TOME DEUXIEME
NOTES ET GOBRESPONDANGE.
NOTE i^.
Ce fut un soir d'été , à Âbbeville , à l'extrémité du faubourg Saint-Gilles , en examinant une carrière de sable , à droite de la grand'route, que l'idée me vint que des silex travaillés pouvaient se trouver dans les bancs tertiaires. Cependant, aucun de ceux que je voyais ne présentait la moindre trace de travail: les uns étaient encore sous leurs écorces, les autres étaient roulés ou frottés. De loin à loin, on en apercevait un brisé, mais sans nulle apparence d'œuvre.
Ceci avait lieu en 1826. Des années se passèrent, et je visitai nombre de gissements sans rien trouver. Enfin, un jour, dans un banc dit de l'Hôpital, situé près de ma maison, je crus reconnaître, sur un silex d'environ 12 centimètres de long, que deux éclats avaient été enlevés. Je le soumis à l'examen de plusieurs archéologues. Pas un seul ne voulut y voir autre chose qu'un caillou écorné et qui ne présentait d'accident que le coup de pioche du terrassier qui l'avait extrait de la carrière. En vain je prouvai que la cassure était ancienne et le terrain vierge: on le reconnaissait comme moi, mais on niait le travail.
Ma conTidioiL ne fat pas ébranlée ; je conlûiiiai mes recheNlics, et bientôt un autre silex , taillé de même et presque pareil , s'offrit sous ma main. Je Tarracbai, avec une joie bien grande, du banc où il était encore à demi-enfoui. Je croyais que Fattention de mes juges serait éveillée par sa ressemblance avec le premier : ils ne voulurent pas même le regarder.
J'en trouvai un troisième. C'était, selon moi, une preuve complète. Seul encore je fus de mon avis. On ne douta pas que ces silex ne fussent extraits du diluvium et d'un terrain vierge, mais, de la similitude de leur coupe, on conclut que la brisure était le résultat d'une même cause.
Je fis alors la découverte de quelques couteaux grossiers. Là, le travail humain devait être évident pour tout le monde: ici encore il ne le fut que pour moi.
Un jour, on m'apporte une belle hache. Le travail était incontestable, mais je ne l'avais pa& vu extraire du banc. Les onvriers assuraient qu'elle en venait, sa couleur et les restes de sable qui l'entouraient le prouvaient jusqu'à l'évidence. Néanmoins , les incrédules aflirmèrent qu'elle n'en venait pas ; ils donnèrent pour raison qu'elle n'en pouvait pas venir.
Alors je recommençai à chercher moi-même. J*eo trouvait et je le fis constater par procès-verbal (voir mon premier volume, page 263). Depuis, ces mêmes faits se multiplièrent, et Fauthenticité n'en fut plus mise en doute dans ce département, où cbacon pouvait les vérifier.
Cette étude des pierres, j'en suis convaincu, mènera à i*imr portantes découvertes et lèvera une partie du voile qui convre l'homme primitif et les premiers temps de la popotatioii de b terre. Mais avant d'en arriver là , bien des reoheicbee re^bmt i faire, surtout bien des préventions à vaincre. Hélas! dena cette voie nouvelle, sauf quelques exceptions que je nie aine p|p à citer, j'ai trouvé peu d'aide. Les maîtres de la soiçnce Vwl dér
NOTES ET COBBESPaNDANCB. 365
àHAgtiét: Bon^seulement ils n^ont pas voulu se prou^ticser, mais ils s^iit pas voulu voir: Texploration attentive et îniFpaFtiale d?u» terrain diluvien et ossifère, si souvent réclamée par moi^ reste oÉôcire à faire oflieiellenient. La science a dit: « H n'y a pas d'hommes losstlesy'donc il ne doit pas y avoir d'ouvrages humams dé répoque des mammifères fossiles. »
A ced on peut objecter : ce qui était vrai pour la science il y irtifDgt ans, ne Test plus aujourd'hui, parce que la scienise marche osinme toute chose; ce n'est même qu'à cette condition qu'elle ebt la science.
- Potn^uoi n'y aurait-il pas eu d'hommes à l'époque où vivaient Gses ^nds mammifères qui ne peuvent exister que dans les candilions atmosphériques et locales où vivent les hommes? Est-ce la religion ou la tradition qui nous dit qu'il n'y en avait pas? Nan^ ear elle dit précisément le contraire, et les souvenirs ou les miBaie» de tous les peuples rapportent qu'un grand déluge a ravagé la^. terre et en a détruit presque tous les habitants. Or» si cela est vrai, et nous devons le croire, pourquoi ne retrouverions-nous pBS leurs traces? Et, ces traces trouvées, pourquoi un jour ne déoou?ririons-nous pas leurs os? Certes, ni Cuvier, ni Erongniart» les adversaires qu'on m'oppose » n'ont jamais affirmé une telle dbose ; ils ont dit qu'on n'avait pas encore trouvé l'homme fossile, mais ils n'ont pas dit qu'on ne le trouverait pas. Brongniart » IHippé de l'évidence des preuves que je lui mettais sous les yeux, dtïiit, dans les derniers temps de sa vie, complètement adhéré à croyance, et il m'a autorisé à le dire (voir tome I'% page 23).
Ces types lourdement ébauchés qui n'ont aucun prix aux yeux doi collectionneurs ordinaires et qu'on décide difficilement les MNrriers à ramasser, sont pourtant des plus précieux pour celui qpii «'occupe sérieusement de l'étude de Thomme. Ils lui montrent i*t lioiBBié enfant et à son premier pas sur la terre. Bien loin 46 voir dtns ces ébauches un signe de sa faiblesse, il en voit
364 NOTES ET GORaESPONDÂNCB.
un de son intelligence et de sa séparation de la brute ; bref, ce sont là ses premières preuves de noblesse et ses titres les plus anciens.
Il n'est pas indispensable de trouyer des médailles, des statoM, des inscriptions, des débris de temples et de palais» pour reconnaître qu'une terre a été habitée, et Ton peut recueillir, sons d'autres apparences , des témoignages non moins convaincants. Malheureusement ces preuves, même lorsqu'elles sont sons bos yeux, nous échappent, parce que Part y est peu sensible et que ooiis ne voyons dans ces pierres qu'une matière commune lourdement travaillée, ou plus souvent encore parce que nous n'en apercevons pas le travail. C'est qu'il y a loin de cette ébauche à une stitne grecque ou romaine. Sur dix personnes à qui on présentera une hache celtique , il y en a neuf qui la prendront pour une {nerre brute. Si elles la rencontrent sous leurs pas, elles ne la ramasseront pas ; ou si sa forme insolite les arrête , elles la repousseront do pied en disant : « Voilà un singulier caillou, je le prenais pour quelque chose. »
C'est qu'en effet ce caillou est quelque chose , et que trouvé sur une terre inconnue, il y marquera le passage des hommes et peut-être le berceau d'un peuple qui y a vécu et qui y ert mort, ou bien qui a été au loin porter ses tentes et fonder nie nation aujourd'hui riche et puissante.
Que l'explorateur fouille donc cette terre déserte, qu^il exandae la pierre isolée : dans la nature de cette pierre ou Pintention de sa coupe, dans cette image ébauchée qui a aussi sa signifieatieB et son langage, il retrouvera peut-être le premier mot de sa propre histoire.
Nous nous sommes servi des anciennes dénominations, temios primiHf, secondaire, tertiaire, parce que ce livre n'étant pis on traité de géologie , elles suftisent pour me faire comprendre. Malheureusement, les subdivisions nombreuses que Técok modenie a appliquées aux divisions géologiques n'ont pas toujours ooo*
fHynS ET CORRESPONDANCB. 3^
Mme à \e» rendre plus claires, sortout quand elle n'a pas été d'accord snr ces noms et que chacun a voulu en créer à sa manière. Voici, d*aîUeurs, ceux qu'on admet le plus généralement:
1* Terrain primitif ou paléozoTque, qui se divise en terrains pemnen, carbonifère, devonien, silurien.
2* Terrain secondaire, subdivisé en terrains crétacé, jurassique, taîasique.
a* Terrains tertiaires. Ici on s^accorde moins sur les subdivisions, et je ne les rapporterai pas. Tai nommé ces terrains Indifféremment tertiaires, diluviens, clysmiens.
4* Terrains modernes, dans lesquels étaient compris les terrains ^llnviens, mais depuis on a MX des terrains alluviens anciens.
Le terrain triasique ou trias est la partie intermédiaire des terrains secondaires, c'est-à-dire celle qui se trouve entre la couche secondaire qui suit immédiatement le terrain paléozoTque on primitif et la couche qui touche au terrain tertiaire.
Le lignite, d'après Brongniart, est de formation tertiaire ; il contient des débris de mammifères, tels que rongeurs, mastodontes, etc.
La houille n'en contient jamais; elle est de formation secondaire. La présence des traces de fougère constitue surtout la houille.
L'argile plastique est contemporaine de la craie.
Les terrains trappéens ou basaltiques sont tertiaires.
Le succin est contemporain du lignite.
Le succin que l'on trouve sur les côtes de la Baltique vient des bancs de lignite des côtes de la Poméranie, que les vagues en ont détaché.
Les granits semblent être l'espèce de roche qui constitue la charpente du globe. Comment le granit s'est-il formé? C'est encore un mystère. On le croirait composé de débris d'autres roches. Quand deux locomotives se heurtent , des corps durs qui se trouvent entr'elles sont brisés en une multitude de petits morceaux carrés et granuleux qui ressemblent, pour la forme, à ceux des granits.
Ces granits n'annoncent-ils pas le choc de deux corps célestes qui se sont ainsi rencontrés et entrebrisés?
Dans les pays granitiques où le terrain primitif se montre à la surface, on ne trouve que peu ou point de silex ; aussi les haches y sont-elles faites en granit.
Voici la liste d'autres roches qui serraient égaleoieiit â la eonfpction des instraments celtiques :
Les haches en pierre verdàtre ayant une appavence craysiae, mais très-résistante, sont en mimogUe.
Celles qui ont un aspect de porphyre i grains ternes d*un veK sale ou gris^ sont en roches dialloffiquet on éuphoUdeê à grains te.
I^ ierpentine est d'un rert uniforme terne.
Les radies amphU>ologique$ ont une apparence qui les nw^roche de la serpentine.
Quant aux silex ou petro-silez , ils varient du blanc an aoîr avec toutes les nuances intermédiaires. II y ea a de brans , de bleutés, de rosés, de jaunes, de fenrugineux.
On trouve aussi , mais rarement , des hacbes en agathe , en cornaline et m^mc en succin.
Cibles en granit et en porphyre sont assez comaonnes en Bretigne; on n'en rencontre qu'accidentellement dans tesfMiys oiiks silex abondent. Cette pierre était préférée à toutes les antres ptr les ouvriers antiques, bien qu'elle soit la plus difficile i trarailtor.
Les haches en marbre sont assez rares.
Celles en grès et en craie dure viennent surtout de Tàminpt septentrionale. 11 y en a d'antiques et de modernes qui se Riscmbleut beaucoup. J'eu ai vu aussi en schiste, en lave et piores volcaniques diverses. Enfin, il est peu de roches qui niaient Cmuiî la matière de ces armes. Ceci se comprend lorsque ces roAes sont compactes et résistantes, mais on s^czplique moins le dioix fait de subsUiucc friable, telle que la craie blanche. J?ai dit qœ j'en avais rencontre faites en bois ; je les ai prises pour des exvoto. Peut-tHre servaient-elles aussi de patrons ou de modèles.
Si vous reconnaissez que rexistence de llioniBie en sociélé art bien antérieure à celle des villes, il faut admettre qn*avant de kl bAtir et de créer des chefs-d'œuvre, il a fallu fjBÔre des. essais MÔf lieureux, qu'avaient précédé des ébauches tont-à-C|it gronièM'
NOTES £T CORaESPONDArfCE. 3$f
s-iors, il est impossible qu'il n'en reste pas des vestiges. Si ce ne sont pas ceux que je vous présente , indiquez-moi ce qu41s ffèlitent être cit où on les trouve.
^Combien de fois, ù la vue de ces sil^ du diluvifum, de «es ^j^D^rs tâtonnements de Thomme devenant artiste, ne m'a-t-on i|ll6 dit: « Cela a bien quelque rapport avec uncfigUre, mais il lÊÈÊk la chercher : ce n'est donc pas une œuvre, «'est un accident »
Hu. A ceci je répondais: « Voyez les «euvres des saicv^agos 4e 4^^me et d'autres encore, rapprochez-les de celles que je tvcms -fiNsente et faites-en la ^comparaison , alors vous me âirez où est %'différene^. »
'-^'« Soit, me répliquait- on, c'est un travail immain, nous le voulons bien; mais en quoi mérite-t-il Fattention? iPouitquai le produire, quand il ravale l'homme? Puisque cet homme fait bien aujourd'hui, à quoi bon chercher ce qu'il faisait mal? »
— « Mais, disais-je, chaque époque se peint par ses œuvres, et si vous voulez apprécier l'homme mûr, il faut connaître l'homme enfant. »
Ajoutons que l'examen raisonné d'une ébauche nous instruit
'%at autant que Pétude d'un chef-d'œuvre, en nous indiquant les
' 'aillées que nous devons éviter. Non, ces figures informes ne doîvetrt
JMS être repoussées; quelque grossières qu'elles soient, elles n'en
*mûX pas moins l'œuvre de l'homme. C'est toujours ainsi qu'il
#fhmence, et malheureusement c'est souvent ainsi qu'il finit.
> Quand j'ai entrepris l'histoire de ces pierres taillées, les élé- .l^ents m'ont complètement manqué. J'en avais vu quelques beaux (échantillons épars dans nos musées, mais pas un seul ne portait wn mot d'indication. Si j'en demandais aux gardiens: « — Ce sont des haches celtiques, me disaient-ils. — Mais d'où viennentelles? — Celles-ci viennent de France, celles-là d'Amérique. — JBtaient-elles enfouies ou sur le sol? Sont-elles anciennes ou modernes ? — Ah ! nous n'en savons pas tant. Elles sortent de la collection de M. A*** qui les avait achetées de M. B*** qui, s'il vivait encore, aurait pu vous le dire. »
La trace de ces objets ainsi perdue, ils n'avaient plus pour moi qu'un intérêt minime. J'ai donc voulu les chercher à leur point de départ ou à leur source, savoir a quelle profondeur on les rencontrait, et, par le rapprochement des débris qui les en-
toureiit, à quelle période et à quel peuple ils avaient dû appartenir.
Je le répète : si nous voulons lever le voile qui couvre Fenfance des peuples, ne dédaignons pas ces ébauches; rappelonsnous quelle immense série de siècles , que de révolutiolis ont passé sur la terre depuis le jour où fut fait ce premier outil qui n'est f à nos yeux, qu'un caillou informe, et qui pourtant alors avait son prix , parce que , lui aussi , était utile et qu^il avait coûté à Touvrier plus de temps, de calcul et de travail que beaucoup de nos plus riches ustensiles et même que dos chefiid'œuvrc. Continuons donc de les étudier et tâchons, par quelques recherches , d'augmenter le nombre de ces premiers jalons de rindustrie humaine.
Un peuple peut être à la fois barbare et poète, témoins les sauvages de TAmérique septentrionale: leurs chants de guerre , leurs discours d'apparat sont remplis de poésie et d'images.
On voit aussi des sauvages artistes : les tatouages gue portent certains chefs de l'Océanie offrent parfois une série d'arabesques et d'ornements, non-seulement d'un dessin pur, mais d*un goût parfait. Leurs embarcations sont sculptées avec beaucoup de délicatesse. Dans leurs nattes, leurs parures et leurs manteaux de plumes, ils harmonient habilement les couleurs. Enfin, on en a vu, aux jours de fête ou à la veille d'un combat, se peindre le corps avec un luxe d'imagination et une originalité bizarre qtt*auraient difllcilement atteint nos plus habiles décorateurs. Tout ce que Callot a inventé, tout ce qu'ont fait depuis tant de peintres habiles pour représenter la tentation ou une scène de Tenlbr, ne peut approcher, me disait un voyageur, de ce que présente, dans ces occasions, une réunion d'Indiens.
NOTES ET COERESPONDANCE. 369
On a dit que les quadrumanes ne se trouvaient point parmi les espèces antëdiluviennes : de nombreux ossements de quadrumanes fossiles ont démontré , depuis, que cette assertion était erronée.
On assurait aussi qu'on ne voyait à l'état fossile ni moutons , ni chevaux, ni antilopes, ni giraffes, ni chameaux, ni lamas, ni chevrotins : la rencontre d'une partie de ces espèces ou de leurs analogues a prouvé que cette remarque n'était pas plus fondée que l'autre. 11 en sera de même de celle qui concerne l'homme.
La superstition des pierres existe encore, non seulement en Bretagne, mais dans plusieurs parties de la Normandie, où elle ^ a sans doute été apportée par les Scandinaves ou les premiers Hcmnands. Je lis dans le Jowrtud des Débals du 7 janvier 1857, qn'on y rencontre des pierres tournantes ou toumeresses qui, la Teille de Noël, à minuit, se lèvent et se promènent
Dans le canton de Routot, commune de Bosgouet, non loin du village de Mallemains, est une pierre couchée, de deux mètres de longueur, qui, chaque ann^, pendant la nuit de Noël, tourne sur elle-même.
La commune de Condé-sur-Laison , arrondissement de Falaise, a aussi sa pierre miraculeuse, nommée Pierre cornxie. Au premier chant du coq, à minuit, elle se lève, se met en marche et va boire à une fontaine voisine.
Dans le même arrondissement, commune de Gouvix, il y en a une autre qui pirouette tous les ans, pendant la nuit de Noël.
Dans le département de la Manche, trois localités possèdent leur pierres tournantes. Deux à Theurthe-Villehague ; deux autres à Saint-Pierre-l'Eglise; une à Montaigu-la-Brisette. Ces cinq pierres sont, comme les premières, des monuments druidiques*
A Breuville, même département, une roche naturelle a la faculté de se mouvoir, et elle tourne trois fois sur elle-même quand elle entend sonner la messe de minuit.
Les départements de TOrne et de la Seine-Inférieure ont aussi leurs pierres dansantes qui, toutes, ont la même origine celtique. J'en connais dans la Somme et dans TOise : mais plus discrètes que leurs compagnes normandes, si elles dansent, c'est quand on ne les regarde pas, car personne ne les a vues.
Par sépulture celtique, je n'entends pas une réunion de tombes ou de fosses, enfin un ossuaire se rapprochant de nos cimetières et présentant, quand on le fouille, de nombreux débris humains. Les sépultures celtiques ou ce que j'ai nommé ainsi» car ce pouvait être également des lieux consacrés aux dieux, aux mânes et à la mémoire des guerriers, sont des emplacements sans indication extérieure, parfois fort étendus et situ^ assez ordinairement à proximité des cours d'eau. Là, vous trouvez, à des profondeurs diverses, des vases de cette pâte grossière, mélangée de grancTy dont j'ai souvent parlé, pâte peu consistante, grise on noirâtre, revêtue après coup d'une couleur noire plus foncée. Cenx qn^on extrait des lieux marécageux sont presque toujours remplis par la tourbe, qui n'a dû s'y introduire qu'à mesure qu^elIe le formait, ce qui a demandé bien du temps, car il en est de b contenance de trois à quatre litres. Ces vases n'ont certainement pas été placés là vides; il est probable qu'ils étaient remplis d'un liquide: eau lustrale, lait, bière, ou peut-être du sang des victimes. Si on y avait mis quelque chose de solide, on en retrouverait des traces. Mais tous ne sont pas ainsi, il en est où l'on rencontre un mélange de cendres, de charbons et dVMisements calcinés au point qu'il est à peu près impossible de reconnaître à quelle espèce de mammifère ils ont appartenu; mais il est présumable que ce sont des os d'hommes.
Dans d'autres vases, on a trouvé, comme je l'ai dit aiBearSi
on assortiment d'ossements de petits oiseaux , de rats , de souris ,
de grenouilles, sans addition de charbons ni de cendres. Ces os
sont souvent intacts, ce qui indique que ces animaux y ont été
entassés vivants ou en chair. Autour des vases sont, péle-mêle,
des charbons et des ossements brisés de chevaux, de bœufs, de
sangliers! Ty ai reconnu aussi des têtes d'urus, de chiens, de
castors, avec Tentourage ordinaire d'éclats de silex et d'objets
de même matière, plus ou moins bien travaillés.
