CHAPITRE XX
Suite des Ijpes et caractères antédiluviens.
Nous entrons maintenant dans la deuxième catégorie des symboles et caractères. Les types que nous avons présentés dans le chapitre précédent ii'oOrent que des signes morts ou des images prises en dehors de la nature animée. C'est maintenant de ceux-ci dont nous allons parler, en commençant par les signes imités des végétaux.
Je prie encore ici ceux qui auront la patience de lire ces pages de ne pas s'abandonner a cette prévention trop ordinaire en France, même parmi les hommes de science , contre tout ce qui s'écarte des idées reçues. Qu'ils ne perdent pas de vue que ces idées reçues ont commencé par ne pas l'être : toute vérité a eu son premier adepte, et ce qui nous parait aujourd'hui tout naturel et parfaitement raisonnable a
reDoontré, dans le principe, bien des incrédules. Je n'ignore pas que ce système de signes et de caractères antérieurs au déluge et ces caractères eux-mêmes recueillis dans les bancs ou ramassés parmi ces cailloux que nous foulons aux pieds, feront sourire plus d*un lecteur; il verra dans l'écrivain, moins un observateur convaincu par une longue série de recherches, de découvertes et de rapprochements, qu'un poète que son imagination emporte et qui voit moins ce qui est, que ce qu'il croit et désire faire croire. Ceci, je me le suis répété longtemps, et c'est seulement à mesure que les preuves s'accumulaient devant moi, qu'un spécimen de ces signes venait se placer à côté d'un autre spécimen, que les unités étaient devenues des dizaines et les dizaines des centaines, que je me suis dit: Non, je ne me trompe pas; ce n'est point mon imagination qui parle ici , ce sont mes yeux et ma raison. — Je prie le lecteur de faire ce que j'ai fait. Si les dessins ne suffisent pas pour le convaincre, qu'il vienne voir les originaux : mon cabinet lui sera toujours ouvert.
J'en reviens aux descriptions.
Le n® 13 nous offre une série fort nombreuse d'imitations de feuilles d'arbres dont il est possible de reconnaître les espèces (voir pi. 79, fig. 11, lome I®'*, et dans celui-ci, pi. 5, Qg. 13). Ces signes curieux ne se trouvent que dans les bancs tertiaires; je n'en ai jamais rencontré dans les terrains celtiques ni dans les sépultures.
Dans ces représentations de feuilles, faites ordinai-
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rement avec un certain soin, on ne peat voir ni des armes, ni des outils, ni même une panire. EvidennBeRi il y avait là une autre intention que Ton comprend chez un peuple chasseur ou pasteur qui, par la nature des arbres, apprend à connaître celle du sol lA l'espèce de gibier ou de troupeau qu'il dotC nourrir.
Cette suite de feuilles, dont j'ai reconnu phis de trente variétés, formeraient à elles seules une langue et, par leur arrangement, un moyen de correspondre analogue à celui que les Orientaux pratiquent encore aujourd'hui à l'aide de fleurs disposées en bouquets.
Quelques-unes de ces pierres représentent des fruits, mais elles sont plus rares et moins caractérisées. D'ailleurs, il faut se tenir en garde contre ces simulacres de fruits qui ne sont souvent que des corps marins pétrifiés provenant des bancs de craie, et qui «'offrent aucune trace de travail humain.
Si les peuples chasseurs ou pasteurs avaient une série de signes spéciaux, les habitants des côtes et de l'embouchure des fleuves avaient aussi la leur, non moins riche, que nous diviserons en plusieurs catégories.
La première, dont nous ferons le type n** 14, représente de nombreuses variétés de dents de reqoins ou de crocodiliens ; il y en a de 5 à 12 centimètres de hauteur sur 3 k 5 de largeur à la base. Ces dents provenant toutes du diluvium, sont d'une imitation telle qu'à petite distance on les prendrait pour des dents fossiles (voir tome I«', pi. 79, fig. 12).
Quelquefois l'ouvrier en a réuni deux ensemble. Il en est de fort aiguës et tranchantes qui, de môme
SWK DM eâAAGli«M AJinSDlLUVIENS. 197
qw qelleB qu'îles représeotont, peav^nt servir à couper <Mi^ 4 déohifir.
Le iîlei: ^ dans ses brisures , affecte souvent cette forme triugulaire, aussi voit-OD que, dans beaucoup éB cas, Tartiste a profité de raccident et a termiaé SQO iravMl ou son imitation à peu de frais.
Le type qiHiuiième se rencontre quelquefois dans les sépidlores cellicpies, avec les différences ordinaires, e*66t-à<*dire des dimensions moins fortes et la teinte do silex noirâtre au lieu d'être jaune. Ces pierres figurent des mooles mutili» de quatre à cinq variétés diff&rentea^ se rapprochant des espèces vivantes. Ces images qfk'il ne &ut pas confondre avec des pétrifîcalîoBS de même forme qu'on rencontre assez fréquem- BMDt) sont souvent travaillées avec soin et de manière &-M laisser aucun doute sur rintention. La longueur de oes moules varie de 4 à 10 centimètres.
