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CHAPITRE XIX

Types et caractères appartecaot à Tépoqne antédiluTieme.

Noos considérons donc le silex taillé en pointe triangulaire comme Tun des plus anciens types existant de rindustrie antédiluvienne. Employé d'abord comme projectile de guerre et de chasse, ce n'est que postérieurement qu'il est devenu un* signe et un caractère (voir pi. 4, fig. 1''% tome II).

Le second de ces types est le couteau à base plate et à pointe de lance qui, de même que la flèche triangulaire, était un projectile en même temps qu*on signe symbolique.

Parmi ces couteaux dont la taille et la forme varient beaucoup, il en est un qu'on peut nommer couteaahache, car il en est probablement la première ébauche. Je lui dois une mention particulière: c'est un de ces couteaux - haches trouvés par moi dans le banc di-

luvien de rHôpital-Jès-Abbeville qui, pour la première fois, m'y fit apercevoir la main humaine et me révéla l'existence de ces milliers d'instruments plus ou moins perfectionnés que j'ai, depuis, recueillis dans ces mêmes bancs.

Le troisième type, moins ancien que les précédents, comme l'indique un travail plus fini, est la hache en amande. Elle parait être le perfectionnement d'une ébauche grossière qu'on peut appeler hache primitive, dont il sera bientôt question.

La hache-amande ne semble pas avoir été un projectile : tranchante dans toute sa circonférence, elle ne pouvait servir qu'à couper, encore était-elle peu commode pour cet usage, vu la difficulté qu'on éprouve, à cause de ce tranchant, à la tenir à la main et l'impossibilité de l'emmancher solidement; à moins qu*on ne suppose qu'elle servait de grattoir ou d'instrument à polir qu'on maniait à l'aide d'une poignée de bois dans laquelle on faisait entrer une partie de son tranchant, tandis qu'on se servait de l'autre partie. Si l'on juge cet emploi possible, la hache -amande serait à la fois un outil de travail et un caractère symbolique.

Le quatrième signe ou type est cette espèce de couteau irrégulier dit éclat, qu'on trouve fréquemment dans les bancs diluviens comme dans les terrains celtiques. On en voit qui ont jusqu'à 18 centimètres de longueur sur 6 de largeur, mais sa dimension la plus ordinaire est de 9 sur 3. Il est un peu courbé en arc et concave au-dessous. Ce dessous est formé

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par renlèvemeot d'un seul éclat, le dessus par Urois, quelquefois par deux.

Ces couteaux diffèrent des couteaux - haches ou À pointes de flèches en ce que la base est moins pn^ noncée ou qu'ils en sont dépourvus, qu'ils sont souvent privés de pointe, non par accident mais parce qu'ils ont été faits ainsi. Si cette pointe existe, elle est informe, elle ne peut ni trancher ni piquer et semble accidentelle. On voit tout d'abord qu'ils ne peavent servir de projectiles et qu'ils feraient de très-mauvais couteaux; c'est plutôt comme scies qu'ils pourraient être utilisés. En effet, on remarque dans quelques-uns de petites dents pratiquées transversalement sur ce tranchant, lesquelles annoncent cette destination.

Pour les distinguer des couteaux - haches nous les nommerons couteaux -scies. Au chapitre des outils, nous aurons occasion de décrire de véritables scies avec lesquelles ils ont du rapport.

Il ne faut pas non plus les confondre avec ces beaux couteaux longs de 20 à 30 centimètres, représentés tome P% pi. 24, n^ 1. Ces morceaux, dont le travail est tout différent, appartiennent à une époque plus récente.

Le couteau -scie fera donc notre quatrième type. Nous le considérons plutôt comme symbole que commâ outil. Peut-être servait-il aussi de signe numérique, car dans ces pierres mystérieuses il y eo avait probablement qui remplaçaient nos unités et nos diiaines^ comme nos fiches, nos jetons, nos contrats.

