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CHAPITRE XH

Foiilks dus les loDrbiires et les gissemenls celtiques et romaios.

Les toorbières, les lits des rivières et les terrains alloviens sont, dans ce département, fort riches en oligels celtiques. J'ai donc pa y augmenter beaucoup ma collection. Une hache avec sa gaine en corne de cerf à été trouvée à Abbeville, à quatre mètres de profondeur, sons la tourbe, derrière le Marché aux^ Chevaux, à environ vingt mètres de la Somme.

Un certain nombre de haches polies et des tessons de vases gaulois ont été extraits du même lieu.

Un peu plus loin, de l'autre côté de la rivière, étaient une épée gauloise en cuivre , d'une belle conservation , et le squelette entier d'un castor. Malheureusement, les ouvriers l'ayant pris pour un chien n'en ont conservé que la tète. Hais ce n'est pas là qu'ont eu lieu les découvertes les plus importantes. En 1844, lors-

qu'on creusait entre la Somme et Tune des portes d'Abbeville, la porte Harcadé, pour y établir les fondations d'un gazomètre, et qu'on était à une profondeur de six mètres au-dessous du niveau des terrains environnants, on trouva, dans une couche de tourbe, des débris d'amphores et d'autres vases d'origine romaine ou gallo-romaine. Sous cette tourbe était un lit de sable, avec des cendres, des charbons, des poteries funéraires et beaucoup de silex taillés. Ces objels indiquaient une population antérieure aux Romains et peut-être aux Gaulois.

D'après la coupe du terrain , j'avais annoncé que ce gissement devait s'étendre plus loin. En effet, en septembre 1853, des travaux entrepris par le génie militaire, à environ cent mètres de là, pour creuser de nouveaux fossés de défense, ont mis à nu le même sol celtique qui, là, n'était point précédé d'une couche de tourbe et n'était guère qu'à cinquante centimètres au-dessous du niveau de la Somme. A cela près, il offrait les mêmes accidents qu'au gazomètre : c'était une couche de sable dans laquelle avaient été placés des vases et répandus des silex taillés; d'autres étaient seulement brisés, mais dans ces brisures on reconnaissait la main de l'homme. La masse de ces éclats était si grande qu'on les charriait par brouettes. Parmi ces silex, quelques-uns portaient des traces de feu. On a trouvé, comme toujours, des cendres, des' charbons , des poteries funéraires cuites au four et d'autres simplement séchées au soleil, des os brisés de bœufs, de cerfs, de sangliers. Je n'en ai poiot.^

va de travaillés , ils auront échappé aux ouvriers. Un seul m'a apporté une belle gaine en bois de cerf. Voyant que la pierre en avait été nouvellement séparée , je me suis rendu sur les lieux , j'ai fait fouiller devant moi le carré de tourbe dont la gaine Avait été extraite et j'ai retrouvé la pierre.

La découverte au même lieu d'autres petites haches polies seulement au tranchant, de l'espèce de celles spécialraient destinées à être emmanchées , m'a fait croire que plusieurs gaines avaient été perdues.

Avec beaucoup de haches plus ou moins imparfaites ou endommagées, on m'en a présenté une intacte et qui probablement n'a jamais servi ; elle avait ^té enterrée là comme hommage aux morts ou à la divinité du lieu.

Un morceau fort rare s'y trouvait également : c'est

unei hache en grès très-dur, longue de 17 centimètres,

épaisse de 4, large de 3 1/2 à sa plus grande largeur.

Dans cette partie, qui forme une sorte de renflement,

est un trou rond du diamètre de 23 millimètres et de

la profondeur de 20, destiné à emmancher la pierre.

€e trou n'a pas été terminé et ne la traverse pas.

Taillé avec beaucoup de soin , ce grès a ensuite été

poli par le frottement. Il imite assez bien cet outil

affilé d'un côté et formant marteau de l'autre. dont

se servent les tailleurs de pierre. J'ai vu des masses

d'armes du moyen-âge d'une coupe analogue. Cette

forme, assez commune dans le nord, en Danemarck,

en Suède, n'avait pas encore été vue dans ce dépar-

temœt.

