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CHAPITRE XVI

Des instniments servant à la taille et au polissage des silex.

Nous avons vu que les outils qui , avant l'emploi du fer, servaient à tailler la pierre, étaient d'autres pierres choisies parmi les plus résistantes : c'est par un choc qu'on détachait les éclats. Le talent de l'ouvrier consistait dans la manière de diriger le coup et de déterminer la forme et l'étendue de la cassure et du morceau qui en résultait. C'est ainsi qu'on enlevait d'un seul coup ces longs couteaux n'ayant que quelques millimètres d'épaisseur et portant jusqu'à 18 centimètres de longueur. Quelle que fut l'habileté de l'opérateur, le hasard devait être pour quelque chose dans la réussite, et il devait faire bien des essais infructueux avant d'obtenir des couteaux de cette longueur ; aussi sont-ils rares. D'ailleurs, fragiles et courbés en arc, non par l'intention de l'artiste, mais par un effet na-

turel du silex , ils ne pouvaient guère être d'usage usuel; ils étaient plutôt un objet de luxe et de euriosité , et Ton n'en voit pas qui portent des traces d'usure ou d'un service quelconque.

Les simples copeaux ou éclats, variant de 3 à 10 centimètres, ne servaient ordinairement qu'à entourer les vases cinéraires et à couvrir les terrains consacrés ; cependant, on en utilisait un certain nombre comme outils ou projectiles, ainsi que nous l'expliquerons plus tard. Les couteaux à usage, les véritables outils, sont disposés de manière à être emmanchés ou empoignés sans blesser la main. Leur tranchant moins fragile est uni , ou dentelé quand on veut les employer comme scies, et parfois taillé en biseau.

Ceux qui doivent servir de projectiles sont moins soignés. Imitant grossièrement une tète de lance ou celle d'une flèche triangulaire , ils ont à l'extrémité opposée à la pointe une partie épaisse coupée à angle droit pour faciliter l'impulsion du ressort de bois, de jonc ou de baleine qui les met en mouvement.

Si l'on donnait beaucoup au hasard dans la manière expéditive dont on détachait les couteaux d'un bloc et même dans l'ébauche première des haches , il n'en était pas de môme de la seconde main-d'œuvre : on y procédait plus méthodiquement par une sorte de piqué , en détachant de petits éclats dont on peut distinguer les traces. Il y en a de si tenues , qu'on ne les voit bien qu'à la loupe. C^était l'enlèvement de ces parcelles qui précédait le polissage.

Ce polissage était la suite d'un frottement. Mais

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comment et par quel procédé s'effectuaît-îl fWur «e^ quérir cette ^alité et ce brillant que ùods lui cKrit^ naissons 7

J'avais souvent remarqué, dàiiis des toûrbièrtti et des terrains celtiques, des boules, soit entièires, toit coupées en deux. Ces boules ou demi-bouieid âtttieni en grès gris ou rougefttre et d'un grain dur et mot^ dant. Sur toutes des traces de frottemmt se disaient sentir, et toutes aussi présentaient un (^rtain nomlire de facettes planes produites par le contact répété d^oà corps dur.

D'autres boules assez ressemblantes adx presiiArai^ mais d'une autre couleur et un peu aplaties^ attirèriM également mon attention. Elles n'étaient plus eh grtu, mais d'une matière volcanique noire, poreese^ tfèsdure et plus propre que le grès à user la pimti^ Cette matière, de même que le grès ronge ^ étak étrangère au pays.

Toutes ces boules et demi-boules se trouvaient datas les gissements où abondaient les haches. Le lied ô& j'en rencontrai le plus semblait, par raccumulatioû des éclats et des silex ébauchés ou destinés à l'être, àtoiir été un lieu de fabrication.

On y recueillit aussi des instruments que je pris d'abord pour des outils à creuser le bois ou la pierre tendre, mais le grès n'en était pas assez dur pour qu'on pût les employer à cet usage, et si Tune des extrémités était moins épaisse que l'autre, elle ne fbr^ mait pas tranchant. Ajoutons que des traces d^ùstflHd annonçaient un frottement réitéré, mais qtti tt^était

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ni celoi du fer ni celui du cuivre. Je ne doutai pa^ qu'elles . n'eussent la même destination que les boules , et que tous ces grès ne fussent des outils servant au polissage des haches neuves et à Taiguisage de celles qui avaient déjà servi. Leur forme allongée p^matt^t 4? ]fi^ fn^er comme nos polissoirs ordiilfâf^ et de \^ fair^ agir dans les angles de la pierre o^ la boule p'aiirait pu pénétrer.

