IMAGES INTERIEURES DES SILEX
du choc qui les avait détachés. — Le silex, depuis la disjonction des deux moitiés, aurait- il éprouvé une sorte de condensation et de rétrécissement, dont Teffet n'aurait pas été égal dans chacune de ses moitiés? — Ce n'était pas impossible, mais c'était difficile. Je me demandais donc si tout ceci n'était pas un jeu du hasard, lorsqu'il me vint à l'idée d'aller revoir le lieu où ils avaient été trouvés et de prendre de nouvelles informations.
Elles confirmèrent les premières : c'était bien dans ce terrain celtique, situé au-dessous du niveau de la Somme et à un mètre plus profondément que le lit de tourbe, que ces morceaux avaient été découverts.
Beaucoup de ces débris étaient encore sur la berge et cette berge elle-même, disposée en talus, se composait de terre mêlée de tourbe , de cendres , de charbons, d'éclats de silex et d'os provenant de ce même terrain , ainsi creusé pour y introduire l'eau de la Somme. La tranchée n'était pas encore inondée. J'y fis fouiller , et l'on retira devant moi , d'un sable mélangé de ces charbons, tessons, une brouettée de silex plus ou moins travaillés. Je les examinai avec attention et, à ma grande satisftiction , j'en trouvai deux taillés comme les premiers et présentant aussi une image de cheval (pi. 3, fig. 3 et 4), image grossière sans doute, mais pas plus que celle de ce même animal que portent certaines monnaies gauloises. L'analogie était si frappante, que j'en vins à croire que c'était dans ces représentations accidentelles que ces peuples allaient chercher leurs modèles.
IMII'.STlllE PBIMITIVT.. TOME 1. CHAt: HV rt XV.
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RÉPARiLTION DBS OUTILS DE PIERRE. 149
vftUlés^ [Mlrnii des charbons et des os à demi-calcinés. Ods haches avaient été jetées dans le brasier ou y éUiisBÂ tombées par hasard, mais petites et grossières, dles n'étaient certainement pas destinées à être polies. Ao surplus^ Texpérience est facile, et Ton acquerra la jpreove qu'un silex exposé au feu, pour peu qu'on l'y laisse, prend une teinte blanche ou grise, se fendille et n'est plus susceptible d'être taillé ni poli.
Les peuples celtiques apportaient un soin extrême à dioisir le silex dont ils voulaient faire une hache peKe. Ce n'était pas les plus faciles à tailler qu'ils prenaient, ils les réservaient pour les haches comiBiines. Avant d'entreprendre un travail de luxe, l'ouvrier s'assurait que la pierre était sans défaut et qu'il n'y avait en elle ni Gssure ni corps étranger qui pût h disposer à se fendre. S'il y découvrait une tare, il la rejetait ou il en faisait une hache de pacotille.
Lee silex roulés d'une grande dimension, de forme Offde ou cylindrique , étaient ceux qui convenaient b mieux pour faire une belle hache. Le frottement AiMtait à découvert les défauts de là pierre, il en enlewil oe qu'on peut appeler l'aubier et n'en laissait que le cœur. Mais on ne peut se dissimuler que le dé§ressissement et la mise en œuvre de ces galets oe présentassent de grandes difficultés. J'en ai plu- Meurs dont les premiers éclats ont été détachés, et je ne doute pas que l'ouvrier, rebuté, n'ait renoncé à (riler plus loin.
Le feu qui, en rendant les silex plus cassants ou plus friables , ne pouvait en faciliter la taille y n'était
donc pas appliqué comme moyen d'œuvre. Mais existait-il quelqu'autre procédé de ratnollissemeni 7 Je ne le pense pas. Il est donc à croire que Touvrier d'alors, comme aujourd'hui nos tailleurs de pierres à fusils ou ceux qui bâtissent en silex, enlevait chaque éclat par un coup sec. C'était nécessairement avec une autre pierre qu'ils obtenaient ce résultat , et , dans ce pays abondant en silex , ce ne devait être qu'avec un silex. Mais se servaient-ils pour frapper d'un morceau brut , ou lui donnaient-ils une forme spéciale? Cette dernière hypothèse est la plus probable. Mais quelle était cette forme? J'ai dit que oe pouvait être un coin fait d'un silex choisi parmi les plus compacts; et pourtant, quelque dur qu'il fut, en le supposant propre à tailler d'autres pierres, je doute qu'il pût agir beaucoup sur le silex. L'instrument que j'entrevois devait avoir un effet plus prompt et plus sâr : fait en silex ou autre pierre dure, il se rapprochait de notre marteau : c'était une sorte de masse , avec l'angle de laquelle on frappait. Le talent de l'ouvrier était dans la manière de diriger le coup, surtout quand il s'agissait d'enlever de petits éclats des pierres peu épaisses et par cela même assez fragiles.
