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CHAPITRE XVII

De l'emploi des pierres tiillées.

Selon l'opinion que nous avons émise et que nons allons tâcher d'appuyer de quelques nouvelles preuves, toutes les pierres taillées n'étaient pas des armes, des outils ou des ustensiles de ménage; beaucoup n'avaient aucune de ces destinations. On s'en aperçoit tout d'abord, mais on ne devine pas si facilement l'emploi qu'elles pouvaient avoir, et l'on flnît par conclure que ce devait être des figures de convention, des amulettes, des moyens d'échange ou des caractères commémoratifs et de transmission.

Mais pour ne pas nous égarer dans une discassion qui déjà présente plus d'une difficulté, qoas allons d'abord examiner si quelques-unes de ces pierres n'étaient pas à double fin et n'avaient pas, avant de devenir un signe ou un symbole , une application toute matérielle.

DE l'emploi des PIERRES TAILLÉES. 171

Nous avons vu que les haches en amandes étaient spéciales au banc diluvien. Nous savons aussi qu'elles étaient trop larges et trop tranchantes dans leur circonférence pour être emmanchées dans un »bois de cerf : par cette même raison , qu'elles n'étaient pas propres à être tenues à la main. D'ailleurs, à quoi bon cette coupe uniforme et régulière, travail long et difficile, quand la première pierre brute ramassée et jetée à la face de l'adversaire était toute aussi dangerease pour lui, sinon davantage?

La forme de ces pierres en amandes, leur dimension et leur poids annonçaient qu'elles ne pouvaient non plus être facilement mises en mouvement par la fronde qui exige des pierres arrondies, peu lourdes, où le travail de luxe est superflu.

Cependant toujours frappé de cette idée que ces haches devaient servir de projectiles , je pensai qu'introduites dans un conduit de bois à double rainure, sorte de sarbacane ouverte en carré long ou en tube, elles étaient lancées au moyen d'un ressort en roseau oo en bois élastique fixé à la base de l'instrument, ployé de force et ramené en arc contre l'extrémité plate de la pierre. Ainsi poussée dans la rainure par l'impulsion de ce ressort qui se relève en se détendant, la pierre devait s'échapper avec force et être portée à une assez grande distance.

La largeur à peu près égale de la grande majorité de ces pierres en amandes venait à l'appui de mon raisonnement : il était évident que pour n'être pas contraint d'avoir un instrument pour chacune^ il fallait

173 DP li'^MPLOI DES PIERRES TAILLÉES.

les approprier à la largeur du confluit et les fairç ce que nous appelons de calibre.

Mais après un examen attentif, je fus arrêté pa? leur fini même. Elles étaient faites avec trop 4a s(4p et en silex de trop beau choix pour être ainsi prodn g^ii^s en jists qui devaient souvent en amener la ig^rtfip

Ensuite, elles étaient tranchantes daqs tout^ Içmr circonférence: or, pour donner prise au ressprt fet empêcher qu'il ne glissât, il aurait fallu qu'elles euasMlli à la partie opposée à la pointe, celle sur laque^if; Iq ressort devait exercer son effet impulsif, une épaisseur suffisante et un rebord ^u lieu d'uq tranehpitr Or, ce tranchant non poli, mais soignensomaot foit par Tenlàvement de petits éclats, s'étend aytoor 4ç la pierre, chose inutile dans up projectile. Evideimnent ce n'était pas là la destination de ces haches 9 ^les n'étaient pas faites pour être lancées.

Mais ce qui ne leur était pas applicable, m'a pafp devoir l'être à d'autres pierres qu'on rencontre M^ quemment dans les bancs tertiaires et qui, par lesr rustique simplicité, annoncent un travail moins long et dès-lors moins soigné que celui des haches. Cas pierres, grossièrement façonnées et parfois diffici)aa à distinguer des silex brisés qui affectent natordlement cette forme, sont dessinées dans le premier volume de cet ouvrage, pi. 29 et 30, fig. Il et 12), et représentent des têtes de flèches triangulaires, variant de 2 à 20 centimètres de hauteur et de 1 à 12 de largeur. Ces lourdes et grossières têtes dQ flèches, dpnt je ne pouvais m'expliquer l'emploi, OQR^

Dfe l'm^loi 1>bs pierres taillées. itft

sistént èà une pierre taillée en triangle, tranchante à ia pointe. et sur dent angles, plate en dessous, GDdtiDxe en dessus et partagée sur cette surface par ooe on deux arêtes, également tranchantes. La partie oj^pèeée à là pointe est épaisse et plate. Voici les dimeiBions de l*exetnplaire que j'ai sotis lés yetiri, dont <m rencontre lé plus d*analogues dans les bancs : longueur, 9 centimètres; largeur, 7; épaisseur à la base, 28 millimétrés, à la pointe, 1.

Ce^ projectiles devaient se fabriquer à peu de fixais : uil ootrier etercé pouvait en faire une en quelques coops, à peu près comme on fait les pierres à fusil : un coop pour fonner la surface plane du dessous; deut coups poui^ enlever deux éclats à lisi partie supérieure et dessiner Taréte qui la partage dans sa longueur; un coup pour former le plat de la base; enfin, de petits éclats enlevés horizontalement sur les bords, pour régulariser le triangle et dessiner la pointe.

