‹ Antiquités celtiques et antédiluviennesChapitre 30 sur 46 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Bes tikmÈ» femes de eôiss od haekes en pierres. lichflB diloTieioes.

Il y aurait bien des choses à dire encore snr ce langage des pierres et les inductions qu'on pourrait en tirer, mais notre époque est celle du positif, on demande des fieiits et non des présomptions. On s'intéresse peu i ce qui est possible et pas toujours à ce qui est probable, enfin, dans les sciences, on n'admet plus de peut-ilre, et pour qu'on vous écoute il faut dire: cela est. Malheureusement, c'est ce que je ne puis toujours &ire dans le sujet que je traite.

Il est cependant des preuves toutes matérielles : c'est à celles-ci que je reviens ou à la description comparative des diverses espèces de haches.

Nous avons vu que la hache en amande des bancs tertiaires avait probablement servi de modèle pour la fabrication des haches dites celtiques^ mais cette hache

celtique, comme la hache diluvienne elle-même, a en ses variations. La forme primitive s'est conservée sur quelques points, mais sur d'autres elle s'est altérée par l'ignorance ou le caprice des ouvriers, ou peutêtre par le désir de la perfectionner. C'est ainsi que des différences se sont établies entre les types des diverses contrées.

La nature de la pierre n'a pas non plus toujours été la même : on ne trouve 4)oint partout de silex ni des ouvriers assez habiles pour le bien tailler.

Les haches en matière moins dure ou moins cassante: marbre, jade, grès, jaspe ou granit, étaient d'une confection plus facile. Pour faire une hache même moyenne ou de 1 5 à 20 centimètres de longueur, il fidlait un silex d'une dimension peu ordinaire. La moindre fissure, la présence d'une coquille ou de tout antre corps étranger, suffisaient pour rendre le travail inutile.

Les cailloux roulés en cylindre ou en ovale facilitaient, sans doute, le travail de l'ouvrier, mais on en trouvait peu qui atteignissent 20 centimètres de long et presque jamais qui en eussent le double. Qu'on juge alors des recherches et des soins qu'il fallait pour obtenir une hache de ces grands modules qni ont jusqu'à 43 centimètres, tandis que dans un bloc de grès, de basalte, de porphyre, il était aisé d'enlever un morceau de la dimension désirée et de s'ra procurer immédiatement un second, si le travail ne réussissait pas sur le premier.

Je viens de dire que les haches différaient de forme selon les pays : les haches diluviennes variaient quel-

quefois d'un banc a un autre, même limitrophe. C'est ainsi que les haches trouvées dans le diluvium de THÔpital et du Champ de Mars, ont, la plupart, la forme d'une amande, tandis que celles d'un banc situé à Sainl-Riquier, à environ un myria mètre du premier, affectent presque toutes la figure de larmes.

Dans un autre banc du même canton, elles ont celle d'un concombre.

La sablière de Menchecourt en a de ces formes diverses, mais les haches en amandes y sont plus grandes et plus soigneusement faites que dans les autres bancs.

Cette réunion sur un même point de pierres taillées d'une façon spéciale, s'explique par ce que nous voyons dans nos torrents, nos ruisseaux ou nos champs, à la suite d'une inondation; les cailloux dont la forme et le poids se ressemblent, les galets par exemple, sont par groupes. 11 en est de même dans un crible où sont mêlés des grains de diverses sortes et plus ou moins gros, le mouvement d'oscillation sufGt pour les séparer par espèce. C'est ici un effet tout physique, conséquence de l'équilibre ou du contrepoids.* Ensuite, on comprend qu'un courant a pu venir de fort loin et balayer, par son passage, tout ce qu'il atteignait dans une localité. Quand ce torrent s'est arrêté ou a formé son dépôt, tout ce qui avait la même origine a pu se trouver réuni.

• Voir dans l'ouvrage de l'auteur, Hommes et Choses, l'article: Poids et Contrepoids y tome IV, page 38 et suivantes.

