‹ Antiquités celtiques et antédiluviennesChapitre 15 sur 46 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

MtWTerte et Belg^ie dW grtUe raTeniaot des 09 f bornes. BiTersilé apfareate des types hamaios.

Dans une séance publique du 16 décembre 1853, M. A. Spring, professeur à la Faculté de médecine de Liège, rend compte à TÂcadémie royale de Bel- ^iqae de la découverte faîte par lui, dans une grotte ^ ossements située dans la montagne de Chauvaux, ^xmimone de Godinne, province de Namur, à trente ^>a quarante mètres au-dessus du lit de la Meuse, de sioinbreux débris humains annonçant une race difféarente de la nôtre. Voici la description que donne ISi. Spring d'un de ces crânes:

« Ce crâne était très-petit, d'une manière absolue ^1 relativement au développement de la mâchoire; le front était fuyant, les temporaux aplatis, les "Xiariiies larges, les arcades alvéolaires très-prononcées, ■es dents dirigées obliquement : Fangle facial ne pouvait guère excéder soixante«dix centimètres. »

li ajoute : « A en juger d'après le volume des fémurs et des tibias, la taille de cette race a dû être très-petite. Un calcul approximatif donne cinq pieds au plus, ce qui serait la taille des Groënlendais et des Lapons. »

Voici donc, au centre de l'Europe, une race entièrement distincte des peuples qui Tbabitent aujourd'hui et peut-être de tous les peuples connus. Ces hommes étaient-ils étrangers ou indigènes 7 Dans l'un et l'autre cas, à quelle période du monde appartenaient-ils 7

a Dans cette caverne étaient aussi beaucoup d'ossements d'animaux , cerfs , élans , aurochs , lièvres , oiseaux. Ces os, pêle-mêle avec les débris humains, empâtés de matières calcaires, formaient une brèche osseuse, dont un seul morceau de la grosseur d'un pavé ordinaire contenait cinq mâchoires humaines.

» Dans un autre fragment était un os pariétal enchâssé dans la stalagmite et où l'on voyait une fracture opérée par un instrument contondant. Cet instrument se trouvait dans un même fragment de brèche. C'était une hache d'un travail grossier , sans trou pour y adapter un manche.

» Ce banc de brèche osseuse était enfoui sous une couche épaisse de stalagmite et une autre de limon. La montagne où se trouve la grotte est de calcaire dévonien. »

Tels sont les intéressants détails que donne M. Spring. Nul doute que les restes humains et animaux ne soient d'une haute antiquité, mais doivent-ils être considérés

comme fossiles, et sont -ils antédiluviens? L'avis do M. Sprîng est qu'ils sont fossiles, mais qu'ils ne sont pas antédiluviens, et l'un des motifs de son opinion, c'est que dans la même brèche il a reconnu des cendres, des fragments de charbon végétal et de petites portions de brique ou d'argile calcinées

Selon, moi , la présence du charbon de bois et de l'argile calcinée ne serait pas une preuve contre l'origine antédiluvienne, car il est à croire que les hommes d'alors connaissaient l'usage du feu, qu'ils savaient obtenir l'étincelle par le choc et la flamme par le frottement , comme le font encore presque tous les ^ttvages. 11 n'est pas impossible non plus que ces hommes eussent leur poterie : j'ai dit ailleurs que l'industrie du potier était des plus anciennes et avait suivi de près la réunion des hommes en société. Cependant je pense, ainsi que M. Spring, que ces squelettes ne sont pas antédiluviens, mais la cause de mon opinion est autre que la sienne. D'après la description qu'il donne de ces dépôts, je les crois alluviens. Quant aux stalactites et stalagmites , elles n'indiquent aucune époque précise ; ces concrétions , selon la nature et l'abondance des eaux qui concourent à leur formation, peuvent, en fort peu de temps, acquérir des dimensions considérables. 11 y en a de modernes, comme il peut y en avoir d'antédiluviennes.

J'ai fait observer aussi qu'il était peu probable que les grottes et les fissures explorées jusqu'à ce jour aient été habitées antérieurement au déluge, et dès lops qu'on y trouvât des vestiges de cette période.

Sans doute les cavernes qui n'ont pas été détruites et brisées par h torrent diluvien ont pu servir de récipient aux objets qu'il entraînait, mais leur sel intérieur et leurs alentours devraient offrir encore aujourd'hui celte apparence convulsive et ces couches tourmentées des bancs tertiaires, et non cette superposition lente de sédiments qui constitue les dépôts allu viens.