Une hache en jade verdâtre, longue de 13 oentimètres et large de 6 au tranchant , entièrement semblable à celles que j'ai trouvées dans le Champ de Mars, à Abbeville, dessinées dans mon premier volume, pi. 78, n^ 7, a été rencontrée non \em de la, à environ un mètre au-dessous du nivean de la rivière. Elle est intacte, d'une coupe et d'un poli admirables, et a probablement été enterrée au moment où elle venait d'être terminée, car elle ne porte aucune trace d'usage: c'était encore un ex^voto^ un souvenir. J'ai pensé qu'il devait en exister d'autres, car, en diverses circonstances, j'ai trouvé ces belles haches ainsi enfouies par trois et toutes dans la position verticale : j'ai donc fait fouiller à cette place jusqu'à environ deux mètres au-dessous du niveau de l'eau. Là, j'ai rencontré la tourbe et un second gissement celtique; je n'ai point vu d'autres hadies polies, mais j'ai été assez heureux pour extraire un vase presqu'entier. Il n'est pas de la plus haute antiquité ; on reconnaît qu'il a été durci au feu et &it à l'aide d'un tour ou par un procédé analogue.

La hauteur de ce vase, qu'on peut voir chei moi, est de 18 centimètres, son diamètre de 14; dans l'intérieur, était un morceau de craie grossièrement taillé, dans lequel on avait pratiqué un trou pour y ^ 1 placer un luminaire en résine , en suif ou en cire, ^ '' dont la grosseur devait être celle de nos bougies ordinaires. Près du vase était une tdte d'uras : l'état des dents et le peu de longueur des cornes annoncent un jeune animal, et cependant cette télé,

lu orâne au museau , a 62 centimètres de longueur ; i séparation entre les cornes est de 23 centimètres. hï n*a pas trouvé le reste du squelette ; il est à croire [oe la tète a été coupée et enterrée seule.

Près de là étaient aussi deux mâchoires de sanglier : 'iBoe est brisée; Tautre, presqu'entière , a 53 centinètres de longueur et a dû en avoir 55. Ici encore e teste du corps manquait. Il y avait moins de silex lûllés que dans le premier gissement. Etait-ce le même, a ces ossements s'étaient-ils enfoncés dans ce terrain ;pcMigieux par suite de leur pesanteur, en entraînant quelques silex taillés ? Le morceau de craie , assez bord, avait pu également faire descendre le vase qui m'a paru de la même époque que les tessons trouvés au-dessus. Ceux-ci sont peut-être antérieurs aux Romains , mais pourtant d'une origine qui ne remonte pas au-delà des temps historiques.

Quant aux silex, parmi un grand nombre d'éclats, il y en avait beaucoup de travaillés et même avec phis de soin que je ne l'avais vu dans les gissements voisins. Voici les formes principales que j'ai reconnues :

1® Haches ordinaires, ébauchées;

2^ Couteaux, dont un long de 16 centimètres sur 2 dans sa plus grande largeur et 5 millimètres d'épaisseur, et un autre long de 18 centimètres; c'est un des plus grands que j'ai trouvés dans ce pays;

3^ Pierres en castagnettes;

A^ Pierres en boules; *

5^ Pierres en palets ou ronds applatis, dites pierres de fronde^

6^ Pierres en ciseaux ou hachettes;

7° Pierres en scie;

8® Pierres-outils.

Ces formes, jusqu'au n^ 8, sont analogues a celles qui sont dessinées dans mon premier volume. CeUes du n^ 8 le sont dans ce tome deuxième, avec d*aatres que nous décrirons plus tard.

Une particularité qui m'a frappé, c'est que presque tous les silex ouvrés recueillis au gazomètre étaiefit d'une pâte bleutée, et que ceux du nouveau gissement, bien qu'il ne soit distant de l'autre que d'une centaine de mètres , sont en silex gris -noir, ce qui indique que ces silex , bien qu'appartenant à un même peuple et à une même période, n'ont été ni taillés ni enterrés en même temps, sinon la matière eut été la même. Dans le premier gissement, on trwvait plus de couteaux et de haches, mais les antres formes y étaient rares et moins bien travaillées.

Je n'ai pas rencontré ici de ces assises de bois citées dans mon premier volume , et qui servaient de premier plan ou de fondation pour recevoir ces lits de silex , de cendres , de charbons et d*06 qui entouraient les vases consacrés. Peut-être ne suis-je pas arrivé à une assez grande profondeur; cependant j'ai fait sonder, mais sans résultat. Ces examras de terrain, quand on est au-dessous du niveau des rivières voisines, ne peuvent avoir lieu qu'à mesure de Tépuisement des eaux, ce qui ne rend les recherches ni faciles ni agréables. Il en résulte que beaucoup d'olyets se perdent. Les ouvriers travaillant dans cette posi-

tien ne sont guère disposés , notamment pendant la saison froide , à pousser loin leurs investigations , et malgré mon goût pour ces recherches, j'ai aussi été parfois contraint de m'arrêler.