Qnant à des squelettes humains,. il est rare d'en rencontrer; et <^iix que j'y ai vus m'ont semblé presque tous appartenir à une autre époque. J'ai dû en conclure que bien loin de placer des corps entiers dans ces lieux consacrés, ces peuples les en écartaient ou les déguisaient, soit en les brûlant, soit en les brisant. Lorsque l'on trouve, dans nos pays, des squelettes d'une certaine antiquité, ils sont dans les tombellcs ou des tertres élevés à la main , ou bien dans des auges de pierre ; mais ces sépultures sont moins anciennes que celles dont je viens de parler et ne proviennent pas d'une même race. Les peuples qui érigeaient les tombelles ou tumuli cherchaient les lieux hauts et ne négligeaient rien pour que ces monuments fussent vus de tous. Les autres, au contraire, semblaient prendre tous les moyens de les soustraire aux regards; ils les mettaient dans les marais, les tourbières et autant que possible au-dessous du niveau des cours d'eau, afin qu'ils pussent, lors des inondations, être recouverts par elles. Je ne doute pas qu'ils n'aient, maintes fois, détourné les rivières pour y déposer les urnes contenant les cendres de leurs morts. J'ai, lors du curemeut de plusieurs ruisseaux aboutissant à la Somme et dans la Somme elle-même, recueilli des vases enfouis au-dessous de leur lit. Je recommande donc aux archéologues, lorsque par suite de travaux on épuisera les eaux, de ne pas néghger d'y faire des recherches. Certains lacs creusés de main d'homme doivent aussi amener des découvertes. Ces étangs artificiels ont pu être faits par ces peuples amis du mystère pour y déposer leurs morts, leurs richesses ou leurs dieux. Les vases cinéraires enterrés sous la tourbe sont vraisemblablement plus anciens que cette tourbe; on aura donc fait écouler l'eau d'un marais pour les placer là. Si on avait percé la tourbe, on trouverait des traces de ce percement, car
372 NOTES ET GOURESPONDANGE.
il est difficile de faire une excavation perpendicnktiiie date wk couche horizontale, sans que la marque n'y reste. Si on leÉ avait déposes simplement au fond de Peau, ils auraient été renversés par son mouvement, et c'est toujours droits et l'orifice en haut qu'on les rencontre.
Pour arriver à un résultat définitif dans cette étude des pierres symboliques ou de ces hiéroglyphes qui ont précédé toutes les traditions , il faudrait que les gouvernements d'une part , et les sociétés savantes de l'autre, à commencer par llnstitut, voulasleBd s'en occuper sérieusement.*
Quand le gouvernement envoie des navires de découverte cm simplement des croiseurs dans les pays lointainSf il âèvralt leur donner, entr'autres instructions, celle de recueillir des armes et ustensiles de pierre d'origine ancienne et moderne, en sMnfbrmaot des lieux d'où ils proviennent.
En France, cette recommandation serait à faire aux ingénietm dos mines, à ceux du génie militaire et des ponts et chaussées. Lorsqu'ils font exécuter des trachées ou des travaux sonterntins, il leur en coûterait peu de prescrire aux ouvriers de ramasser les pierres dont l'aspect ne paraît pas ordinaire. Moyennant une petite prime par objet travaillé , ces ouvriers ne manqueraient pas d^ faire attention.
Quant à llnstitut , il pourrait s'entendre à cet égstti avec Vk sociétés des provinces , dont il est la tête ; il les guiderait dit» leurs recherches, et par la comparaison des objets et surtout ptf celle de leur position subterranée et de la nature du terrain, fl arriverait à des conclusions.
Mais avant tout, pour encourager cette étude, il faudrait, aoos le titre de musée antédiluvien et musée celtique, fonder à Paris un cabinet de pierres taillées, armes, symboles, enfin de totit tè qui se rapporte à ces temps reculés. Je maintiens tna propositioD d'en fournir groHs les premiers éléments, c>8t4-4lîre «ne côHectWi
NOTES ET COKW^PQNDANCE. 37$
e jlwmn milliers d'échantillons ^ collection unique et qui ne 5 lepoiiYellera plus si on la laiçse perdre , car je sais combien c fedierthesy de patience, d'études et d'argent elle m'a coûté.
Hmu doutons de la possibilité de la modification des formes nittées et de la transformation de ce que nous nommons espèce n une autre espèce, et nos savants les plus distingués affirment [ne cette transformation est Impossible. Je le dis comme eux. Il $*agit d'une opération subite ou même limitée dans un temps pie puissent embrasser nos calculs ordinaires, mais je suis con* wiea que cette métamorphose peut avoir lieu à la longue. jbi formes se modifient non-seulement d'après les besoins , les tassions, les f/Kffn^ les habitudes, mais encore selon que la rariation des ÂéÉiénts et des lieux nécessite cette modification.
Il faut bien admettre qu'à une époque quelconque des espèces louveU^ ou des races qui avaient cessé de se manifester ont "epam sur la terre. Or, j'aime mieux croire qu'elles émanent l'une autre espèce que de dire qu'elles naissent de rien et qu'une iréatlon aussi compliquée qu'une forme vivante peut, sous nos ^eox, s'accomplir spontanément. *
Si la mer, changeant de lit tout-à-coup, comme ceci est arrivé tfusieurs fois et arrivera probablement encore, envahissait toutes es terres aiyourd'bui habitées, les espèces teirestres disparaîtraient Dunédîatement, mais les poissons et les mammifères marins couinueraient à vivre. Bien des milliers d'années s'écouleraient vant que notre planète eut d'autres habitants, mais à mesure Vifi les eaux se retireraient, une partie de ces mammifères marins, fOX dont la conformation permet de subsister quelque temps hors e Tçau, abandonnés dans les bas-fonds dont cette eau continuerait
s'éloigner, prendraient peu à peu l'babitudç de vivre dans cet liSment mixte, ils arriveraient à s'y reproduire et successivement, de lénération en génération, à subsister sur la terre non submergée.
Aprte y avqiri ((^ute de pouvoir nager, rampé longtemps^ puis
bondi à Taide de leurs nageoires, il en résulterait une modification dans leur forme, et ces amphibies deviendraient des espèces terrestres semblables aux espèces détruites, si toutefois le climat et les localités étaient ce qu'ils avaient été avant cette destruction. Si ce climat et ces localités s'étaient un peu modifiés, les formes auraient subi une petite modification. Enfin, si les localités et les éléments étaient tout autres, la modification des formes aurait été totale. Mais avec cette forme différente, ces êtres n^en seraient pas moins au degré intellectuel où ils doivent être, et je répéterai ici ce que je disais dans mon livre de la Création : « La puissance créatrice est grande, car c'est celle de Dieu même. La nature ne détruit jamais que pour faire renaître et donner un nouvel élan à la vie. Toutes les formes seraient anéanties , que la vie n'en subsisterait pas moins, et cette vie, éternellement individuelle, se manifesterait encore chez chaque être au degré oh il est, c'est-à-^ire celui où il s'est mis lui-même par ses actes. »
Cette forme animée, ou ce corps, n'est donc que la manifestation de l'intelligence se mettant d'accord avee^ liécessité ou la localité. '
Après un nouveau cataclysme qui détruirait toutes les races vivant sur la terre, si cette terre n'était plus habitable, ces êtres, détruits en apparence, renaîtraient dans un autre globe, ou bien ils sommeilleraient jusqu'à ce que cette terre devînt propre au réveil de la vie et au développement de nouvelles formes: c'est ainsi qu'une graine reste enfonie des milliers d'années pour produire enfin un arbre.
Ce n'est pas la forme qui donne la vie et l'intelligence, mais cette vie qui, toujours personnelle et indestructible, crée cette forme selon le degré d'intelligence ou de perfection rdatÎTe où elle est parvenue par sa volonté et ses œuvres.
C'est par suite de cette volonté et de cette intelligence qu^dle adapte et harmonie sou corps au globe où il se trouTC et aux éléments dans lesquels il doit vivre. Les sens, qui touchent à Pessence de la vie , lui donnent les moyens de se mettre eà .eommunication avec ces éléments.
Les organes des sens, ou les membres proprement dits, sont la conséquence de ces mêmes sens et de la nature des étémenls.
Sous un autre ciel et dans des éléments différents, la vie aurait
d'autres sens ; et avec d'autres sens , d'autres organes des sens <Hi une autre conformation.
La forme n'est donc, je ne puis trop le dire, que la manifestation de la vie: c'est l'âme harmoniée , selon ses désirs, ses besoins et son intelligence, à la localité où elle doit vivre.
Et cette intelligence, qui est l'être lui-même, monte ou descend selon l'usage qu'en fait cet être qui, dans quelque catégorie qu'il 80 trouve, depuis le plus infime des animaux jusqu'au plus grand génie parmi les hommes , a , suivant sa sphère , la science ou Plnstinct du bien et du mal, avec la liberté de choisir entre l'un ou l'autre.
C'est par ce choix sans cesse renaissant ou qui se présente à chaque pas, qu'il croît ou décroît; ou demeurant au même point, qu'il rampe indéfiniment en tournant sans cesse dans un même cercle. Alors il se borne à vivre et à satisfaire ses besoins, végétant sur le grain de poussière auquel il s'est attaché , sans vouloir que la raison, ce souffle de Dieu même, l'en sépare. Si, au contrairei.^ perfectionne son être par la pratique du bien et monte ainsi^^ars Dieu qui l'appelle, il croît sans fin et sans que rien l'arrête dans sa carrière, parce qu'il a devant lui l'éternité iet l'espace , et , pour jalons , tous ces mondes qui , eux aussi , se renouvellent sans cesse.
Certaines peuplades vivent ejicore comme vivaient les Celtes ^ mêmes les peuples antédiluviens. Nonobstant l'emploi général ^j(|^ métaux, on les voit, soit par la difficulté des communicaj||^s et dès-lors par la cherté du fer, soit par suite de l'habitude '0 4u préjugé, se servir d'armes et d'ustensiles de pierre. . Quant à leurs mœurs et leurs usages, ils doivent différer fort de. ceux des peuples primitifs : l'homme qui vit de chasse èe pêche est partout le même. Il ne ressemble ni aux laboureurs, ni aux ouvriers de fabrique. Ceux-ci ont aussi leur spé- <^lité, et dans tous les pays, l'atelier leur donne un air de &fniile ; c^est qu'à la longue le même état, les mêmes habitudes.
les mêmes mœurs, linissent par produire les mêmes gestes et jusqu'à certain point la même figure.
Ces peuples antédiluviens comme les sauvages actuels étaientils plus à plaindre que bien des nations dites civilisées? Je ne Taflirmerais pas. Dans notre orgueil de citadins, fiers de nos temples et de nos palais, nous plaignons ces hommes nomades, pasteurs ou chasseurs: c'était le siècle de la barbarie, disonsnous, ils étaient bien malheureux ! Mais, je le demande» l^étaienlils et pouvaient-ils Ttître plus que le peuple de nos villes, sans cesse aux prises avec la faim et qui meurt faute d*air quand ce n'est pas faute de nourriture.
Je disais , dans mon premier volume , qa*8fec les silex travaillés j'avais parfois trouvé, dans les sépultures celtiques, des empreintes de corps marins et des coquilles pétrifiées, notamment des oursins. Ce fait a été remarqué ailleurs. M. Ledicte-Dnflos , président du tribunal civil de Clermont (Oise) et antiquaire distingué, dans une brochure ayant pour titre : Notice mtr U moiU de Catenoy dit le Camp de César ^ situé non loin de Clermont, en parlant des haches, cassc-téte, couteaux en pierre, que les fouilles y fout rencontrer, ajoute que parmi ces objets on trouve la fameuse amulette dite ovum anguinum ou l'oursin fossile y p^ trificalion fort commune dans certaines couches de tsrraku «moudaireSf mais tout-ch-fait étrangère au mont de Caimoy, oà eUi a été nécessairement apportée.
Les silex taillés recueillis au mont de Catenoy et dans kt terrains environnants ne diffèrent de ceux des touriiiières de la Somme que par leur couleur; leur forme est la même.
La poterie qui était avec ces silex est également analogna à celle de ces tourbières. Dans le nombre, il y en a de la phâ ancienne origine, c'est-à-dire cuites au soleil sans remploi da tour ni du moule. D'autres, faites à l'aide d'un moule et en pâte liue, appartiennent évidemment à une époque pim réecale.
NOTES BT COmSSPONDANCE. 377
H est d^aillears bien certain, comme Fannonce fort judicieusement M. Duflos, que ce camp est antérieur à l'occupation sromaiiie. Presque tous ces camps, attribués aux Romains, puis aux Canlois, enfin aux Celtes, sont bien plus anciens et ont précédé les temps historiques. De ceci on obtiendra la preuve en poussant les* fouilles à plusieurs mètres au-dessous de la surface aetneUe , ainsi que je Tai fait dans les gissements de la Somme. J'ai remarqné qu'il y avait là plusieurs sols superposés qui, Tun sapghs Tautre, avaient été la superficie. Chacun de ces sols séparé par des couches de tuf et de sable, avait été successivement foalé par des peuples qui n'avaient eu aucun rapport entr'eux. Un pays très-peuplé avait tout-à-coup cessé de Têtre; puis il rétait redevenu après une période plus ou moins longue.
n en est ainsi de ces camps dits romains,* construits par des nations dont le nom même est oublié. Leur sol s'est exhaussé par les débris de toutes ces populations successives, mais ils diffèrent des gissements des vallées en ce que placés sur les hauteurs ou du moins sur un fond solide, ils ne se sont pas enfoncés à mefmre qu'une couche se superposait ou qu'une pression se faisait sentir.
Aussi trouve-t-on dans le camp de Catenoy des traces indubitables de ces occupations: d'abord des haches, des casse-téte, des couteaux, des pointes de flèches, silex grossièrement taillés, annonçant une haute antiquité. Ces pierres sont accompagnées de poteries, qui ne sont pas moins anciennes.
Viennent ensuite des haches polies et des poteries plus fines, mais pas encore de traces d'habitation.
Les haches de bronze se montrent bientôt, et avec elles des pannes et des tuiles de fabrication romaine. Enfin des médailles d'Antonin-le-Pieux, de Constantin II et de Yalentinien, donnent une époque d'occupation à peu près précise.
Mais ce n'est pas la dernière : des armes de fer indiquent que ce camp a servi aux armées du moyen-âge.
Tons ces faits sont présentés avec une grande netteté par ML Ledicte-Duflos et, bien que nous n'en tirions pas toujours les mêmes conclusions, je reconnais qu'il a fait là un excellent travail.
Mon opinion diffère, d'ailleurs, de la sienne sur bien peu de
points. Je crois Forigine du camp de Catenoy plus ancienne encore qu'il ne Tindique. 11 a bien voulu me donner quelquesuns des silex ouvrés du Catenoy, de l'espèce non polie , c^està-dire de celle qui m'intéresse le plus. Ils ne sont pas diluviens, mais ils portent le caractère de la plus haute antiquité de Père celtique. 11 est même probable qu'on en trouverait « dans le nombre d'origine diluvienne. On doit penser que ces peuples qui allaient chercher des oursins dans les bancs ne dédaignaient pas d'y recueillir des haches, des couteaux, quand il s'en présentait. La nature des poteries de ce camp qui se rapprochent de celles qu'on trouve dans la tourbe bocageuse, indique encore cette grande ancienneté, qu'une fouille approfondie et dans des parties non remuées démontrerait probablement.
La considération superstitieuse que portaient les anciens à Yùtmm anguinum^ l'oursin fossile, s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Le laboureur , comme le terrassier , quand la charrue on la pîocbe met à découvert un oursin , ne manque guère de le ramasser et de l'emporter. Il le montre à sa femme, à ses en£uitSy en le qualifiant du nom d'étoile : il croit qu'il est tombé du ciel et le conserve sur sa cheminée.
Nous avons raconté ailleurs tous les tracas que m'avaient canaës les oursins. Lors des fouilles, les ouvriers novices, ne distinguant des autres silex ni les haches ni les couteaux , les repoussaient du pied pour courir après un oursin qu'ils m'apportaient triom» phants. J'en ai ainsi composé, malgré moi , la collection k plus complète qui existe dans ce pays.
M. Ledicte-Duflos, dans son mémoire déjà cité, pense que Teatime que les anciens faisaient des oursins venait de ce qn^ servaient de pierres de fronde. Je ne partage pas cet H y en a une espèce aplatie qui se rapproche, en effet, pour la forme, des pierres de fronde, mais c'est l'espèce qu'on rencontre le moins. Beaucoup de ces oursins n'excèdent pas la dimension d'une
pièce de deux francs, et les plus grands celle d'un ëcu de cinq firancs. Celui qui est dessiné planche 1**, n* 15, dans la brochure de ce savant, est le plus abondant; il a la forme et la grosseur de la moitié d'un œuf de poule.
Je vois d'ailleurs, d'après la description qu'il en fait, que la pierre de fronde , telle que je l'ai décrite , diffère de celle que ^'autres archéologues ont qualifiée ainsi. La mienne est plate et s la forme d'une monnaie un peu épaisse ou d'une dame de damier: c'est cette pierre aplatie et travaillée avec un certain soin, qu'on trouve assez fréquemment dans les gissements celtiques. Quant à l'autre, taillée en boule et demi -boule, elle est plus rare. Il y en a de la grosseur d'une pomme et du poids d'un demi-kilo et au-delà, mais il y en a aussi de moindres.
Ces pierres, comme certains oursins qui en ont la forme, pouvaient, bien qu'un peu lourdes, être lancées avec la fronde. Cependant, si elles avaient eu cette destination, il me semble qu'elles seraient plus communes. Si les grosses, celles d'un demi-kilo, se trouvent assez souvent dans les tourbières, les petites s'y montrent peu et beaucoup moins que les pierres plates.
Celles-ci sont assez bien travaillées, ce qui m'a fait penser qu'on ne les lançait pas : on ne se fût pas donné tant de peine pour régulariser et finir un projectile dont on devait faire une consommation très-grande, car ce n'est pas une arme pour attaquer ou se défendre corps à corps, elle ne pouvait servir que dans des batailles rangées.
Quant aux oursins fossiles, les anciens, qui leur attribuaient une vertu curative et qui les achetaient à grand prix, en faisaient trop de cas pour les employer comme projectiles, et aujourd'hui encore nos paysans et nos enfants s'en garderaient bien. Ensuite, quoiqu!ils ne soient pas rares, ils ne sont pas tellement communs qu'il ne faille souvent chercher plusieurs jours pour en réunir une douzaine. On peut juger, par-là, du temps et des démarches qu'il aurait fallu faire pour en approvisionner une armée.
380 NOTES ET CQftRESPONDANGE.
Il y a eu, depuis trente ans, un étrange rerirement dans la science archéologique : pendant un temps on n^a compté que par dix mille ans, et certaine dynastie chinoise en avait, dit-on, régné tout autant.
Puis, on s'est ravisé et, passant d'un extrême à Pautre, ob n'a plus voulu rien voir au-delà de trois mille ans: c'est Homère et Hésiode qui avaient commencé le monde civilisé; avant eux il n'y avait que barbarie. Cependant la langue grecque existait..
Aujourd'hui on commence à réfléchir, et les antiquité de Ninive nous ont fait soupçonner que, sans remonter peut-ltre aussi haut que les Chinois et les Indiens le prétendent, la dvilisation n'était pourtant pas de fraîche date.
La complication et la richesse de certaines langues antiqoee, dont malheureusement il n'est arrivé jusqu'à nous que des lambeaux, annoncent l'antiquité de la science chez les hommes. La richesse d'une langue prouve celle des connaissances. Avant de faire un mot, il faut avoir l'idée de la chose. L^arrangement de ces mots, arrangement qui constitue l'écrivain comme Pon^ teur, ne peut être que la suite de réflexions et d'études. Or, ces réflexions et ces études ne sont pas seulement cdles d'an homme, mais des générations. Il est donc impossible de séjiitet une langue harmonieibei abondante, à la fois logique, rëgolièM et poétique, d'une longue succession de grammairiens on d'hommes sans cesse occupés de son pe|fectionnement. Or, ceci eompwto une civilisation à la fois très-ancienne et très-avaneée. lappelsi vous le temps qu'jont mis à se former et se répandre nos lingoii européennes, qui ne sont pourtant que des dérivés d^Mnp langues et qui, malgré les efforts persévérants de tant de n^ vants, ne sont encore que des idiomes pauvres et presque hiiv> bares, comparativement à ces belles langues de IXHient CemMsp celles-ci, qui peut-être aussi étaient nées de langues plus andflWi» ont dû mettre de siècles à se constituer et à acquérir cette IHp* . dance, cette richesse, cette perfection à laquelle aucun lenpgt vivant n'a pu atteindre encore.
On a dit que l'espèce humaine dégénérait: ceci peut
rrôYfes vt cmiftÉ8P(>RDAi>fûE. 381
£ocalemeiit et ^ans quelques circonstances spéciales, mais quant
& Pensemble ou à la race en général, c'est une erreur. Les
Sxomnies d'autrefois , sauf quelques rares exemples , ne viraient
'TptiS plus que ceux d'aujourdliui , et les plus anciens ossements
ftuunaitis prourent qu'à cette époque ils n'étaient ni plus grands
'MA plus forts que nous. Quant à la dégénération des langues,
^He est positive, et ces langues si riches et si savantes an^
iMmcent une société plus ancienne et non moins perfectionnée
^pfesl la li8lre. Cest ce ^e nous avons tâché de démontrer
NOTE le».
