‹ Antiquités celtiques et antédiluviennesChapitre 26 sur 46 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

krwm et fnieclilefl de pierre ennaochés et dob ennanckés.

D'après ce qui précède, on voit qo'aucun de ces silex taillés en fer de lance ou en couteau ne pouvait être emmanché. Quant aux modules plus petits oo se rapprochant de la dimension de nos pointes de flèche, bien qu'à la rigueur ils pussent être fixés à un manche, leur largeur à la base et leur épaîssear indiquent que ce ne pouvait être leur destination, et qu'ils étaient, ainsi que les lances et les couteaux, poussés à l'aide d'un morceau de bois ou de baleine courbé de force, puis lâché, instrument qu'on peut comparer, sauf l'arc et la corde, à ce qu'on nommait autrefois arbalète ou arc à jalet et qui servait à lancer des balles de pierre ou de plomb.

Les flèches sans manche auraient donc précédé celles qui se tirent ao moyen d'un arc et d'une corde tendue.

Od pourra m'objecter que cet arc est moins compliqué que l'instrument que j'indique qui, conséquemment , est d'une invention plus difficile. Cela est vrai, mais il faut convenir que l'ajustage d'une flèche est une opération assez délicate et demandant de la réflexion, puisqu'il faut calculer le poids du manche d'après celui de la pointe et en outre garnir ce roseau de plumes ; enfin, il faut fabriquer une corde ou préparer un nerf ou boyau propre à tendre l'arc, tandis qu'une branche élastique ou un morceau d'os aminci et formant ressort se trouve partout , et qu'une coche faite au conduit sur lequel on le pose suffit pour le maintenir courbé sans lui ôter son élasticité.

Il est probable que les peuples celtiques connaissaient les flèches emmanchées et qu'ils employaient à cet usage les plus petits de ces éclats dits copeaux. Quant aux flèches triangulaires ayant une rentrée à la base qu'on recueille quelquefois dans les tourbières et les sépultures celtiques , je n'en ai pas trouvé dans les bancs diluviens. Il est vrai que ces objets fragiles ont dû résister peu au choc des corps qu'entraînait le mouvement des eaux.

D'après le grand nombre de silex taillés en lances et en couteaux propres à servir de projectiles que l'on rencontre dans le diluvium , on peut croire que c'était l'arme ordinaire de chasse et de guerre de ces peuples primitif]»; mais ces silex n'en étaient pas moins, en certaines circonstances, utilisés comme signes ou moyens de transmettre un avis , une pensée , une nouvelle. Je présenterai quelques motifs a l'appui de

iiioa o(HnioD en parlant de l'ordre dans lequel doivent être plaeés et étudiés ces signes. Pour Tinstant, nous en revenons aux haches celtiques, et nous ajouterons quelques détails à ceux que nous avons donnés pour pr«Niver que ces haches n'étaient pas, pour la plupart, destinées à être jointes à un \nanche.

Celles qui doivent être emmanchées au moyen d'un bois de cerf se reconnaissent facilement à leur grandeur moyenne de 10 à 15 centimètres et souvent, mais non toujours, à l'absence de polissage dans la partie opposée au tranchant et qui devait être introduite dans le bois de cerf.

Nous avons déjà indiqué la différence de forme de ces deux époques. Néanmoins, nous pensons que les peuples post-diluviens ont de bonne heure connu les haches des peuples antérieurs, et que c'est peut-être de leur découverte et des vertus qu'ils leur attribuaient que leur est venue l'idée d'en fabriquer de nouvelles.

La hache diluvienne était donc un signe religieux chez les peuples celtiques avant qu'ils en eussent façonné eux-mêmes. Les premières qu'ils fabriquèrent, tout imparfaites qu'elles étaient, n'en visaient pas moins à imiter aussi bien que possible celles qui leur servaient de modèles. Ce n'est que successivement et par corruption du type primitif et lorsqu'elles furent devenues un objet d'échange et de commerce, qu'on les modifia comme elles le sont aujourd'hui et qu on les embellit selon le goût des amateurs ou les moyens qu'ils avaient de les payer.

Ce n'en était pas moins une arme qui laissait fort

à désirer: malgré cette précaution de laisser quelques aspérités à la partie qui entrait dans la gatne, la hache celtique devait être peu solide, dès-lors médioore pour l'attaque comme pour la défense ; elle ne semblait propre qu'à frapper un ennemi qui ne se défendait pas ou une victime liée à la table du sacrifice.

