efforts de l'homme d'étude : quand le terrassier rencontre un os qu'il ne connaît pas et tfà il croit voir un rapport de forme avec les siens, il en fait immanquablement, quelle qu'en soit l'ancienneté, m 01 de chrétien, telle est son expression, et par on sentiment louable au fond, puisqu'il émane du respect pour les morts, il s'empresse de le rejeter dans l'excavation et de le recouvrir de terre. Souvent même il évitera d'en parler, croyant qu'il se rapporte à quelque fait récent, à un crime peut-être, chose qu*il est , selon lui , toujours prudent de taire , ne fut-ce que pour n'être pas appelé en témoignage. Tout concourt donc à faire disparaître ces débris avant que l'observateur ait pu en prendre connaissance.
Je ne parle pas ici par ouï dire; la chose m'est souvent arrivée. J'ai su que la tourbe bocageuse, cette tourbe qf on dit antédiluvienne, avait offert des restes humains ; mais quand je l'apprenais , il était toujours trop tard, ils avaient été enfouis de nouveau. Deux fois, il est vrai, ayant fait enlever la terre, j'ai retrouvé ces ossements. J'ai envoyé une tête au Muséum de Paris où elle doit être encore, et j'ai conservé un crâne. Ne les ayant pas vus dans leurs gissements primitifs , je ne puis dire s'ils étaient dans la tourbe diluvienne ou une tourbe plus récente; il y a des tourbières de bien des époques.
EXAMEN COMPARATIF. 7i
Jusqu'alors les ossements humains émanant des cavernes on des brèches osseuses n'avaient point paru appartenir à une espèce d'hommes différente des races connues ; mais une de ces grottes, dont nous parlerons bientôt, explorée depuis peu dans la province de Namur, a idEsti des squelettes où cette différence se montre d'une manière sensible.
Il serait à désirer qu'on s'assurât si elle n'existe pas sur les ossements des animaux de cette môme caverne, et qu'on les rapprochât de ceux d'aujourd'hui. Jusqu'alors les individus des tourbières et ceux des cavernes ont paru plus forts et plus grands que leurs similaires présents, peut-être parce qu'ayant une nourriture plus abondante et étant moins inquiétés par les hommes, ils pouvaient acquérir toute leur croissance; mais, à cela près, on a trouvé que l'analogie était complète. Néanmoins, je pepse que cet examen des rapports et des différences possibles entre les espèces vivantes et les ossements des cavernes et entre ceuxci et les fossile des terrains diluviens, aurait besoin d'être fait d'une manière plus étendue et plus approfondie qu'elle ne l'a été jusqu'à ce jour, et j'appelle sur ce point l'attention des anatomistes et des géologues. Là, peut-être, est la clef de plus d'un mystère, et l'on apprendrait si, malgré quelque inégalité de forme, les races actuelles descendent des races antédiluviennes.
Ces imn^nses dépôts de fiente d'oiseaux, ce guano qui couvre des îles entières et constitue presque des montagnes, remontent à bien des milliers d'années , période dont on pourrait, par l'accroissement jour-
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nalier, établir approximativement la durée. Sons ces masses de guano, il est difficile qu'on ne trouve paa des squelettes d'oiseaux et peut-être d'autres animaiix dont la comparaison avec les individus contemporeins devrait aussi offrir des données utiles.
Je sais que Cuvier a démontré que Y ibis des Egyp* tiens et quelques reptiles et mammifères dont on a trouvé les momies dans les caves sépulcrales ne dUfféraient en rien des individus actuels, mais il mt à remarquer que deux à trois mille ans sealeoHDt nous séparent de ces temps, et que cette pàriode est trop courte pour que, à moins de circonstances aoar^ maies , comme changement dans le climat , dans dà nourriture et les habitudes, il puisse en résoher datts les formes une modification visible.