Outre le camp de Catenoy, dans l'Oise, et ceux de Catil près de Roye, de Tirancourt, de Létoile et de Liercourt, entre Amiens et Abbeville, le département de la Somme en offre plusieurs encore, notamment celui de Caubert, a une demi-lieue d'Abbeville, sur le point élevé qui domine la vallée de ce côté. Tous ces camps, lors qu'on les examine avec soin et qu'on peut distinguer, ce qui n'est pas toujours facile, les additions successives qu'on leur a faite^ ou les coupures qui ont eu lieu pour faire place à d'autres travaux, ont un caractère de ressemblance annonçant une même origine. Je crois qn'ils ont précédé rétablissement des villes dans les Gaules, ou plutôt qu'ils étaient les villes d'alors , composées de tentes ou de huttes en bois , entourées d'une enceinte de terre.
Ces peuples avaient déjà fait un pas vers la* civilisation ; ils n'étaient plus nomades, ou ils l'étaient dans un rayon circonscrit. 11 n*est pas à croire qu'ils s'occupassent d'agriculture; ils étaient chasseurs et pécheurs. En général, ces camps sont établis à peu de distance de la mer et des rivières. La quantité d'ossements de cerfs, de chevreuils, d'urus, de sangliers, etc., prouve combien le pays était giboyeux. Les traces de feu ou les ruptures qu'offrent ces os, enfin des projectiles en pierre et des armes qui ne pouvaient guère servir que contre les animaux, annoncent une race dont la chasse était l'occupation ordinaire.
382 INOTES ET CORRESPONDANCE.
Cette race n'avait de communication avec aucune nation civilisée, car dans ces gissemcnts, c'est-à-dire à une certaine profondeur ou sur le terrain du camp primitif, il n'y a ni bronze, ni fier, ni poteries indiquant une industrie avancée. Il est même à croire que ces hommes n'habitaient que des tentes ou des maisons de bois, puisqu'on ne trouve sur le sol où ils vivaient ni fondations, ni briques, ni tuiles, et que les tourbières où se rencontrent ces masses d'ossements n'en présentent pas davantage.
On recueille aussi sur ce sol et dans ces tourbières des affétes de poissons marins, des os de phoques et de marsouins et des écailles d'huîtres qui, bien que non fossiles, sont d'une espèce un peu différente de celles que produisent aujourd'hui nos rivages. On y a trouvé jusqu'à des côtes de baleines, qu'on peut voir au musée d'Abbeville à qui je les ai données. Ces ossements ne sont pas fossiles, cependant ils sont anciens; mais remontent-ils à l'époque celtique? Je ne puis l'affirmer. 11 n'est pas rare de voir de gros cétacés s'échouer sur les bancs qui avoisinent Cayeux et Le Crotoy (Somme). Des débris de ces monstres marins peuvent, même dans le temps moderne, avoir été rapportés dans l'intérieur.
L'état pastoral, disions-nous, est la transition qui conduit i la vie agricole, dernier échelon pour arriver à la civilisation, nous demanderons à quelle époque le peuple fondateur de ces camps retranchés, peuple que nous avoift considéré comme chasseur et guerrier, a commencé à être pasteur? Probablement quand k gibier, devenu plus rare, ne sufGt plus à le nourrir. En effet , les tourbières moins anciennes ne présentent plus cette abondance de débris de cerfs, de sangliers, d'unis, mais on y trouve beaucoup plus d'os de bœufs ne différant que peu ou point de Pespèce actuelle, de moutons, de chevaux, de chiens. Cet état de cboiei a pu, comme le premier, durer bien longtemps.
L'instant où ces peuples se firent agriculteurs a dû précéder de peu l'établissement des premières fermes, qui amenèrent les premiers villages et successivement les bourgs et les villo^ Mtts jusqu'au moment où ces villes furent entourées de iniinille8« ces camps retranchés , où les habitants se réfugiaient en €U d'alerte, durent subsister et être entretenus avec soin.
Si l'on admet ces données assez probables, il faut reeouulte
aussi que ces camps sont beauconp plus vieux qu'on ne le croit généralement. Les Romains, non plus que nous, n'en connais- ^ient Torigine. Ils n'en sont donc pas les créateurs. Si César les ayait fait élever par ses soldats ou par les indigènes, il Paorait dit. S^il avait su quels étaient leurs fondateurs, il l'aurait dit aussi, on à son défaut les historiens des siècles qui suivirent. Ajoutez que la plupart de ces camps où les Romains s'établissaient parce qu'ils les trouvaient tout faits, eussent été plus grands et mieux distribués si le plan en eût été tracé par eux. Ils les modifièrent, ils les agrandirent, mais ils ne les fondèrent pas. Ce n'était pas ainsi qu'ils construisaient à l'époque où ils panirent dans les Gaules.
S^ls eussent été les auteurs de ces retranchements ou s'ils
les avaient élevés quand ils se préparèrent à envahir le pays,
comment expliquer ces haches de pierre, ces couteaux, ces casse-
tête qui s'y trouvent encore. Chacun sait que bien avant Cé^r
les Gaulois connaissaient les métaux, et quand ils pénétrèrent
dans Rome, dans la Grèce, et s'emparèrent de tant de cités
^ont les défenseurs étaient pourvus d'armes de bronze et de fer,
11 est à croire qu'ils avaient eux-mêmes autre chose que des
casse-tête et des flèches de silex ou d'os. Ceci seul indiquerait
que les camps dont il s'agit étaient de beaucoup antérieurs à
la première irruption des Gaulois en Italie et peut-être même
à la fondation de Rome.
NOTE 17e.
Nous avons parlé des excavations faites à Âbbcville en 1853 et 1854, par le génie militaire, pour la défense de la place, entre la porte d'Hocquet et la porte Marcadé, et des nombreux vases romains et gallo-romains que j'y ai rencontrés. Nous avons dit aussi que, dans une couche inférieure, sous la tourbe, nous avions trouvé des silex taillés et de la poterie celtique. Au commencement de juillet 1854 , un ouvrier terrassier , nommé Pierre Gaillard , m'apporta , comme provenant de ce gissement , plusieurs haches en silex gris-noir marqué de blanc, non polies, de dimensions
384 NOTES ET GOBBBSPONDANGS.
diverses. Quelques-unes atteignaient céùe de 33 ceatimètres de longueur sur 15 de largeur et 10 d'épaisseur, et pesaient jnsqu^à trois kilos : c'étaient les plus lourdes que j'eusse encore renconCréei.
Le lendemain, il m'en présenta d'autres, et le surlendemain, d'autres encore, de sorte qu'en une semaine j'en ayais trente-iept, petites et grandes,^ ou de 10 à 33 centimètres de longueur.
Sur ces entrefaites, c'est-à-dire le 16 juillet 1854, je partis pour la Baltique, en laissant aux gens de ma maison l'ordre de reeeroir toutes les pierres taillées qu'apporterait Gaittard. Deux mois et demi après, à mon retour, j'en trouvai, dans ma cour, on moncen qui se composait de plus d'un cent, et mon domestique, que ee déluge de pierres toutes semblables effrayait, ne voulait pins iei prendre , en prétendant qu'on les taillait ainsi tout exprès pour lui. Néanmoins, il avait consenti à donner quelques centimes, pour chaque hache, à Gaillard et à quelques autres terrassiers qui tnvaillaient à ces mêmes excavations. Ceux-ci cessèrent bientôt d'ei chercher, mais Gaillard, fort de l'ordre que j'avais donné d'accepter les siennes, continua d'eu apporter.
Mon domestique soutenait toujours qu'il les fabriquait. La chose me semblait difBcile, car en supposant qu'il eut pu découvrir des silex assez forts pour en tirer des haches d'une pareille dimension et qu'il eut eu le talent de les tailler, il n'aurait pu, m le temps que ce travail eut exigé, en façonner un si grand nombre du jour au lendemain , et moins encore trouvé profit à le faire en les vendant de dix à vingt centimes la pièce.
Cependant, ne voulant laisser planer aucun doute sur la provenance de ces pierres, je fus, un matin, surprendre Gaillard dans la tranchée où il travaillait comme terrassier pour le compte da génie militaire. Cette tranchée avait vingt mètres de largeur, et l'excavation qu'on faisait était arrivée à environ quarante centimètres au-dessous du niveau de la Somme et à près de sept mètres plus bas que les terrains environnants. Mon homme, ains que les autres ouvriers, était enfoncé jusqu'aux genoux dans oM eau blanchâtre dont le fond était une craie décomposée; Sur !> berge, on voyait la superficie de ce même banc se dessiner hori" zontalement en une couche blanche d'environ trente-trois œnti* mètres , que dominait un lit de cailloux roulés mêlés de vMt jaunâtre, ressemblant assez au diluvium, mais nf*étaiil qu*UB d^
'alkmon. Le banc de craie blanche, également alluvien, avait dû roTenir d'un cours d^eaa et de rentraîncment des parties crayeuses Aangées de sable et de tourbe, reste d'un banc qui dominait celui- • CTest dans cette boue crayeuse qu'on trouvait cette masse de
Ayant fait creuser à des points différents et creusé moi-même, ir je m^étais aussi mis a Teau, j'ai extrait ou fait extraire, dans ae étendue de six à huit mètres carrés, une vingtaine de haches 3 tontes grandeurs, et quelques outils grossiers tenant plus ou loiiis de la forme de hache. Tous ces morceaux, soit pour le iiyailt soit pour la couleur du silex, ne différaient en rien de eux qu'on m'avait apportés. Pierre Gaillard était donc justifié. Voici maintenant la disposition des terrains sous lesquels étaient es haches, terrains formant ensemble une épaisseur moyenne de ix à sept mètres:
Terre végétale 0» 30*
Décombres ou terrains rapportés 3 00
Vase mélangée de sable de rivière 0 50
Tourbe 0 70
lit de cailloux roulés alluviens 0 60
.Marne ou craie vaseuse 1 00
Tai pris ici le terme moyen des couches , car ce terrain est oi^al et traversé par une petite rivière qui va , à vingt pas de là» se jeter dans la Somme.
Qaant aux incidents que présentaient ces divers gissements, les foici:
La terre végétale contenait des débris de verre et de poterie vernissée, quelques monnaies de cuivre, le tout moderne ou de la fin da moyen-âge.
n en était de même des terres de rapport, dont le remuement datait de différentes époques. Le dernier devait être du temps de Vanban, à qui on attribue une partie des fortifications de la place, on da moins leur restauration.
Le limon mélangé de sable de rivière contenait des éclats et de petits outils en silex d'origine celtique, arrachés de leifr gissemcnt et entraînés par les eaux.
' Sur le banc de tourbe et dans sa partie supérieure étaient
386 NOTES ET CORRESPONDAflGE.
beaucoup d'amphores brisées, dont quelques-unes de trè^-grande dimension , des vases de formes diverses « et une quantité d'assiettes, d'écuelles, de pots de cette belle poterie rouge romaine, portant souvent le nom du potier.
Sous la tourbe venait la couche de cailloux roulés alluvienst puis le banc de marne où étaient les nombreux ;Mlex qui font Tobjet de cette note.
L'eau de la Somme a été, depuis, introduite dans ce fossé, mais il n'est pas assez profond pour qu'à l'aide d'une drague on ne puisse encore, aujourd'hui 10 juillet 1856, retirer de ces mêmes haches, dont la masse est loin d'être épuisée.
NOTE t8«.
Quand on s'est occupé sérieusement d'nne question, on a droit à une critique sérieuse. Malheureusement il n^en est iras toujours ainsi , et , à la lecture de certains articles , l'auteur s'aperçoit qu'on a parlé de son livre sans l'avoir lu. Alors , comment répondre à dos objections qui ne reposent sur rien on qui sont basées sur une confusion de mots? Tel, par exemple, écrira indifféremment iiUuvim et diluvien, il n'y verra quHine même formation. Dès lors, la distinction que nous avons établie entre laa ouvrages d'hommes extraits des bancs tertiaires et ceux qai proviennent des tourbières , n'existant plus pour lui , la période antédiluvienne et celle que nous avons nommée celtîqae sont confondues , et c'est sur ce chaos qu'il basera ses dMenralioiis. Selon moi, la probité veut que l'on cite textuellement lea paisages du livre que l'on combat, car rien ne ressemble moins i une pensée que la moitié de cette pensée. Je ne prétends pas qu'il y ait toiyours mauvaise foi de la part de ces critiques t mais beaucoup comptent trop sur leur mémoire, et quelque bomw qu'elle soit, elle peut se trouver en défaut quand il s'agit d'un livre de six cents pages.
Il en est aussi qui veulent faire un article à tout priXf méiBe. sur des questions qui sont étrangères à leurs études bahitoeltos»
et qui, noyant hi le lirre que saperficiellement, peut-être même ne Payant pas hi du tout, se laissent aller à leurs propres idées, se formant un système qu^ils opposent à celui qu'ils attribuent ib rantenr; enfin ils créent des fôntômes pour les combattre, et lé mâflienreilx aiitétû', dans cette mêlée fantastique, ne sait plus Jb qiri réponire. It a beau crier : « le ne pense pas ceci ; je n'ai (Ha dit cela; il n^ en a pas mot dans mon livre; » le public, €pd fit U critique et ire lit pas le litre , n'en a pas moins jugé auteur qui: eftt aittsi condamné sans appel.
On tronre des haches celtiques qui ont été si souvent aiguisées on réparées qu^elles ont perdu la moitié et même les trois quarts de leur longueur première. Cest peut-être pour faciliter ce repassage et les enfoncer plus ou moins dans la gaîne, qu'on n'y fixait pas d'une manière définitive celles qui étaient destinées à nn usage journalier.
Ces haehes à usage et qu'on employait avec un manche, sont de dimension moyenne ou de 8 à 16 centimètres; les très-petites et les très-grandes ne servaient que comme signes, amulettes ou souvenirs.
M. de Caumont, page 221 de son Cours d'ArUiquités monu^ meaUdes, cite un passage de Guillaume de Poitiers qui dit qu'au XI* siècle, à la bataille d'Hastings, les Anglais lançaient sur les Normands des épieux, des traits de diverses sortes, des haches terribles et des pierres appUquies à des morceaux de bois.
388 NOTES ET GOARESPONDANCB.
Les outils en os et les instruments de ménage, de chasse et d'agriculture dont j'ai donné les dessins en 1847, et que j'arais découverts en 1837 et 1838, offraient aux amateurs d'antiquités un sujet de recherches' tout-à-fait nouveau, car on ne connaissait encore en bois de cerfs que des gaines. Quant aux outils en os, si on en avait découvert on les avait complètement négligés; aucun auteur n'en avait parlé, et la collection que j'en ai forint était la première. Aujourd'hui encore, elle est, je crois, la seule 011 l'origine de chaque objet soit nettement constatée.
11 est fort diffîcile, sinon impossible, de déterminer l'âge et la durée de formation des terrains d'alluvions. J'ai vu, îl y a vingt ans, le lit de la Somme où la veille naviguaient encore des navires de soixante tonneaux , être comblé en une seule nuit , sur un espace de quatre lieues , par une couche vm interrompue de quatre mètres de sable apporté par le flox de la mer qui avait fait irruption dans le fleuve. Par suite de cette invasion du sable, ce lit primitif de la Somme a disparu pour toujours, et la navigation n'a eu lieu, depuis, que par nn canal écluse.
Nous avons déjà parlé des pierres de fronde : on nomme ainsi des silex taillés en palets , de la grandeur d'une pièce de cinq francs, qu'on trouve assez communément dans les tourbières, sur le sol et parfois dans les bancs diluviens.
n&nB ET €ÏOltlkESPOliDAN€E. 389
Jfe ne suis pas convainca que ce^r pierres aient eu la destination qu*on leur attribue. Bien n^annoncc que les peuples primitifs se servissent de fronde , instrument qui n'est guère propre qu*à la chasse des volatiles et du menu gibier, et qui n^ëUrît employé , avant Tinvention de la poudre , que dans des combats r^liers et en rase campagne. Or, les Celtes, ainsi que tous les peuples chasseurs, ne se battaient que par petites troupes on eorps à corps. Les forêts étaient le lieu ordinaire où ils vidaient leurs querelles. Ten. conclus que les silex dits pierres de fronde ne servaient pas à la fronde « à moins qu'on ne suppose qat ces silex ne remontent pas au-delà de Te'poque romaine ; mais comme on en trouve autour des sépultures celtiques, à plusieurs mètres de profondeur et plus bas que les poteries romaines et gauloises, enfin que les bancs diluviens en présentent qui ont la même forme, je pense que ces pierres, quoiqu'un peu plus grandes, sont bien plus anciennes qu'on ne le croit.
Celles que j'ai recueillies près d'Abbeville étaient dans des masses
de tourbes anciennes, parmi des bois de cerf annonçant le temps
où le pays était encore couvert de forêts et conséquemment où
la chasse et les combats à coups de fronde devenaient impossibles.
Ces pierres avaient donc une toute autre destination : symboles
tnudttionnels , moyen d'échange, sorte de monnaie peut-être, il
se peut que plus tard, ramassées par d'autres peuples, elles aient
en effet été employées et imitées pour armer leurs frondes, mais
je ne crois pas que telle fut leur destination première.
J'ajouterai qu'elles sont faites avec un certain soin et qu'il aurait fallu perdre trop de temps pour fabriquer ces projectiles , tandis que le premier caillou venu, dès qu'il avait un poids convenable, pouvait remplir le même office.
La découverte d'os humains, faite par M. le docteur Spring, dans la caverne de Chauveau, a justement attiré l'attention. Nul doute que M. Spring n'ait rencontré les restes d'une des plus anciennes races humaines qui aient habité les Gaules ; cependant ,
390 NOTES ET COaBESPONDANCE.
rien ne démontre que ces débris soient antédiluviens : c^est Fopinion de M. Spring et c'est aussi la mienne. L'homme fossâe n'est donc pas encore trouvé, ou du moins on n'a eu sur son existence que des données qui ne sont pas assez complètes pour offrir une certitude. Je vais réunir ici les faits cités en y ajoatant quelques réflexions.
Dans les notes de son intéressant mémoire que M. Spring ■ bien voulu m'envoyer, je lis, page 21, que M. Dickeson, de Phîladdphie, a déterré en 1846, près de Natchez, au bord du Mississi]», i eent pieds sous le sol, un os fossile qui a été examiné à Pfailaddplne, dans la maison du célèbre ethnographe le docteur Morton, par plusieurs naturalistes, parmi lesquels était le professeur Agasns, et qu'il a été reconnu comme Tos du bassin d*un homme. Cet os humain se trouvait au milieu de restes fossiles appartenant aa megatherium ou megalonix et autres animaux antédiluviens. 11 est conservé au muséum d'histoire naturelle de Philadelphie. (Voir VEdinburgh regisUr de 1846 et VAllgemeine ZeUung d'Angsbonrg, n* 345, du 11 décembre 1846, euGn la brochure de M. Spring, sur les ossements humains découverts à Ghauveau, province da INamur. Bruxelles 1853).
M. Spring cite encore une mâchoire inférieure recaeilife dans l'une des cavernes de la province de Liège , parmi des ossamcats d'ours, d'hyènes et de rhinocéros.
Ces découvertes de débris humains dans les cavernes ne sont pas rares, et j'ai expUqué pourquoi ils ne pouvaient rien prouver. Ces cavernes ayant servi de retraite aux animaux et aux hommes pendant une longue suite de siècles, il est difiBcile de donner un âge aux débris qu'on y rencontre.
Cependant, je ferai ici une remarque. Lorsqu'on commença a examiner avec soin les os des cavernes, à les décrire et i ks réunir dans nos musées, les opposants ou ceux qui ne croyaient pas à la vieillesse de l'homme, dirent : « Voici la preuve que nous » avons raison. Si l'homme était ancien ou contemporain des, » animaux de ces cavernes, on y trouverait de ses os: les Mies » féroces, qui s'y réfugiaient, n'auraient pas manqué d^j » porter son cadavre. » Ainsi raisonnaient nos adversaires» ils avaient parlé trop tôt, et l'on vient de voir que les eswiw ont aussi fourni leur contingent humain.
NOTES ET GOMtESPONDACfCE. 391
I contitmons le résume des découvertes analo^es qui sont ■ à ao\K connaissance. C'est mainteuaut la brochure de I. Alfred Haur; qui nous les fournira.
Hr Charles Lyell a trouvé, ilaos rAuiérique scpteutrionale , un Violette humain avec des os de uiastodontes.
Uo autre squelette, rencontre' à cent qu.ilre mètres de profondeur, «BS une houillièie des terres du comté de Moira, à Ashbywoods, ■:&i«ait corps avec la houille.
.On.crâne d'homme, appartenant à la collection de feu M. Teschen, Tjût pris la nature du lignite dans lequel il avait probablement tti trouvé. (Rivière, Annales des sciences géologiques, t. I", p. 227),
On corps humain, dont les parties molles étaient converties en idîpocire, a été découvert dans le comté de Cork, dans un terrain àOki au-dessous d'une tourbière épaisse de onze pieds. (Cl. Janewn'fi. Translation of Cuvier's theory o( the earth).
J>e8 ossements humains ont été recueillis avec ceux du moa on iinormis, oiseau gigantesque dont on trouve fréquemment les os dins la Nouvelle-Zélande. {Geological quaterly journal, i&i9 cl 1S30).
En ce qui concerne les ossements de la Guadeloupe, qu'on voit an Muséum et que j'ai cités ailleurs, la question est jugée : la roche qiM les contient, espèce de travertin, n'est pas d'une formation awimie, et ce qui le prouve, ce sont les nombreux débris moiaaas qu'elle renferme.