La hache n^ 1, placée la première, parce que je la considère comme la plus ancienne, est si grossière qu'on la distingue avec peine des silex bruts. Mais sa forme ovale taillée à grands coups et le nombre des analogues qu'on rencontre, ne laissent aucun doute sur l'intention. Celle que je décris, longue de 16 centimètres sur 10 de largeur et 4 d'épaisseur, provient du banc diluvien de l'Hôpital, où je l'ai trouvée en août 1844, à cinq mètres de profondeur. Nous ht nommerons hache primitive , car elle est probablement l'aînée de toutes les autres. On en voit qui sont plus petites de moitié et assez difQciles à reconnaître pour peu qu'elles aient subi un frottement.

A quoi pouvait servir cette hache formant un ovale assez irrégulier? Elle n'est ni piquante, ni tranchante; rien n'annonce qu'elle fut employée comme projectile; si elle était emmanchée, ce ne pouvait être que dans une forte pièce de bois: alors, c'était un casse-téte, une massue.

La hache n^ 2, que je désignerai sous le nom de hache plaquette parce qu'elle est faite de ce silex, n'est pas moins grossière que la précédente et peut être aussi ancienne. Elle ne montre de traces de travail que dans sa circonférence; elle a une pointe présentant un tranchant; elle est arrondie à Tautre extrémité. Sa forme se rapproche assez de celle d'un cœur, mais sans renfoncement à la base. La longueur de celle que je décris est de 1 1 centimètres, sa plus grande largeur de 8 1/2. J'en ai une autre d'un tiers plus forte.

Ces haches sont assez rares. Il ne faut pas les oonfondre avec les éclats de plaquette: ceux-ci sont toujours brisés à angles droits, tandis que la hache plaquette est arrondie dans la moitié de sa circonférence.

La hache n° 3 ou hache en arc a déjà été citée dans mon premier volume, page 346, et dessinée pi. 16, n^ 34. Quoique portée au chapitre des haches celtiques, elle appartient au terrain diluvien, dans lequel j'en ai trouvé de semblables. Celle dont il est question ici, moins grande que Tautre, n'a que 12 œntimëtres; sa courbe n'est pas aussi prononcée que celle de la première qui était de 2 centimètres. C'est Picore une hache grossière, mais devenue plus rare que les haches droites , parce qu'elle était plus fragile. Je n'en connais que cinq exemplaires. J'ai dit ailleurs qu'étant emmanchée par son milieu, elle doit ressembler à cet instrument que les charpentiers appellent tille.

Il en est une variété qui, tranchante d'un côté et coupée carrément de l'autre, devait s'emmancher par an bout, et dont la courbe, au lieu d'affecter la face la plus large de la pierre, est sur l'un des côtés, de façon que le tranchant n'est plus horizontal comme dans la tille ou dans Therminette, mais perpendiculaire comme dans nos coignées de fer. Cette spécialité varie beaucoup dans sa grandeur.

La hache n^ 4 ou hache en larme n'est guère mieux faite que la précédente. Elle a une pointe assez aiguë; l'extrémité opposée est grossièrement arrondie

en forme de poire ou de massue. Sa longueur la plus ordinaire est de 11 à 12 centimètres et sa circonférence au gros bout de 17. II y en a qui ont le double de grandeur. Elle devait être employée comme projectile et lancée à l'aide de l'instrument que nous avons décrit. Elle est moins rare que la précédente.

Le n^' 5 est la hache -amande que nous avons déjà indiquée. Beaucoup mieux travaillée que les précédenjtes, c'est un perfectionnement de la hache n^ 1, mais bien des siècles se sont écoulés entre elle et son type originel.

Le n^ 6 est la hache ovale, car elle offre on ovale parfait. L'exemplaire que j'ai sous les yeux a 11 centimètres de long sur 8 de large ; il y en a qui n'ont que la moitié de cette grandeur. Comme la hacheamande, elle est amincie et légèrement tranchante dans sa circonférence et comme elle d'un travail soigné. Elle se trouve dans les mêmes bancs , mais elle y est moins commune. Il est à remarquer que le nombre de ces haches d'un travail prononcé, qœ recueillent les ouvriers, est toujours plus grand que celui des haches tout à fait brutes, non qu'il y ait moins de celles-ci, mais parce qu'il est fort difficile de les distinguer des silex non travaillés.

En 1856, on m'a apporté une de ces haches ovales trouvée dans le banc diluvien de Mautort, près Abbeville. Elle a 27 centimètres de longueur et 14 de largeur: c'est la seule que je connaisse d'une telle dimension.