LiO signe cinquième sera la pierre en coaar , type

CABAOtÈIIBS ANTÉDILXJVIENS. 189

qoi n*est pad tFè9*rare dan» les bancs diltoviens, où J'en ai trouvé d'nn travail presqu'aussi soigné que les meiNeures haches de cette époque. Ces cœurs varient l>eancoup de grosseur, d'épaisseur et de Gni. Les phis gros pèsent jusqu'à un kilogramme; les plus petits s'excèdent ni le poids ni la taille d'une pièce de cinq francs. L'intention de l'ouvrier ne peut non plus être ici nme en doute : c'est bien un cœur et non une tète de lance ou de flèche qu'on a voulu faire.

Ces cœors ne sauraient servir ni comme armes ni comme ustensiles. On pourrait, des plus petits, composer un ornement, un collier, un bracelet, mais ils seraient percés de manière à être suspendus au con, et ils ne le sont pas. D'ailleurs, il y en a de lourds et de grossiers très-peu propres à la parure. Je ne puis donc là encore voir qu'un symbole.

Il semblerait que la forme en cœur est passée des temps diluviens à une époque plus récente : j'ai de ces cœurs trouvés sur le sol et qui ont subi un polissage, ce qui ne se vent jamais sur les morceaux antédiluviens.

Pour sixième type, nous indiquerons la pierre en disque, vulgairement appelée pierre de fronde. On ne la trouve pas souvent dans les bancs tertiaires, bien qu'elle soit commune dans les terrains celtiques et les tourbières.

On remarque des différences entre les pierres de ces deux provenances. D'abord, le silex n'est pas le même ; ensuite, celtes des bancs diluviens sont plus grandes^ plus apkities et d'un travail trop soigaé pour

qu'elles aient été faites seulement pour être lancées; aussi je ne crois pas qu'elles aient eu cette destination. Je les considère encore comme étant un signe, un caractère, une mounaie; elles ne pouvaient pas servir à autre chose, à moins de supposer qu'on les employait à un jeu comme nos palets.

On en trouve également d'ovales. Elles sont, ainsi que les premières, trop grandes et trop plates poar être lancées avec la fronde.

Le septième type, propre aux bancs diluviens, se trouve accidentellement dans les terrains celtiques. Il peut être désigné sous la dénomination de hache-marteau ou de hachette dont il a tout-à-fait la forme. Ce type varie beaucoup de grandeur; il y en a de ia dimension de nos haches ordinaires, mais elles sont rares. Celle que j'ai sous les yeux a 8 centimètres 1/2 de longueur sur 4 de largeur au tranchant, 2 au marteau, et 1 1/2 d'épaisseur à ce même marteau. Il y en a de plus petites encore.

Les plus grandes pourraient servir si elles étaient emmanchées; mais les petites, qui sont les plus' nombreuses, seraient un instrument de faible ressource.

Ces hachettes sont assez grossièrement faites : pour abréger son travail, l'ouvrier a parfois profité de la courbe naturelle de la pierre, et ce n'est souvent que leur ressemblance entr'elles qui les fait reconnaître. Les grandes peuvent servir d'armes. Nous les considérons donc à la fois comme signes et comme objets d'utilité.

Le huitième type, qui se rencontre également dans les bancs de diluvium et les terrains celtiques, est la

pierre eo cuffière, oa si Ton veut, en casiagnetle dont elle a la forme. Sa loiigiieur, qui varie peu, est de 5 Â 7 eoDtiniMres; sa largeur, de 3 à 5. Ces pierres, bombées en dessus, concaves en dessous, avec un bord tranchant et recourbé, pouvaient être utilisées comme les castagnettes à produire un son, ou bien comme outils à creuser le bois, à Tunir, à le polir. Telles sont du moins celles des terrains celtiques, car celles des bancs diluviens sont émoussées par le frottement. Mais si ces pierres avaient eu cette destination exclusive de servir d'outils, on les aurait faits plus grands, 00 la dimension en aurait varié selon celle du morceau de bois à creuser; tandis que toutes paraissent taillées sur un même patron.

