CHAPITRE XXI
Signiiicaliou possible des caraclères aolédilariens.
Après avoir ainsi posé ce que nous avcos appelé des caractères et émis l'opinion qu'ils servaient à transmettre la pensée, on nous demandera quelle était cette pensée et que pouvait être cette langue dont nous prétendons ici transmettre les lettres et les mots?
Je répondrai que des siècles se sont écoulés avant qu'on ait découvert la clef des hiéroglyphes, et que celle de bien d'autres inscriptions est encore à trouver. Je n'affirme pas qu'on trouvera celle de la langue antédiluvienne, mais personne ne mettra en doute que cette langue n'existât, puisqu'alors vivaient des hommes. Il est même probable qu'ils avaient, comme ceux d'aujourd'hui, plusieurs idiomes. Or, dans toutes les langues vivantes ou mortes, quels que soient l'époque de leur existence et les peuples qui les ont parlées,
SfGHIPIGATiON DES mtS AFrrtolLUVIBflft. 30S
41 y -a 4es mots et àm phrases qui doivent être semMsUes. Pdorqim? Parce qor ehex toas les lioimnes le» pesiioiis sont les roèmes et qoe, dès-lors., leurs liu^iies rralent sur une suite de sensations, de pensées, de désirs, de volontés, qd sont on pareils ou pins on moins rapprochés. La preuve, c'est que tous les livres, loutes les inscriptions, tous les discours qui ont paru sur la terre depuis qu'elle est habitée, ne sont, en résumé, qu'une éternelle répétition des roèmes idées, à travers lesquelles en jaillit de loin i loin une nouvelie* Alors ce qui fait, dans quelques-uns de ces ouvrages, la beauté du poème et l'admiration des hommes, est moins la nouveauté du fond que la manière dont les détails en sont arrangés et présentés. Et «est arrangement lni«-mème a nécessairement ses analogies. Tous les poèmes dignes de ce nom, quelle que soit la langue dans laquelle ils sont écrits, se ressemblent, parce qu'il n'y a qu'une véritable poésie sor la terre : la lyre n'a que sept notes comme l'aro- •n-ciei n'a que sept eouleurs. Je ne nie pas que l'imagination de l'homme ne soit très-vaste, cependant elle a des bornes , et ces bornes sont moins dans rème «t dans la faculté que dans l'insuffisance d'exprimer ce que cette âme nous révèle.
La langue la plus riche est donc celle qui nous ouvre le plus de facilités et de ressources pour exprimer nos sensations, mais quelque grandes que soient ces ressources, elles ont des limites. Il est donc un point où toutes les langues se rencontrent et un autre où eHës finissent.
Il en est ua aassi par lequel toutes ont commencé : ce commencement consiste en exclamations -échappées à la passion. C'est le cri de Tàme. Les mots réfléchis ou imités viennent ensuite, mais toujours dans leur principe ils sont pris dans la nature.
Nous trouvons donc facilement Texplication des signes qu'on peut appeler parlants , et dont le seul aspect éveille une pensée qui, chez tous, est la môme. Dessinez ou modelez un oiseau, si ce dessin ou ce modelage rend ce que vous avez voulu faire, en le voyant, Thomme comme l'enfant, l'Indien comme l'Européen dira ou pensera que c'est un oiseao. S'il n'a pas de mot pour Texprimer , il en imitera le cri. Si cet oiseau a les ailes ouvertes et le col allongé, il dira : c'est un oiseau qui vole. S'il a sa tète sous son aile : c'est un oiseau qui dort.
En poussant l'examen un peu plus loin, il saura, à la forme des pattes et à celle du bec, quelles sont les habitudes de l'oiseau : si c'est un oiseau chanteur ou pécheur; s'il habite les bois ou les marais; s'il vit de grains, de chair ou de fruits.
On voit donc qu'avec une seule image on peut éveiller une suite de pensées et conséquemment de phrases qu'on exprimera de diverses manières et en différents idiomes; mais quelque clairs ou poétiques que ces idiomes puissent être, ils le seront toujours moins que Timage qu'ils traduisent, car cette image est immédiatement comprise, et il n'en est pas de même des paroles par lesquelles on l'exprime.
Après la langue des exclamations ou de ces accents
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oommiuis à tous les hommes, parce que ces accents tiemieDt à la fois de leurs sensations et de leur confonnatii»!*) la langue des signes ou des images a certainement été la première, car remarquez bien que celle des gestes n'est encore qu'une dérivation de celle des images. Celui qui veut nous donner Tidée du dieval, se borne à étendre le bras vers Tanimal. S'il n*y ai a pas en vue, il s'efforce par des gestes à imiter son galop ou quelqu'autre de ses mouvements.
Pour avoir un exemple de cette langue primitive des gestes, il suffit d'entrer dans un pensionnat où des rafants de diverses nations sont, pour la première Ams, réunis pour une partie de jeux. Au bout d'une heure ils s'entendent, sur tout ce qui concerne leur jeu , et ceci par un moyen analogue à celui que je viras d'indiquer.
Ils ne s'en tiendront pas là: bientôt, eux aussi, auront inventé leur langue hiéroglyphique, dont les signes seront une bille, une toupie, une raquette, une poire, une pomme, sans oublier la caricature du maître ou celle de son valet.
Rien donc de plus probable que rexistence de la langue symbolique des peuples primitifs, langue qui a bientôt conduit à ces signes destinés à la transmettre d'une manière durable. Les hommes de ces lemps n'étaient pas différents de ceux de notre époque; ils ont fait comme nous avons fait. Ayant la même con-
* H en est de même des cris de tous les quadrupèdes et du chant de tous les oiseaux.