Anx faits cités par M. Maury, nous ajouterons ceux-ci :
H. Cnvier a trouvé, dans les brèches osseuses de Hice, une portion de mâchoire humaine. (Recherches sur les ossements fossiles, toihé IV, page iSC). Cette mâchoire n'était pas dans la pâte com])3cte et ronge de la brèche, mais dans une concrétion brune et grenue, urte de Vernis stalactique.
Le même auteur cite, parmi d'autres brèches, celles du cap Palilidïe, où se montrent des morceaux de charbon de bois. Il en Mt de mêtne des brèches de Palcrme.
Ce charbon pouvait être là par suite de quelqu'embraseroent Ititlit«I, et il ne prouverait rien contre l'ancienneté de la formation de ces brèches; mais elles renferment aussi des débris de pôlellM, ce ((ui démontre que cette formation est post^ieure à MUMence de Thomme.
^'ÈHai entier, d'autres naturalistes avaient fait des liécouvertes
bïlogaes.
Spallanzani assure, dans les Mémoires de la société Ualiame^ tome III, page 439, que les brèches osseuses contiennent des os d'hommes et qu'il en a vus.
Bowle, dans son Histoire naturelle d'Espagne^ dit que cdks qu'on trouve en Aragon renferment des tibias et des fémurs humains.
Mais ces brèches appartiennent - elles à Tëpoque tertiaire, oa sont-elles postérieures et purement alluviennes? Telle est la question. Sans doute Cuvier pense qu'en général les brèches datent de la même époque que les amas meubles d'ossements d*élëphants; mais les brèches osseuses , du moins celles que l'on connaît , ne se trouvent nulle part par couche, elles sont par dépôts introduits entre les fissures des montagnes. Ces dépôts peuvent avoir été formés à diverses époques et contenir des débris d^origine bien différente : or, cette origine n^est pas toujours fodle â distinguer. L'existence des os humains dans les brèches ne r^ond donc pas la difficulté.
Je dirai la même chose des stalactites. Dans un antre de la Franconie, dit Geiss knok (grotte aux chèvres), M. Rosenmatter a trouvé deux squelettes humains couverts de stalagmites. Ils pouvaient être fort vieux, mais le contraire est également possibley car, dans certaines circonstances, ces concrétions s^agglomèrent très-promptemcnt.
Nos pères ont longtemps cru à l'homme fossile. Un thëologiai, nommé Schcuchler, prit pour un squelette d'homme celui d*un lézard et en publia la description sous ce titre: Homo dUiÊmi testis. Il était de bonne foi et le public aussi, et ce fut liien longtemps après qu'un naturaliste, un peu moins simple, reconnut que ce témoin du déluge n'était qu'un lézard du genre protma.
Le fossile humain qu'on a fait voir à Paris il y a une trentaine d'années, était encore une mystification, disons mieux une spéculation.
Je ne parle pas de ce géant qui fit l'admiration de nos pèns et dont les os qui existent dans quelque musée d'Allemagne, oa fossiles en efl'ct, ont été reconnus pour ceux d'un éléphant.
De toutes ces citations, si les premières viennent à Tappui de l'existence de l'homme antédiluvien, si l'os examiné à fUlidelphie, la mâchoire recueillie à Liège, le squelette découfert
NOl^S ET CORRESPONDANCE. 393
M. Charles Lyell, peuvent être admis comme fossiles, ces isolés et sans rapports entr'eux ne sont pas des preuves létermiBantes : pour le devenir , il faudrait qu'ils se renou- ■ etojent et fussent ofûciellement constatés. Mais ici il n'y a foe patience à avoir ; maintenant que Tëveil est donné , je ne ionte pas qu'on n'arrive à des résultats. Cependant, je ne me iyssâiniile pas que ces trouvailles partielles ne seront encore pour beaucoup de personnes que des demi>preuves. Mais, je le répète, il arrivera un jour où l'on découvrira dans la profondeur des WÊÊXS ou dans les flancs d'une montagne, à la suite de quelque l^fluid éboulement, ou enfin sur quelque terre encore ignorée un ^e^ste ossuaire humain qui résoudra enlin la question.
'.Quand ceci aura lieu, qu'on examine la charpente osseuse de t^ hommes fossiles et surtout la conformation àe leur tête, Popv y trouvera , je crois , une différence quelconque avec les f)|pes actuelles, car cette différence existe chez presque tous les nffmmifères du diluvium quand on les compare aux races i^Nnuites.
I^ dissemblances qu^on remarque entre les individus antédiluet leurs analogues actuels, ne paraissent porter sur aucune |wûe essentielle. En effet, tout annonce que les mœurs des élé- ^nnts, des lions, des bœufs, des cerfs antédiluviens étaient à peu piès'les mêmes que celles des animaux de notre époque. Je dis à pea près, car puisqu'il y a une inégaUté de forme, il doit y avoir m aussi une inégalité d'action.
< Cette modiGcation dans la forme des êtres est la conséquence aéeessaire de celle du cUmat et des locahtés, d'où résulte aussi «MT modification , non peut-être dans les besoins, mais dans les wiùfesos de les satisfaire, ce qui, à la longue, a dû modifier cette
"Cuvier, dans son discours préliminaire, tome !•% page 46 de son ouvrage sur les ossements fossiles , explique fort bien comtai&a(t à la forme des os et même d'un seul os on peut recon-
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naître les habitudes de certaines créatures. < Pour que ranimai puisse emporter sa proie, dit-il, il lui faut une certaine Tignear dans les muscles qui soulèvent sa tétc, d'où résulte une forme déterminée dans les vertèbres où les muscles ont leors attadiet et dans Tocciput où ils s'insèrent. »
Lès tourbières de la Somme offrent assez fréquemment des arbres dans leur position perpendiculaire et tels quMls ont crû, mais d'ordinaire on les trouve renversés et presque toujours dn môme côté. Or, les arbres debout penchent encore aujourd'hui du cAté opposé a la mer : ce sont les vents de mer continus qui leur donnent cette inclinaison plus ou moins prononcée , selon qu'ils sont abrités. Les arbres qu'on voit ainsi renversés Font donc été par leur propre poids et le défaut de profondeur des racines qui , lorsqu'elles rencontrent la tourbe , cessent de descendre pour s'étendre horizontalement. Arrivée à un certain point, cette inclinaison a amené la perte de l'équilibre.
Quelquefois aussi ces arbres ont été déracinés par une trombe ou un ouragan, et l'on en trouve souvent au-dessous des tourbières. Il ne faut pas croire qu'ils y étaient avant la formation de la tourbe; cela peut arriver sans doute, mais la plupart ont été jetés sur cette tourbe déjà existante et s'y sont enfoncés par leur propre pesanteur, puis de nouvelles couches de tourbe se sont établies sur les premières.
Comment se forme cette tourbe des marais? Son analyse nous l'apprend: c'est la suite de la décomposition des vitaux qui, chaque année, périssent et se renouvellent, et que hi trop grande humidité, en modifiant leur décomposition, empêche de se tourner en terre végétale. De ceci vous aurez la preuve. Exposez dea plantes quelconques à l'air et à une fraîcheur modérée: dans temps plus ou moins long, vous aurez de Phumua. Hetl» mêmes végétaux ^ans l'eau : ce n'est plus de rhumua que ▼< aurez, ce sera de la tourbe, si d'ailleurs toutes les autres oondi-
liOVES BT- GOUBSPONDANGE. 895
lîoM 7 soBit car tons les végétau ne sont pas également propres à en former. Les arbres seuls ne produisent jamais de tourbe, et la partie ligneuse n'entre que dans une proportion assez petite dans la composition de la tourbe» quelle qu'elle soit.
Tout le monde sait qu'il y a des tonri>ièr€S qu'on peut appeler sèdies et qui sont sur des penchants de montagnes oîi les eaux ne semblent pas aroir pu séjourner. Se trourent-elles là par suite de soulèremeuty ou nées dans des lacs plus élevés, ont-elles glissé du sommet sur le penchant où elles se sont arrêtées ; ou bien cette toorbe s'est-elle formée à cette place? C'est encore son analyse qui Ta nous répondre. Cette tourbe, du moins les échantillons que f en ai m, ne prâente plus des plantes aquatiques ou de marais, on y reconnait des débris de mousses, de bruyères, de pousses d'ari>res, et il y a plus de parties ligneuses que dans la tourbe d'eau; mais cette surabondance d'eau qui a empêché les végétaux d'en bas de donnar de l'humus et les a changés en tourbe, D^a pu exister sur les coteaux. Pourquoi alors y a-t-il de la tourbe? Pourquoi les détritus végétaux n'y sont-ils pas devenus humus? La question est assez difficile à résoudre. Tout annonce que ces tourbières hautes, bien que le bois, comme je l'ai dit, n'entre que pour une petite part dans leurs éléments , ne se forment que dans les forêts, sous l'inDuence de leur ombrage et de leur humidité.
Nul doute que la chaleur extrême, c'est-à-dire l'action du soleil, ne soit nécessaire à la décomposition des végétaux et à leur transformation en humus. Peut-^tre est-ce cette absence de soleil, dont les rayons ne pénètrent pas sous ces ombrages, qui a empêché la formation de la terre végétale, et c'est ce défaut d'une fermentation suffisante qui a produit la tourbe.
A-t-on étudié la tourbe répandue comme engrais et le temps qu'il lui font, mélangée à la terre, pour devenir terre elle-même? Si la tourbe devient humus dans un temps donné et par le seul &it de son exposition à l'air et au soleil , on pourrait la consid^er comme une terre végétale qui n'est pas arrivée à maturité ou une décomposition qui s'est arrêtée. Il serait utile de faire quelqn'expérience à cet égard et de soumettre a une suite d'opérations les vitaux qui constituent les différentes espèces de tourbes et d'humus. Qui sait si l'on n'arriverait pas ainsi à fa-
briquer de la tourbe et de rbumus, ou bien un engrais moins coilteux que ceux qu'on a employés jusqu'à ce jour?
De nouvelles tourbières se forment-elles aujourd'hui? La question doit être résolue affirmativement, si les conditions qui ont produit les anciennes se rencontrent encore quelque part. Les lacs dits trous à tourbes, provenant d'extractions antérieures, sont ordinairement trop profonds pour que la végétation y soit active. La tourbe doit se reproduire dans les eaux basses peu agitées et qui, d'année en année, se couvrent des plantes qui ont fait la base des anciennes tourbes. On se tromperait si l'on croyait que cette reproduction est prompte : elle demandera plus ou moins de temps , selon l'abondance des végétaux. Mais ce temps, même avec les conditions favorables, sera encore excessivement long, car il faut des siècles pour former un banc de tourbe d'un mètre d'épaisseur.
Dans le premier volume de cet ouvrage, j'ai donné, page 1S5, une coupe de terrain où l'on peut voir des bancs de tourbe sous lesquels était un banc de tuf ou de sable de rivière, ensuite un second lit de tourbe posé sur un autre lit de sable, puis encore de la tourbe reposant sur la terre végétale. Dans tous ces bancs, j'ai trouvé des débris et des objets ouvrés appartenant à diverses races d'hommes ou à des populations séparées par de longues périodes.
M. Alphonse Esquiros a fait les mêmes remarques en Bk>llande. Dans un excellent article intitulé : La Néerlande et la Fie hollandaise, qui a paru dans la Revue des Deux^MondeSy tome XII, livraison du 15 décembre 1855, il s'exprime ainsi :
« Dans les dunes de la Hollande, sous une épaisse coovertore de sable, on trouve de la tourbe, et sous la tourbe une argile mêlée de gravier, et dans cette couche, située quelquefois à nue profondeur considérable , se rencontrent des objets d'art. Oa il faut reculer singulièrement la limite des temps historiques, on U faut supposer à certains agents de la nature une puissance de formation bien active pour avoir ainsi élevé des terrains sur te terrains, depuis l'établissement de l'homme dans ces régions. »
J'engage ceux qui veulent obtenir des données exactes sur k formation des tourbières et spécialement de celles de la Hollande« à consulter ce que cet auteur a écrit à ce sujet. Son travail ,
imprimé dans la revue précitée , est extrêmement remarquable , st les conclusions en sont d'accord avec ce que j'ai pu observer xioi*^inéme, soit en France, soit en Hollande.
M. Esquiros a aussi été frappé de la propriété conservatrice 1^ la tourbe, et à Tappui de ceci, il cite la découverte qu'on a ^|e. près de Yermendaal, d'un vieux Germain habillé d'une peau l0 iMeuf, et, dans la Frise occidentale, d'un cavalier avec son slleral. Dans le musée de ZwoU, il a vu un chapeau germain, en Ësatre, que recouvraient cinq pieds de tourbe.
Je me rappelle avoir, dans ma jeunesse, entendu parler d'un çanrfdier trouvé, avec ses armes et son cheval, dans une fondrière des environs d'Amiens. Le cavalier, comme le coursier, était à I^^Mt de squelette; mais à l'armure, et mieux encore aux pièces ^monnaie échappées d'une bourse dont on a recuiili les débris, il fat établi que ce cavalier était Romain.
, |L Esquiros dit encore : « On trouve, en Frise, des tertres qui <mt la forme de tombelles. Dans ces tertres, œuvres des premiers ]^rtntants de la Hollande, on rencontre des objets d'art qu'on a f^Hlis à Leuwarden, dans un musée des antiquités nationales de la Frise. Parmi ces objets, j'ai vu avec intérêt de petites pipes à têtes fort étroites et à grossçs queues , qui avaient été trouvées dans les fouilles à une profondeur assez considérable. Ces pipes paraissent très-antérieures à l'usage du tabac. On suppose qu'elles oat servi à fumer du chanvre. Les antiquaires croient qu'elles ffXQontent au temps des Germains. On retrouve la même forme dfi pipe sur les monuments mithriaqucs. »
En 1832 et 1833 , j'ai trouvé aussi de ces pipes à une trèsgrande profondeur, dans le département de la Somme. J'en ai donné plusieurs à M.' A. Brongniart, et on peut les voir au musée céramique de Sèvre. J'ai pensé , comme M. Alphonse Esquiros et comme M. A. Brongniart, que ces pipes étaient antérieures à l'usage dn tabac. On fumait donc en France, comme en Hollande, avant qh*il y fut importé. 11 s'agit maintenant de savoir ce que l'on iiiipait : quelque vieux manuscrit ignoré nous l'apprendra un jour.
Les mollasqnes, les crustacés se tronrent dans les terrains extrêmement anciens arec une abondance qni n*ëga]e cependant pas celle des infnsoires marins qu^on rencontre en niasses énormes dans les terrains crétacés et tertiaires. Celle des nammuliteSt que le peuple a pris souvent pour des lentilles pétrifiées, est encore plus considérable, puisqu'elle constitue à elle senle une formation qu'on a nommée nummulitique ^ qui sMtend sur nne partie de FAncien Monde.
II paraît que dans les mers primitives il n'existait encore ancun poisson, et que les seuls êtres vivants y étaient des mollasqaes, des zoophites et des crustacés. Ces mers ne présentent non plus aucun débris d'arbres, de plantes et d'animaux terrestres: c*est la période silurienne.
Les poissons n'apparaissent que dans la période suivante, dite dévonienne, et ils semblent n'être que l'ébauche ou la larve de ceux qu'ils précèdent. C'est à l'époque suivante, dite jurasiiquê^ qu'on voit se développer leurs formes et paraître leurs nageoires.
Les espèces se rapprochant de celles de nos jours on dont la charpente osseuse est complète , ne datent que de la période crétacée.
Les reptiles ne viennent qu'après les poissons; on 'n*en voit pas dans le terrain dévonicn. Ils sont rares dans les bancs carbonifères et permiens. C'est dans le trias qu'on les trouve et plus encore dans les terrains jurassiques. Pendant cette période vivaient ces énormes lézards ou crocodiles qui atteignaient jusqu'à vingt-cinq mètres de longueur. Ils habitaient la mer et les fleuves et continuèrent à se montrer pendant l'époque crétacée. Les animaux terrestres étaient encore rares. Là finit la période secondaire.
L'époque tertiaire commence; le nombre des grands reptiles diminue, les quadrupèdes se multiplient: nous sommes arrivés au règne des mammifères, ceux-là mêmes dont nous retrouTons les os dans le diluvium.
Cependant il y a toujours quelques exceptions aux règles que
NOTK» ST GÛftlBSPOIIDA!iGE. 309
les géolognet ont établies, quoi qa^elks le soient d'après les Stades les plus approfondies. Entr^aatres faits, une empreinte de ireptîle a été âéeouyerte dans le terrain dévonien. Or, d'après le système adopté, les reptiles ne devaient pas, à cette époque dte la période secondaire, exister encore.
rù trouTé une écaille de crocodilien dans le diluvium, an xniliea des ossesMnts de mammilk'es, et alors les grands sanariens ne devaient pins vivre dans nos climats.
M. Auguste Langel, dont j^ai utilement consulté le mémoire ^ilamia des Dmu^Mimdes^ 15 mai 1856, p. 359) , assure que des Testes incontestables de mammifères ont été reconnus dans le terrain Jurassique qui précède la période crétacée. Ces mammiftres étaient de Tespèce des didelpbes qu'on retrouve vivants à b fkmvelle-Zélande, et qa*on nomme mammifères imparfaits.
On aurait découvert dans le trias des quadrupèdes plus anciens encore, mais ces débris étaient trop incomplets pour être sûrement déterminés.
La véritable époque des mammifères est la période tertiaire. Les pachydermes ou quadrupèdes à cuirs épais, parim lesquels il iaut compter le paléothérium, Fanoplothérium, Panthracothérium, le tapir, le lophiodon, le mastodonte, qu'ont bientôt suivis l'él^>hant , le rhinocéros , etc. , ont couvert la terre. On rencontre leurs os dans le nouveau comme dans l'ancien continent La Nouvelle-Hollande seule a conservé ses formes spéciales; peutêtre même, à c^tte époque, cette partie du monde n'était-elle pas encore sortie de la mer.
On a vu que dans les nombreuses fouilles que j'avais fait exécuter, ou dans les tranchées ouvertes par le génie pour les fossés de défense d'Abbeville ou les constructions des voies ferrées. J'avais trouvé des vases anciens de diverses époques. J'en donnerai ailleurs la description détaillée.
Parmi les vases dont je n'ai pu recueillir que les tessond, il y en a des premiers âges qui doivent remonter au principe de
Tart céramique. D'après le gissement des poteries, leurs fonnes, la composition de leur pâte et la manière dont elles ont été confectionnées, on peut déterminer jusqu'à certain point leur degré d'antiquité, parfois même à quel peuple elles ont appartenu. La chose est plus difficile pour les signes et surtout les figures. Il est à croire que les premières ont été faites en terre séchée et non cuite, mais elles ont dû se dissoudre et Ton n'«n retrouve plus. Celles que Ton rencontre assez fréquemment sont en terre rouge, blanche ou noire, ordinairement fort dure. Les plus anciennes ne présentent aucune trace de vernis; je ne pense pas qa^elies remontent au-delà de Fépoquc gallo-romaine, et dans le nombre il y en a qui appartiennent évidemment aux premiers siècles du christianisme.
Celles en terre rouge ont la couleur et la pâte de nos briques communes; elles sont ordinairement façonnées à la main. D^autres, notamment les terres blanches. Font parfois été dans des moules.
On trouve aussi, dans nos rivières et dans le sol, des poteries moins éloignées des temps modernes. On les reconnaît k leur vernis, à la grossièreté de leur travail et souvent à Tintention peu décente qui, bien que ce fussent des meubles populaires ou des jouets d'enfants, a dirigé l'ouvrier. Ces poteries donnent une fâcheuse idée de la délicatesse artistique de l'époque et de la décence pubhque.
Les figures d'hommes ou d'animaux, dont la hauteur est ordinairement de 6 à 10 centimètres, sont de cett^ faïence qui a précédé celle de Bernard Palissy; le vernis qui les recouvre rappelle quelquefois l'émail de ses plats.
Ces statuettes ne sont le plus souvent que des sifflets modifies de mille façons, où le grotesque est toujours le but de TouTrier; il y joignait la malice et ils étaient faits de manière à pouvoir contenir un liquide qui vous revenait au visage ou inondait le voisin. Ces jouets ont eu une vogue extraordinaire, si ron en juge à la quantité qu'en ramène le draguage de la SomoM et de ses affluents. Bien qu'ils se fabricassent à la main et saus l'aide de moules, ils devaient exiger fort peu de travail et se vendre à vil prix. Pour le (ini de l'exécution, ils ne dépassent guère les images que façonnent nos enfants et nos modelenn de pain d'épices.
Si la fayear dont ils ont joui a été grande, il ne semble pas qu'elle ait été de longue durée, car on n'en trouve guère que dans une seule couche de terrain et à une petite profondeur dans le lit des cours d'eau. Jamais on n'en voit sur le sol ni dans les remblais nouveaux. Il est à croire que la vogue en est passée tottt-à-coup; peut-être leur extrême licence les a-t-elle fait prohiber.