Parmi les grottes connues, en est-il qui présentent des traces diluviennes bien caractérisées , c'est-à-dire des blocs erratiques, des silex roulés non alluviens et mélangés de sable , des os portant des marques de frottement? C'est ce que je ne saurais dire. Quant à moi , je n'ai rencontré de trace diluvienne dans aucune des grottes que j'ai visitées.

Dans celle de Chauveaa, une première couche de cailloux empâtés de stalagmite forme un pouding qui pourrait être antédiluvien; mais il ne parait pas que ce soit dans cette couche que les os humains ont été trouvés : ils étaient dans une couche supérieure en- 'tièrement distincte de la première. Ici non plus on ne peut donc voir un dépôt ossifére antédiluvien.

Généralement les os qui abondent dans ces grottes sont les débris successifs des générations qui les ont habitées ou des cadavres apportés par les grands carnassiers , ou bien par les eaux pluviales. On voit donc que, refuge d'animaux et peut-être d'hommes de tous les âges , les cavernes ne peuvent plus noas dire aujourd'hui quel en fut le premier occupant.

On demandera si ces hommes de la grotte étaient

chez eux ou seulement de passage? On peut admettre l'un et l'autre; néanmoins je pencherais pour la première version : les nomades habitaient des tentes ou des huttes, et non des cavernes , dont les entrées difficiles à trouver ne sont ordinairement connues que des habitués du lieu. Le grand nombre d'ossements de femmes et d'enfants annoncent aussi un peuple plus sédentaire que voyageur.

M. Spring pense que ces débris humains sont les restes d'un festin de cannibales, et les raisons qu'il en donne sont d'un grand poids. Cette circonstance prouverait encore une race indigène : les cannibales mangeaient leurs prisonniers sur place, et ils ne les emmenaient pas dans leurs migrations lointaines. Les hommes de Chauveau étaient donc du pays ou des environs ; ils étaient nés sur ce sol où vit aujourd'hui une population riche et vigoureuse.

Cet exemple tend à confirmer ce que nous avons dit de la modification des formes déterminée souvent par des causes qui nous échappent , mais dont les résultats n'en deviennent pas moins palpables. Cette modification a ses phases progressives comme ses périodes décroissantes : tel peuple peut ainsi , dans un temps déterminé , avoir été très-beau et très-laid , très-robuste et très-débile.* Il suffit, pour cela, d'une

* Un peuple , comme une famille , peut s'étioler, et de robuste devenir faible et malingre, sans perdre sa physionomie, parce que la physionomie est l'expression de Tâme, et que la force et la beauté des formes ne sont souvent que la conséquence de la nourriture et du cHmat.

bonne ou d'une mauvaise institution, de mœurs pures on corrompues; de bien moins encore, d'un canal qu'on ouvre, des exhalaisons putrides qui s'en échappent ou qui cessent de s'en échapper.

Cependant, cette dé^nération ou cette régénération d'une race, en modiGant sa constitution, ne suffit pas pour en altérer le type originel. Si cette famille tartare, aux yeux étroits, aux pommettes saillantes, au nez écrasé , ne change ni de climat , ni d'habitudes , ni d'entourage , ni de mœurs , dans quelque condition hygiénique que vous la mettiez , elle n'acquerra pas la coupe d'un visage grec. Si elle l'obtient, ce sera par des croisements de races , encore faudra-t-il an grand nombre de générations.

Cette même famille, transplantée en France et soumise à toutes les conditions de la vie française, ne peut-elle arriver, sans croisement de race, à la physionomie du pays, à la figure française? Je répondrai affirmativement ; mais pour cela, il faut bien des siècles.

En serait-il ainsi des nègres transportés au nord, dans un pays où le soleil ne se montrerait qoe rarement et sans chaleur intense? Verrait-on la contexture de leur peau se modifler , leur noirceur diminuer , leur chevelure s'allonger , leur lèvres s'amincir et la forme de leur crâne et de leur mâchoire suivre les mêmes variations ? Enfin , avec le temps , obtiendraient-ils une figure du même type que celle des habitants au milieu desquels ils vivraient et àont ils partageraient les usages , les mœurs , la

oourritore , les besoins , les désirs , les passions ? Il faut bien le croire, si Ton admet que les nègres sont des hommes et que tous les hommes sont frères, car de deux fils issus d*un même père et d'une même mère, Tnn n'a pu naître nègre et Tautro blanc. Le premier couple appartenait à Tune ou l'autre nuance , et les générations qui l'ont suivi et qui ont vécu sous le fflôme ciel et dans les mêmes conditions ont eu la même couleur.