La difBculté de percer le silex, moins en raison de sa dureté que de sa nature cassante, difBc^té doublée pour des peuples qui ne connaissaient ni le fer ni les procédés employés aujourd'hui, fait qu'cNS. ne trouve presque jamais de silex entièrement pereés de main d'homme, et qu'aucune forme spéciale n'était préparée pour l'être. Les morceau]!^ dont nous avena
jMurlé dans notre premier volume, sous le nom de pierres pereées, n'affectent aucune forme particulière : ^^m les a taillées selon la disposition du trou qu'elles offraient naturellement.
C'était donc d'un accident de la pierre dont on profitait: on se contentait d'élargir le trou et de l'arj^ndir aussi bien que possible.
Les haches percées de main d'homme sont en jade, j[x>rphyre, granit, grès, basalte, serpentine, trapp, etc. Je n'en connais pas en silex dont le trou soit entière* ment feotice.
Quant à la fabrication des couteaux, j'ai déjà abordé ce sujet dans mon premier volume, chapitre VI. J'y disais, page 99, en parlant des couteaux de silex: c La netteté de la taille et la vivacité de rareté annoncent que ces coupures longitudinales sont faites par éclats et d'un seul coup. » 11 est certain que beaucoup de ces couteaux ont été fabriqués de cette manière et le plus simple examen l'indique. Mais ce procédé n'était pas le seul, et un singulier hasard m'en a donné la preuve. Au mois d'octobre 1852, en examinant un terrain que des ouvriers creusaient pour y planter des arbres, la pioche de l'un d'eux mit à découvert un silex d'un gris-jaunâtre. Ce silex était dans du sable mêlé de terre végétale, à deux pieds environ de profondeur , mais à la couleur de la pierre et à sa coupe, je reconnus qu'elle provenait des bancs diluviens. C'était un de ces couteaux grossiers , tels qu'ils sont dessinés pi. 27, 6g. 3 et 4 du volume précité; il était long de 13 centimètres, large de 4 1/2.
152 RiPARATION DES OUTILS DE PIERBB.
Mais ce qui le distinguait des antres, c'est qu'il n' pas entièrement détaché du bloc dans lequel on Ta vait taillé, un tiers y était encore engagé. D'à
les éclats enlevés , tout annonçait qu'ici la taille avai eu lieu non dans la longueur mais dans la largeur et que Taréte avait été pratiquée par une suite coups partant de cette arête, à mesure qu'elle dessinait.
Le côté plat ou concave du couteau n'était (p'À bauché : il est a croire que l'ouvrier , rebuté par
mauvaise qualité du silex et sa disposition à se fendre, avait renoncé à son œuvre. Ce morceau n'ayant ni frotté ni brisé dans aucune de ses parties, on peu y suivre toutes les phases du travail et jusqu'à l'in* décision de l'ouvrier. 11 est dessiné dans ce dea^ûème volume, pi. 3, fig. Â.
J'avais ainsi Tébauche d'un couteau dans sa gangm. Par un hasard heureux, en visitant, en octobre 1856, un banc de diluvium ouvert à Abbeville, au lieu dit Champ de Foire, pour en tirer du sable et des sUex, j'y découvris à quatre mètres de profondeur, dans la partie la plus compacte du banc, une hache ébauchée absolument dans les mômes conditions , c'est-à-dire tenant encore au bloc dont elle devait être détachée. Ce terrain vierge était recouvert de un mètre soixante centimètres de terre végétale où je ne vis trace m de poteries ni de métaux. Rarement j'avais ren-» contré l'humus en si grande masse sur le diluvium. Il est à croire qu'une extraction de sable ou de silex avait eu lieu très-anciennement à cette place et que,
RÉPABàTION DK OUTILS DE PIBRRE. 153
fiHMe de remblais, l'excavation avait été comblée avec de rbumos.
Le sable de ce banc est très-ferrugineux, d'tin jaune foncé, peu abondant, très-mélangé de gravier; les silex j sont gros, peu ou point roulés. De même qu'au banc de i'Hdpital, qui n'en est éloigné que de deux cents mètres , on n'y trouve d'ossements fossiles que par rares fragments qui ne laissent guère la possibilité de déterminer les espèces. Le voisinage de ces silex qui pèsent souvent plusieurs kilos , et la pression des eauefaes supérieures, ont dû contribuer à la destruction des os et des pierres plus fragiles.
