DE L*AGE DE PIERRE
d^jets lourds et compacts s'eDfoaissent par leur propre poids, ne doit pas toujours offrir des données certaines. J'ai voulu les chercher plus bas encore, j'ai rencontré la craie et des terrains bien antérieurs à l'apparition de rhomme ; j'ai donc dû remonter au sol tertiaire ou aa diluvium , où j'ai découvert enfln ces signes que Je poursuivais, mais d'une forme, d'une coupe, d'une eoalenr entièrement différentes de celles qu'offraient le sol allnvien, les tourbières et les sépultures. J'en ai ôODcIn qu'ils appartenaient à d'autres temp^ et à d'antres peuples , et qu'une période immense s'était éooalée entre la fabrication des uns et celle des autres.
Je n'ai pas tardé à reconnaître que ces bancs diluviens en renfermaient autant que les terrains moins vieux, et qu'une partie de ceux qu'on ramassait sur le sol provenaient de ces bancs exploités par la civilisation pour en enlever le sable et les pierres qui sarvent à la bâtisse et à l'entretien des routes et, antérieurement , par les Celtes qui y venaient chercher des silex pour leurs cérémonies funéraires ou la fabrication de leurs armes, signes et outils. Etait-ce là qu'ils avaient trouvé leurs premiers modèles? Ce qui est certain, c'est que ces modèles, qu'ils les aient ou non imités , n'échappèrent pas à leur attention , et j'ai dit que les sépultures celtiques contenaient des silex travaillés qui , évidemment , ne l'avaient pas été par ceux qui les y avalent mis, et dont la coupe et la couleur annonçaient une origine bien antérieure. 11 est naturel de penser que les peuples qui façonnaient ces haches et qui, dès-lors, y attachaient un
108 DE l'âge de pierre.
certain prix , ne dédaignaient pas de les recueillir et do les utiliser quand ils les trouvaient toutes faites.
On a vu que le gissement celtique ou le sol foulé par les hommes de cette époque, était d'ordinaire & plusieurs mètres au-dessous de la surface présente, et parfois même plus bas que le niveau des rivières voisines. C'est là où l'on trouve ces pierres taillées, à la place même où elles ont été enfouies près des urnes contenant la cendre des morts ou dans les lieox consacrés à la Divinité. Les pierres qu'on aperçoit assez fréquemment à la superficie, y sont arrivées par suite de remuement de terrains ou autres accidents.
Les silex travaillés se divisent donc en silex anté" diluviens et en silex postr-diluviens, c'est-à-dire ceux dont l'œuvre a précédé le déluge , et ceux qui ont été ouvrés depuis. On les distingue facilement. Les haches diluviennes ne sont jamais polies; elles sont d'un silex dont la nature n'est pas différente de celui des haches plus modernes, mais dont la couleur a varié selon l'espèce de terrain qui les a contenus. Les haches des sables ferrugineux en ont pris la teinte jaune, plus ou moins foncée; celles qui ont séjourné dans les terres argileuses sont devenues blanches au point qu'on les croirait passées au feu, et que bien des personnes s'y trompent.
Quand on rompt les silex jaunis par le contact des matières ferrugineuses, on s'aperçoit que la coloration a pénétré à une certaine profondeur, un millimètre environ, mais que le centre de la pierre est resté gris ou noirâtre.
DE l'âge de pierre. 109
11 en est de même des silex blancs ou de ceux qui sont extraits de l'argile.
Quelquefois les deux accidents, ou la surface jaune d'an côté, blanche de l'autre, se rencontrent sur une même pierre qui a séjourné entre la couche d'argile d celle de sable ferrugineux.
Les haches antédiluviennes, ainsi qu'on peut le voir ^g. 21, pi. 20, tome premier, sont ordinairement aplaties, ayant la Ggure d'une amande un peu large 4 sa base; elles sont grossièrement tranchantes et Poissent par une pointe peu acérée.
Taillées par petits éclats et non par larges copeaux comme les couteaux celtiques, leur plus grande largeur est à peu près égale aux trois quarts de leur longueur, leur épaisseur est du cinquième de cette longueur; cette longueur varie de 5 à 20 centimètres, mais la fins ordinaire est de 12 centimètres sur 8 de largeur et 30 de circonférence.
C'est de cette taille qu'on en a trouvé plusieurs eenlaines dans les bancs dont je parlerai bientôt.
Dans ce grand nombre, je n'en ai pas rencontré one seule ayant été retouchée après coup , c'est-àdire retaillée ou repassée sur la pierre, ainsi qu'on le remarque assez souvent au tranchant des haches celtiques.
La hache post- diluvienne , celle qu'on recueille an pied des dolmens, dans les sépultures, dans les tourbières , est plus épaisse , plus longue et moins large que la hache diluvienne ; sa surface est polie ou préparée pour l'être; son dégrossissement a eu lieu
1 10 DE l'âge de pierre.
par éclats longitudinaux. Sa couleur est presque toujours grise ou noire, cependant elle varie quelquefois selon la localité; il en est où toutes les pierres sont d'une pâte grise, d'autres où elle est brune, noire ou bleutée.
Dans les tourbières de la Somme et les sépultures celtiques , les haches enterrées avec les os et les vases funéraires et qui sont restées à la place où elles ont été mises primitivement, sont toujours noires ou grises et présentent une pureté de lignes et un poli aussi nets que si elles avaient été enfouies à l'instant même. Il est évident qu'elles n'ont jamais servi, leur tranchant non émoussé le prouve.