J'ai examiné avec soin le contenu des vases ou plutôt des parties de vases qu'on m'a apportés, mais ceux de ce gissement ne contenaient que de la terre ou de la tourbe. Depuis, dans les couches supérieures, j'en ai observé d'autres d'une pâte plus fine, renfermant des os calcinés, des cendres, des charbons.

Nous avons vu que le premier gissement celtique était dans un lit de sable sans être précédé par le banc de tourbe que j'avais rencontré au gazomètre , puis retrouvé plus bas. Un peu plus loin , ce lit de tourbe se relève à la surface et n'est plus dominé que par l'humus. C'est ainsi qu'il s'étend vers la Somme à travers un pré , et n'est séparé de la rivière avec laquelle ce pré a dû être autrefois en communication que par une digue de terrain de remblais qu'on vient d'enlever en partie pour ne laisser qu'une chaussée de dix mètres de large. Cette chaussée conduisait à une poterne servant d'entrée à une ancienne forteresse dont on attribue la fondation à Charles-le-Téméraire. Ce lit de tourbe a été signalé à environ sept mètres au-dessous du sol de la ville et à cinquante centimètres au-dessus du niveau de la Somme. On continue à le creuser, et il est en ce moment à cinquante centimètres au-dessous. C'est dans ce terrain ouvert aujourd'hui sur une longueur d'environ deux cents mètres et une largeur de soixante, que j'ai recueilli,

comme au gazomètre, beaucoup de débris d'amphores. Mais ce qu'on n'avait pas trouvé au gazomètre, c'est une quantité considérable de cette belle poterie rouge romaine dont chaque pièce porte le nom du potier. Toutefois, ce nom n'y est que lorsque les vases sont de la pâte la plus fine, car on en trouve qui sont également rouges, mais d'un rouge moins vif et moins égal. Voici les noms que j'ai pu lire : Bri.i.m . Cianmri.ma , Cesorini, Marti.m, Tilini, Tcla.sat (peut-être Titu$ Claudius Sat)^ Macrini, Maerinim, Esiefom^ Pri.m, Dravgim, Aupim. La plus grande partie de ces vases, malheureusement brisés , sont des assiettes ou plats ayant la forme de nos assiettes & soupe, et variant dans leur dimension de 15 à 25 centimètres. Il y a aussi des pots ressemblant à nos pots à confiture, et de la contenance de deux décilitres à un litre.

Viennent ensuite de grands vases, de 20 à 25 centimètres de diamètres, et qui pouvaient avoir aotant de profondeur avant qu'ils ne fussent brisés. Ils sont couverts d'arabesques représentant des attributs de chasse, des animaux, des guerriers, des femmes. Le dessin en est bon, mais le moule qui a servi à les faire étant usé, les empreintes en ont soufiert.

Parmi les vases intacts, j'en ai trouvé un en terre grise très*fine et qui a été revêtu d'une teinture noire dont il reste des parties. Haut de 10 centimètres, il en a 4 de diamètre à son ouverture et le double au milieu; il .est, dans ce renflement, couvert de stries qui se croisent. La forme de ce petit vase est fort élégante.

Deux autres, également de terre grise, sont plus grossiers; leur dimension est double.

Les amphores étaient de diverses grandeurs: plusieurs devaient avoir 1 mètre de hauteur et près de 2 de circonférence.

n est difficile d*expliquer comment un si grand nombre de vases de luxe ont pu se rencontrer là. Tout annonce qu'ils y ont été mis entiers et neufs, car ùù s'aperçoit qu'ils n'ont pas servi. Les terrassiers m'cml assuré qu'ils en avaient trouvé jusqu'à trois superposés, comme on le voit encore chez les marchands de faïence. C'est donc par le tassement des terres ou la pioche des ouvriers qu'ils ont été brisés, mais beaucoup ne le sont qu'en deux ou trois morceaux, et j'ai pu eu reconstituer plusieurs. Ce lieu n'était donc pas un égout où l'on jetait les pots cassés. Appartenaient-ils à l'ameublement de quelque villa romaine? Non, car on en retrouverait les murs 00 du moins les fondations . D'ailleurs , on ne bâtit pas dans un marais et sur la tourbe ; puis , une seule famille n'a pas besoin de tant de pots. Ont-ils été placés là lors de quelque invasion pour les sauver de la destruction et du pillage? Alors on les rencontrerait tous ensemble et non disséminés dans un espace qui a plus de cent mètres carrés. Y avait-il là quelque fiibrique? Non , car il en resterait des traces , et la terre propre à cette fabrication ne parait pas être du pays. Evidemment ces vases rouges venaient de loin, et 9 en raison de leur poids et en même temps de leur fragilité, c'était par la rivière qu'ils arrivaient.