Cependant, je regarderais comme une chose fi>ft utile de continuer ce rapprochement comparatif qu'it fait Cuvier des animaux des caves d'Egypte avec leaw analogues vivants. Mais il ne faudrait pas négliger les débris des êtres de l'ancienne civilisation, ni oublier de vérifier si les quadrupèdes domestiques, boeufs, cbieas^ éléphants, chameaux, chevaux, dont on doit retroaiier des restes dans les ruines de Ninive, deThëbes et aoires villes anciennes, sont absolument semblables aux nôtre». Je suis fort porté à croire le contraire : il est faeîie de voir que les animaux soumis à l'homme ont, dtns leur taille, leur pelage, leur forme extérieure, pris pour ainsi dire la teinte des pays où on les a traB»« plantés. Si les habitudes qu'on leur a imposées n'ont pas encore influé sur leur charpente osseuse, à la
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lorgna eed arrivera. Mais , selon moi , cette modifioadon a dft se foire, et si Ton examine attentivement, dans les baa-^relieEs oo dans les groupes antiques, la rapréseotatkm de certains animaux, on verra qu*en quelques pointa ils diflE&rent des nôtres. — C*est par l'infidélité du copiste, dira-t-on. — Non, si cette différence esl partout la même, et non encore si cet artiste eet babUe. Voyes, à Rome, les chevaux attribués à Pmxitèle: ils ae ressemblent à aucune des variétés dievatiaes eoDooes.
Dana bi description, faite par les anciens, des ani<* maax saavages amenés en si grand nombre dans les oirqoea et les artees, j'ai cru aussi reconnaître des di£G6reDoes. Peut-être ces descriptions étaient -elles inexactes. Néanmoins si, dans les terrains qui environnent ces cirques et ces amphithéâtres, on retrouvait les squelettes de ces bétes de combat , il serait essentiel de les examiner, et je serais étonné si Ton n'y trouvait pas quelque dissemblance. Je sais que oeci demande une étude minutieuse, mais d'une étincelle sort souvent une grande lumière.
Poor en revenir aux individus des tourbières, nous clisirâa que Tétude anatomique de leurs os n'avait pas encore été faite d'une manière suivie, et que oeloi qui se livrerait à leur examen approfondi y trouverait le sujet d'un livre nouveau et intéressant.
La formation de la tourbe a dâ suivre de près la naissance et la décomposition successives des plantes. Il doit exister des tourbières dont le principe date premiers jours du monde végétal et qui, dès
lors, sont antérieures aux preimers animaux torresires. Ces tourbières sont aujourd'hui en partie couvertes par Tocéan. Sur certaines côtes, notamment sur celles de la Manche, la mer rapporte, à la suite des tempêtes, d'énormes fragments d'une tourbe dure et compacte détachée de son lit. Cette tourbe ancienne, dite bocageuse, contient beaucoup de parties ligneuses, el les fruits du noisetier s'y trouvent en abondaiMse. C'est aussi celle où l'on voit le moins de détritus animaux : les débris d'urus, de cerf, de cbevraoil, de sanglier, etc., si communs dans les tourbières de formaticm moins ancienne, y sont rares. A mesure qu'on descend ils doivent l'être plus encore, jusqu'à ce qu'enfin ils disparaissent entièrement.
On rencontre quelquefois, dans les dépôts tertiaires et parmi les blocs erratiques, des morceaux de tourbe roulés dont il est assez diilicile de déterminer l'origine; mais cette tourbe m'a semblé de même nature que la tourbe bocageose. Dans tous les cas, ces fragments prouvent que des tourbières existaient avant la formation des bancs tertiaires.
Ces tourbières, comme celles d'aujourd'hui, doivent contenir les os des animaux contemporains de leur formation. Ces os ne présentassent - ils aucune des conditions de l'état fossile, ne devraient pas moins être considérés comme antédiluviens.
Qui sait si une partie des fossiles, notamment les bois de cerfs si abondants dans les tourbières et qoe nous retrouvons dans les dépôts tertiaires, n'ont pas été arrachés de ces tourbières par le torrent diluvien?
En entraînant la tourbe, il entraînait nécessairement ee qu'elle contenait.
Nous engageons les géologues qui remarqueront dans le dilnvium des parties tourbeuses de les analyser avec soin ; cette enveloppe conservatrice peut receler bien des choses tenant non-seulement à Thistoire natorelle, mais à celle de Tindustrie, et j'ai quelque raison de croire, par les substances qui l'entouraient, que le vase trouvé dans les sables de Menchecourt y était arrivé dans un bloc de tourbe.