Le. type n^ 16 représente assez exactement la pince d'nne écrevisse ou d'un scorpion. Celui que j'ai sous les yeux, nettement taillé, a 9 centimètres de long sur 7 de large; il y en a d'un tiers plus grands ou d'une moitié plus petits. J'en ai sept à huit exemplaires qui, par leur ressemblance, prouvent que cette forme n'est pas due au hasard. Je n'en ai pas trouvé dans les terrains celtiques.
Sans vouloir donner au rapprochement suivant plus d'importance qu'il ne mérite, je ferai remarquer que dans ces signes de pierre, on retrouve une partie de ceux du zodiaque. Ceci est purement accidentel, sans doute^ mais l'accident n'en est pas moins çurieMx.
Les bancs diluviens offrent fréquemment des figures de mammifères marins : baleines, phoques, lamantins, morses et autres, qui, à l'époque antédiluvienne, devaient peupler les mers et couvrir les plages. La plupart de ces figures sont très * grossières et j*ai d'abord douté de leur intention, mais leur quantité et leur analogie entr'elles me les ont fait ranger parmi les signes consacrés. De ces nombreuses espèces, j'ai choisi la baleine comme celle dont on rencontre le plus souvent l'image : nous en faisons le type n® 17. Il est naturel de penser, et déjà nous en avons fait l'observation, que les habitants des côtes et des îles ont dû être frappés de l'apparition de ces géants des mers, et qu'ils en ont fait un de leurs signes. Ces formes de baleines sont, comme je l'ai dit, remarquables par l'œil que leur a ménagé l'ouvrier, soit par un trou creusé dans la pierre, soit en profitant d'une tache naturelle. ^ .
Un autre signe assez commun est celui qui représente des têtes de sauriens. Ordinairement fait en silex plaquette, ce type n'offrirait qu'un travail douteux si l'œil, là aussi, ne venait pas révéler l'intention. C'est encore une spécialité inconnue dans les terrains celtiques, probablement parce qu'à l'époque des Celtes l'animal n'existait plus. Il en est de même des mammifères des espèces détruites : on n'en retrouve la représentation que dans les bancs où gissent leurs os.
Ces têtes de sauriens, formant ici le dix-huitième type, varient de 7 à 25 centimètres de longueur. On en rencontre qui simulent l'animal entier, dont la
longueur est de 10 à 12 centimètres. Dans ceux-ci, l'œil manque; sans doute on a pensé qu'alors il était inutile pour faire reconnaître l'original.
Nous n'avons pas divisé en types différents les espèces d'arbres : nous en agirons de môme pour les animaux, et les présenterons pa/ famille, en indiquant pour chacune les formes qui nous ont paru le plus répandues.
Les poissons, dont nous avons fait le type dix-neuvième, offrent de nombreuses variétés. Il y en a d'assez soigneusement taillés et qui rappellent bien leurs analogues vivants. Quelques-uns sont aussi caractérisés par l'œil; leur taille varie de 7 à 20 centimètres. Il y a des simulacres de poissons plats, mais ils sont rares et pas toujours assez prononcés pour qu'on soit sûr de l'intention. En général, il faut quelque discernement pour bien classer ces formes de poissons plats et autres, car les cassures naturelles de la pierre affectent fréquemment cette figure. En outre, on rencontre beaucoup d'empreintes et de silex encore couverts de leur écorce qui ont aussi cette ressemblance.
Les oiseaux , type n^ 20 , pourraient à eux seuls former une langue hiéroglyphique. On en trouve les imitations dans des positions diverses: nageant, volant ou se reposant. On voit aussi des tètes sans corps, mais assez bien caractérisées pour qu'on distingue les espèces. Il y a de ces tètes d'oiseaux qui pèsent jusqu'à trois kilogrammes.
Sur celles d'un plus petit module, l'œil est souvent figuré par un éclat enlevé ou un trou naturel.
200 SUItB DES CARACTÈRES ANTÉDlLUVnSNS.
Une partie de ces têtes ne présente que peu de tra?aii. Ici encore et plus qu'ailleurs il faut se méfier des ressemblances dues au hasard, car le bris d'on silex vous offrira souvent le simulacre de becs d'oiseaux ou de têtes entières.
On rencontre partout de ces représentations accidentelles parmi les éclats de silex qui entourent ou recouvrent les sépultures celtiques. Quoique les figures d'oiseaux soient assez communes dans les bancs diluviens , il est rare d*en trouver dont le travail soit manifeste au premier coup-d'œil: il est donc focile de les confondre avec les silex accidentés.
