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CHAPITRE XI

biTdics eipbnliMS des terrains tertiaires et des tourbières

de la Somne.

On a lu, dans mon premier volume, l'exposé des |)rincipales fouilles que j'avais faites dans ce départe- SDttit. M. le docteur RigoUot, membre associé de l'Institut, déjà cité, et dont on ne peut trop regretter la perte, en avait, a ma prière, fait de son côté 4daiis les bancs tertiaires de Saint-Acbeul et de Saint- 3looh-lès*Amiens qui sont, comme ceux de Mencbe- <xnirt, riches en ossements fossiles. Un grand nombre ^e haches et autres silex, portant des traces évidentes ^e travail, y ont été recueillis.

Quelques amateurs d'Amiens ont fait les mêmes recherches, qui ont été couronnées des mêmes succès.

Dans l'arrondissement d'Âbbeville, les travaux du ^énie et ceux des chemins de fer ont amené, sur divers points» l'ouverture de nouveaux dépôts dilu-

viens : il n'en est aucun où Ton n'ait trouvé des silex plus ou moins ouvrés.

J'ai suivi une partie de ces travaux. A Mautort, dans le lieu appelé le Marais , sous une petite couche de tourbe et dans un terrain reposant immédiatement sur la craie qui n'est . là qu'à un ou deux mètres de la surface, j'ai découvert des couteaux larges et plats, d'un travail assez soigné, et quelques morceaux également en silex grisâtre et portant un caractère particulier.

Ces terrains, par leur position et l'abondance des cailloux roulés qui en font partie, semblent d'abord alluviens, mais ils cessent bientôt de paraître tels^ quand on en fait l'analyse. Je n'y ai point rencontré de débris de poterie, de traces de métaux ni d'ossements non fossiles, enfin de ces sjgnes qui caractérisent les gissements post-diluviens. Depuis , divers géologues que j'ai priés de les examiner, ont confirmé mon opinion et reconnu que le banc de Mautort est de l'époque tertiaire.

Les carrières d'Yonval, situées sur la partie supérieure de la vallée de Somme, m'ont fourni beaucoup de haches ; mais là, les éboulements ont été fréquents, de manière que l'état des couches horizontales est moins facile à constater.

Les terrains supérieurs et la couche végétale des environs d'Yonval présentent aussi des haches polies appartenant à l'époque celtique, mais elles sont rarement entières.

Une carrière de silex , ouverte à Mareuil pour la

réparation de la route d'Âbbevilie à Rouen, m'a procuré quelques haches analogues à celles que j'ai découvertes dans les bancs diluviens de l'Hôpital et du Moulin Quignon.

Une sablière exploitée à Drucat, canton d'Abbevilie, en recelait aussi. On m'en a apporté trois qui avaient été recueillies à quatre mètres de profondeur, dans le sable jaune, que les ouvriers nomment sable gras, et qei contenait des ossements fossiles de cerfs, bœufs ^ etc. Ces haches ne difièrent en rien des précédentes.

SaÎDt-Riquier a donné aussi son tribut de morceaux contenus dans un sable presque brun et dont le caractère diluvien est bien déterminé. Ces haches ovales, ^ossièrement arrondies en forme de concombre, ou Iiîen rondes d'un côté et effilées de l'autre comme l'on peint les larmes sur les catafalques, offrent cette spécialité locale, et semblent, par leur gissement et leur imperfection, appartenir aux temps les plus reculés. Quelquefois, la pointe de ces dernières est fort acérée, ce que je n'avais jamais rencontré jusqu'alors.

Dans un autre banc, entre Saint-Riquier et Abbeville, ^'eo ai trouvé de mieux faites, de 14 à 16 centimètres de longueur et semblables à celles de Menchecourt.

Au pied des murs d'Âbbevilie, non loin du bastion dit Carré de Six, à l'endroit même où j'avais découvert précédemment des défenses d'éléphants , des excavations profondes ayant été pratiquées, on a retrouvé ce même banc de sable ossifère ; j'en ai encore retiré des débris d'éléphants et d'autres fossiles: cerfs, bœufs, et avec ces os, quelques haches, couteaux, etc. Ces

pierres étaient parmi les os, à ane profondeur de dis mètres environ, plus bas que les plaines voisines et à un mètre au-dessous du niveau de la Somme.

Au nombre de ces pierres, il en était trois taillées ea pointe de lance, dont une a près de 14 centimètres de longueur sur 6 1/2 de largeur à sa base; elle est d*im beau silex gris-blanc veiné de noir. Les deux nôtres n'ont que 10 centimètres de longueur sur une largeur à peu près égale. Ces trois silex en lance, dont deox ont conservé leur pointe, sont de ceux qu'on ne fixait pas a un manche , mais qu'on lançait , comme je l'expliquerai plus tard, au moyen d'un moteur en bois ou en os. Par une circonstance étrange , ces trois silex de forme semblable étaient réunis dans une mènie agglomération de sable où se trouvaient aussi des ossements fossiles.

Au-dessus de ce banc et dans une autre couché, on a recueilli quelques tessons d'une poterie qui doit remonter à l'époque gauloise ou romaine.

Mais ce qui a amené le résultat le plus intéressant pour moi, parce qu'il a confirmé publiquement mes premières découvertes, sont les travaux entrepris simultanément par la ville et le génie militaire pour transformer en champ de manœuvre le vaste terrain dit Champ de Man^ qui s'étend sur les glacis d'Abbeville, entre le banc de silex du Moulin Quignon et les remparts de la ville.