SIOniFICATlOll DBS TVPBS ANTÉDILUVIENS. 209
de fierre ok de méteA. Quaiiâ ces métaux seraient eaxHDémes oookiés et fistons , lorsque ces pierres tendres seraient à leor tour décomposées, on ne trou- ¥erait que des morceaux analogues, quant à la matière, à œox qui ont sorvéca au premier délogé.
Eh bien! alors aussi on ne confondrait pas ceux qui ont été des objets d'art, d'intelligence et de religion, avec ceux qui auraient eu une utilité pratique et puxement matérielle; et si les débris d'une inscription présentaient isolément chacun des caractères de notre alphabet, alphabet d'une langue alors perdue, on n'en dirait pas moins que c'étaient là des »gnes de transmissiiNi, et, comme aujourd'hui, on s'efforcerait de les rfanir pour les interroger et en obtenir quelque révélation sur le nom de cette race, depuis si longtemps oubliée.
Voilà justement où nous en sommes à l'égard de ces peuples dont nous séparent une ou plusieurs révolutions du globe, de ces peuples dont, jusqu'à présent, 00 a nié même l'existence, mais qui, aujourd'hui, signalés au monde savant, vont peu à peu sortir des abymes où ils sont restés ensevelis pendant tant de siècles. Nous n'avons encore, il est vrai, reconnu que quelques grossiers objets de pierre, mais qui peut dire qu'on ne trouvera pas des monuments plus importants et plus explicites : qui sait même si on ne les a pas trouvés et si, aveuglé par cette croyance que les hommes sont nouveaux, on ne les a pas dédaignés. Les terrains qui vous réservent ces grandes découvertes sont ceux que la tradition nous offre comme
le premier berceau des hommes, ceux dont les annales nous prouvent la plus ancienne civilisation : Tlnde, la Chine* Là, si des fouilles étaient faites, on obtiendrait peut-être de véritables antiquités et des renseignements bien autrement déterminants sur ces peuples antédiluviens, leurs mœurs et leurs cultes.
Quant à leurs os, ces fossiles humains si longtemps^ et si vainement cherchés, je vous ai dit que vous lestrouveriez. Oui, un jour la lumière se fera et vous na marcherez plus dans les ténèbres: alors voos vcoi^ souviendrez de mes efiforts.
Revenons à nos signes. Parmi les vingt-cinq que nous avons indiqués, les caractères parlants sont les plils faciles à traduire. Lorsqu'un homme envoyait à on autre une pierre taillée en feuille d'arbre ou qu'il la plaçait sur son passage, c'était probablement pour lui indiquer quelque chose qui avait rapport aux forêts, aux ombrages ou à une spécialité végétale.
Si c'était l'image d'un poisson qu'il lui faisait mettre sous les yeux, son message avait trait à la pèche, à un fleuve, à un lac.
Les baleines, les phoques indiquaient la mer; les quadrupèdes, la chasse; ou, selon leur espèce, les faits que rappelaient leurs mœurs, leurs caractères.
La disposition des étoiles, de certaines constellations, et leur rapport avec la forme de quelques animaux, a dû, dès le principe, frapper presque tous les peuples: les signes du zodiaque sont un symbole de la plus haute antiquité. Les hommes antédiluviens ont pu, comme ceux de notre période, faire quelque rappro-^
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diencDi a cet égard. L'amvée de tel poisson, de tel oiseau de passage, annonçant toujours le retour d'une saison, il était naturel de faire de sa figure le signe indicateur de cette saison.
La tète de flèche à forme triangulaire que j'ai présentée comme le premier signe de la langue antédiluvienne, est aussi le premier de notre alphabet: notre A est un triangle et de tout temps Thomme a attaché à cette figure une puissance mystérieuse. Une constellation lui a d'abord montré cette forme; plus tard, il en a fait le symbole de l'égalité et le niveau de la justice.
Le disque ou la pierre plate arrondie est une forme que presque tous les peuples ont adoptée pour leur système monétaire.
Les sauvages et les enfants de tous les pays, sans autre guide que la nature , sont portés à dessiner des ronds et à façonner des disques.
La forme en cœur est encore une imitation populaire qu'on peut considérer comme générale et à laquelle on attribue maintes vertus et non moins de significations. Rien d'étonnant que, dès l'origine des hommes, on en ait fait un symbole.
On peut en dire autant du cône et du carré long.
Les pierres en couteaux, en haches, avaient sans doute une signification menaçante et servaient à un message de guerre.
Celles en cuillères ou castagnettes, outre l'emploi que j'ai indiqué, pouvaient, comme les castagnettes elles-mêmes, produire par leur choc mesuré une sorte
de musiqae : double moyen de transmission par la forme et par le son.
Les pierres en écusson, en bonnet phrygien, en amande , ont une application moins feciie à saisir , mais qu'une révélation nouvelle nous indiquera, car en reconnaissant qu'elles ne pouvaient servir ni d'ustensiles ni d'armes, il faut pourtant admettre qa'dles servaient à quelque chose. Par ce qui reste de ces écttssons, on aperçoit combien il y en avait :^ or, le bon sens nous dit qu'on n'a pu répéter si souvent une même forme sans un but quelconque ou un motif qui s'est perpétué de siècle en siècle, pendant une longue période.
Quant aux combinaisons qu'on pouvait tirer de l'assemblage de ces divers signes, elles devaieo4 être nombreuses et former une langue complète. Un jour peal-ètre nous en aurons la def ; jusqu'à ce moment^ on ne pourrait que se perdre dans des conjecUires. Il nous suffit de constater ici que ces objets étaient des signes; que ces signes signifiaient quelque chose et prd>ablement des choses relatives aux habitudes , aux mœurs, à l'histoire et. à la religion du peapb dont la main les taillait, peuple qui a précédé toutes les traditions et qui n'a laissé de traces de son existence que ces pierres que nous signalons.