Parmi les mammifères terrestres, il en est un que nous mettrons en première ligne pour le nombre de ses images, nettement travaillées, que contiennent les terrains diluviens: c'est le sanglier, dont nous aVOûs fait le signe n^ 21. On en trouve qui ont jusqu'à 25 centimètres de hauteur sur 30 de longueur, mais leur taille la plus ordinaire est de 8 centimètres sur 12. Il y en a qui présentent une forme arrondie se rapprochant de celle de la hache en amande , mais une pointe figurant le museau ou une entaille faite à un des côtés de la pierre pour prononcer le cou de l'animal laisse peu de doutes sur l'intention.
On en voit d'autres dont les oreilles et le grouin se dessinent de la manière la plus caractéristique.
Outre la figure de l'animal entier, on trouve des silex dont Touvrier n'a voulu faire qu'une tête : presqte toujours il a obtenu la ressemblance.
Le type n^ 22 est une tête de bélier. Les images
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de ces aoimaax, non plus que celles du genre urus, taorus, ne soot pas rares , mais il en est d'accidentell^, qu'ici encore il ne faut pas confondre avec celles dont le travail est réel.
Les formes d'ours et autres quadrupèdes du genre mastodonte, éléphants, tapirs, ^tc, sont, après les espèces que nous venons de citer, celles qu'on rencontre le plus. Les formes de chien sont rares, mais on en trouve les têtes dont quelques-unes sont bien travaillées.
Les sépultures celtiques et la tourbe m'ont aussi présenté beaucoup d'ébauches d'animaux, mais jamais, de ces races dites antédiluviennes. Tout annonce que ces espèces étaient déjà détruites ou n'existaient plus dans nos pays à l'époque où l'on y fabriquait les imitations qu'offrent ordinairement les tourbières et les terrains celtiques.
Sous le n^ 23 nous mettrons les quadrumanes, dont j'ai recueilli diverses variétés des plus bizarres et qui se font remarquer par leurs yeux. Néanmoins, ce n'est pas une de ces figures à yeux que j'ai choisie pour représenter ce type, mais une qui a tous les caractères de certaine idole des Egyptiens, qu'on retrouve fréquemment dans leurs hiéroglyphes et leurs monuments. J'ai réuni plus de vingt analogues de ces images, dont la plupart ont le profil du babouin; dans quelques-uiies il se rapproche davantage de celui de l'homme. Tous ces exemplaires sont à peu près de la même dimension: 8 à 10 centimètres de hauteur sur 4 à 6 de largeur.
Le n^ 24 offre encore une analogie frappante avec
des figures de l'antiquité grecque et égyptienne: ce sont des ébauches grossièrement taillées, répétant une forme qui peut avoir été le type primitif des sphinx et des chimères. Comme ces sphinx, comme ces chimères, ces silex diluviens montrent un animal reposant sur ses quatre pattes recourbées sous lui, ayant tantôt une tète de lion, tantôt une tête qui se rapproche de la figure humaine ou bien encore d'une sorte d'oiseau. J'en ai réuni une soixantaine présentant ces trois images. Leur dimension la plus ordinaire est de 11 centimètres de longueur sur 7 à 8 de hauteur, mais il y en a de plus grandes et dont la longueur dépasse 20 centimètres.
Le n^ 25 nous donne la figure humaine, type assez rare, mais que des recherches approfondies m'ont fait découvrir dans les bancs diluviens et aussi dans les terrains celtiques.
Ces images varient beaucoup de volume et de taille : il y en a de la grosseur d'une tète humaine, d'autres qui n'excèdent pas celle d'une noix. On en trouve qui sont de face, d'autres de profil.
Il ne faut pas se hâter d'admettre une œuvre dans les silex qui représentent des profils, car rien de plus ordinaire que de voir une brisure qui ofire, à quiconque l'y cherche, un front, un nez, une bouche, un menton , bien qu'il n'y ait autre chose que des ébrôchures toutes accidentelles. Pour qu'il y ait intention, il faut que ces ébréchures aient été régularisées par de petits éclats transversaux, qu'on ne peut quelquefois reconnaître qu'à la loupe.
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Noos avons indiqué ici vingt-cinq types caractérisés, qQ*on pourrait subdiviser en on bien plus grand nombre, mais ils nous suffisent pour les conséquences que nous en devons tirer ou pour chercher la clef d'une langue symbolique, probablement la plus ancienne de toutes celles de la terre.
Ces vingt-cinq types sont représentés dans ce volume, pi. 4 et 5, Cg. n"»* 1 à 25.
Parmi ceux dont nous n'avons pas parlé, il en est un dessiné dans notre premier volume, pi. 24\ (ig. 11, type symbole de la génération , qui se retrouve parmi les symboles égyptiens, grecs, romains, enGn dans ceux de presque tous les anciens peuples qui nous ont laissé des monuments.
J'avais considéré ce signe comme appartenant à Tépoque celtique, mais en ayant depuis rencontré maintefois des analogues dans les bancs diluviens, je pense que c'était de ces bancs que provenaient les premiers que j'ai recueillis dans des terrains moins anci^s.