CepeodapI) tous c^s outils étaient de dimension assez :vtMfWite, et je o^'étonnaîs que les ouvriers n'eussent P49, pour terminer les grandes haches, des moyens pl^s expéditifs , quand je découvris , dans les mêmes tourbières, quelques fragments de plaques de grès dont Je soupçonnai l'usage. Bientôt je pus m'en procurer deux entières qui, d'après les traces qu'elles portaient, avaient évidemment servi à préparer l'action des polissoir^, c'est-à-dire à enlçver, après la première ébauche do siles, les parties rugueuses et adoucir les creux qu'fivaient laissés les éclats trop profonds.

C'est par ce morceau que nous commencerons la description de ceux qui font le sujet de ce chapitre.

Le no 1<^' est ^m plaque de grès longue de 26 centiinètresy large de 12, épaisse de 6. Arrondie à une ei(trémité, carrée de l'autre, concave dans sa superficie et formant une courbe d'environ 1 centimètre, elle rf^présente assez bien une semelle de soulier. Ce grès aq grain saillant, rude au toucher, était trèspropre à l'œuvre préparatoire que nous venons d'indiquer, ou à enlever les inégalités et les saillies des piçfres qu*op voulait sp^mettre au polissage.

Un deuxième exemplaire présente aussi une courbe. Il est plus court , plus arrondi , beaucoup plus épais que le premier , et d'un grès moins rude. Il a 20 centimètres de long, 15 de large, 10 d'épaisseur.

Sous le n^ 2 sont ces boules et demi-boules que j'ai citées, variant de 10 à 25 centimètres de tour. Elles sont en grès gris ou rougefttre. Toutes présentent^ des parties de surface plane qui annoncent qu'elles ont longtemps servi et ont été beaucoup plus grosses. Les plaques demeuraient fixes et Ton frottait les haohes dessus. Ici, c'était le contraire : la pierre à polir, que l'ouvrier tenait d'une main , allait chercher les con* tours de la hache, et le frottage en durait pins ou moins, selon le degré de fini qu'on voulait lui donner.

Le n^ 3 présente aussi des boules ou portions de boules , mais au lieu d'être en grès , elles sont en pierre volcanique, dure, lourde, poreuse, ressemblant assez à du mâchefer. Ces boules sont plus rares que les autres; elles étaient sans doute apportées de loin, car ce pays n'ofire aucune trace de volcan.

Le n9 4 est une pierre dure , noire , d'un grain très-âpre, également étrangère au pays. Cette pierre a la forme d'un cœur, avec une échancrure très-prononcée dans laquelle on introduisait le morceau qu'on travaillait.

Le n® 5, long de 12 centimètres, large de 2 1/2, épais de 2, ressemble à un ciseau de mehuisier, mate son tranchant quadrangulaire n'est pas propre à œnper. Il a une autre destination : à Faide de ses angles, il peut atteindre facilement chaque partie de la pia*re

et la polir partout. Plus large à la tête qu'à la base, il est très-commode à la main. Il est d'un grès gris plus fin que les précédents.

Un deuxième exemplaire, 5^, de la même dimension , est arrondi dans toute sa longueur , sauf une partie taillée en sifQet et fort usée , ce qui prouve €]a'il a été fréquemment employé.

Un troisième, 5% a la forme d'une coquille de XDCHile un peu allongée. Il est aussi très -propre à B'osage qu'on lui destinait.

Quand le grès était d'une bonne qualité, on emiployait l'outil jusqu'au dernier morceau : il en est qui ^mt si longtemps servi qu'ils n'ont plus que quelques «entimètres de longueur. D'autres sont si minces qu'ils ressemblent à des lames de rasoirs.