On en voit aussi sans vernis qui doivent être plus anciens: mais c'est encore Tun de ces produits dont il est fort difGcile d'assigner Fépoque et le lieu de fabrication. Si on ne les trouvait pas au sein de la France, on pourrait croire qu'ils viennent de la tribu la plus arriérée de la côte d'Afrique ou des îles de la mer du Sud; c'est la plastique à son point de départ et le mauvais goût dans toute sa réalité.
Depuis que j'ai écrit ceci, le hasard m'a fait découvrir une fabrique de figures analogues et qui est en pleine activité: c'est aux Dardanelles, près du point dit le Château d'Asie. Les poteries que j'y ai vues ont une similitude si grande par le vernis, la bizarrerie des sujets et par leurs formes, que je suis tenté de croire qu'elles étaient, au moyen-âge, un objet de grand trafic comme elles le sont encore aujourd'hui. Celles qu'on trouve dans la Somme ont pu être importées par les Génois et les Vénitiens <iui faisaient alors le commerce du monde et n'en négligeaient aucune branche.
Dans les Mémoires de V Académie de Metz, volume de 1854 et 1855, pages 598 et suivantes, dans un article intitulé: Metz et ses environs, par M. Victor Simon, conseiller à la cour impériale de Metz , on lit : « sur le territoire de la ferme de l'Hôpital , commune de Rumigny, on a trouvé plusieurs squelettes et une sépulture formée par d'énormes pierres plates et brutes que n'unissait aucun ciment. Cette tombe était recouverte par une sorte de tumulus où étaient une quinzaine de hachettes en pierre. »
Ces hachettes et d'autres que M. Victor Simon a recueillies dans divers gissements, n'étaient pas là jetées au hasard; elles étaient disposées dans un ordre particulier.
« Dans la forêt d'Avangon, près de Châtelaudrin, département des » Côtes-du-Nord, ajoute ce savant archéologue, on a trouvé, à fleur » de terre, des celtœ au nombre de vingt-huit, qui étaient renfer- » mécs dans une espèce de chambre formée de deux pierres rondes » et plates qui lui servaient de champ et de plafond, avec des » pierres placées symétriquement sur le pourtour pour en fermer » la cloison. Le tout présentait une espèce de cylindre de 25 cen- » timètres de hauteur sur 50 de base, et les celtœ étaient disposées » dans cet espace sur deux rangs, les tranchants tournés vers le » centre. »
M. Victor Simon parle ensuite d'un Mercure découvert à Anton, armé d'une hache en pierre. On en avait tiré la conséquence que Mercure remplaçait, chez les Gaulois, le dieu Odin des Scandinaves, dès -lors que les haches en pierre étaient une consécration à Mercure.
Il pense que la présence de plusieurs haches réunies dans une même sépulture pouvait annoncer que diverses personnes auraient contribué à élever le monument et pris l'engagement de veiller à sa conservation, et il cite ce que rapporte Sextus Pompeios du serment sur la pierre que les anciens regardaient comme le plus saint et le plus inviolable.
Les Arabes, d'après Savary {Lettres sur V Egypte) ^ avaient anssi ce mode de serment par la pierre. Lorsqu'ils signaient un traité, ils s'ouvraient In paume de la main, teignaient de sang le bord de leurs robes et en frottaient sept pierres placées au milieu d'eux, en invoquant Bacchus et Uranie. « Ceci, dit M. Victor Simon, semblerait expliquer le motif de la disposition des haches rangées en cercle et la réunion de plusieurs haches dans un seul tombeau. »
Il rapporte ensuite , d'après Varron , l'usage où Ton était, lors d'une alliance de peuple à peuple, de sacrifier un porc : miius poeit fœdus cum feritur porcus occiditur. Scrvius dit que ce pore était une femelle et étiit frappé avec un silex, sorte de pierre qui teit l'emblème de Jupiter : nam cum anté gladiis conficeretur a fmth tibus inventum ut silice feriretur eâ causa quod antiquum jmrit signum lapidis silicem putaverunt esse.
On peut voir ici que Mercure, divinité infernale, était armé d'une hache de pierre; que Jupiter en tenait une à la mala en place de foudre, et que ces mêmes haches étaient employée!
pour les ^rments, pour les sacrifices, pour la dédicace religieuse des tombeaux et comme témoignage de rengagement qu'on prenait de veiller à leur conservation et de rendre des devoirs aux inoiti.
M. Victor Simon termine son intéressant article par ces mots : « La continuation de Tusage d^instruments en pierre pour les sa- » crifices, au lieu d'employer le fer, peut s'expliquer aussi par la » raison seule que le silex était Temblême de Jupiter, parce qu'il • donne du feu par la percussion ; de là la pensée qu'il venait du » ciel, de là le nom de pierres de foudre ou de donnerstein chez » les Germains ; de là aussi le nom de pierres à foudre donné » dans nos contrées aux belemnites, sans doute à cause de leur » ressemblance aux silex par la forme , la couleur et la trans- > parence. »
Dans deux autres brochures intitulées, l'une : Observations sur le$ derniers temps géologiques^ l'autre : Mémoire sur des Antiquités trowoées près de Vandranange, 1851 et 1852, M. Victor Simon entre dans de nouveaux détails sur l'arrangement des haches enfouies. Il en a vu disposées en cercle, entourant une hache plus grande.
Près d'Epinal , des haches de pierre étaient placées en rayon autour de la tête d'un squelette humain et formaient une auréole.
Les Romains n'en savaient pa& plus que nous sur l'origine de ces pierres, mais ils en faisaient un très-grand cas et les considéraient comme un produit du ciel et une émanation du tonnerre.
Les Juifs se servaient de pierres tranchantes pour pratiquer la circoncision, et c'était avec un couteau de pierre que se mutilaient les prêtres de Cybèle.
Les Scandinaves et d'autres peuples mettaient une hache de pierre sous la tête de leurs guerriers morts.
Il résulte de ces faits et de ces citations que les anciens attachaient une idée religieuse , non -seulement aux haches de pierre elles-mêmes , mais à l'arrangement qu'ils leur donnaieut. Cet arrangement devait donc signiûer quelque chose , être une sorte d'inscription commémorative, ce qui vient encore à l'appui de ce que j'ai dit des signes et symboles.
Si Ton admet que les iHres de notre époque descendent des êtres antédiluviens , il faut bien reconnaître aussi la possibilité d'une modification de forme sans changement d^espèce, et convenir que le type ou le signe caractéristique d'un genre on d^une famille est plutôt dans ses mœurs, son instinct, son caractère moral, son degré d'intelligence surtout, que dans sa conformation apparente. Nul doute que l'un ne soit la conséquence de Tautre, et que la modification des formes ne soit toujours pr^ïédée de celle des habitudes et dès-lors d'un changement dans la volonté, déterminé par celui des besoins. Mais ces modifications peuvent avoir lieu sans croissance ni décroissance morale, et les diverses apparences d'hommes que nous avons citées, présentent, malgré la différence de couleur et de figure, un môme degré d^intelligence. Voilà pourquoi ces variétés humaines peuvent être plus ou moins nombreuses, sans pourtant qu'il y ait plus d'une espèce d'hommes. Ce qui le prouve, c'est que toutes ces nuances s'unissent et se perpétuent. Ceci n'arriverait pas s'il y avait deux races distinctes: celle, quelle que soit son apparence, qui ne se reproduirait pas par suite de son union avec la nôtre, serait ou supérieure ou inférieure à l'humanité.
NOTE 3t«.
On a exagéré beaucoup la taille de certains quadrupèdes fossiles ; cependant le mastodonte vellavus , dont on a trouvé des débris dans diverses parties de la France , était d'un tiers pins grand que le mastodonte giganteus de Cuvier. II devait avoir quinze à seize pieds de haut , c'est-à-dire trois à quatre de ploi que les plus grands éléphants.
En mars 1853, dans la fente d'un madrier de chêne découvert
^u fond d*un étang des environs de Migné (Indre), était une
^ache en silex qui avait probablement servi à l'équarrir. Ce chêne
^vait pris la teinte de Tébène et portait quatorze centimètres
d'éqnarrissage.
Tai plusieurs fois rencontré, dans les anciennes tourbières, des soliveaux et des planches qui avaient ainsi été coupés et travaillés avec des instruments de pierre.
Les musées publics de France et d'Angleterre offrent de riches collections de meubles, d'instruments et d'armes provenant des peuples sauvages de toutes les parties de la terre. Parmi ces objets , il en est beaucoup de neufs ; il en est même qui ont été faits pour la circonstance, car rien ne s'insinue plus vite chez les nations, même les plus arriérées, que le besoin d'échange ou de trafic.
Les habitants d'une île jusqu'alors inconnue voient arriver un navire en cours de découvertes, dont l'équipage, comme toujours, lui achète à des prix exagérés des flèches, des arcs, des casse-téte, des parures, des amulettes, etc., objets de pure curiosité pour nos navigateurs qui ne les paient pas moins en bonnes marchandises, en outils de fer, en étoffes, etc.
Alléchés par des bénéfices très-réels, le navire parti, nos insulaires, qui espèrent en voir arriver un autre, ne manquent pas de façonner tout ce qu'ils croient pouvoir placer avec avantage : mais c'est alors bien moins leur goût qui les dirige que celui de l'acheteur pr^umé. Ces objets , résultat d'une sorte de commande , ne représentent donc pas toujours l'état industriel du pays et les types originaux ou traditionnels.
Quand les voyageurs achètent de ces échantillons, ils de-
vraicnt s'informer de Fe'poque de leur fabrication et choisir de préférence ceux qui sont les plus anciens, car ces peuples « à moins qu'on ne les suppose nés d'hier, ont nécessairement leurs antiquités. Les instruments en os, en coquillages, surtout en pierre, ont une durée indéfinie. Qui peut donc assurer que les haches et pointes de flèches, notamment celles en jaspe, en agathe, en silex, qui, en raison de leur dureté et de la difficulté du travail, doivent être précieuses pour ces sauvages, ne sont pas un héritage de famille et n'ont pas passé de génération en génération? S'il n'en est pas ainsi de toutes, il doit certainement s'en trouver dans le nombre, car ce sont des objets qui ne s'usent guère et qu'on ne met pas au rebut tant qu'ils peuvent servir.
La nouveauté du manche en bois ou des plumes qui y sont jointes, n'indique nullement celle de la pointe de silex ou d'os, et chacune de ces pointes a dû user plusieurs manches.
Dans la séance du 19 mai 1851, M. Alfred Maury, membre de la Société des Antiquaires de France , a lu un article inséré depuis dans le vingt-et-unième volume des Mémoires de cette société , et qui a pour titre : Des ossements humains et des oU' mages de mains d'hommes enfouis dans les roches et les couekee de la terre, M. Maury y a parlé, en termes bienveillants, de ma personne et de mon livre des Antiquités celtiques et arUédihH viennes, et je l'en remercie. Cependant, je dois relever ici quelques erreurs qui se sont glissées dans son compte-rendu.
Il dit, page 27 : « Remarquons d'abord que les ossements humains, » les pointes de flèches, n'ont été rencontrés, du propre sirea de » M. Boucher de Perthes, que dans le terrain diluvien supérieur, » où l'on n'a découvert d'ailleurs que des ossements d*espèoes » animales appartenant à la Gaule. »
Il y a ici quelque malentendu, car je n'ai jamais trouvé d*OBsements humains dans les terrains diluviens, pas pins dans les bancs supérieurs que dans les bancs inférieurs, et conséquemmeit
je n'ai pas pu récrire. Mais la suite du paragraphe prouve que
rhonorable rapporteur a attribué aux tourbières ce que j'ai dit
da diluTium et vice versa , car il continue ainsi : a En fait de
» produits de l'industrie humaine trouvés dans les couches infé-
» rieares , on ne rencontre que des haches en silex , c'est-à-dire
» précisément des substances très-dures et dont la forme même a
». faicitité renfoncement dans un terrain aussi meuble que sont les
». tourbières du voisinage de la Somme. »
S'il s'agit de tourbières, il ne s'agit donc pas de bancs terou diluviens. Mais même en parlant de ces tourbières, je ."•ai pu dire qu'on ne rencontrait dans leur couche inférieure que hiM^hes qui s'y trouvaient entraînées par leur poids. Cela peut niver sans doute, mais le contraire arrive tout aussi souvent, au-dessous des haches on recueille fréquemment des vases de et des silex dits copeaux fort légers. En rendant compte fouilles que j'ai opérées , j'ai toujours établi une distinction les objets trouvés à Fcndroit même oii ils avaient été mis, ^t ceux qui y étaient parvenus par accident ou par suite de leur ;pesanteur.
Ce savant ajoute même page : « Il est très-permis, après avoir a» lu le livre de M. Boucher de Perthes, de conserver des doutes » sur l'exactitude des observations relatives aux hauteurs auxquelles a» ces haches ont été trouvées. »
Je pourrais répondre à ceci : Qu'importe la hauteur du terrain ! Tessentiel est que ce terrain soit vierge , c'est-à-dire qu'il n'ait pas été fouillé, surtout qu'il ne soit pas compos.é de remblais ou dfi terres rapportées. Or, ici la distinction est facile : les couches horizontales du diluvium , les lits de sable ou de silex qu'on y rencontre , laissent apercevoir la moindre infiltration des terres , et les ouvriers ne s'y trompent pas plus que le géologue. Us itomofient poteaux ces coulées provenant des couches supérieures, et il suffit d'en voir un pour les reconnaître partout : c'est une ^%ne perpendiculaire qui coupe une ligne horizontale.
On ne se trompera pas davantage sur les tourbières. Je n'en Connais pas de nouvelles, toutes celles que j'ai vues sont le prodes siècles. Les fosses que laisse Textraction de la tourbe , il y en a de très-anciennes , sont rempUes d'une eau limpide «lu fond de laquelle est une vase mêlée de sable d'alluvions et d'un
terreau noir suite de la décomposition des régëtaux; mais ce n'est pas de la véritable tourbe, et si c'en est la base, elle est encore à se parfaire. Tous ces terrains portent leur cachet, on ne peut confondre Tun avec Tautre : le banc diluvien , la toorbière à exploiter , celle qui Ta été , se distinguent au premier coup d'oeil.
On ne peut pas non plus se tromper ici sur la hauteur ou la profondeur d'une excavation : la rivière et sou niveau sont là pour vous dire où vous en êtes. J'ajouterai que MM. les ingénieurs» qui voulaient bien me prévenir lorsqu'ils creusaient des tranchées profondes pour des travaux publics, ne me refusaient jamais leur avis lorsque je le leur demandais : leurs calculs rectifiaient les miens.
Je dirai la même chose des coupes de terrain faites dans le diluvium. Elles l'ont été, non par moi seul, mais par des hommes très-compétents et fort exercés dans ce genre de travail, et elles ont été vérifiées depuis par plusieurs géologues. Elles sont donc exactes et l'on peut s'en rapporter aux dessins.
D'ailleurs, rien n'empêche ceux qui auraient des doutes de recommencer cette vérification. Les lits de tourbe, de tuf, de sable fluvial , que j'ai cités , se voient même aujourd'hui en plus d^nn endroit des fossés de défense de la place d'Abbeville, et lors de la retenue des eaux , on peut distinguer jusqu'au fond la super* position des couches.
Ceci est plus facile encore pour le diluvium de Mencheoourt et du moulin Quignon. Ces terrains , qu'on n'a pas cessé d'exploiter et où l'on trouve, comme par le passé, des ossements fossiles et des silex travaillés, ne sont pas inondés; les lits horizontaux de sable , d'argile , de silex , y sont complètement à découvert. Qu'on rapproche ces os et ces pierres ouvrées de chacune des couches , on reconnaîtra sans peine de laquelle ils proviennent, car ils en ont conservé la couleur.
M. Maury , page 28 , cite la découverte que j'aurais laite de « deux mâchoires d'éléphants dans des alluvions près d'Abberille. » Je n'ai point parlé d'alluvions ; je n'ai trouvé d'ossements d'éléphants que dans le diluvium ou des bancs tertiaires bien reconnns pour tels, puisqu'ils l'ont été par Cuvier et Al. Brongniarl» et que ces mêmes bancs , cités dans leurs ouvrages , ont fimmi
NOTBS pr G0BBE8P0NDANGE. 409
plosieiirs beaux échantillons fossiles d'éléphants , de rhinocéros, etc., qu^on peut voir au Muséum d'histoire naturelle du Jardin des Plantes , avec indication des lieux et des couches dont ils sortent. Qr, c'est dans ces couches même que j'ai recueilli des liaehes et des couteaux, et je ne suis pas le seul. Sans compter les ouyriers, je pourrais citer ici vingt personnes qui, sur mes indications, se sont décida à chercher et qui en ont trouvé c^omme moi et comme en trouveront toutes celles qui voudront suivre avec quelqn'attention l'exploitatiou des bancs de silex, 'existence de ces haches et couteaux dans le diluvium est, dans département, de notoriété pubtique.
On le voit donc, il n'y a pas moyen de confondre les lieux ^'extraction , et j'ai déjà dit qu'il sufiisait de voir une hache l^rovenant des bancs tertiaires pour être certain qu'elle ne pouvait sortir d'une tourbière, parce qu'elle a contracté la teinte du diluvium d'où elle sort, et que sa forme, non plus que sa couleur et la nature du travail , ne ressemble à celle des haches des tourbières. Si l'honorable rapporteur avait pu voir les terrains et les objets qui en proviennent, il n'aurait pas dit que j'avais pn prendre pour des haches, des silex bruts. S'il en était ainsi, tous ceux qui ont examiné ces haches , et dans le nombre je puis compter plusieurs archéologues célèbres, se seraient trompés avec moi, car pas*un seul n'a émis un semblable doute : un silex brut ne ressemble pas plus à un silex ouvré, qu'un diamant taillé à celui qui ne l'est pas.
J'ajouterai que j'ai envoyé à Paris une caisse de ces silex du diluvium, pour être soumis à une commission de l'Académie des Sciences, et que les membres de cette commission ont déclaré, à Vunanimité, que ces pierres étaient travaillées de main d'homme. Sur vingt, ils n'en ont rejeté que deux comme offrant un travail douteux.
Aux exemples que j'ai cités sur l'âge et les dimensions que peuvent acquérir certains arbres, je dois ajouter celui-ci: 11 existe, assure-t-on, en CaUfornie, dans le comté de Cala-
410 NOTES ET CORBESPONDANCE.
veras, à vingt milles de Murphi, un cèdre qui, au raz de terre, a 92 pieds de circonféreDce ; à quatre pieds de hauteur, 88 pieds; à quatorze pieds, 61. Sou élévation est de 285 pieds. Il est partout droit cl régulier. On a calculé, par ses couches concentriques, quMl est âgé de deux mille cinq cents ans et quMl croît d*un septième de pouce par année, couséquemment que son diamètre augmente de 1 pied en quatre-vingt-quatre ans.
Ou voit, dans le musée communal d'AbbevilIe, les restes d^une pirogue celtique qui, en mai 1834, a été trouvée sous la tourbe a Estrebœuf, près Suint- Valery-sur-Somme. Cette pirogue, faite d'un seul tronc de chénc, était, au moment de sa découverte, longue de 10 mètres , large en moyenne de 53 centimètres et profonde de 49. Plus large à la proue qu'à la poupe, elle porte un trou qui a dû servir à placer un mat. Les bordages varient de 6 à 11 centimètres d'épaisseur. Le dessin et la description de cette pirogue, par M. le docteur Ravin, sont dans le volume des Mémoires de la Société d'Emulation d'Abbeville, année 1834, page 81 et suivantes. La pirogue elle-même, assez fortement endommagée par relTet de Tair et du soleil sur un bois en dissolution, est déposée, comme je viens de le dire, au musée d'Abbeville.
D'autres embarcations gauloises ou celtiques ont été trouvées en France; mais je crois qu'il n'en existe aucune, faite d'un seul morceau de bois, de 10 mètres. Celle-ci a encore en ce moment, malgré sa détérioration, plus de 9 mètres de longueur.
Les Hébreux, comme le rappelle M. Henri Martin dans nu très-bon article inséré dans la Revue de Paris^ 15 décembre 18^4,
intitulé: La Gaule avant Jésus-Christ , avaient en aversion les pierres taillées. Voici ce que disent les Livres saints:
« Tu ne feras ni sculptures, ni images des choses qui sont » dans le ciel , ou sur la terre , ou dans les eaux , ou sous la » terre; tu ne les adoreras pas et ne leur rendras aucun culte.
» Si tu m'élèves un autel en pierre, tu ne le feras pas avec » des pierres taillées. Si tu y mets du fer, il sera souillé.
» Tu élèveras un autel au Seigneur ton Dieu avec des roches » informes et non polies, et tu y offriras' des holocaustes au » Seigneur ton Dieu. (Exod., chap. XX. Deuter., chap. XXVII.) »
Et ce commandement de MoTse n'était qu'une tradition d'Abraham , qui n'était elle-même que celle de Nachor et autres patriarches de l'Asie centrale.
Il résulte de ceci que les monuments de pierres brutes ont été honorés par les hommes dès la plus haute antiquité et que ce sont probablement les premiers qu'ils aient érigés. Ajoutons que n'ayant ni outils, ni compas, ni aucuns principes de dessin, de sculpture ou d'architecture, il leur eût été difUcile d'en élever d'autres.