Etait-ce là son unique destination? Ce n'est pas probable : on n'aurait pas apporté tant de soin pour faire de simples assommoirs. La hache celtique, comme la hache diluvienne , servait donc à autre chose : une idée traditionnelle ou superstitieuse était attachée à cette forme. Ceux qui les fabriquaient étaient soumis à certains devoirs et obligés de conserver le type consacré, ils s'en écartaient rarement, ainsi que le prouve le peu de variété de ces morceaux.

Les haches trop fortes ou trop faibles pour servir d'instruments de mort dans les sacrifices et les exécutions, trouvaient leur emploi dans l'ornement des dolmens, des autels, des sépultures. Elles y rappelaient, par leur nombre, par leur position et leur dimension, la vie du défunt et les événements où il avait figuré.

Ainsi consacrées à des époques solennelles ou dans les grandes circonstances de la vie, elles ont dû acquérir une valeur basée sur la difficulté de leur confection, la perfection de l'œuvre et la qualité de la matière qui variait depuis la pierre la plus compacte et comparativement la plus précieuse jusqu'à la plus commune, souvent même la plus molle: grès tendre, craie, bois même.

Dans ces signes mémoratifs, ces symboles, ees tx^

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Mto^ il en est I eoBaua^ daos les noires, de plus ou oioîiis préciwx par leur matière el par leur fini. On eo voU qui ont évidemment été fabriqués à la bâte, dans une nécessité pressante ou bien pour le débit Journalier, parce qu il en fallait pour les plus pauvres comme pour les plus riches.

Ces haches avaient donc aussi une valeur commer- «ale, elles devenaient un moyen d'échange, une sorte de moniMtie et, comme on en demandait beaucoup, c^élait une des grandes industries de Tépoque.

Cette industrie était poussée fort loin si nous en

jugeons à la perfection de certains morceaux, à la

netteté de leur tranchant et à l'élégance de leur forme.

Il ne faut donc pas croire que durant Tâge de jMierre, cet âge où Ton rie connaissait pas l'emploi des métaux, Tbomme était étranger à tous les arts et qu'il n'avait pas aussi ses talents. Ne voyons-nous pas ce qu'aujourd'hui encore font les naturels de certaines îles avec leurs outils en pierre ou en coquillage? Je connais des squlplures en bois faites par eux qu'on croirait sorties de la main de nos bons ouvriers.

L'amour des arts est dans la nature : chaque âge a eu ses artistes. S'il ne nous reste de ces temps primitifs que des monuments de pierre, n'en concluons pas qu'il n'y en avait pas d'autres, et que nos pères antédiluviens ne pouvaient aussi se glorifier de leurs (Buvres. Si nous n'en retrouvons plus de traces, c'est que toutes n'étaient pas de silex, de jaspe, de porphyre, et qu'il est peu de matières qui résistent au temps.

Si les pointes grossières de flèches diluviennes n'é-

taient pas destinées à être emmanchées, celles de l'époque celtique l'étaient. On les plaçait au beat d'un roseau, probablement comme le font encore les peuples de rOcéanie. Il y en avait en os et en pierres diverses: silex, calcédoine, agate, cristal de roche, parfois triangulaires, plus souvent effilées et ne consistant qu^en simples éclats légèrement modifiés, mais qui, sans être plus finis, remplissaient leur destination et allaient au but. Ce devait être une arme dangereuse et soavent mortelle, car ces pointes fragiles se rompaient dans la blessure et y restaient.

On les assujétissait au moyen de liens et aossi en entaillant des branches d'arbres ou des roseaux sur pied qu'on laissait croître de manière à ce que la pointe d'os ou de pierre fit corps avec le bois. On emmanchait de même des haches percées : j'ai dit comment cela se pratiquait.

Le hasard m'a fait reconnaître un autre procédé que ces peuples employaient pour maintenir le manche de bois dans le trou transversal de la gaine, et la pierre dans le trou horizontal. Ils perçaient ce manche vers l'extrémité , de façonr que l'ouverture pouvait correspondre avec la bouche horizontale de la gaine, dans laquelle ils assujétissaient le manche à l'aide d'ooe fiche de bois ou d'os formant une croix intérieure. Ce morceau d'os ou de bois, qui ne remplissait qu^une partie du creux , faisait en même temps ToiBce de coin pour resserrer la pierre dans sa monture.