Le n^ 7 est ce que nous avons nommé àerniAuiAe.

Elle pouvait aussi servir de projectile, mais sa pointe large et tranchante et la base plate qui se trouve à son autre extrémité, annoncent que son emploi ordinaire était celui de coin à fendre le bois: elle diffère pourtant du coin carré que nous décrirons ailleurs. Dans son ensemble, elle a la figure d'une hache-amande qui aurait été brisée en deux, mais à l'examen on reconnaît qu'elle a été faite ainsi avec intention. Sa longueur ordinaire est de 9 à 10 centimètres sur 7 à 8 de largeur, son épaisseur à la base est de 2 à 3 centimètres.

La hache n^ 8 ne diffère de la hache-amande que par sa pointe tournée en serpe. Sa circonférence forme ainsi une courbe d'un côté, tandis que de l'autre elle est presque droite. Cette pierre, que nous appellerons hache-serpe, est faite avec soin et de manière à prouver que sa courbe n'est pas accidentelle. Elle est assez rare : je n'en ai trouvé que six exemplaires.

Le n° 9 est une hache longue, étroite, pointue à ses deux extrémités, qu'on peut nommer hache à deux pointes. Elle provient des bancs diluviens, mais je l'ai presque toujours ramassée sur le sol. La longueur de celle-ci est de 14 centimètres, sa plus grande largeur de 3. Elle est plus arrondie que plate et à peu près cylindrique. Elle était destinée à être emmanchée dans une corne de cerf, où sa forme longue et étroite la fixait assez solidement; elle n'était propre qu'à tuer de petits animaux ou à servir d'outil.

Le n° 10 est la hache -virgule. C'est une hache qui se rapproche, par la forme et la taille, de la

hache n^ 5, mais qni est remarquable par une large entaille qui lui donne la flgure d'une crosse ou d'une virgule; elle a aussi quelque rapport avec la pierre en phallus. J'en ai trois exemplaires absolument semblables qui prouvent que cette entaille est faite à dessein. Etait-ce pour aider à Temmanchement ? Je ne le pense pas et je ne m'explique pas davantage à quoi elle pouvait servir.

La hache en lance, n^ 11, a quelque rapport avec la hache en larme, mais elle est plus plate et moms grossière. Tranchante dans sa circonférence, sauf la base, elle pouvait servir comme projectile. Sa longueur ordinaire est de 10 à 11 centimètres sur 5 de largeur, mais il y en a qui ont le double de cette taille et sont travaillées avec autant de soin que la bacheamande.

Tous les morceaux décrits dans ce chapitre sont dessinés tome II, pi. 6, fig. 1 à 11.

Nous passons maintenant aux haches de l'époque celtique.

ixut.sriiJf. rniMrrivE.ïoMi: •j.rii.u'.xwi. i'l.ai

^.Q}JH& \km

W ^jMly

nBa t&^^er(^t/iu/^/y/74;o t/c A/itAci en />ùrre . .'4/tU'diJiiyi-tiiftA».

SUITE DES HA€HES IM¥ERSES. 228

mais eomnie elles exigeaient ud long travail, taodis que cdles ea métal, bim plus solides et plas puissaples, pouvaient être coulées ou forgées en peu d'instants, il est certain qu'à mesure que les métaux ont diminué de prix, on n'a plus fait de ces outils de pierre que dans les lieux isolés, dans les îles lointaines, sans communications avec les pays où les substances métalliques abondaient et où on savait les travailler. Si Ton a continué d'en fabriquer dans les contrées riches en fer ou en bronze, c'était pour obéir à on sentiment religieux, i un usage, à une superstition, bref, elles n'ont plus été un objet de nécessité, mais un meuble de luxe, de dévotion, d'échange ou cte commerce.

C'est probablement de cette époque que datent ces haches d'un poli si parfait et souvent d'une matière |»*écieuse : jaspe, porphyre, cornaline, agathe , calcédoine, cristal de roche, qui ornent nos musées et les cabiifets des curieux.

Quoi qu'il en soit, les haches de pierre ont longtemps été confectionnées à l'aide d'autres pierres, procédé dont nous nous rendons compte difficilement, nais qui pourtant n'est pas perdu, puisque des tribus sauvages fabriquent encore de ces instruments de pierre et que , chez plusieurs de ces peuples , on n'a trouvé aucun outil de fer.