Maintenant, je vous demanderai : nos premiers pères étaient-ils des nègres, et leurs enfants en étaient-ils aussi? Ce n'est pas ce que la tradition nous dit. Or, si le type originel du nègre a été blanc , si sa race n'est devenue noire, hppue et frisée qu'à la longue et par des circonstances purement locales, il est rationnel de penser que ces circonstances étant changées. Je nègre doit , avec le temps , se retrouver tel qu'il était à son point de départ.

Si vous n'admettez pas ceci , si du nègre et du blanc vous faites deux races et deux créatures dislinctes, alors quelle sera la première en date? Si, au contraire, vous reconnaissez que les nègres sont des hommes comme les blancs, si vous n'en faites qu'une famille, qu'une race, en lui donnant une double origine, vous compliquez inutilement la question. On conçoit qu'il y ait eu un premier couple de chaque espèce, mais on ne comprend pas qu'il y en ait eu deux pour produire une seule espèce.

D'ailleurs, si l'on admet deux couples, on peut en admettre dix , car on compte au moins dix variétés

d'hommes sur la terre , on peut même en compter cent et dire que chaque partie du monde, chaque continent, chaque ile a eu sa création locale et spontanée.

Dès-lors pourquoi n'en serait-il pas de même aujourd'hui et comment y aurait -il des terres désertes, quand partout il en pourrait sortir des hommes?

Voyez où cela nous conduit, et tâchez d'accorder la faculté qu'ont toutes les races humaines de produire ensemble et de se perpétuer, avec la loi qui, dites-vous, maintient strictement les formes par la génération. Il est évident que dans le croisement des nègres et des blancs ces formes ne sont pas maintenues.

Selon moi, cette faculté d'union féconde qu'ont entr'elles toutes les races humaines, quelque diverses qu'elles semblent , décide la question : si les blancs et les noirs avaient une origine distincte , s'ils ne sortaient pas d'un couple unique, s'ils formaient des espèces différentes, ils ne produiraient pas ensemble, ou s'ils produisaient, leur production serait inféconde. Le Créateur , en établissant les types des formes , a voulu qu'elles pussent se reproduire; il en a posé le principe, mais il ne l'a pas posé deux fois, parce qu'une seule suffisait, et la preuve, c'est qu'elle a peuplé la terre.

Nous le répétons avec une entière conviction : il n'a jamais existé qu'une seule^ race d'hommes , et la différence de figures ne nait que de celle des positions. Que cette position devienne la même pour toutes ces variétés humaines , elles reprendront leur

miformité première ; seulement , pour arriver là , il audra autant de siècles qu'il en a fallu pour amener a différence.

L'espèce humaine se rapproche-t-elle ou s'éloigne- :-eUe de celte uniformité des premiers âges? Je crois |a*elle s'en rapproche. Sans doute, les différences de xmstilution qui tiennent au climat subsisteront autant lue ces climats, mais celles qui naissent des mœurs, les préjugés, de la superstition, des habitudes locales, meuvent cesser. Qu'il ait existé dans Tantiquité des /arîétés d'hommes plus nombreuses que nous n'en M>nDaissons aujourd'hui, c'est chose assez probable; loos en trouvons, sinon la preuve, du moins l'indice ians les anciens auteurs et les images du temps. [lette plus grande variété venait d'un plus grand solement. Elle se reproduirait si les communications mtre les diverses parties de *la terre étaient interrompues ou rendues plus difficiles y mais à mesure lo'elles le seront moins, les hommes aussi tendront à se ressembler davantage: la physionomie se gagne tvec les usages et les manières. Chaque ville a la sienne qui, a la longue^ envahit sa banlieue, puis les b'illages voisins et, de proche en proche, toute la province ; il suffit que les habitants de ces lieux divers lient entr'eux de fréquents rapports. Puis, en s'étendant, cette physionomie finit par se fondre dans le Lype général.

Du petit au grand , c'est ce que le rapprochement des distances au moyen de la vapeur et de l'électricité et la facilité des voyages, vont faire éprouver à toute

la population terrestre. Avec les mêmes passtoos , les mêmes besoins , les mêmes mœurs , la même religion, les mêmes lois et la même hygiène, il n'y aurait plus, entre les hommes, d'autre différence de figures que celle qu'amèneraient l'influence du climat et la différence des métiers, et c'est ainsi que l'espèce reviendrait à son unité primitive ou à la physionomie qu'elle avait quand elle ne formait qu'une famille.

Page 1