Plus tard, c'était par respect pour la tradition que les patriarches de l'Asie, qu'Abraham, puis Moïse, défendaient l'emploi des pierres taillées pour fonder des autels.
D'après ces faits , on ne peut raisonnablement croire que ces dolmens, que ces pierres levées que nous avons appelées druidiques, étaient l'œuvre des druides ou des peuples qui suivaient leur culte ; il est certain que les Gaulois, puis les Romains, avaient trouvé ces monuments existants, et qu'en les honorant ils ne faisaient que suivre une coutume dont ils ignoraient l'origine.
Quant à nous, si nous nommons ces pierres celtiques ^ ce n'est pas que nous les attribuions aux Celtes; nous avons pris cette dénomination faute d'autre, pour exprimer un peuple très-ancien et une date inconnue.
Admettons donc comme vraisemblable que ces pierres levées qu'on trouve non seulement dans toute l'Europe, mais en Afrique, en Asie, jusque dans l'Inde et en Chine, sont les plus vieux monuments du monde, non pas toutes peut-être, car depuis on a pu en ériger par imitation, mais la plupart. Ce culte a probablement existé chez les peuples antédiluviens comme chez les
412 NOTES ET COBRESPONDANCE.
peuples postérieurs, parce qu'il est dans la nature, et que rhomme, lorsqu'il a conçu la Divinité, lui a aussitôt supposé une forme et dressé un autel.
Qu'est-ce qui distingue Tâme de la matière?— L'individualité. —Qu'est-ce qui prouve l'individualité ?— La volonté. — Qu'est-ce que la volonté?— C'est l'être. Oui, la volonté est non seulement la manifestation de la vie, elle est la vie môme: nous la nommous instinct chez les animaux et raison chez les hommes. C'est le mobile de toutes nos actions : elles ne sont pas nôtres, qoaDd cette volonté ne les détermine pas.
Qu'est-ce qui détermine la volonté?— Le besoin, qui devient désir, passion, entraînement. Le besoin est le moteur de tous nos actes, quoique souvent il ne soit que factice et porte sur ce qui n'est ni nécessaire ni utile , bien plus , sur ce qui est nuisible, et qu'il persiste même après avoir été satisfait. C'est alors un besoin qui naît moins de notre nature que de notre imagination pervertie.
C'est donc la mauvaise application du besoin qui fait tous les excès et par suite tous les vices, tous les crimes.
On a souri quand j'ai dit que l'animal avait une conscience , c'est-à-dire une notion ou si l'on veut l'instinct du bien et du mal, dû juste et de l'injuste. Cependant, si l'on y réfléchit, il faut bien qu'il en soit ainsi, puisque cet animal a le sentiment de son existence et qu'il la défend contre qui l'attaque. Qu'y a aussi celui de la propriété et qu'il ne se laisse enlever ni son nid ni sa nourriture.
11 a également la prescience du plaisir et de la douleur. Il cberehe l'un et évite l'autre. 11 sait ce qui plaira à l'être qu'il aifectioiuw et ce qui nuira à celui qu'il hait ou qu'il craint il ne traiten certainement pas ses petits comme le voleur qui vient pour les lui ravir. Or, dans ce rapt auquel il s'oppose, voit-il une aolioii juste? ^Certainement non.— > Eh bien! il ne peut non plot la
NOTES ET COREESPONDANCE. 413
roir telle quand il cherche à en faire autant à un être son semblable.
La forme , en ce qui frappe nos yeux dans la créature , n>st ue la représentation de Tétat de Fâme et le résultat des actes e cette âme ou la conséquence de ses penchants bons ou mauais, et de ceci nous avons la preuve journellement. 11 est évident ^^e les passions d^un homme, les faits qui en naissent, sa convoite et ses habitudes influent d'une manière visible sur sa constitution et sur ses traits. Ce n'est donc pas la forme qui produit les penchants et la volonté bonne ou mauvaise, une telle croyance serait du matérialisme, car on pourrait en induire que Fâme est née de la matière; c'est absolument le contraire: c'est cette âme pourvue du libre arbitre ou de la conscience du bien et du mal, ou de son instinct si vous parlez de l'animal ou de l'homme enfant, c'est cette âme, dis-je, qui produit la forme en s'harmoniant , au moyen des sens, aux éléments parmi lesquels elle doit vivre.
Une grande cause d'erreur , c'est que nous prenons souvent l'effet pour la cause. La forme animée est un effet, et cet effet ne peut être qu'à la mesure de la cause. Si l'âme est la vie, si la vie est toujours individuelle et constitue un être, cet être, en se manifestant par la forme, ne peut se montrer que tel qu'il est.
A la fin de mai 1856, se présenta chez moi un ouvrier terrassier, parlant français avec un ajccent alsacien très -prononcé et qui me dit se nommer Knecht. 11 paraissait très-fatigué et arrivait de Roye (Somme), a ce qu'il assurait. 11 était venu chercher du travail à Abbeville, parce que le terrain était fort dur à Roye et le fatiguait trop. Alors il tira d'un sac quatre
figurines de fer de 14 à 15 centimètres de haut, représentant quatre personnages ayant le costume du XU* siècle, mais dont, malgré Toxidation, toutes les parties étaient bien conservées. D^ailleurs, rien de plus curieux que ces statuettes qui, dans leur bizarrerie, caractérisent au mieux une époque.
Il commença par me dire que tout le monde, dans les rues, Tarrêtait pour les voir; qu'on lui avait dit qu'elles valaient mille francs, et que s'il ne les vendait pas ce prix, il en tirerait bon parti en les montrant au public.
Lui ayant demandé d'où elles provenaient, il me répondit qn^il les avait trouvées à six mètres de profondeur, à Roye, derrière le cimetière, après le pont, en travaillant au chemin. Elles étaient placées dans une marmite de fer de 40 centimètres de hauteur sur 35 de largeur. Cette marmite posait sur trois pieds; elle était presque carrée, ornée de quatre têtes avec anneaux, dont une avait été brisée.
En outre de ces figurines , la marmite , ajoutait-il , contenait des clefs et des cadenas qu'on avait distribués à qui en voulait, et l'on n'avait gardé que les quatre figures qu'il s'était chargé de vendre au profit de ses camarades.
De mille francs qu'il en voulait d'abord, il se rabattit à cent, et quand il vil que je n'en voulais pas à ce prix, il m'en demanda cinquante, puis vingt-cinq que je lui donnai.
Je croyais avoir fait une belle trouvaille, mais bientôt j'appris que le même ouvrier s'était présenté chez deux autres amateurs et qu'il leur avait vendu à chacun quatre figures absolument semblables aux miennes, puis qu'il avait gagné l'embarcadère et était parti. Ceci me donna des soupçons. J'examinai de près les figures : je reconnus qu'elles étaient en plomb revêtu d'une couche épaisse d'oxide de fer. L'illusion était complète et, en fiait d'imitation, je n'ai rien vu de plus parfait: je ne regrettai donc pas mes vingt-cinq francs. Mais je n'en avais pas moins été mystiflé comme mes deux confrères en archéologie, et même un peu mieux qu'eux, car ils n'avaient paye les leurs que vingt francs. II est vrai que j'avais eu l'histoire en sus : elle valait bien cinq DranGS.
NOTES ET COBBESPONDANGE. 415
La navigation à vapeur n'est pas nouvelle. Voici la liste de ceux qui firent, à cet égard, des expériences plus ou moins heureuses :
Blasco de Garay, le 17 avril 1543 lançait à Barcelone, en présence de Charles-Quint, un navire mû par la vapeur;
Le marquis de Worcester renouvella Texpérience en 1663;
Le capitaine Savary en 1693 ;
Papin en 1696.
Depuis, bien des essais ont encore été tentés, mais en définitive aucun n'a réussi, puisque ce n'est qu'en ce siècle que Fulton est arrivé à utifiser cette découverte et à la rendre pratique.
Il en est de même de Thélice. On a pu l'inventer avant Frédéric Sauvage et l'employer même à la navigation ; mais ce n'était pas tout de l'inventer ni de l'employer, il fallait qu'en l'employant on fit marcher un navire mieux qu'il ne marchait à la voile ou avec les aubes. C'est Frédéric Sauvage qui , le premier , y est parvenu , et ceci après vingt ans de travail et d'essais. C'est donc a lui qu'en revient l'honneur, car la plus belle théorie n'est rien tant qu'elle reste inutile, c'est-à-dire quand on ne sait ni en populariser l'application ni en obtenir de résultat.
J'ai cru, comme beaucoup d'autres, comme BufTon, comme Cuvier, que le hareng venait des pôles, mais je me trompais. J'ai vu et touché, à Dieppe et ailleurs , dans les flaques d'eau qui restent dans les parcs de pêche, de tout petits harengs qui étaient nés évidemment sur les lieux. Les voyages des harengs se font seulement de bas en haut et de haut en bas, c^est-à-dire qu'à certaines époques de l'année ils sortent des profondeurs de la mer, viennent à la surface chercher du jour, de l'air, du soleil et des amours. Ils errent un peu dans les environs pour trouver la place qui leur convient, pondent et fraient, puis retournent aux lieux d'où ils sont venus , c'est-à-dire à une pro-
fondeur assez grande pour y trouver un abri contre les hommes et les hivers.
Les harengs naissent donc partout, dans nos mers tempérées comme dans les mers glaciales. On cesse d'en prendre parce qu^ils s'enfoncent trop profondément et que leur masse, dit-on, y est si épaisse et si serrée que le filet l'atteint sans pouvoir Tentamer.
Ils se multiplient dans les mers comme nous voyons les moucherons se multiplier dans Pair et les pucerons sur la terre. On a vu dans la Manche , avec un seul bateau , les pteheurs retirer de leurs filets, dans vingt-quatre heures de pèche, deux a trois cent mille harengs; d'autres ont été obligés d'en rejeter à la mer, pour ne pas sombrer sons leur poids.
Autrefois, sur la côte de Suède, ce poisson arrivait en si grand nombre qu'on en faisait de l'huile ou qu'on l'employait comme engrais. Cela s'explique : chaque hareng femelle porte en moyenne vingt-neuf à trente mille œufs; et on a vu, à certaine époque ' de l'année, les rivages du Kamtschatka couverts d'un demi-ponce de frai.
On sait que les femelles sont deux fois plus nombreuses que les mâles: dès qu'elles ont déposé leurs œufs, la semence répandue par les mâles les féconde à peu près comme' le pollen de certains arbres va féconder au loin les fleurs femelles.
On a attribué aux Hollandais l'art de saler le hareng, mais c'est une erreur. Cet art était connu des Romains, qui probablement le tenaient d'autres peuples. Mais ce fut le Hollandais Benkels ou Benkelings qui , en 1347 seloii les uns , en 1116 selon les autres, inventa le paquage, procédé de conservation bien supérieur à ceux connus jusqu'alors.
A la mort de Benkels, qui n'était qu'un pauvre matelot, les Hollandais lui élevèrent un monument, et l'histoire rappwle qu'en 1556 Charles-Quint alla avec sa sœur, la reine de Hongrie, manger un hareng sur son tombeau.
M. A. de Quatrefargcs, dans un mémoire qui offre d'intéressante détails sur le hareng, nous indique le moyen d'en extraire rhnile. Ce moyen est bon à connaître, car on pourra l'appliquer à Bien d'autres poissons ou à leurs résidus.
On fait bouillir le poisson pendant cinq à six heures dans une chaudière en cuivre, eu ayant soin de remuer jusqtt*à ce
NOTES ET CORaESPONDANCE. 417
^pie le hareng soit en pâte. On éteint le feu; on ajoute de Teau fioide , et au bout de deux à trois heures , Thuile arrive à la •morËÊce; on la laisse déposer, on la filtre et on la met en iNorii. Certains peuples l'emploient à la cuisine et la trouvent ifete- bonne.
'■' A la vue de cette étrange reproduction des harengs, on con- «goil que si la mort ne nous venait pas en aide contre certaines ses, en peu d'années elles couvriraient la terre et encombreraient mers. Un naturaliste assure qu'une mouche femelle peut, dans année, par elle et sa descendance, donner naissance à plus dte deux millions de mouches.
Une punaise produit deux cents punaises à la fois, et une seule îAé ces femelles de hareng, quinze mille jeunes, en supposant que Ibi moitié de ses œufs viennent à bien.
' Une morue contient un nombre d'œufs excédant celui des êtres lliimains vivant sur la terre, ou près d'un milliard.
Une goutte d'eau de l'Océan a offert plusieurs milliers d'individus.
Nous avons fait de grands progrès dans la botanique du sol on de la surface, mais nous connaissons bien peu l'histoire des pkntes subterranées. 11 nous reste donc à faire, après une étude approfondie, un livre intitulé: De la botanique souterraine. C'est tfdrs que nous apprendrons à connaître ces germes, ces graines, oes rejetons qui peuvent rester enfouis pendant des siècles pour reparaître ensuite tous ensemble, c'est-à-dire par groupe d'espèces ou de ce que nous appelons ainsi, car qui sait si l'une n'est pas mi degré du développement d'une autre, et si ces graines, ces germes, ces rejetons ne se modifient pas a la longue, de manière à nous montrer une transformation complète, ou si l'on veut, une espèce devenue une autre espèce? Je sais que cela est mie hérésie , mais dans les sciences naturelles , il en est bien d^autres qui sont devenues articles de foi.
Les tourbières et les gissements gallo-romains offrent souYent des cuillères eu cuivre qui , au lieu d'être ovales comme les nôtres , sont complètement rondes. J'en ai de dorées et d'argentées, mais jamais je n'en ai vu de rondes qui fussent en argent ou en étain, et ce n'est qu'à une époque très-rapprochée de nous que les cuillères ovales et d'un autre métal que le cuivre sont devenues à la mode.
Ces cuillères rondes ont donc été d'un usage général pendant bien des siècles. Il en est qui, à l'extrémité du manche, ont une figurine représentant quelque dieu du paganisme, et tout annonce qu'elles sont romaines. D'autres ont une vierge. Enfin, on en voit avec une estampille ou l'empreinte d'un poinçon , probablement en raison des feuilles d'or qui les couvrent : celles-ci ne doiyent pas avoir plus de deux à trois siècles.
On ne s'explique pas ce qui a pu faire tenir si longtemps à cette forme ronde , assez incommode et qui , aujourd'hui , n^est plus employée que pour les grandes cuillères à transvaser les liquides. Ceci tepd encore à prouver que certaines formes se perpétuent de siècle en siècle sans se perfectionner, quoiqa^elles aient grand besoin de l'être : l'habitude fait qu'on n'en sent pas les inconvénients.
Je ne puis dire si la fourchette est d'un usage fort andeii, mais je n'en ai jamais vu en bronze. Celles en fer ne sont pas rares en ce pays. J'en ai trouvé une à trois dents; le mancbs, terminé en trèfle, est formé par trois fils de fer tordus; sa longueur est de 15 centimètres.
Une autre, en fer doré, est à deux dents et n'a qae 10 centimètres de longueur.
Celles qu'on rencontre le plus fréquemment dans la Somme et les terrains rapportés sont des instruments à six, sept et huit dents, dont la dimension varie de 14 à 18 centimètres. CeS dents forment presque la moitié de la longueur totale de Foutii qm est terminé par un crochet servant à le suspendre à nne courroie. Le nombre de ces dents et leur longueur me font crom que ce n'était pas là un meuble de table, mais un peigne pour
NOTES £T COBBKSPONDAN€E. 419
la crinière des elieyaux, oa peut-être un outil de fabrique ser- Tant à démêler la laine, le chanvre ou le lin.
Au surplus, CCS fourchettes, comme ces peignes, ne me pa- Taissent pas avoir une grande ancienneté ; peut - être même se Tapprochent-elles de Tëpoque moderne. Dans tous les cas , c'est à rage de fer qu'elles appartiendraient.
Je disais que je n'avais jamais trouvé de cuillère ancienne de kirme ovale. Je me rappelle qu'il en existe une dans ma collection. Elle provient des tourbières et pourrait bien appartenir à la période gauloise. Elle annonce l'enfance de l'art. Elle est ffdtB d'une lame de cuivre battu, dont on a roulé une partie Pour foire le manche.
Une des choses qui s'opposent le plus à la popularité de la ^science et dès lors à ses progrès, est le peu de rapport qu'ont ^souvent les termes scientiGques avec la langue usuelle et la pro- ^Xionciation nationale. Ils fatiguent la mémoire, blessent l'oreille ^t écorchent le gosier. On les prononce à moitié , et l'on finit |>ar ne plus les prononcer du tout. Cependant ils se naturaliseraient à la longue, si chaque chef d'école ne voulait pas avQir l'honneur d'inventer des dénominations nouvelles. Ici la confusion commence, et si elle continue, on est menacé de ne plus s'entendre du tout.
Un congrès annuel de savants et une commission permanente seraient, selon moi, nécessaires pour arrêter cette nouvelle Babel et fixar d'une manière positive la langue scientifique de l'Europe.
Les ossements fossiles de plusieurs mammifères qui ne vivent aujourd'hui que dans les latitudes chaudes et qu'on rencontre fréquemment dans le diluvium, indiquent que le climat a changé
420 NOTES BT CORRESPONDANCE.
depuis le dernier cataclysme diluvien. Ce qui le prouTerait mieux encore, ce sont les empreintes et débris de Tëgétaux que présentent les houillères. Si Ton ne peut rendre à nos pays, en supposant qu^ils y fussent utiles, ces mammifères des zones brûlantes, il n'en est pas de même de ceux dont on trouve les restes dans les tourbières; tous leurs analogues n'ont pas été détruits; on rencontre encore dans les forêts de la Lithuanie, où je les ai vus moi-même, de ces aurochs ou zoubles autrefois si abondants dans les Gaules. Cette belle espèce pourrait, avec un peu de soin, être restituée à nos contrées.
En ce qui concerne les races dites domestiques , les soins de nos éleveurs ont eu pour résultat, non pas d'en former de non* velles, mais de rendre aux races dégénérées la taille et la force qu'elles avaient dans leur principe: les bœufs, les porcs, en sont un exemple. Quand on compare les débris de ces animaux venant des anciennes tourbières avec les types plus récents ou du moyenâge, on est étonné de voir combien les premiers l'emportent sur les seconds. Mais si l'on rapproche ces premiers de leurs analogues d'aujourd'hui pris parmi les plus beaux , on voit que ceux-ci ne leur sont pas inférieurs.
On pourrait rendre aussi à nos bois plusieurs familles de daims ou d'élans, qui y vivaient également.
Presque tous nos grands fleuves avaient des castors ; Va Somme en offre de nombreux débris. — Le castor , dira-t-on , est un animal nuisible ; il détruit le poisson , il ronge et coupe les arbres. — C'est un inconvénient, mais il n'est pas sans comprasalion. Le castor est essentiellement travailleur; il a un instinct bien marqué , et son intelligence n'est pas inférieure à celle du chien. De même que celui-ci on pourrait l'utiliser , comme o utiliserait la loutre pour la pêche si l'on voulait se donner peine de la dresser.
En outre du cerf ordinaire, j'ai trouvé, dans nos tourbières une espèce beaucoup plus petite, dont j'ai donné les bois à femi M. de Blainvillc. Il me dit que cette espèce était inconnue, mais qu'elle pouvait exister encore dans l'Europe septentrionale. Depuis, j'ai recueilli des os du même animal , assez rare d'ailleurs. J'a/ trouvé en même temps ceux d'un chevreuil que je crois différent de l'espèce vulgaire.
NOTES ET CORBESPONDANCE. 421
11 ne serait pas inutile de rechercher si ces races existent et de nous les rendre, ne fut-ce que pour l'ornement de nos forêts et le plaisir de nos chasseurs. Figurez-vous ces forêts à Tëpoque ^ù cette l^on d^animaux divers les peuplait. Si Ton en juge à la masse de leurs débris, leur règne a dure' longtemps.
On trouve, dans quelques tourbières de TAngleterre, des squelettes de cerfe dont les bois ont jusqu'à 8 pieds de haut et 14 d^envei^^e on de séparation aux extrémités.
La Hollande, quoique son climat et son sol s'y prêtent bien moins que le nôtre , s'occupe avec zèle de Tacclimatation des animaux utiles. La Belgique a trois jardins zoologiques fondés par souscription: Anvers, Gand, Bruxelles. L'établissement d'Anvers est le plus riche ; les animaux y sont nombreux , bien choisis et bien soignés.
Marseille, à Texemple de la Belgique, vient aussi de fonder, par souscription, un jardin zoologique qui annonce devoir égaler, sinon surpasser, ceux que je viens de citer. Etabli dans une admirable situation, il est déjà peuplé de sujets dont la vigueur et la beauté m'ont frappé. Sans doute le climat est ici pour quelque chose, car ces animaux y ont une apparence de bienêtre que je n'avais pas rencontré ailleurs.
Alger devrait aussi avoir son établissement zoologique. Le jardin d'essai est un local tout trouvé, il suflirait de l'étendre. Déjà on y élève des autruches. Je ne propose pas d'y multiplier les lions et les panthères , non plus que les chacals , mais il y a plusieurs espèces de gazelles qu'où pourrait, je crois, amener à l'état de domesticité.