Doit-on considérer comme appartenant aussi à l'époque antédiluvienne des pierres calcinées, des charbons de bois et des éclats de silex brisés de main d'homme, que Ton rencontre fréquemment dans certaines tourbières de ce département qui ont les caractères de la toorbe bocagense? C'est une question que je n'ai pas encore osé résoudre.
Dans la vallée de Somme, sous six mètres de tourbe, à sept mètres au-dessous du niveau de la rivière et trois à quatre mètres au-dessous de son lit , j'ai trouvé de la terre végétale, et, sur cette terre, des chênes très-gros dont les troncs encore debout étaient sur leurs racines : ils avaient donc crû là.
Sur le même plan étaient des débris appartenant à l'époque gauloise et romaine. Un peu plus bas j des silex taillés, des cendres, des charbons. La profondeur et la difficulté d'épuiser l'eau m'empêchèrent de poursuivre mes investigations, mais la sonde indiquait qo'ao-dessous de cette terre végétale était un autre lit de tourbe. On sait que la tourbe, avant de devenir
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compacte, engloutit peu à peu les objets d'un certain poids déposés sur sa surface, et que ces objets, slls sont lourds, descendent ainsi peu à peu jusqu'à ce qu'ils rencontrent un terrain solide. Mais si Ton trouve sous ce terrain un autre banc de tourbe , on peut considérer cette tourbe comme vierge on n'ayant pu recevoir des débris venant de ta surface. C'est dans une tourbe analogue qu'on a découvert des restes humains, et j'y ai moi-même recueilli des poteries aveo des os d'urus, de castor, de sanglier, de cerf, de chevreuiL
Dans d'autres bancs de tourbe ancienne de cet arrondissement, j'ai rencontré des dents et des mâchoires d'ours, animal dont jusqu'alors on n'avait reconnu dans le pays que des débris fossiles ; mais ces derniers, provenant du diluvium, sont rarement lourds et compacts, tandis que ceux de la tourbe le sont toujours, quand ils n'ont pas été en contact avec l'argile ou le tuf. Ils n'ont d'ailleurs, dans aucun cas, les caractères qui constituent un fossile. Je ne présente donc pas ces mâchoires comme fossiles, mais elles n'en peuvent pas moins avoir une grande ancienneté. Il ne faut pas perdre de vue que la tourbe a une propriété de conservation presque indéfinie, ainsi que le prouvent ces graines, ces noisettes, ces châtaignes qu'on retire entières de la tourbe bocageuse, môme de celle qui, arrachée du iond de l'océan, a été roulée par la vague. C'est cette conservation des graines qui explique l'apparition de plantes dans des pays où on ne les avait jamais vues.
EXAMBN GOMPARATIP.
Jufl^^ici je n'ai admis comme fossile on antédilavieR qae ce qui provenait des bancs secondaires et tertiaires; c'est maintenant à la science à décider, après les rapprochements qoe j'ai indignés, notamment celui des oors des tourbières avec ceux des cavernes et des bancs tertiaires, s'il n'existe aucun de ces ossements provenanl des tourbières de première origine et qui, sans être fossiles, sot^it pourtant d'une époque contemporaine de la période antédiluvienne; ou bien, en les «opposant d'une date postérieure et intermédiaire, à Van n'aperçoit pas quelques signes indiquant un passage et une modification successive de formes.
Noos demanderons le même examen et le même rapprochement pour des bois de cerfs dont je puis également présenter des échantillons provenant des forêts sous «-marines d'où la vague ou les filets des pécheurs les ont arrachés. Ces bois ne présentent pas non plus le caractère des véritables fossiles , mais il n'en est pas moins vrai, et leur gissement le prouve, qu'ils sont antérieurs à l'invasion des eaux , et que ceux qui sortent des forêts sous-marines de la Manche onU appartenu à des animaux qui vivaient avant que la m», en brisant l'isthme qui joignait les deux terres, eut fait une île de l'Angleterre et un détroit de la Hanche. Or, cette grande catastrophe est-elle antérienre ou postérieure au déluge , ou en est-elle une ctes ccMiséquences 7 Telle est ici la question. La r^p^mse pourrait nous apprendre si les bois de cerf dont il s'agit sont ou ne sont pas antédiluviens. Ce n'est pas là ane solution facile : on arriverait plutôt
à lever le voile qui couvre Tâge de ces débns en suivant; comme je l'ai dit, la modification successive de leur conformation.