Continuant ces descriptions, nous commençons, comme nous Tavons fait pour les silex du diluvium, par les morceaux les plus anciens. Dans ce nombre, nous mettrons les haches non polies, qu'on a désignées sous

le nom de haches ébauchées , mais je pense qu'on a eu tort de généraliser ici, car dans ces haches fiiites à la hâte il y en avait qui l'étaient pour être finies et recevoir le polissage; d'autres qui devaient rester imparfaites, parce qu'elles avaient une destination qui n'exigeait des outils ni bien finis ni bien précieux.

Dans les haches de travail et de combat, le polis^ sage était utile et même indispensable au tranchant, mais il était nuisible dans la partie de la hache qui ^^î devait entrer dans le manche, et qui, par cela même que la pierre était unie, ne pouvait plus la retanir.

Le polissage était donc une chose de luxe qui, étendue à la pierre entière, la rendait impropre à un travail de fatigue. On ne l'appliquait qu'à celles qu'on offrait en présents, que Ton consacrait aux dieux ou aux mânes et qu'on employait dans les sacrifices : objets précieux par le travail qu'ils avaient coûté et le choix de la pierre dont ils étaient fiiits: c'étaient les joyaux de cette époque.

Il n'était pas toujours facile de distinguer les pierres réservées au polissage de celles qui ne l'étaient pas; néanmoins, il est de certaines formes que je n'ai jamais vues que brutes ; il est donc à croire qu'elles devaient rester telles en raison de leur emploi. C'est elles que nous allons d'abord examiner.

Le n° 1 est une hache des plus grossières, découverte sous la tourbe, à trois mètres au-dessous du niveau de la Somme, dans un sable gris mêlé de cendres de charbons et de débris de vases non faits au tour, ni cuits au four, mais d'une pâte mêlée de cailloutage et de la plus ancienne origine.

Cette hache, longue de 15 centimètres, lai^e de 5 to BÛUeo, épaisse de 4, diminuant de largeur à chaque ixifémité pour finir par un tranchant en pointe, a M fiûte à la h&te ou pour une application qui ne NNiffirtît pas de retard. Elle pouvait être emmanchée )i peut-être IVt-elIe été. Les éclats enlevés à grands Mwps et dans tous les sens, n'offrent aucune de ces fiiiiiires en ligne droite qui , déjà , annoncent une )ertaÛM habileté dans la taille. Là, apparaît Tenfance le Tari ou l'inexpérience de Touvrier. Le dégrosliiaemrat opéré sans soins et de manière à creuser profoodément dans la pierre, annonce que cette hache a'a jamais été fabriquée pour recevoir un polissage.

J'en ai de plus petites, mais faites de même : ce sont peut-être les imitations grossières de certaines haches diluviennes.

Deux analogues de cette même hache ont été trouvés dans rAmérique septentrionale, sur les bords de la Delaware, près d'Easton, en« Pensylvanie. La première est en pierre noirâtre fort dure qui a un peu l'appar&oce du grès; elle a 17 centimètres de long sur 8 de large. Elle n'est pas terminée , mais elle n'a pas, je crois, été destinée à être polie.

La seconde, en grès gris également très-dur, est achevée, sans en être beaucoup moins brute.

La hache n® 2 est aussi imparfaite que les précédoites. Recueillie près d'Abbeville, elle était dans un terrain cinéraire touchant à la tourbe bocageuse, elle porte quelques traces de feu. La grande antiquité de cette hache ne saurait être mise en doute. Longue

de 10 centimètres, large de 6, épaisse de 4, arrondie des deux bouts, elle a grossièrement la forme ovoïde un peu allongée. Un creux, profond de 1 centimèlre, long de 3, où reste encore son écorce, prouve qn'en choisissant une pierre aussi difforme Touvrier n'a jamais eu Fintention de la polir*

J'ai trouvé assez fréquemment, dans les gissemrats celtiques, de ces haches ovoïdes; elles n'excèdent pas beaucoup les dimensions que je viens d'indiquer, mais il y en a qui n'ont que la moitié, le tiers ou le quart de cette grandeur, et qui n'étaient pas destinées au polissage. C'était sans doute un signe, une offrande aux morts , car elles ne pourraient servir ni comme arme ni comme outil. Ce morceau a déjà été décrit dans mon premier volume, page 334.