La bâche ébauchée dont il s'agit est en beau silex Jaoïie veiné de noir, long de 23 centimètres, épais de 6, large de 15 à sa base et seulement de 6 quand on arrive à 8 centimètres de cette base, puis il s'éhi^ de nouveau jusqu'à l'extrémité supérieure où il a 10 centimètres. Cette forme qui se rapproche de eeUe des haches, avait donné à l'ouvrier l'idée d'en eoi^tionner une. En effet, trois éclats, longs de 8, 11 et 14 centimètres et larges de 2 a 3, enlevés de haot en bas, démontrent son intention. Pour faciliter 80B travail, il s'était bien gardé de détacher cette partie de la pierre de sa base qui lui servait à la mainteinr et il ne devait l'en séparer que lorsque la taille sertit complètement achevée. Je n'ai pas vu pour quel motif ii n'avait pas terminé son œuvre, car la pierre est belle et de bonne qualité. Mais je n*ai pas à regretter M abandon, puisque cette ébauche m*a fait faire un pas de plus dans la science de préparer les haches,
et je pense que lorsque la pierre était assez volumineuse pour qu'on pût user de ce moyen, on l'employait toujours, car il rendait certainement le travail (dus facile et Ton était moins exposé à la briser.
Ce morceau, rare et non moins curieux que le premier, est dessiné môme tome, pi. 3, fig. B.
Nous allons maintenant parler des haches réparées 00 destinées à l'être ; mais aucun dessin ne pouvant rendre les détails de ces réparations, nous nous bornerons à donner les dessins de deux (pi. 6, 6g. 12 et 13), et à indiquer les autres d'après celui sous lequel elles sont classées dans ma collection.
Les haches brisées, puis retaillées, nous montrent assez bien comment opérait l'ouvrier. Les n^* 1 et 2 en offrent de bons spécimen , notamment le n^ St. Cette hache, qui a dû être rompue à peu près au milieu, a 9 centimètres de longueur. Quatre grands éclats ont été enlevés longitudinalement pour refaire un tranchant, mais le travail s'est borné là : ce tranchant est resté inachevé et le polissage n'a pas été tenté.
Son analogue, n^ 2^, brisée un peu plus haut, présente à peu près les mêmes circonstances.
Sous le n^ 3 sont deux haches dont la réparatioo^ est plus avancée. Dans l'une, le tranchant, sans étr terminé, est bien préparé des deux côtés. Le polissag est commencé. On voit qu'il avait lieu par un frotte ment prolongé sur une autre pierre, puis on lui donnaSson éclat en le frottant avec du sable.
Dans l'autre, le tranchant est achevé et parfaitementnet et coupant. Il est en biais, ce qui arrive souv
BBPARATIOIf BBS OUTIliS DE PIEBRE. 155
dam €66 |»erres retouchées. Âihdessous du tranchant, le polissage a été impossible, parce que le silex était trop profondément entamé, mais on le retrouve trois oœtimètres plus bas, et ce poli est celui qui existait dans la hache encore neuve.
▲a même numéro est une hache en basalte, non brkée, mais dont le taillant a été seulement émoussé par Tusage. Il est possible que celte opération ait été &He au moyen de la meule , alors elle ne pourrait âbre très-ancienne. Ce repassage a dû avoir lieu souvent^ si Ton en juge à la largeur de Tinstrumeni qui est de 6 centimètres, tandis que sa longueur actuelle n'est que de 12.
Les haches que nous venons de décrire avaient été brisées au tranchant. Celles n^ 4 Tont été par la base, et cette base a été retaillée de manière ù poiivoir être introduite dans un manche ou gaine en corne de cerf. J*ai remarqué que la plupart des pierres qu'on trouvait emmanchées étaient retouchées et que, ainsi raccourcies, les plus grandes n'excédaient guère 8 à 10 centimètres. Ceci tend encore à prouver que les grandes haches n'étaient jamais emmanchées.
Le tranchant de ces deux haches, n^ 4, a aussi été réparé, puis repoli : ou s'en aperçoit à leur forme inégale. Ces pierres, longues aujourd'hui de 10 centioiètres, ont été ainsi réduites d'un tiers ou de moitié.
Le n^ 5 en offre une qui est retaillée des deux côtés. C'est une hache de 18 à 20 centimètres dont on a f^t une de 10, en lui rendant autant que possible sa Iwme première.
166 R^AilATION DES OUTILS DE tOCRRS.
J'ai trouvé un grand nombre de ces haches eatîè^ rement refaites ^ ce qui devait donner autant et plus de travail que d'en faire de neuves. Quand la piarro était de bonne qualité, on Tutilisaît jusqu'au dernier morceau.