C'est l'examen d'une gaine qui venait d'être retirée de la tourbe et un petit fragment de cette fiche resté

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ea place, qui m'a fait conoattre ce procédé de c(hiaoUdatioo. Sans doate, il ne présentait pas autant de garantie que le nodus naturel qui retenait la hache percée, mais ce nodus exigeait la croissance de la branche, croissance qu'il fallait attendre longtemps et qui 8U(^sait des habitudes sédentaires et même un droit de propriété sur Tarbre qu'on choisissait. Ce l^ooédé ne pouvait donc être que fort rarement traté, aussi le nombre de haches percées est-il extrêmement petit, proportionnellement aux autres. On n'en trouve jamais dans les bancs diluviens, et, sauf quelques cas rares où l'on a profité d'une ouverture naturelle dans le silex qu'ra a ensuite façonné en hache, toutes celles dont le trou a été iSût à la main appartiennent aux derniers temps de la période celtique et ne sont pas en silex, lequel est trop cassant pour être aisément percé.

Les peuplades sauvages de l'Océanie fabriquent encore des casse-tête en pierre : j'en ai réuni de diverses formes pour servir de terme de comparaison. Il en est où la pierre est fixée au manche par des liens aiduits d'une couche épaisse de bitume ou d'asphalte qui a acquis la dureté du bois. Une autre a dû être emmanchée au moyen du trou percé dans la pierre.

Celui de ces casse -tête qui a attiré le plus mon attaition est pourvu d'un manche de bois formant la ooorbe et long de .1 mètre 20 centimètres. A l'extrémité de ce manche est une gaîne également de bois, entourée d'une cordelette de phormium tenax ou lin de la Nouvelle-Zélande d'où cette arme provient , et qui la serre dans toute sa longueur pour l'empêcher de

66 fendre. Celte gaine n'a pas deux ouvertares oomoie celles des armes celtiques et ne ressort que d'un côté du manche, semblable à une énorme pipe à fumer. La pierre qu'elle est destinée à recevoir est très-lourde, très-dure, d'un blanc un peu jaunâtre et d'un grain si fin qu'on la prendrait pour de l'ivoire. Arrondie d'un côté, plate de l'autre avec un tranchant en biseau, elle a 28 centimètres de longueur, 9 de largeur et 4 1/2 d'épaisseur: c'était une arme terrible et qui, d'un seul coup , pouvait tuer un bœuf. Mais il est évident qu'à chaque coup un peu violent la pierre, qui est polie partout et qui ressort de la gaine de 20 centimètres , devait s'en échapper et rester dans la plaie ou sur le cadavre de la victime. C'est donc encore là un instrument de sacrifice , une arme de bourreau ou de boucher , ne pouvant servir qoe pour tuer un être endormi ou lié : c'est précisément ce que j'ai dit des grandes haches celtiques. Ce rapprochement des usages des sauvages contemporains avec ceux de Thomme antique m'a frappé sans m'étonner : tous les peuples sont semblables à leur début.

Une autre hache en jade est fixée dans un manche de bois qui n'a que 25 centimètres de longueur. Ce no pouvait être non plus un instrument de combat.

Enfin , une troisième , d'un très-beau poli , a la forme d'une herminette de charpentier et est emmanchée de même. Elle est en pierre de touche, longae de 20 centimètres et large de 16 au tranchant. Son manche, long de 66 centimètres, en offre à la base 47 de circonférence. Il est en bois léger, creusé et

éiégaiDinent sculpté dans toute sa longueur. C'était donc une arme de luxe. Aussi était-ce celle d'un chef; elle lui avait été décernée comme hache d'honneur pour action d'éclat, et il ne la portait que dans les fêtes et les cérémonies publiques. Ces détails, donnés par ToiBcier qui a rapporté cette hache de la Nouvelle Zélande, méritent toute confiance et viennent a Tappui de ce que nous avons dit des signes primitifs, des armes symboliques et des monuments mémoratifs.

Mais, chez ces peuples antiques, les haches seules n'avaient pas ce privilège : il y avait aussi des lances, des couteaux , des flèches privilégiés qui servaient, comme les haches, de décorations, de signes religieux, de moyens d'échange et de communication. L'envoi de flèches, leur nombre, la manière dont elles étaient disposées , ont été et sont encore un mode de correspondance et de message.

l^ flèches de Tépoque celtique offrent une grande variété de formes et de matières. Ce n'est point, comme dans les haches, un type qui se reproduit de siècle en siècle sans s'écarter beaucoup de la forme première ; celle des flèches a dû varier selon le temps, les hommes, les lieux et la destination qu'on leur donnaitt J'en ai réuni une assez curieuse collection, depuis la période diluvienne jusqu'au moyen-âge et les temps modernes ; nous en parlerons bientôt.

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