La forme de ces pierres les rend trës-propreis à être laïleées par Tarbalète ou par l'instrument à ressort que je viens de décrire, et leur modique valeur, vu le peu de temps qu'on mettait à les fabriquer, permettait d'en faire une grande consommation, soit danfs les coinbats d'homme à homme, soit dans les chasses contre les animaux.

C'est à cette diversité d'emploi qu'on doit la différence de grosseur de ces projectiles. Les moins gros ayant plus de portée étaient employés contre les oiseaux ; ceux de taille moyenne, de 7 à 9 centimètred, servaient probablement dans les batailles : c'étisiieilt les projectiles du calibre de guerre.

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Les très-gros, dont le poids va jusqu'à un kilo et plus, ne pouvaient être lancés que par de puissants instruments, tels que furent plus tard les balistes et les catapultes.

Tout ceci paraîtra peut-être hypothétique, et poortant, en y réfléchissant, on verra que ces arbalètes, sarbacanes, balistes ou instruments propres à faciliter le jet d'une pierre, n'exigent dans leur confection ni une grande science, ni un grand effort d'imagination : les écoliers de presque tous les pays savent fabriquer de ces outils qui, sous divers noms, servent à leurs jeux.

Je n'entreprendrai pas de décrire les variétés assez nombreuses de ces têtes de flèches, on en verra les dessins pi. 29 et 30, tome I'', fig. 11 et 12; leur épaisseur et leur pesanteur relatives, leurs pointes plus solides que piquantes annonçaient qu'elles étaient moins faites pour percer que pour meurtrir, rompre et briser.

Une autre espèce de projectiles qu'on lançait de la même manière avait probablement la destination spéciale de pénétrer dans les chairs, leur forme était celle d'un fer de lance ébauché, ou de ces éclats qu'on est convenu d'appeler couteaux. Ces couteaux présentent à leur base un renflement coupé droit et propre à faciliter le jeu du ressort et Teflet de l'impulsion. En recevant le coup impulsif du ressort, ils devaient, ainsi lancés , frapper dans la position où on les avait mis et faire de larges blessures , car il en est qui ont 16 à 18 centimètres de longueur sur 5 à 8 de largeur et 2 d'épaisseur à la base.

D£ L'fiHPIiOI BBS PIERBES TAILLÉES. 175

Il y en avait aussi qui, je le crois d'après leur Ibmie, étaient faits pour ricocher sur l'eau, ce qui en angBieiitait la portée et leur permettait d'atteindre au loin , sur la mer ou les fleuves , les gros poissons et lea mammifères marins.

Leur confection ne demandait pas beaucoup plus de lièmps que ccUe des flèches triangulaires. Gomme elles, plats d'un côté, tranchants dans leur circonférence 4Biaf la base, ils ont une surface convexe, couronnée 'par une arête longitudinale qui parfois se divise en deox. Leur dimension moyenne ou la plus ordinaire est de 10 centimètres de longueur sur 5 de largeur au milieu, 3 à la base sur 1 centimètre d'épaisseur à cette base (voir les fig. 2^, 2% pi. 27, tome I^'^). Une variété de ces couteaux, également représentée pi. 27, fig. 8", 8*^, a été , je crois , le principe de la hache en amande. Ce couteau, dans sa partie convexe, en a assez l'apparence, mais il s'en écarte de Tautre , parce que cette partie , formée par un seul éelat, est plate et parfois concave.

Tout annonce, d'ailleurs, que l'invention et l'usage, comme projectiles, de ces couteaux et de ces flèches triangulaires , sont antérieurs à la fabrication, des haches, et je les considère comme le premier essai de rhomme dans la taille des pierres. On a employé d'abord les éclats de silex ou les fragments triangulaires que produit la brisure naturelle; puis, lorsque ces éclats ont manqué ou qu'ils n'ont pas eu les dimensions désirées, on a tenté d'en fabriquer et l'on y a facilement réussi.

ifs DE L'MPLOI WÊ» t^IiRRES tAtLLÉ&i.

Ces couteaux "^ haches , de même que les flèches, plats en dessous, contexes en dessus, obtus à la bose^ pointus & Tautre extrémité, sont aussi divisés à la superficie par une arête longitudinale. Celui qae j'ai sous les yeux a 15 centimètres de longiievr^ 0 1/2 de largeur et 2 d'épaisseur à la base ; on le croil bit en trois coups et il ressemble & la preoiière ébaueliê d'une hache (?oir tome I'^^ pi. 27, figi 5^, 5*).

Ici encore on ne peut s'empêehér de reraarquei^ ifae, partout et dans tous les temps , une dés premières industries de l'homme a été la fabrication des amM. On n'a pas encore découvert un peuple^ mêiàe parmi ceux manquant des plus simples ustensiles de mâoage et qui ne connaissent pas un seul outil de jArdinagtf, qui n'ait ses instruments de mort.

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