Le même n^' 5 en offre une seulement prépairée pour cette refonte totale. On voit que cette prépanr tion se faisait rapidement et à grands coups.
Sow le n® 6 sont des haches dont on cbangeftit la destination : quand elles avaient été brisées de OMh nière à ne pouvoir étro refaites , on égalisait carrée ment la brisure d'un côté^ de l'autre on refaisait le tranchant, et il en résultait un coin à fendre^ c'est'»* à-dire on instrument court et coupant sur lequel on frappait avec une masse pour diviser le bois im d'autres pierres.
L'exemplaire que je décris , dont une partie eat encore polie, est long de 8 centimètres 1/2 sur 4 de large. C'est la base de Tancienne hache qui eafc devenue le tranchant actuel, peu coupant, mais trte-f fort et propre à sa nouvelle destination.
Son analogue est d'un silex noir et jaune^ tràe« compact. Sa longueur est de 6 centimètres, sa largeur de 4. Son tranchant est parfaitement aiguisé.
Le n^ 7 présente le reste d'une hache aneiameM ment très^grande, si l'on en juge à ce fragment lofl|f de 10 centimètres et large de 8. On a bit de ottle hache un outil ayant à peu près la figure de Béé hachettes*
Sous le n^ 8 sont des haches commencées qui î
fàmàMATU^N VS OUnUS OB PIERRE. 157
HfÊetàqam. si Toq emidoyaîl souvent les eaiUoux resUs oo galets pour faire des haches , on en allait aMB chercher dans la carrière. L'une de ces haches, taillée aox deux tiers ^ a non-seoleroent sur Taotre tfers son éewce intacte, mais une partie de la craie qû y adhérait.
L'antre, après avoir également reçu un premier IfRvaîl f a été entraînée par b torrent diluvien , et fl^est dans un banc de sable ferrugineux , près de 8RÎBt-*Ri^fer (Somme), qu'Ole a été trouvée: son écorœ en a pris la teinte. Ces haches diluviennes aariement commeBeées sont assez rares, et c'est dejÊÊê poR qoe |*ai trouvé les premières.
J'ai recueilli plusieurs fois , dans ces bancs , des fhigoients de silex nettement coupés dans leur cireonférenee et qui avaient été évidemment choisis et pvépiârés pour en foire des haches ou des couteaux. Las haches diluviennes en amandes sont très^plates; en employait probablement ce genre de silex pour eeHea d'une dimension petke ou moyenne, ^, dans ce eis, le morceau à mettre ea œuvre avait toujours le double de grandeur de Tobjet qu'on se disposait à kiwe. Sous ce même n^ 8 est un échantillon ainsi préparé. Dans les chapitres suivants , j'entrerai dans qR6k|ue8 détails sur l'emploi du silex dit plaquette.
-La hadie n® 9 a été trouvée dans le banc diluvien du moulin Quignon, près Abbevilte, en février 1849, Bnlet (Désiré), chaussée du Bois, n'' ^22, He- |ue (Alfred) , même chaussée , n^ 266 , et Barbet fCkBrlas), cbaiissée Marcadé, n<» t66, tous trois ter^
rassiers. Cette hache était dans le banc de craie placé sous le banc diluvien. Voici la disposition du terrain:
Terre végétale . 5 oent.
Terrain vierge^ sable ferrugineux
et silex 5 mètres.
Gravier 33 cent^
Craie 1 mètre.
C'était dans cette craie, ou à 6 mètres 38 centî^ mètres de la surface , qu'était cette hache. Elle est d'un silex noirâtre, longue de 16 centimètres, larga de 9 , épaisse de 5. Elle n'est qu'ébauchée , et oo reconnaît que l'intention de l'ouvrier était de faire une de ces haches en larme ou massues dessinées dans mon premier volume, pi. 18, fig. 8.
Ce qui rend celle-ci curieuse et rare, c'est la plaee où elle a été .trouvée et la partie crayeuse qui adhère encore à son écorce. Avait-on commencé à la tailler dans la craie même, et comment se trouvait*elle là? C'est ce qu'on ne peut expliquer que par le ramollissement du banc crayeux au moment où il fut couvert par le torrent diluvien. Tout annonce, d'ailleurs, qne cette hache n'a que peu ou point séjourné dans le sable jaune que l'eau roulait avec elle, et qu'elle a été presqu'immédiatement ensevelie dans la craie.
Par un hasard étrange, j'ai trouvé, dans un autre banc diluvien, une seconde ébauche absolument pareille et qui semblait aussi provenir de la craie.