Cette modification des formes animales — qu'on me pardonne d'insister si fort sur ce point, on verra bi^itèt quelle conséquence j'en tire, — cette modification que la science combat me parait pourtant une chose probable, et si j'en demande la preuve matérielle, c'est que je suis convaincu qu'on la trouvera. Dans l'admirable des^ cription que fait Cuvier dans son Discours préliminaiM sur les ossements fossiles, pages 45 et 46, des rapports de la forme avec les besoins et les habitudes des ann maux, il nous dit que si l'animal de proie n'avait pas eu un estomac pour digérer la chair et la chair récente, des grifies pour saisir et déchirer sa proie, des dents pour la découper et la diviser, des organes du mou* vement pour la poursuivre et l'atteindre, des organes des sens pour Tapercevoir de loin, l'instinct nécessaire pour savoir se cacher et lui tendre des pièges, il n'aa<*rait pas pu subsister.
Ceci est parfaitement juste, mais ce qui ne le serait pas, serait de dire que l'animal de proie a été ainsi construit avant qu'il n'existât de proie et lorsqu'il n'y avait encore que l'herbe des champs. Il serait non moins déraisonnable de prétendre que le lion aurait été créé avec cette gueule et ces griffes énormes, s'il n'eut vécu que de faibles quadrupèdes : sa force n'est donc que la conséquence de celle des animaux qu'il a eu a attaquer. La cause , ici comme partout , a dft précéder l'effet, et cet effet a nécessairement grandi
à mesure que grandissait la cause , comme il a dû s'arrêter quand elle s'arrêtait et décroître quand elle décroissait.
Rendons ceci plus palpable par un exemple : que les lions viennent à détruire tous les grands animaux d*an pays, bceafs, chevaux, cerfs, etc., ils devront, fiiute de mieux, se contenter des animaux plus faibles, moutons, chèvres, chiens, renards, etc. Ceux-ci étant anéantis, ils s'en prendront aux lièvres et aux lapins, pois enfin aux rats et aux souris. S'ils en trouvent une abcNDidanoe suffisante, ils vivront et leurs petits vivront comme enx. Mais croyez -vous qu'après un certain nombre de générations il n'y aura pas une modification, non-seulement dans la taille du lion, mais dans sa conformation 7
Selon moi, cette modification aura lieu, parce qu'elle est la conséquence des nouvelles habitudes du lion qui n'emploiera plus , pour prendre des souris et les manger, les mêmes moyens que ceux dont il se servait pour saisir un bœuf, le déchirer et le dévorer.
La mastication et par suite la digestion devront aussi s'opérer chez lui avec certaine modification, et il viendra on temps où ses dents et son estomac, en raison de leur changement d'emploi, auront changé de forme.
Si tout ceci rentre dans les probabilités, je ne vois pas pourquoi les familles actuelles, nonobstant quelques différences de conformation , ne descendraient pas des espèces anciennes. La tradition nous dit que ces espèces Ont été conservées par un couple de chacune , le bon $ens nous le dît aussi. Si toutes avaient cessé d'être,
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comment seraient-elles encore ? Dieu aurait donc recommencé la création et brisé une chose seulement pour la refaire.
Nous avons sous nos yeux des exCTiples de races éteintes, mais jamais nous ne les voyons renaître. Cette race est détruite, parce que les conditions nécessaires à son existence ont cessé ou qu'une autre race est parvenue à la détruire.
Or , ici ce serait toutes les races qui auraiœt été anéanties sans qu'il en soit resté le moindre type' générateur; et puis toutes ces races auraient re^ru avec des différences sans doute, mais si minimes dans quelques-unes qu'elles ne sont bien souvent appréciables que pour les anatomistes. N'est-il pas plus simple 4e croire que ce qui est, est la suite de ce qui était, ou, comme nous venons de le dire, que les races existantes descendent, malgré ces différences, des races primitives et antédiluviennes?