Parmi ces haches neuves, il y en a qui sont cassées au milieu de la même manière et en deux morceaux à peu près égaux. Je pense qu'elles l'ont été à dessein. Est-ce dans une intention religieuse? Etait-ce un hommage aux morts et un sacrifice aux dieux? Toutes celles qui sont ainsi rompues, sont des pierres de choix. On peut en voir chez moi de nombreux échantillons.
Sans nous arrêter plus longtemps à ces incidents, on reconnaîtra qu'il devient aisé, avec un peu d'étude, de distinguer, à la couleur comme à la forme, les silex celtiques des silex diluviens, et je ne m'y suis plus trompé quand j'ai rencontré ces derniers dans les tourbières et les sépultures.
Cette facilité de classer les pierres des deux origines est moins grande quand elles ont été longtemps exposées au contact de l'air. On aperçoit, sur les
DE l'âge de pierre. 111
chemins ou dans 1^ champs, des haches plus ou moins eodommagées; on les distingue des autres pierres à leur tittiite blanche parsemée de taches rougeâtres et d'apparence ferrugineuse. Un grand nombre proviennent au diluvium, cependant il en est d'origine celtique; csell^M^i conservent des restes de polissage.
Il ne faut pas confondre ce vernis blanc, recouvrant les haches qui ont séjourné sur le sol, avec la teinte blanche et mate des haches diluviennes extraites de l^argile.
Ce vernis blanc, résultat d'une exposition à l'air, ^ient peut-être de l'effet alternatif de la rosée et du soleil, c'est une sorte de vitrification qui a demandé mine longue suite de siècles et qui, lorsque ces silex sont à demi-enfouis , ne se trouve que sur la partie ^^e frappe l'air. C'est une nouvelle peau dont se arevétent ces pierres ; celles qui ont leur enveloppe primitive ne se couvrent pas de ce vernis. Il m'a
m qu'il était spécial au silex , je ne l'ai pas vu les haches en porphyre, en jade, en granit.
Voici en quoi consiste la différence de ce vernis
vec la teinte blanche des silex de l'argile. Dans ceux-
i , il n'y a pas de vitrification , c'est au contraire
Xa suite d'une sorte d'évaporation : l'argile semble
voir aspiré le suc du silex comme elle absorbe celui
os ou l'huile tombée sur un plancher. Il en ré-
^uille que le silex enterré dans les sables et même
«eloi qui est exposé à Pair peut avoir gagné du poids,
^ndis que celui qui est enfermé dans Targile doit en
«ivoir perdu. Le premier s'est approprié une partie de
112 DE l'âge de pierre.
Ja substance métallique ou ferrugineuse du sable, oo bien, s'il est sur le sol, il a reçu son accroissement de cette essence vitreuse qui semble répandue dans l'atmosphère , sorte de poussière impalpable qu'apporte peut-être la lumière, et qui s'attache, notamment dans les pays orientaux , à certains corps durs , à certains monuments, et les revêt d'un enduit qui en assure la durée. Le second a éprouvé un efiet tout opposé : au lieu de s'enrichir aux dépens de l'argile, c'est celle-ci qui l'a appauvri.
J'ai trouvé, quoiqu'assez rarement , dans les baocs diluviens , des morceaux qui avaient subi ces deux épreuves, portant ainsi la double marque de leur ancienneté : détachés d'un banc , ces morceaux avaient séjourné sur la surface terrestre pendant une longue suite de siècles, puis, entraînés par un nouveau déluge, avaient été ensevelis dans un second banc ^^lement diluvien.
H y a moins de différence entre les couteaux celtiques et les couteaux diluviens, qu'entre les haches des deux époques. Les couteaux diluviens, presque toujours assez grossiers, appartiennent, pour la plupart, à cette variété qu'on a nommée copeaux et qu'on voit en si grand nombre autour des sépultures celtiques. Cependant, les couteaux diluviens sont plus larges, plus épais, plus solides, et l'on en trouve peu d'aussi allongés et finement travaillés que ceux que conservent ces sépultures. Ceci s'explique par l'efifei des eaux qui, en entraînant les premiers, a brisé ceux qui étaient d'une trop grande fragilité. On s'aperçoit,
DE l'âge de pierre. 113
l'aïUeurs, que les couteaux des deux origines ont été iduriqoés par un même procédé : ce sont des éclats loQl on a d'abord préparé la surface en la taillant «r Je bloc ou rognon de silex , ce qu'on reconnaît lax deux ou trois arêtes qu'on voit a leurs parties XHiTCxes, puis qu'on a ensuite détachés de ce bloc d'un enl €0up. Comme la cassure dans chaque variété de natière cristalline ou siliceuse afiecte une forme qui lui »& ftopre^ il est tout naturel que celle de ces copeaux lit partout de l'analogie.
Quant à la quantité de ces haches, couteaux et iuyU'ea aignes qu'on recudlle encore sur le sol ou dans es lianes diluviens, malgré le nombre considérable loi^ depuis tant de siècles, en est sorti pour disparaître yous le marteau des ouvriers, les pieds des chevaux 5t les roues des chars» elle prouve que des générations uicoédant i des générations ont, bien longtemps, vécu lans la même barbarie ou une ignorance égale des oBiôtaax et des arts de la civilisation.
U est donc certain qu'avant ce dernier cataclysme ]ai a ravagé la terre, non-seulement la race humaine ^LÛrtait, mais qu'elle était nombreuse. La tradition de tous les peuples, l'histoire sacrée comme l'histoire profane nous le disent. Or, cette existence et cette ffosiruction de tant d'hommes étant avérées, il était difficile qu'on ne retrouvât pas leurs traces.
Cfô preuves de la vie de ces hommes antérieurs à la famille présente, se rencontrent au point même mA elles doivent se rencontrer et dans la situation ^ te cataclysme a dû les laiêser. C'est dans ces