On pense bien que je n'ai jamais eu l'idée de faire remonter ces haches à la période secondaire, mais je les regardais comme des plus anciennes, lorsque M. Julea
RÉPABATION DES OUTILS DE PIEBIIE. 159
Dtttertre, cpii a forcné à Boulogoe (Pas-de-Calais) une colieetioa savamment classée des ossements fossiles du BoukmiiaiS) voulut bien m'envoyer un os de saurien provenant d*un banc de gryphea nirgula (kimmeridge dayjp banc qui est situé près de cette ville, entre les forts la Crèche et Crouy. Ce morceau, long de 29 centimètres, large de 18, épais de 6, est, je crois, mie portion d'omoplate d*un individu monstrueux du genre saurien. Arrondi d'un côté et de l'autre terminé en pointe, il a la forme d'un éventail ou d'une hache en cœur. La partie représentant le tranchant est la suite d'un travail humain dont l'évidence ne me semble pas douteuse. Je ne pourrais pas affirmer que la portion formant la pointe ait été également travaillée; cependant, dans un fragment de fémur classé sous ce même n^ 9 et appartenant , je crois , à un animal analogue, on voit qu'en abattant les angles on serait arrivé à faire une hache semblable , et déjà trois cassures assez régulières et qui semblent pratiquées à dessein préparaient ce travail, arrêté ensuite parce que Tos s'est brisé dans la partie qui devait servir à &ire la pointe.
Depuis , M. Dutertre a bien voulu m'envoyer un autre os de saurien également pétrifié, trouvé dans le même terrain. Il est classé sous le n^ 10. C'est un morceau de tibia, long de 12 centimètres, large de 6, et qui est imprégné d'une substance piriteuse. f^t os, oomme le précédent, porte des traces de travail et a la forme -d'une hache en coin. M. Dutertre m'a écrit qu'il en avait cinq autres qui offrent des indices pareils.
A quelle époque ce traTail a-t-il eu lieu? E9t-H)e avant ou après la pétrifieation de Tos? C'est après sans doute, on n'employait pas ordinairement Vm i foire des haches. Comment ces morceaux ainsi travaillés étaient-ils là? Ils proviennent évidemment éa banc qui renferme beaucoup d'autres débris d'aaimaRX semblables, mais ils n'ont pu être travaillés qoe pos^ térîeurement à la formation de ce banc d'origine se* condaire. L'ont-ils été pendant la période dilnvittme ou dans les temps celtiques ? L'un est possible comme l'autre : je m'abstiens donc ici de décider la questioii.
Ce morceau pourrait aussi être l'œuvre des Gain lois ou des Horins : ces peuples allaient ebereber ptas tout la matière de leurs outils et choisissaient orife qui leur paraissait la plus convenable. La ferme de ces os pétrifiés, leur pesanteur, leur dureté les engftgeaient à s'en servir. Ils les taillaient sur la earrière même dont ils les extrayaient, et y laissaient sans les terminer ceux qui offraient quelque défaut ou dont la matière n'avait pas la qualité qu'ils lui supposaient. J'indique ici ce qu'ils devaient faire par ce que font les ouvriers d'aujourd'hui; ce n'est donc qu'une hy^
pothèse.
A la suite de ces haches et sous le n^ 1 1 , en est encore une qui provient du banc du Champ de Mars : c'est une hache en amande, de 15 centimètres de longueur, tronquée à ses deux extrémités. D'un c6tô, elle a conservé une partie de son écorce qui a pris la teinte jaune de l'argile dans laquelle elle était ^ tandis que la partie taillée s'est recouverte d'une non-
velle écorce blanche comme la neige, lisse, brillante, fort dure, de 1 à 2 millimètres d'épaisseur. Cette seconde écorce est donc postérieure au travail dont elle permet de suivre tous les détails, et la cassure plus nouvelle du silex montre que, sous sa première enveloppe jaune , dont une partie subsiste , sa pâte est noire et brillante. Ce morceau est, non moins que le précédent, digne de remarque.
Le silex est certainement une des substances les moins altérables ; cependant , j'ai trouvé des haches diluviennes qui , saines et luisantes à la surface , se brisaient non en éclats vitreux, mais s'égrainaient pour ainsi dire. Alors on reconnaissait que leur intérieur avait, dans toute son épaisseur, perdu sa couleur primitive : le silex noir était devenu d'un gris bbnchàtre sans transparence, se rapprochant un peu de la nuance du silex brûlé.
Cette maladie du silex, que j'ai remarquée aussi dans les silex non travaillés, quelle qu'en soit la cause, ne peut se manifester qu'à la longue. Les haches qui se trouvent dans cet état doivent donc être, même parmi les haohes diluviennes , excessivement vieilles.