La hache n^ 3, citée page 332, n^ 14, est assez commune dans les sépultures celtiques, dont elle parait aussi avoir été un accompagnement obligé. Elle excède rarement 6 centimètres de hauteur et 4 de largeur à son tranchant; elle se termine en pointe. Sa forme est un triangle allongé. Mieux faite que tes précédentes et pourvue d'un tranchant acéré, elle pouvait, étant emmanchée, servir d'outil à couper, creuser et polir le bois et l'os, et c'était sans doute son emploi. J'en ai reçu, venant du Groenland, qai ont la même forme, la même taille et probablement la même destination ; mais au lieu d'être en silex, comme celles de ce pays, elles sont en pierre noire schisteoae fort dure. Ni les unes ni les autres n'étaient destinées à être polies.

Ces haches celtiques non polies, qu'on les trouve dans les tourbières ou dans le sol cinéraire, se distinguent facilement des haches diluviennes, d'abord par la couleur du silex ordinairement noir ou gris, ensuite par la fraîcheur de leur cassure. N'ayant pas subi de frottement par l'entraînement des eaux, elles ont conservé leurs angles : on croirait qu'elles viennent d'être faites.

J'aurais pu parler ici d'une hache non polie qui est peut-être le type primitif de nos haches d'armes ou francisques, dont elle a le tranchant et la forme; mais comme elle se trouve également dans les bancs tertiaires et les terrains celtiques et qu'elle a probablement été employée comme outil pendant ces deux périodes , je la renvoie au chapitre des outils et ustensiles.

La hache n^ 4, qui varie dans sa longueur de 5 à 16 centimètres sur une largeur de 2 à 6 , arrondie à chaque extrémité , dont l'une est d'un tiers moins large que l'autre, tranchante dans toute sa circonférence, semble être un perfectionnement de la hache n® 1 et le principe des haches polies. Faite avec plus de soin que les précédentes, sa forme est assez régulière. Elle n'était pourtant pas destinée au polissage. Ce qui semble l'indiquer, c'est son défaut de largeur qui, après ce polissage enlevant toujours une portion de matière, l'aurait laissée trop étroite. Ensuite, le tranchant de sa circonférence a été affilé partout avec un certain soin : or, dans les haches polies, le tranchant n'existe qu'à une extrémité. Si l'on avait dû

foire subir à cette hache la dernière opération du polissage, il devenait inutile de rendre tranchant aes côtés.

J'en ai une dont une des faces a été faite d'un seul coup, et qui présente un tranchant redoutable.

Le n® 5 se compose de haches d'nne forme analogue à la précédente; taillées avec plus de soiO) elles étaient, je crois, à deux fins. Elles pouvaient être polies, mais elles ne l'étaient pas toujours. L^nne de ces haches, décrite page 348 de mon premier volume et dessinée pi. 17, fig. 2, a été trouvée à Menchecourt, à une assez grande profendeor: il eal à croire qci^elle provenait d'un éboulement, car, après un plus ample examra, j'ai reconnu qu'elle ne portait aucun des caractères diluviens, et différait de forma et de couleur avec les haches du même banc. En effet, j'en ai depuis rencontré plusieurs de figure semblable dans les terrains celtiques, tandis que le diluvisni ne m'en a jamais offert un second exemple : or, j'ai déjà dit que je n'admettais comme preuve que les morceaux dont j'avais découvert un certain nombre d'analogues.

Ces haches k double destination se distinguent des précédentes en ce qu'elles sont plus grandes, plus épaisses; leur taille qui atteint 25 centimètres de longueur sur 8 à 9 de largeur » descend rarement au-dessous de 14.

Les ébauches proprement dites ou celles des haches qui doivent être taillées, puis polies dans toutes leurs parties, présentent a l'œil une forme un peu ayUa-*

drique qui se rapproche du n^ 2, sauf qu'elles sont plus longues et plus matérielles. On s'aperçoit qu'on en a ménagé la matière de façon à ce qu'on puisse en faire disparaître les inégalités sans les affaiblir au point de les rendre cassantes.

Celle que je décris^ dont la pierre a été choisie avec soin, a 16 centimètres de long sur 20 de circonférence.