Or, j'ai dit que le sol dont ils ont été tirés n'est séparé du fleuve que par une digue de dix mètres de largeur. Les terrains voisins, relevés à l'aide de remblais, n'étaient précédemment qu'un marais, dont une partie existe encore. Ce marais que traverse une petite rivière, le Scardon, qui vient se jeter dans la Somme, était, avant la construction de la digue moderne, à peu près au niveau du fleuve qui, à toute marée, le recouvrait de ses eaux. Il est possible que lors d'un débordement, quelque navire ou bateau ait été poussé par les eaux dans ce marais , qu'il s'y soit brisé ou y ait sombré, et que les poteries^ enfoncées dans le limon, n'aient pu en être retirées. Telle est la seule explication que je puis donner à cet étrange amas.

J'ai dit que ces poteries gisaient dans la tourbe: quelques-unes en étaient recouvertes d'environ un mètre. Cette tourbe, mélangée de sable, est fort compacte; néanmoins, les pots d'une grande dimension, remplis de vase ou d'eau et dès -lors d'une certaine pesanteur, auraient pu y entrer par leur propre poids. Il n'en est pas de même des assiettes , elles sont trop légères pour s'enfoncer. La tourbe qui les recouvre est donc d'une formation postérieure à leur enfouissement. Le terme moyen de cette couche supérieure de tourbe est de 60 centimètres ; l'enfouissement de ces poteries doit remonter à quatorze ou quinze cents ans. On peut , d'après ceci , établir un calcul approximatif sur la formation de la tourbe, qui serait de 4 centimètres par siècle. Encore, la tourbe dont il s'agit, de mauvaise qualité et contenant environ

le quart de son poids de sable d'allavion^ ne représente de fait que 3 centimètres de tourbe pure.

Ceci explique comment les extracteurs de tourbe prétendent qu'elle ne se reproduit pas. Je conviens que sa reproduction est longue , mais quand les mêmes causes de production existent, c'est-à-dire lorsque les générations successives de végétaux continuent à croître et à se décomposer, la matière tourbeuse doit se constitaer comme le fait Thumus dans les terrains secs.

Dans le carré où étaient ces poteries romaines, on a ramassé une lame d'épée à deux tranchants, de près d'un mètre de longueur. Elle est en fer et bien conservée. Un squelette humain s'y trouvait aussi avec une chaîne de fer où tenaient deux menottes. Etait-ce quelque prisonnier dont on s'était ainsi débarrassé ou qui s'était noyé en voulant s'évader? Mais en quelle circonstance et à quelle époque? L'oxidation des menottes annonçait un long séjour dans l'eau. Je n'ai pas vu la tête de Tindividu et ne puis dire ô quelle race il appartenait.

Près de là , à l'écluse d'un ruisseau qui vient se jeter dans la Somme , étaient enfouis dans le lit de gravier, à environ 66 centimètres de profondeur, les restes d'une batterie de cuisine remontant préalablement au moyen -âge et peut-être aux temps imérovingiens. Ces restes consistent en un long plat de cuivre, qui a dû être recouvert d'argent ; un autre plat fort lourd, rond, à pans coupés et qui a pu mussi être plaqué d'argent; un bassin en cuivre battu, sans anse, de la forme de nos vases de nuit; enfin,

une passoire en cuivre dont le fond, percé de trous très-fins et de figures diverses, ressemble à une dentelle. Ces ustensiles, établis avec luxe, avaient dà être d'une certaine valeur, soit en raison du travail, soit à cause du poids du métal. Us avaient été cachés là, peut-être par un voleur qui comptait les y retrouver.

A peu de distance, ou a retiré du lit de la Somme un objet de cuivre de forme conique où Ton remarque une ouverture carrée et une autre en croix : c'était, je crois, une coifiiire militaire, se rapprochant assez de nos képys. Le métal, travaillé au marteaa, est à la fois souple, solide et léger. L'ouverture en croix servait à donner de Tair, et Tautre à attacher un cimier ou une crinière. Un archéologue m'a dit que c'était un casque du XP siècle.