Je ne doute pas qu'on ne puisse faire de la hyène une créature utile. Malgré sa mauvaise réputation, elle n'est point féroce, ne s'en prend guère qu'aux cadavres et s'attache facilement à l'homme.
Eu résumé, on pourrait doubler le nombre de nos animaux domestiques, et plus facilement encore celui de nos plantes potagères. En ceci , les Chinois nous donnent l'exemple : ils font servir à leur nourriture et même a leurs repas de fête, bien des viandes et des herbes dont nous faisons ii avant d'en avoir essayé.
La masse de nourriture animale et végétale qui se perd en Europe par suite des préjugés populaires ou faute de savoir la préparer convenablement , est énorme. Elle suflirait , uon-
422 NOTES ET CORRESPONDANCE r
seulement pour prévenir la famine, mais, dans les temps ordinaires, elle ferait diminuer de moitié le prix de Falimentation du pauvre. Malheureusement nous ne voulons point sortir de romière, et nos préventions , sur ce point , sont vraiment insensé. Dans le département de la Somme , il est divers poissons de rivière et de mer, réputés bons ailleurs, dont le riche, non plus qoe le pauvre, ne veut pas manger, et que le pécheur dédaigne de prendre parce qu'il ne peut pas le vendre. Je citerai, entr^autres, le barbeau; celui de la Somme, sans valoir son analogue de la Seine et de TOise, n'est cependant pas mauvais. Eh bien! m l'artisan même n'en veut pas, et pas davantage de la lamproie. L'éperlan, si estimé a Rouen et à Paris, est chez nous également dédaigné. Le brochet, en l'absence d'autre poisson, commence à y reprendre faveur, mais pas assez pour que, dans un dtner de cérémonie, on en mette un sur la table, et pourtant il est excellent, et j'en ai vu pesant jusqu'à dix kilos.
Il y existe aussi des coquillages qu'on trouve fort bons en d'autres pays et qui le sont en effet, et que pour rien au monde on ne ferait manger même au plus pauvre.
Les végétaux ne sont pas mieux accueillis. J'ai vu des mendiants refuser le riz, et ils avaient faim.
Quant à la viande, c'est pis encore : offrez le meilleur moreeao de bœuf rôti ou bouilli à nos ménagères campagnardes^ en leur laissant croire que c'est du cheval , elles n'y toucheront pas et ne souffriront pas que leurs enfants y touchent.
Ceci s'étend plus loin: donnez-leur une chair qu^elles ne connaissent pas, du cerf, du sanglier, du chevreuil; si elles Tacceptent , elles profiteront du moment oh vous ne les regardez pas pour la jeter.
On n'a jamais pu ici vendre, même à vil prix, du bœnf salé d'Amérique. Ce mot Amérique avait éveillé tontes les susceptibilités : il annonçait quelque animal extraordinaire et dangereiiz à coup sûr.
Pour qu'on le jugeât, non sur le nom , mais sur le goût, on annonça une distribution gratuite. Cela acheva de le discréditer: « Puisqu'on le donnait pour ncn , c'est qu'il ne valait rien , • s'écria-t-on. Non-sculcmciil personne n'en vint chercher, mais on prétendit qu'on avait voulu empoisonner le peuple en lui donnant
NOTISS ET GOajftESPONDAPiCE. 4^Ç
<le la viande gUtée. Des maladies surviorent : on ne manqua pas de les attribaer au bœuf d'Amérique, auquel personne n'avait goûté. Puis, quand Touvrier repousse avec répugnance une nourriture ^iivpi^ eX qui n'a réellement d'autre défaut que d'être nQUvelIe ]pofir lui, il acceptera et boira avec excès de détestables liqueurs, «:ar il est difûcile d'imaginer rien de plus mauvais que ce qu'on ^^i fait prendre sous le nom de cognac , de vin , de bière, de Ig^loria, de bichoff, de phlipe, etc.
:Sans doute il existe des causes réelles de la misère du peuple; looiais les causes imaginaires, celles qui naissent de ses habitudes, «46 ses préjugés , de sa sottise enfin , lui font presqu'autant de pnal. Ce sont donc ces habitudes et ces préventions funestes qu'il Ifaiit détruire.
Une commission chargée d'examiner les moyens d'arriver à la nourriture à bon marché , en utilisant tout ce qui peut entrer 4aus la cuisine sans nuire à la santé, serait certainement très- Titile. Pour cela , il faudrait qu'elle fût composée de personnes ^i comprissent l'importance d'une mission dont le but est d'arracher à la faim des milliers de malheureux.
Après une suite d'expériences et d'études préliminaires, le comité d^exécution ouvrirait, sous la direction d'hommes pratiques, c'està-dire de cuisiniers assez intelligents pour se mettre au-dessus de la routine, un restaurant oii l'on n'indiquerait les mets que j^ cette simple dénomination : viande , légume , poisson , en y ajoutant seulement: bouillij rôti ou fricassé. Le nom et Fcspèce de viande, légume, poisson, seraient publiés plus tard et lorsque lé préjugé serait assez affaibli pour qu'il n'influât plus sur l'appétit du consommateur. Le public alors jugerait le menu, non d^dprès ses préventions, mais sur le goût des mets et surtout leurs résultats sur sa bourse et son estomac. Or, à cet égard, ott vient de voir qu'il aurait toute garantie.
La propagation de cette cuisine saine et à bon marché serait. Je n'en doute pas, un bienfait pour les classes malaisées. Peutêtre même des découvertes inattendues, aussi précieuses pour la santé que pour le palais, amèneraient le riche au restaurant du pantre.
Nous avons parle de ranëantissement de peuplades sauvages par suite de l'abus des liqueurs fortes: les résultats de Pivrognerie ne sont pas moins déplorables chez les nations civilisées.
M. Everest, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Angleterre, a établi, par un calcul exact, que, de 1840 à 1850, les liqueurs spiritueuses avaient causé à sa nation une dépense de plus de deux milliards, envoyé cent mille enfants aux maisons des pauvres, deux cent cinquante mille personnes aux pénitenciers, causé quinze cents assassinats, mille cas d'aliénation mentale, douze cents suicides, fait deux cent mille veuves et cent mille orphelins.
Les états dressés en Angleterre, en 1845, prouvent que l'ivrognerie y tue chaque année cinquante mille personnes, et que la moitié des insensés, les deux tiers des indigents et les trois quarts des criminels appartiennent aux individus adonnés i l'ivrognerie.
On lit dans les Actes de l'Académie des Sciences, Belks-lMm et Arts de Bordeaux , 9* année, 1847, p. 589 (Compte-rendu des travaux de l'Académie pendant les années 1846-47, par M. L de Lamothe, secrétaire général) :
« Le défrichement d'un bois dans l'arrondissement de Lesparre » (département de la Gironde), sur la propriété de M. du Périer » de Larsan, commune de St-Germain-d'Esteuil, a mis à découvert » trente-deux coins de bronze, dont trente étaient parÉiitement » identiques de forme et de dimension , et deux seulement de n forme différente. Les trente instruments semblables étaient rangés » concentriquemcnt, à soixante centimètres de profondeur; an » milieu étaient placées deux petites hachettes.
» Cette découverte importante a été le sujet d'un mémoire de » la part de M. Pellet aîné. Non seulement la description des B instruments est remarquable par sa précision , mais l'auteur a » cherché à interpréter les faits ; ainsi, il voit dans la disposition
NOTES ET GeRIIESPONDAN€E. 425
concentrique Findice d'un traité de paix, d*un pacte d^alliance. Appréciant Texactitude de la description, la justesse et la réserve en même temps des observations de M. Pellet aîné, l-Académie lui a décerné une médaille d'argent. »
Dès Tannée 1832, je m'occupais de la réunion des matériaux qui, lis, ont fait le sujet de mon livre des Antiquités celtiques et 'tâifUédiluviennes , dont les premiers exemplaires parurent en 1847 aisoiis le titre de V Industrie primitive.
C'est en réfléchissant sur cette question de Tindustrie et le
développement qu'elle a pris en Europe depuis un demi-siècle,
^]ae me vint Tidée d'une exposition universelle. Les expositions
;]parlielles étaient loin, selon moi, de conduire au but ; car chaque
:ftbricant, protégé par les prohibitions, n'avait pas à s'enquérir
s ses voisins faisaient mieux que lui et à meilleur marché; l'im-
;portant était qu'il travaillât seul et qu'à lui seul on fût tenu
Cacheter.
Si ce procédé lui était profitable, il ne l'était guère au consommateur et pas davantage aux progrès de la fabrication. Sûr de vendre le mauvais, le fabricant se fut cru dupe en dépensant Sùb, temps et ses capitaux à faire du bon; aussi étions-nous de l)eaucoup en arrière de nos voisins, chez qui ces prohibitions n^existaient pas.
Je crus donc qu'une exposition universelle ferait comprendre ces choses; qu'elle serait utile à la France et aux manufacturiers e&z-mémes, en leur apprenant comment on pouvait mieux faire, et en prévenant ainsi leur ruine immédiate, si un jour le gouvernement, mieux renseigné, venait à préférer les intérêts de la nation à ceux de quelques privilégiés. La noblesse a eu son 1789, Faristocratie industrielle pouvait avoir le sien. Je demandai donc une exposition où seraient admis les pro- ■ dlBts du monde entier. C'est Paris et la place de la Concorde qa» je désignais comme le lieu le plus convenable. En 1833, je pabUai ma proposition qui fut imprimée sous le titre de Discours
atêx (mcriers; puis, réimprimée en 1835. Hais» en 1925 comme en 1833, nos industriels la reçurent Jort mal et Tadministratioa ne la traita pas mieux.
Quoi qu'il en soit, quand le premier bruit d'une exposition universelie en Angleterre se répandit, on se rappela mon discours et ma demande. Voici ce qu'en dirent les journaux de la localité, puis ceux de Londres et de Paris:
« Dans son n* du 23 novembre 1849, lorsqu'on annonçait l'exposition universelle de Londres, VAbbevillois rappelait que le 1* août 1833, M. Boucher de Perthes, président de la Société royale . d'Emulation, dans un discours qu'il adressait aux ouvriers et qui fut imprimé cette même année 1833, pages 491 à 518, dans le volume des Mémoires de cette Société, proposait de faire à Pam, sur la place de la Concorde, une exposiUon où seraient admis les produits de toutes les nations.
» Le 12 mars 1850, le même journal citait divers articles de journaux anglais où était reproduit le discours de M. Boucher de Perthes, à qui ces journaux attribuaient, sans conteste. Finitiative de l'idée et de la proposition de l'exposition universelle: proposition qu'il avait renouvelée en 1835 et fait réimprimer avec les développements à l'appui dans son Petit Glossaire j tome II, page 157.
» Dans son n* du 21 avril 1855, le Siècle, par un article fort remarquable, intitulé : Exposition universelle, et signé d'un de nos plus éminents publicistes, M. Léon Plée, rappelle toutes ces circonstances.
» Nous regrettons de ne pouvoir reproduire tout entier cet article qui eut intéressé tous nos lecteurs, mais nous transcrivons ici textuellement les paragraphes qui concernent Abbeville et notre compatriote, M. Boucher de Perthes, aujourd'hui encore président de la Société impériale d'Emulation. »
Le Directeur de tAbbevUloù, P. BRIBZ.
Extrait du journal le Siècle (21 avril 1855).
« Qui a eu le premier la pensée d'une exposition universelle? Beaucoup de villes anglaises et françaises se disputent rhoanear d'avoir étë le berceau de l'invention. Londres l'attribue au prince
NOTES ET COSBBSPORDAKCE. 48T
Albert. Hais la pn^tcution britannitjuo ne tipiit pas uontre les textes que publient Ips journaux d'Abbeville.
■ Parlnnt, en 1S33, aux ouvriers de cette industrielle cité, M. Boucher de Perthes, saTanl bien connu, alors président de la Société d'Emulation abbcTilloise, prévoyait le jour oit l'exposition de In place de la Conconic dcvienflrait celle du concours universel, u C'est la concurrence, s'écriait-ii, qui fait le bon ouvrier,
• parce que c'est elle qui indique à chacun ce qu'il doit faire.
■ Les expositions, qui ont un résultat si avantageux sur la fa-
■ brication, ne sont qn'uu résumé de la concurrence; là, IHndus- •> trîel rapproche son travail de celui de son voisin, mesure ses » efforts, Juge ses produits, se juge lui-même, et il apprend plus
• en un jour qu'il ne l'eût fait dans une année de solitude et de ■■ monopole. Oui, les expositions valent mieux que les prohibitions,
• qui ne tendent qu'à ddsuuir les hommes et à les isoler. Pourquoi " donc ces expositions sont-elles encore restreintes, pourquoi ne
• sont-elies pas faites sur une échelle véritablement large et libé- " raie? Pourquoi craignons-notis d'ouvrir nos salons aux mamifae-
> turiers que nous appelons étrangers, avx Belges, aux Anglais,
• aux Suisses, aux Allemands? Qu'elle serait belle, qu'elle serait
• riche une exposition européenne , et qwlle mine d'instruction elle
• offrirait pour tous! Croyes-mus que le pays où elle durait lieu
• y perdrait quelque chose? Croyes-vous que si la place de la
• Concorde, ouverte te 1" mai 1S34 aux produits de l'indujtria
• française, l'était à ceux du motuie, croyez-vous , dis-je, que
> Paris, que ta France eu souSViraient et que l'on y fabriquerait
■ moins ou moins bien? Mon, messieurs, ta France n'en soufTri-
• rait pas plus que l'étranger, et notre ville pas plus que la ■> capitale. Les expositions sont toujours utiles et utiles a tout le
■ inonde. >
> Inutile de dire que la proposition de H. Boucher de Perthes fut couverte d'acclamations , et que l'on peut la trouver imprimée au recueil de la Société d'Emulation d'Abbeville (année 1833).
■ Nous ne savons pas si , depuis la première exposition des beaux-arts, ouverte par Colbert en t667 pour célébrer la fondation de l'Académie, ou depuis la première exposition industrielle tenue à Paris le I" vendémiaire an VII, quelque antre philosophe avait proposé la pensée qui a été réalisée i Londres en 1851 et qui
se réalise aujourd'hui à Paris, mais nous ayons cru ne pas pouvoir passer sous silence la discussion élevée à ce sujet.
» Avons-nous besoin maintenant d'ajouter que tous nos départements industriels, celui de la Seine en tête, ont répondu avec une sorte d'enthousiasme à la mise en œuvre d'une id<^ qui, née en France , avait , comme tant d'autres , été naturalisée en Angleterre. » léon pléb.
Je remercie ici M. Léon Plée de son obligeant article, qui est l'expression exacte de la vérité. J'ajouterai que quand je me rendis en Angleterre, en 1851, pour assister à l'ouverture de celte exposition que j'avais si longtemps rêvée pour mon pays, j'y fus fort bien accueilli. La priorité me fut attribuée sans conteste , et plusieurs villes, sans que je leur en lisse la demande, me nommèrent membre de leurs clubs ou de leur société industrielle et scientifique. On eut moins de mémoire à Paris en 1855.
l>a grande quantité de haches , de couteaux , de pointes de flèches qu'on a recueillis au mont Catenoy, près de Clermont (Oise), a fait dire qu'il y en avait là une fabrique. S'il en était ainsi, ces fabriques auraient été fort multipliées. Pour ma part, j'ai trouvé sept à huit de ces gissements où le nombre de silex travaillés en couteaux, en haches grossières, etc., était si considérable qu'on pouvait les transporter par brouettées. Des vases, presque tous écrasés par le poids des terres cjui les recouvraient, des os brisés et calcinés, étaient non moins nombreux. J'ai donné une description détaillée de ces découvertes. Il est évident, pour moi, que les points ou se trouvent ces vases, ces os, ces milliers de silex brisés ou travaillés, étaient des lieux consacrés aux dieax et aux morts. Là s'était arrêtée une peuplade ou une armée pour quelque grande cérémonie funéraire, et après l'enfouissement des vases et des ossements des animaux sacrifiés , chacun avait jeté dans la fosse ou la tranchée ouverte pour ce dép((t, un ex-voto ordinairement fait à la hâte, mais indiquant toujours une forme
NOTES ET COBWKPeilDANCE. ^td
^tre chaque survenant en jetait-il plusieurs, car il
le nombre de ces silex indiquerait une foule
ut annonce aussi que beaucoup ont dû être
'e même date , puis étendus en lits hori-
cercle autour des vases, puis recouverts
.c ces gissements et un peu moins prônait souvent une , deux ou trois haches j servi et placées verticalement. Ces haches de de 15 à 22 centimètres, ne sont jamais emmanchées, .cuvé dans leur gaine, mais plus bas et moins belles, est donc vraisemblable que ces dépôts, sauf de rares excepcions dont j'ai cité une, n'étaient pas des ateliers de fabrication, et que chaque guerrier , chaque survenant ou chaque dévot y pillait lui-même la pierre qu'il jetait ou déposait dans le champ «^nsacré. Quant aux belles haches , on les y apportait toutes façonnées.
Si Ton voulait absolument qu'il y eut la une fabrique de silex, ^ il faudrait admettre qu'il y en avait aussi une de vases de terre, car il est de ces gissements où on les compte par centaines. Sans doute ces vases grossiers n'exigeaient pas beaucoup plus de soin que les ex-voto en silex , néanmoins ils ne pouvaient être fabriqués sur les lieux et à l'instant même ; mais , comme les pierres de luxe, on les y apportait pour la circonstance.
Cet usage d'enterrer des vases et de les entourer de silex s'est perpétué jusqu'à une époque rapprochée du moyen-âge, car dans les couches supérieures de tourbe, j'ai trouvé de ces vases d'une pâle Gne, d'une forme élégante, dans l'un desquels étaient deux pièces de cuivre très-frustes, mais qui m'ont paru romaines.
Personne n'ignore qu'une zone d'astéroïdes, dont on, n'a pu encore déterminer l'étendue ou la largeur, entoure la terre. On a attribué le refroidissement de sa température à l'obstacle que fusaient à la chaleur du soleil les points épais de cette ceinture.
Si cette zone, qui doit tendre à s'épaissir en attirant, à mesure qu'elle devient plus considérable, un plus grand nombre de corps moindres ou en se renforçant par de nouveaux corps formés par la concentration de cette poussière impalpable répandue dans Tespace, devenait tout-a-fait opaque, la terre, privée de lumière et de chaleur, serait stérile et impropre à la vie.
Je transcris ici le paragraphe de la lettre du 29 juin 185Ô « par laquelle M. Louis Douchet, docteur en médecine à Amiens et savant géologue, me fait connaître comment il a trouvé dans le diluvium les grains de collier dont j'ai donné la description chapitre XXXII. La sablière où ils furent recueillis est placée a la gauche de la route d'Amiens à Cagny, entre Saint-Acheul et le faubourg de Noyon. Ces découvertes ont eu lieu en 1849 « trois ans après la publication de mon premier volume.
ft C'était, m'écrivait M. Douchet, en me promenant dans cette sablière, dont les ouvriers extrayaient ce sable blanc et fin où l'on trouve les ossements antédiluviens, que l'idée d'y fouiller me vint, et, à ma grande surprise, dans la pellée de sabk qœ l'ouvrier venait d'envoyer sur le tas déjà amoncelé au bord du trou d'extraction, je ramassai un grain en terre blanche ou en craie, percé d'un trou. N'ayant jamais vu semblable chose , je continuai à .chercher avec ardeur, et dans ce même tas je trouvai encore un grain de même matière, mais non perforé; nntention du travail y était seulement indiquée par un point en croizl Je rencontrai ensuite un fragment de même matière que celle des granis et qui semblait avoir appartenu à un très-petit vase. A côté était une longue cheville en silex taillé. Jusqu'alors il n^avait encore été question d'aucune découverte semblal)ie dans les euTÎTOU d'Amiens , et je n'avais connaissance que par votre ounage {Antiquités celtiques et antédiîuoiennes) des silex taillés que aviez trouvés dans les bancs d'Abbevilie. Je ne rapportai pas silex, et ce ne fut que plus tard que je fus prévenu qu*< trouvait avec ces mêmes grains. »
NOTES BT €OttBBSPONI>ANCE. 431
M. Louis DoQchet a continué ses recherches. Dans ce même
banc, il a recueilli d'autres grains et, avec eux, les haches dont
j*ai déjà parlé. Il m'en a envoyé plusieurs qui, par leur forme,
la matière et la nature du travail , ne diffèrent en rien de celles
€]n*on rencontre dans le' diluvium d'Abbeville.