Assez rares dans les bancs tertiaires , je les ai trouvées communément autour des sépultures celtiques, où l'on croirait qu'elles ont été jetées en profusion comme un souvenir aux morts , et même avoir été fabriquées exprès, car tout annonce qu'elles ont été enfouies au moment qu'elles venaient d'être taillées. C'est donc encore un symbole qui s'est perpétué à travers les siècles et les révolutions , sans qu'on puisse bien s'expliquer la cause de son origine ai celle de cette reproduction continuelle.

Le neuvième type a la forme d'une porte arrondie par le haut et souvent évasée en ogive. Renversée, elle Ggure assez bien un écusson. La dimension de ces pierres varie de 5 à 20 centimètres de hauteur sur 3 à 14 de largeur, mais leur taille ordinaire est de 9 à 10 centimètres sur 8 à la base, et 1 à 2 d'é-

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paifliseur. Ces pierres ne se trouvent qae dans les baoos diluviens*

Quelques-^unes ont une base épaisse qoi permet de les poser debout, ce qui leur donne un air mmumeotal ; aussi les ai-je rangées parmi les types des mcmanients druidiques. Si ces pierres n'étaient pas un symbole ou une marque, on ne voit pas à quoi elles pouvaient être utilisées.

Le dixième type ressemble à une petite solive on à un bâton équarri, coupé à angle droit à chaque extrémité. Sa longueur moyenne est de 10 centimètres sur 2 dans sa plus grande largeur. Il est nettement taillé, à six faces inégales ; il y en a à quatre et cinq faces, de 5 à 6 centimètres de longueur. Cette forme a des rapports avec les chevilles de silex, la seule différence est qu'elle n'a pas de pointe et que les deux bouts sont d'une grosseur à peu près égale. Elle appartient exclusivement aux bancs diluviens. J'en ai trouvé dans les terrains celtiques, mais qui provenaient évidemment de ces bancs, leur couleur et le frottement de leurs angles ne laissant aucun doute à cet égard. A quoi pouvait -on employer ces pierres? à mesurer? Mais le premier morceau de bois aurait, à moins de frais, rendu le même service: c'était donc un signe comme les précédents.

Le type n^ 11, dont la dimension varie de 4 à 9 centimètres de hauteur sur 2 à 6 de largeur & la base, représente assez bien un bonnet phrygien ou notre bonnet de la Liberté. Ces morceaux qu'on ne rencontre que dans le diluvium sont grossièrement faits, mais

le travail y est notoire. Quelle est rintention de cette forme? Je ny puis encore y voir qu'un symbole.

Le douzième type est assez rare dans ce pays : je ne Ty ai jamais vu que sur le sol, mais sa teinte et les lieux où je Tai rencontré me portent à croire qu'il provient des bancs diluviens. Ce type varie dans ses dimensions; il a la forme d'une petite tour dont la base est plus large qiie la cime. La circonférence est à pans coupés perpendiculairement et présente Taspect d'un bouchon qu'on aurait inégalement aminci dans la longueur. L'exemplaire que j'ai sous les yeux est taillé nettement à dix pans; il est haut de 4 centimètres et large de 2 1/2 à sa base, sa circonférence à cette base est de 9 centimètres.

Il est de ces pierres, taillées à pans, ayant 15 et

iBÔme 20 centimètres de hauteur, et l'on a cru qu'elles

étaient les restes de rognons de silex dont on avait

détaché des couteaux. Si cela est possible sur les

pierres d'une certaine dimension, ce doit être bien

€lifficile sur les petites, à cause de la fragilité des

tranches qu'on ne pourrait que bien rarement obtenir

entières. Je crois qu'ici ces tranches ou éclats étaient

«pnlevés dans une autre intention, peut-être pour

opiérer une suite de marques longitudinales qui , par

leur nombre et leur position, exprimaient une pensée :

ce douzième type serait donc un signe complexe.

Les types décrits dans ce chapitre sont dessinés dans ce volume, pi. 4, fig. 1 à 12.

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