Enfin, sous la tourbe, non loin de là, on a trouvé une romaine en cuivre, avec ses accessoires et ses lignes de mesure. Ce morceau curieux est de l'époque romaine: j'en donnerai ailleurs la description.

chaphrb XIII.

Ses fgires m silex canetérisées pw rœil.

Parmi les silex oDvrés qae m'ont fournis les bancs tertiaires, j'en ai vu beaucoup représentant des mam« mifères, des oiseaux, des poissons, des sauriens, où tout d'abord on remarque cet œil que j'ai déjà signalé, qui donne à chaque tète sa physionomie et aide à distinguer les espèces. Cependant, cet œil ou ces yeux, car l'ouvrier a voulu, dans certains cas, compléter son ouvrage, pourraient, s'ils ne s'offraient que rarement, être considérés comme de simples accidents ; mais c'est par centaines qu'on rencontre les figures qui en sont pourvues.

Ces yeux sont faits en creux et entaillés dans le silex. Souvent l'ouvrier a profité d'une tâche de la pierre, à peu près comme le font à Rome les sculpteurs de camées, et il a dessiné la tête de manière à ce que

138 FIGURES CARACTÉRISÉES PAR l'OEIL.

cet œil préexistant se trouvât aussi bien que possible à sa place naturelle. J'ai cru même découvrir, dans plusieurs morceaux , que la figure entière avait été faite pour Tœil qui a inspiré à l'ouvrier l'idée première de son œuvre et en a été le point de départ.

Peut-être , par suite de quelque coutume superstitieuse , l'homme d'alors , vagabond et crédule , se croyait-il obligé de recueillir et de perfectionner Fébauche accidentelle que le hasard lui faisait rencontrer, et d'ajouter, par quelque léger travail, à la ressemblance qu'il y voyait. Il espérait ainsi être heureux à la chasse, ou détourner la malédiction que la mort de l'animal pourrait attirer sur lui. Cette superstition existe encore chez l'Indien de rAmérique septentrionale: quand il tue un castor, il lui en demande pardon.

Parmi ces images pourvues d'yeux, les plus communes sont celles de baleine et des individus de la même famille. Il n'est pas probable que ces peuples primitifs pussent poursuivre les baleines sur la mer; la navigation n'était pas assez avancée , mais ils les attaquaient et dépeçaient , comme le font tons les sauvages des côtes lorsque, blessées ou chassées par la tempête, elles y viennent échouer. Frappés de l'apparition de ces monstres, on conçoit qu'ils aient cherché à en conserver l'image. Peut-être même la consacraient-ils aux dieux, afln qu'ils leur envoyassent souvent de semblables aubaines. Ces cétacées leur fournissaient, comme aujourd'hui aux Groënlandais et aux. Esquimaux , une nourriture abondante et qui pouvait paraître agréable à ces estomacs grossiers.

FIGUIIBS CARACTéaiStiES PAR l'ŒIL. 139

On explique ainsi pourquoi ces simulacres étaient reproduits par les peuplades qui habitaient près des Gâtes ou de Fembouchure des fleuves. Il n'est pas rare, même de notre temps, d'y voir échouer des balanes. Les anciennes chartes des seigneurs riverains revendiquant la propriété des poissons à lard jetés sur leurs terres et en disputant au Gsc la possession, prouvent qu'autrefois ces épaves étaient plus fréquentes encore.

Ces images, dont j'ai réuni un grand nombre d'exemplaires (pi. 67, Gg. 11 , tome I) tous pourvus de leur œil, ne sont pas des modèles d'art. Souvent le travail y est presque nul : l'artiste a profité de la forme contournée de la pierre, sans s'inquiéter si elle rappelait bien exactement la figure qu'elle était chargée de représenter; mais cet œil, qu'on retrouve partout, ne laisse aucun doute sur l'intention.

Parmi ces silex à yeux, ceux qui représentent des chiens et des ours se trouvent non moins fréquemment dans les bancs tertiaires. J'en ai qui se ressemblent si fort entr'eux, que, bien que provenant de difiérents gissements , on croirait qu'ils ont été faits par la même main (fig. n®' 1, 2, 3, 6, 7, pi. 1^, tome II). Ceci est encore à l'appui de ce que j'ai lâché de démontrer : qu'il y avait une suite de formes adoptées par l'usage ou la religion, formes dont ces peuples ne s'écartaient pas.

Après la série des chiens, des ours, vient celle des animaux ayant du rapport avec les tapirs, les mastodontes et autres mammifères antédiluviens. Il y en

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