J'ai réuni de ces pierres à toutes les phases de leur confection; j'en ai même une, simple galet de mer, dont la forme ovale et arrondie se rapproche assez d'une hache. C'est ce qui, vraisemblablement, a déterminé l'ouvrier à la choisir. Un seul éclat a été enlevé pour commencer la taille, et je l'aurais pris pour un accident si je ne l'avais pas trouvée dans une sépulture celtique.

Il est à croire que lorsque ces peuples approchaient des bords de la mer ou de l'embouchure des fleuves ils choisissaient, parmi ces galets, ceux qui, par leur forme et la bonne qualité de la pierre , exempte de trous et de fissures, leur semblaient les plus propres à la fabrication des haches. Les plus belles et les plus solides doivent avoir eu de ces galets pour matière.

Les haches destinées à être emmanchées dans des bois de cerf ne devaient pas être polies dans la partie qui entrait dans le bois. Cependant, les exemples du contraire ne sont pas rares. Ces haches à gaine étaient de petite dimension: 6 à 12 centimètres ; rarement elles atteignaient 15 centimètres.

et dans ce cas elles étaient fort peu larges. Cela s'explique : les bois de cerf ne pouvaient pas contenir de grandes pierres, et si Ton en emmanchait de cette dimension, c'était avec des étais faits de bois ou d*os de grands animaux, mais je n'en ai jamais vu.

Le n° 6 est un morceau fort rare dans ce pays: c'est une hache en grès très-dur qui difiE&re de celui de notre sol. Elle a été taillée ou plutôt piquée avec soin; elle est demi-polie d'un côté sur un quart de sa surface, mais il est possible que ce polissage soit la suite d'un frottement accidentel. Elle est presque cylindrique. Sa longueur est de 16 centimètres, sa circonférence de 19, grossièrement arrondie à sa base. Son tranchant qui a dû servir longtemps est asé, et un éclat en a été fortuitement enlevé.

Cette hache ne se rencontre ordinairement que dans le Nord. Celle-ci trouvée à Laviers, non loin de l'embouchure de la Somme, à une profondeur de denx mètres, est peut-être un casse-tête des anciens Normands, perdu dans une de leurs excursions sur cette côte.

La hache n^ 7 est aussi de grès: elle vient de l'Amérique septentrionale. Je la crois ancienne. A 3 centimètres de sa base est un sillon creusé d'environ un demi-centimètre, destiné à y adapter un manche. On voit qu'elle a longtemps servi, car ce sillon est légèrement poli par le frottement du manche; le reste de la pierre est brut. Sa longueur est de 14 centimètres, sa largeur de 8 et de 6 au tranchant, qui est fort émoussé.

ii*en savaient -ils rien; car tous les peuples, même les plus avancés, ont des croyances et des usages dont ils ne peuvent ni expliquer Torigine ni comprendre la fin, et pourtant ils y sont plus attachés qu'aux choses utiles.

Dans deux des haches celtiques de ce numéro, la partie qui entre dans la gaine est polie avec plus de soin peut-être que celle qui est dehors. La base est arrondie, les angles sont soigneusement effacés. Tout est donc prévu pour que la matière ou le corps sar lequel on frappe puisse retenir la hache pour peu qu'elle s'y enfonce et laisse relever la gaine vide.

C'est surtout parmi les os brisés et calcinés et aux alentours des sépultures celtiques que j'ai rencontré de ces haches, et c'est ainsi que j'ai été amené à croire qu'elles ne servaient qu'aux sacrifices et aux cérémonies funèbres. Cependant, j'en ai trouvé qui avaient été fréquemment repassées et réduites à quelques centimètres de longueur, ce qui, sans détruire mon observation, prouverait leur long usage ou la fréquence des sacrifices.

A l'appui de ceci, j'offrirai encore une hachette en marbre gris. Elle est représentée tome II, pi. 7, sous le n° 9^, avec et sans sa gaîne. Cette pierre unie, longue de 5 centimètres, large de 4 au tranchant et de 2 à la base, a été recueillie à Abbeville en 1850, près la porte Saint-Gilles, dans la tourbe, à quatre mètres au-dessous du niveau de la Somme. Elle était pourvue d'une gaine de bois de cerf, dans laquelle elle ne s'enfonçait que de 25 millimètres.

Page 1