Pour égaliser cet espace, on a commencé par rejeter dans les fossés les anciennes redoutes. La partie supérieure en était faite de terres rapportées, mais pour

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'fe reste on avait profité des accidents du sol oa du Imiic de silex qui, le loog de cette ligne, s'appuient sur la craie, dans une épaisseur qui varie de quatre à tàx mètres. Là, les silex sont étendus en couches ^laisses, entremêlées de lits de sable et d*argile. Des blocs pratiques de grès s'y montrent de loin a loin.

Ces terrains, fort compacts, sont vierges, conime il est focile de s'en assurer.

De ces agglomératiœis de silex liés par l'argile et le sable » la pioche des ouvriers a , pendant quatre à dnq mœs qu'ont duré ces travaux, détaché presque joamcltemeDt des hadies en silex non polies, mais d'une forme élégante et variant, dans leur dimension, de 6 à 16 centimètres de longueur.

Le nombre de ces haches s'est élevé à plusieurs centaines dont j'ai acquis la plus grande partie. Elles étaient disséminées dans la masse des silex et dans les oottches de sable peu épaisses qui séparaient les lits et dont les dernières reposaient sur la craie.

Ces bâches ont absolument le même caractère que cdies que j'ai extraites des bancs du Moulin Quignon on du Carré de Six , dont ce terrain n'est que la continuation.

Dans les terrains supérieurs ou de remblais, immédiatement sous la couche d'humus, était une hache polie , d'origine gauloise ou celtique , d'une forme insolite et qu'on peut comparer a une navette; c'est la seole de cette figure que j'aie rencontrée. Mais eette trouvaille avait moins d'intérêt pour moi que ces pierres retirées de bancs notoirement diluviens, sous

les yeux de nombreux spectateurs; de sorte que la présence, dans les terrains tertiaires, de silex taillés de main d'homme, est aujourd'hui, dans ce département, de notoriété publique: cent témoins oculaires pourraient l'attester au besoin. Ce n'est donc plus, comme on l'a objecté, la découverte d'un seul homme, mais celle de toute une population. Il ne fallait rien moins que cette publicité et le témoignage de tant d*yeux pour convaincre les incrédules.

Ce gissement tertiaire du Champ de Mars a présenté des os fossiles, mais en petite quantité et tellement endommagés qu'il m'a été impossible de reconnaître a quelles espèces ils appartiennent.

Cette rareté des débris animaux et leur mauvais état viennent du peu d'épaisseur des couches de sable, partout mêlées de silex, dont la plupart n'ont été que peu ou point roulés et ont conservé leurs angles : on conçoit que les os n'aient pas résisté au contact de pierres dont beaucoup pèsent de un à trois kilos. C'est par cette même cause qu'on n'a recueilli que fort peu de couteaux, et presque tous brisés. Mais à la suite de ce même banc , à environ trois cents pas, à huit ou neuf mètres plus bas, au pied du rempart, est ce lit de sable plus abondant, qui contenait des ossements d'éléphants et autres animaux antédiluviens, ainsi que les trois pointes de lance.

A Menchecourt, nous avons découvert quelques beaux fragments d'éléphants et une tête presqu'entière de rhinocéros. De la même couche, j'ai retiré deux haches et trois couteaux.

Depuis , j'y ai encore trouvé d'énormes ossements appartenant à un animal antédiluvien que je n'ai pu déterminer, des dents de grands carnassiers, des bois de cerfs, et toujours des couteaux, des pointes de lances ou de flèches fort grossières et pourtant dont la destination et le travail ne pouvaient être mis en doote. Les haches *y sont plus rares, mais celles qu'on -y voit , quoique non polies , — j'ai dit que les silex diluviens ne l'étaient jamais, — sont généralement plus grandes, plus soignées, mieux conservées que celles du Champ de Mars et du moulin Quignon.

Ce terrain de Menchecourt, qui a enrichi le Muséum de Paris de beaux échantillons fossiles, est très-propre anx recherches de l'amateur et aux études du savant. Ces couches, d'un sable pur et compact que les ouvriers coupent perpendiculairement dans une hauteur de neuf à dix mètres, laissent apercevoir tous les corps étrangers qui peuvent s'y trouver.

Si Ton veut avoir un aperçu des sablières de Menchecourt , on visitera celles qui sont à Paris , derrière le Champ de Mars, allée de la Motte Piquet; elles sont, d'une nature et d'un aspect identiques. Comme les premières, elles contiennent des ossements fossiles, et j'y ai recueilli une belle molaire d'éléphant. Si j'avais pu y continuer mes recherches, j'y aurais certainement trouvé des silex ouvrés, comme j'en ai rencontré dans la sablière située entre Paris et Sain t- Germain- en -Laye, près du chemin de fer atmosphérique.

Nous avons déjà dit que c'était au plus profond de

ces bancs et dans le sable gris-blanc dit aigre qu'on trouve le plus d'ossements fossiles et de silex travaillés. Au-dessous et sur la craie, se présente un Ut de plus gros silex qui , dans cette partie du terrain , ne sont que peu ou point roulés. On s'expliqiiie comment, lorsque le sable et Targile qui le domine étaient en mouvement par Teffet du torrent, les corps les plus lourds ont été précipités au fond et arrêtés seulement par le banc de craie. C'est donc là aussi qoe sont les plus forts ossements et les plus grandes haches. Les couteaux, les pointes de Qèches et les os plus petits sont dans les couches immédiatement au-dessus.

Sur quelques autres points du département de la Somme, à Albert, à Boves, etc., on a constaté la présence d'objets de même nature. Enfin, le diluvium des départements de l'Oise et de la Seine-Inférieure a également offert des haches et des couteaux : on m'cii a présenté plusieurs, c'étaient bien des morceaux an* tédiluviens; mais n'ayant pu visiter le lieu d'extraction , je n'en donne pas la description.

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