Dans ces grès, les moins durs servaient sans doute au polissage des instruments en os, en corne, en bois de cerf. On les employait pour unir ou arrondir les trous servant à emmancher les gaines, lorsqu'on voulait donner la forme ronde à ces ouvertures , car il en est aussi de carrées.

Dans ces mêmes tourbières et parmi ces outils de polissage, j'ai recueilli quelques galets plats ovales, variant de 12 à 15 centimètres de longueur sur 7 à 9 de lai^ur. Ces galets avaient été portés là, car on n'en trouve pas aux environs. Ces grès roulés ne sont pas même communs sur les côtes de la Manche, et c'est seulement de loin a loin qu'on en aperçoit un dans des monceaux de silex. On sait que ces silex proviennent des éboulements de falaises

crayeuses battues par la mer : pes territinn foqr^ Dissent rarement du grès.

Quelques-uns de ces galets étaient rompus ^a^ mir lieu, ce qui ne saurait être accidentel : le partage en deux d'un galet exige uqe certaine adresse. Op aysit dope un motif de les diviser aipsi , et tout «niioBoç que c'était pour les ^nf^ployer ap polissage ^uqqel leur forme et leur matière les rendaient propres.

Le dernier travail que subissaient les haches poot obtenir ce poli que nous admirons dans celles de pter mier choix était, je pense, un lissage au sable. On commençait par du sable de mer ou du grès pulvé^ risé , et Ton finissait par du sable fluvial , le plus doux. Un morceau de bois frotté de craie, de poudre de talc ou d'argile, achevait de donner le lustre, et la hache était terminée.

Op voit par combien d'opérations elle avait dA passer et le temps que chacune exigeait. Âu^i oes belles haches destinées aux consécrations religieuse^, aux offrandes, aux récompenses nationales et qui m servaient pas plus que nos sabres et épée^ d'honneur, étaient'pelles fort recherchées et ne devenaient jamais communes. Aujourd'hui même, sur une seule ainsi finie, on en trouve mille où apparaissent la négligenee on l'incapacité de l'ouvrier, ou bien le bas prix qu'il rer* tirait de son labeur.

J'ai dit que les haches polies appartiennent toutei; à la période celtique et qu'on n'en voyait pas clfUMf le diluvium. Il ne faut pas croire pourtant qqe ]% confection des haches antédiluviennes ne demandait ms

lussi une main habile : il est tels de ces morceaux iont les proportions sont si parfaites et la taille si régulière, qu'ils peuvent, jusqu'à certain point, rivaliser ivec les plus beaux des époques postérieures.

Ajoutons qu'étant plus minces, plus larges, souvent raoohantes dans toute leur circonférence et pourvues Tone pointe, ces hfiebes étaient p^us difGciles à pré- Murer. Aussi, au lieu de se servir de galets ou de ilex en rognon, les ouvriers d'alors employaient assez iommunément le silex en table dit plaquette. C'est àate d'avoir d'abord observé ceei, que j'ai vainement cherché les ébauches des haches du diluvium, j'y TOQvais des haches de diverses formes, plus ou moins Suies, mais comme chaque forme fournissait de nomt>|rçQX ^pi^iqie^ piiffaiteipent isçmbilableSi il était évident jijj'op fl'avait ^s eu l'inteptiop 4'y ajouter d'autre [ni|in-4'œuyre çt qu'elles avaiçqt été faites pour rester linsi. Cependant, j'avaia pli)3iei|rs fpis relevé, danç [^ fn(^e^ bancs, de? n^orçeausç dç plaquette dont la, (MM^pç ue me parai^s^i^ pa^ naturelle^ mais je ne sai- 5is|j^i§ pas encpre l|3s rapports qu§ pes plaqpes poqv^leRt avoir ayec ç^s (lachçs, e( j'y cherchais en vain deç \F^q^ d'un traysiil huraaiq* Enfin ces traces se présentèrent : en comparant Çf^ poorcean^ dégrossis avec des barbes terminées et çq rapprochant; Ips dimensions, je rfiQonnus que l'iin étc^t )e prififiipç ^e l'autr^.

][)ep^i9, j'en s^} tronvé dont le travail était plus f^vanc^, et il ne m'est resté ^ucnq doute spr leur 4f^|n«^Qn.

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