Dans un rapport qu'il a adressé à Tlnstitut, lors de la décou-
^verte des grains de collier et des haches, M. Douchet disait en
^»rlant de Fextréme antiquité de ces silex taillés : « Une preuve
incontestable, c'est la présence ou la formation sur ces haches
^c ces cristaux de carbonate de chaux, qui sont, on pourrait dire,
l>ropres aux silex des bancs de terrain de transport ou alluvions
anciens. Ces cristaux mamelonnés ou plats sont, pour nous, ce
que la patine est pour la médaille, la statuette ou tous autres
objets en bronze, la preuve ou le signe impossible à nier de
leur antique origine. »
Pour faciliter l'étude comparative que j'ai proposée entre les ossements fossiles et ceux des tourbières, et de ceux-ci avec la charpente osseuse de notre époque, il serait indispensable de combler une lacune qui existe au Muséum du Jardin-des-Plantes , et d'y former une collection d'ossements des tourbières. Les éléments doivent en exister, car j'en ai envoyé un certain nombre et j'en possède encore de beaux échantillons que je donnerai comme les premiers quand on voudra ouvrir ce nouveaa cabinet indispensable, selon moi, a la faune européenne et à l'histoire naturelle des Gaules ou de la France ancienne.
On pourrait y joindre un herbier des plantes et des fruits des tourbières, en séparant ce qui provient des tourbières antédiluviennes de celles d'une origine plus récente.
Une collection des végétaux et des animaux des houillères nous manque également; il en existe une très-belle à Londres, que le propriétaire, M. Devonshire-Saiîl, a bien voulu me permettre d'examiner.
Nous avons déjà cité M. Alphonse Esquiros en parlant des tourbières. Dans un autre article intitulé: Charbonnage de la Belgique {Revue des Deux-Mondes, 1855), il traite, ayec sa sagacité ordinaire, la question des houilles, et attribue, avec raison, leur formation à des dépôts végétaux. Il ajoute : « Tout porte à » croire que la houille s'est d'abord formée sous une lame d'eau, » puis qu'ensuite clic a été soumise à une forte chaleur. »
M. Esquiros pense que la formation de la tourbe est analogue à celle de la houille. Ceci me donnerait l'explication d^un fait qui, jusqu'alors, m'avait paru inexplicable : c'est la présence, dans presque toutes les tourbières de la vallée de Somme, de silex blancs que les ouvriers nomment cailloux brO^lés et qui semblent en effet avoir subi l'action du feu. J'ai soumis des échantillons de ces silex à M. de Blainville et à M. L. Cordier, membres de l'Académie des Sciences ; ils ont reconnu , comme moi , qu^une grande chaleur devait être la cause de cette décoloration, et ils n'y ont vu qu'un fait local. Ce fait, je Paî depuis retrouvé dans vingt tourbières différentes ; il indiquerait qu'il y a eu là une fermentation très-chaude, mais dont l'effet n'a pas été Jusqu^à la cinération, car, à l'exception de ces cailloux, on ne trouve aucune trace de combustion. Quand on y rencontre des charbons, c*est avec des poteries et autres débris de l'industrie humaine postérieurs à la formation de cette tourbe.
Entre la conquête romaine et l'invasion des hordes du Nord, il y a eu dans les Gaules une période de prospérité et même de haute civilisation ; une foule de documents le prouvent Mais sons la domination des nouveaux envahisseurs, tout changea, el lonquc le christianisme vint jeter ses premières lueurs dans ces ténèbres, nous retournions à nos forêts, à nos haches de picm.
NOTES ET CORBESPONDANCE. 433
à nos sacrifices humains, nous revenions enfin à ce qne sont aujourd'hui ces races anthropophages qn^on prend, nous Pavons déjà dit, pour des peuples qui commencent et qui ne sont souvent que les restes de nations qui finissent, nations qui peut-être Airent aussi à la tête d'une civilisation relative et qui, de révolution en révolution, de vice en vice, de cnme en crime, sont C«>nibées à cette agonie ahjecte oii nous les voyons.
En avril 1855 , des travaux de creusement s'effeetuant près ^abattoir d'Abbeville , je m'y suis rendu pour visiter le lieu où , ^depuis plusieurs jours, on trouvait des vases qu'on disait romains. Ce gissement est à environ deux cents pas de la porte Marcadë , à droite de cette porte et à gauche de la Somme. Le terrain oh étaient ces vases, terrain qui est aujourd'hui l'un des fossés de la place, est contigu au jardin de M. de Campennelle et comprend un espace de trente à quarante mètres carrés. Là , à soixante centimètres au-dessous du niveau de la Somme et sons cinq mètres de terre végétale, de sable fluvial et de terrain rapporté, on a trouvé dans la tourbe, au milieu d'une couche de cendres et de silex brûlés, des pots arrondis, d'une pâte noire, grise ou rougeâtre, d'un grain assez fin, de 8 à 20 centimètres de hauteur et de 20 à 60 de circonférence, lis sont faits à l'aide d'on tour et cuits au four. Les uns sont unis , d'autres portent des stries en creux; un seul, malheureusement incomplet, est orné de fleurs et d'arabesques en relief; il est en terre rougeâtre et teint en noir à l'intérieur comme à l'extérieur.
Quelques-uns de ces vases ne renferment que de la tourbe ; mais d'autres sont remplis de cendres et d'ossements demi-calcin^ qui ont dû appartenir à d'assez gros mammifères, et parmi lesquels j'ai cru reconnaître des fragments d'os humains. Dans l'un était un morceau d'or qui a pu faire partie d'un collier: c'est une feuille mince, ouverte des deux côtés, en forme de cylindre, avec des ornements au repoussé. Les os contenus dans ce vase devaient être ceux d'une femme ou d'un enfant.
434 NOTES ET CORRESPOiNDANGE.
Parmi ces vases , il en est un en terre rougeâtre grossière, a deux anses, en forme de jarre, haut de 18 centimètres et de 32 de circonférence. Il est parfaitement intact et d*une forme assez gracieuse. L'ouverture en est étroite. Il a dû contenir un liquide. Il était vide.
Cest à cent pas environ de la place où étaient ces vases qu^on a découvert une quantité considérable de haches en silex. Celles-ci étaient dans la marne et non dans la tourbe. Autour des vases on a recueilli, avec les silex bruts, quelques silex travaillés, mais en petite quantité. Peut-être proviennent-ils des éboulements.
Depuis j^ai trouvé, prè^ des mêmes terrains, beaucoup d'antres poteries. Je donnerai la description et les dessins de tous ces objets dans un travail spécial.
J'ai remarqué dans divers musées, et Ton peut voir aussi dans ma galerie, des armes de sauvage, massues, casse-tête, etc., venant d'Amérique, et se composant d'un manche de bots et d'une pierre, jade ou autre qui y a été ajoutée. Ce manche est neuf, mais la pierre, qui diffère peu quant à la forme à nos haches en silex, est évidemment ancienne.
Ceci vient à l'appui de ce qu'a dit M. de Humboldt qui, dans son livre sur les Cordilières, annonce qu'on déterre communéioeDt des haches de jade , depuis l'Ohio jusqu'aux montagnes du Chili. M. Alcidc d'Orbigny m'a écrit la même chose. Or, lorsque les habitants trouvent tant de pierres taillées pour armer leurs eassetête, il est plus que probable qu'ils ne se donnent pas la peine d'en fabriquer de nouvelles. C'est par une cause semblable qu'on rencontre des silex travaillés de l'époque antédiluvienne dans les terrains et sépultures celtiques.
La France et TEspagne sont les pays d'Europe où les animaux 3nt traités avec le plus de dureté. Cela vient des mauvais prinipes qu'on inculque aux enfants en lenr livrant, comme jouet, e jeunes chats , de jeunes chiens , de jeunes oiseaux , sans se réoccuper des tortures qu'ils leur imposent et souvent même en is 7 encourageant ou en leur en donnant l'exemple. Il en résulte ne ces enfants deviennent cruels avant de comprendre ce que 'est que la cruauté. Quand ils l'ont compris , il est trop tard , t ils n'en restent pas moins ce que l'habitude les a faits. De là îor dureté de coeur et cette facilité à abuser de leur force. Tous eux qui ont l'amour du meurtre, qui deviennent des assassins, ui, dans les mouvements populaires, se montrent les plus avides e sang , ont certainement fait leurs premiers essais sur les nimaux.
Cette cruauté stupide est inhérente à l'ignorance. Chez une iidon^ la classe la plus sanguinaire, celle qui court aux exécutons , qui , dans une émeute , égorge à tort et à travers , est rdinairement la plus pauvre et la moins instruite. Partout le •s peuple aime à tuer et à voir tuer. Cette disposition s'adoucit
mesure que l'aisance et Tinstruction l'atteignent.
Il existe pourtant chez les classes aisées et réputées sensibles ne déplorable habitude : c'est de tuer, seulement pour s'exercer i prouver son adresse, des animaux inoflfensifs et souvent même fëcteux par les services qu'ils nous rendent ou l'agrément qu'ils Ous procurent. Pourquoi poursuivre les hirondelles et les petits iseanx chanteurs? Est-ce au profit des mouches, des chenilles et es guêpes que nous les détruisons par centaines?
M. Jules Rey vient de faire paraître une brochure où il plaide 1 cause , non-seulement des oisillons , mais d'autres êtres bien ooins intéressants au premier aspect. Il démontre que les taupes t les musareignes, animaux exclusivement carnivores et qui, dèsors, ne peuvent faire tort ni aux plantes ni aux arbres, viennent n aide aux agriculteurs en dévorant une foule d'insectes et de aires, notamment celles des hannetons qui sont un vrai fléau.
Les hérissons, bien qu'ils se nourrissent quelquefois de végétaux.
préfèrent la nourriture animale et purgent les jardins des limaces, des limaçons, des courtillières, etc.
La terre que soulèvent les taupes , répandue sur la surface , contribue a la fertilité d'uu champ. U en est de même de leurs tranchées souterraines, qui facilitent Técoulement des eaux. En vérité, on pourrait croire que ce $ont elles qui ont donné la première idée du drainage.
M. Jules Rey défend aussi, et avec raison, le sirix hraehyoiùi on chat'huant, que nous poursuivons avec acharnement parée que sa voix n'est pas belle , et pourtant c'est on des {pnnds protecteurs de nos moissons. Deux ou trois de ces oiseaux valent un garde-champétre ; ils sauvent , en nous débarrassant d'an nombre incroyable de mulots et de campagnols , des milliers d'épis et des grains de toute espèce.
La chauve-souris, que nous poursuivons avec la même btfrbarie pour la clouer à notre porte à côté de Tinnocente chouette, nous rend tout autant de bons offices. Sans cesse à la chasse des moustiques et autres insectes nocturnes, elle fait que nos jardins sont habitables après le soleil couché. Sans doute Tentomologiste et Tamateur de phalènes pourront s'en plaindre , car elle les prive de quelques beaux échantillons; mais tout le moiide n^est pas naturaliste , les dames le sont généralement peu , et c*ctt dans l'intérêt de leur teint et de leur peau que je demande protection pour la chauve-souris qui les sauve de piqûres cruelles.
La couleuvre, l'orvet, le lézard, la grenouille, le crapaud Mmême, bêtes parfaitement inoffensives, quoi qu'on en dise» oat aussi leur grande utilité, et quand notre bonne étoile en envoie dans nos vergers, gardons-nous de les en chasser. Un eertate nombre de ces animaux ayant été réunis par un amateur dVgronomic , M. Nicolet , de Versailles , dans un jardin infcsté de limaces, de vers blancs, de chenilles, etc., et où rien ne pouvait venir à maturité, ils en ont débarrassé la place en* peu de mois et ont rendu ce terrain aussi fertile et productif qu*il Pétait peu auparavant.
Le carabus auratus, qu'on est parvenu presqu'à détruire dam ce département , on il était assez commun , est également uv animal protecteur des champs et des vergers, et devrait étra consacré à Pomone. Il ne touche ni aux racines, ni awr fauMISB,
NOn» B* OOBKSPONDANCB. 437
ni «az IrailB , mis il poorduwe coDtioudkment ceiix qai tes attaquent : les jeunes linaces, les escargots, les œofe et larves de TiM ■ctons et d'autres mangears de racines et de bourgeons. Lui «Mpai ■ donc des titres a la reconnaissance publique.
ijtt Egyptiens , dont nous nous moquons , n'étaient pas si ri- [ que nous touIods le dire, quand ils Tcnëraient certains . Ce n'était pas un culte qu'ils leur rendaient, c'était nne ion qu'ils leur accordaient : ils les honoraient pour que l enfuis les épai^nassent , en reconnaissance des serrices ■ ■wliiM et de ceux qu'ils devaient rendre encore, services bien Snwds , c«r l'ezisteDce des hommes en dépendait. Ces animanz "mt. les diéfendaient-ils pas contre ces innombrables rongeurs qui ÛfpsUiieut l'Egypte et y avaient plus d'une fois apporté la fa- ■aÎBie? En plaçant sous la sauvegarde des lois civiles et religieuses «O utiles aaniiaires , les Egyptiens n'étaient donc pas si Ibus. lits fous furent leurs successeurs , morts de faim pour n'arotr pas fait comme eux.
Noos n'arons cité ici qu'une petite partie de ces espèces qui nous furent données comme aides par la Providence et que, dans notre aveuglement, nous avons rejetées. Il y en a bien d'autres mut Doss méconnaissons et anéantissons sans pitié comme sans IIWPB> Ne persévérons donc pas dans cette voie funeste , mais étMdwns sérieusement la question, car c'est peut-être à la destnwtwn d'une espèce utile que nous devons la redoutable multiplication de ces races microscopiques qui ont ravagé nos vignes et Bas champs.
A c6té du mal est presque toujours le bien: le remède contre n insecte doit être un autre insecte. Je pourrais citer quelques CMDpIeg à l'appui , mais je me bornerai à celui-ci : la maison d'oïl médecin qui fut longtemps celui de ma famille, le docteur Gflret, était ravagée par les fourmis; elles pénétraient dans les armoires et dévoraient toutes les provisions. Il avait essayé vingt moyens de s'en déliarrasser, elles avaient résisté à tous. On lui apporta un jour, de la campagne, une provision de bois à brûler oii il se trouvait de ces grosses fourmis dites de bois {formica nfo). Il s'en inquiéta d'abord et crut que ce nouvel ennemi allait lejoindre au premier ; mais, à son grand étonncment, il s'aperçst çidqu^ mois après que toutes les petites fourmis (formica nigra) mient disparu. Bientôt les grosses s'éloignèrent à leur tour.
438 NOTES ET cohrespondance;
L'année suivante, les petites fourmis se montrant de Donveau. Le docteur s'empressa de faire prendre dans un bois voisin un demi-litre environ de grosses fourmis: il les lâcha dans sa cour et son jardin. La même chose se renouvela: les petites partirent ou furent dévorées par les grosses , qui s^en allèrent ensuite. Depuis, la maison en a été complètement purgée.
Cet exemple ne doit pas être perdu , et , comme je Tai dit^ il y en a d'autres. Les rats nous débarrassent des souris; les gros rats des petits; les belettes des rats; les fouines des belettes; les araignées des mouches, etc. Chaque espèce a un ennemi intime qui semble placé là pour empêcher sa trop grande multiplication. Le véritable remède est donc dans cet ennemi. Aujourd'hui, c'est celui du puceron laniger , celui des aphis ou autres parasites destructeurs de la vigne et de la pomme de terre qu'il faut d^ couvrir et opposer au fléau, car ce n'est qu'ainsi que nous le combattrons avec succès.
Ces silex représentant des dents de requins et de grands sauriens prouvent encore une conformité d'habitudes entre les hommes des deux époques. Nul doute que les peuples antiques ne fisseit, comme les peuples modernes, servir ces dents, non seulement à leur parure et à leur travail manuel, mais à leur défense. Il en est encore ainsi. J'ai une arme de TOcéanie, une sorte de sabre en scie fait avec des dents de requins attachées à une lame de bois. Il est de la longueur d'un sabre ordinaire d'infanterie. J'ai pensé d'abord que ce n'était qu'un travail de fantaisie, mais c'est un instrument usité, et j'en ai vu dans plusieurs collections d'absolument semblables. Ce morceau est représenté tome U, pi. 14, fîg. 20.
On arrivera un jour à reconnaître que le règne végétal n'est véritablement qu'une dérivation ou qu'un état de transition do
NOTES ET CORRESI^ONDANCE. 439
vègiie animal. Comme Tanimal, la plante a son mouvement; si ne le saisissons pas, c'est qu'il est plus lent. Comme Tanielle a son double sexe et se reproduit par la fécondation et la g^ëration. Non plus que lui, elle ne peut vivre sans air, sans sans nourriture.
Si elle a un mouvement, elle a une volonté, car elle ne se pas pour rien. Puisqu'elle a une volonté, elle a aussi ses scn- : dès-lors des sens. Ils peuvent différer des nôtres, mais ite.jDe diffèrent pas de ceux de certains êtres marins et fluviatils .qpiît longtemps considérés comme des végétaux, ont enfîn été wtSfÊàs à leur véritable place et reconnus pour des animaux. . jUi œd, nous avons fait un premier pas vers la vérité, nous ffUiJiarons d'autres; nous apercevrons des afiinités entre telle linite et tel animal, nous apprendrons qu'il y a encore là queljfott transformation inattendue, et que l'une n'est que le principe de Fautre ou bien encore qu'une fraction , car nous prenons Sûorent pour des êtres des portions d'êtres, dont nous ne pou- TOMS distinguer les attaches et les libres qui en font un tout en Budntenant les communications et l'union des parties.
Bd outre des êtres microscopiques ou invisibles à nos yeux fpr lair extrême petitesse, il en est qui le sont par leur extrême ISstation et leur immense étendue. Nous en saisissons quelque pagtàfm^ mais elles sont à l'individu entier ce qu'est le plus petit dit-nos muscles ou la plus déliée de nos veines à la masse de «PU» corps.
Les plantes sont donc un degré de la vie de l'animal, un prin- |i^ de sa formation, un état de germe, de larve, de chrysalide, 4^6li^yon. La partie ligneuse peut être comparée aux os; les fSHBlles aux plumes, au poil, aux cheveux; l'écorce à la peau, attJtest, aux écailles, etc.
.8l,ron ne veut pas que l'arbre soit un être unique, ce qui, m. i^et, n'est pas probable, puisque ainsi que les polypes il se r^uroduit par boutures, on le considérera comme une ruche ou une espèce analogue aux polypiers, aux coraux, aux madrépores et autres productions où la vie semble collective et oii elle ne Pcst pas, car ce qui constitue la vie est l'individualité ; et encore ici ce que nous prenons pour des myriades d'êtres ne sont que des parcelles dirigées par une volonté unique et dès -lors ne constituant qu'un seul être.
440 NOTES ET COBEESPONDANCE.
Il existe dans la régence de Tunis, au lieu appelé Kessera, des pierres levées ou druidiques, telles qu'on en voit en Bretagne et dans diverses autres parties de TEurope. D'après une inscription, une légion romaine, recrutée dans les Gaules, aurait séjourné dans ce lieu. Cest M. Pelissier de Beynaud, dans un article de la Remie des Btuon-Mondes, p. 131, vol. du l*' mai 1856, qui cite ce fait.
J*ai remarqué moi- même sur quelques points de TAlgérie des pierres qui avaient aussi, par leur position, une apparence druidique. Malheureusement, je n'ai pu les examiner de près, sauf une seule fois, et celles que j'ai trouvées n'étaient là que par suite d'un éboulement.
11 est à peu près démontré qu'on voit de ces monuments dits druidiques dans toutes les parties du monde. On en a même découvert dans des îles de l'Océanic. A ceci, rien de bien étrange: le culte des pierres a dû naturellement surgir chez tous les peuples sauvages qui, d'abord, ont placé sur la sépulture de leurs chefs ou de leurs parents les pierres les plus lourdes quHls ont pu trouver pour empêcher les animaux féroces de les dévorer. Puis, quand le mort a été oublié, ils ont honoré ces pierres, auxquelles ils attachaient l'idée d'une autre vie et d'une divinité inconnue.
Il ne faut donc pas croire que les pierres levées appartiennent seulement au culte druidique. Bien plus vieilles que les Gaulois, ceux-ci les avaient trouvées toutes dressées; puis, entraînés par un sentiment d'imitation, ils avaient fini par en ériger d'autres: c'est probablement ce qu'avait fait en Afrique la légion gauloise. II se peut aussi que ces pierres fussent antérieures à son arrivée dans ce lieu ; peut-être même leur rencontre avait-elle déterminé les soldats à s'y arrêter et à y établir leur camp.
NOUS ST GQBBBSPONDANCE. éài
Le fond des mers s'exhausse chaque année, par suite du chariage des fleuves, d^eiiviron cinq centimètres ou cinq mètres par siècle. En supposant que TOcéan offre, terme moyen, cinq mille mètres de creux, il faudrait cent miUe ans pour combler son lit.
« Les zoophytes ne s'élèyent pas des plus grandes profondeurs » de la mer, mais des rochers qui sont à vingt ou trente pieds » de sa surface. » C'est M. Quoy qui a émis cette opinion , à Tappui de laquelle on pourrait dire qu'à certaine profondeur l'absence de jour et de chaleur empêchent l'action de la vie et conséquemment la reproduction et le travail de ces animalcules. Mais selon moi, cela ne doit arriver qu'à une profondeur bien plus grande que celle de trente pieds.
11 est constant que la base de la plupart des îles de l'Océanie sont les constructions de ces animaux, qui en élèvent tous les jours de nouvelles avec une activité telle que, dans un délai assez court, ils ont rendu certaines mers dangereuses et presque impraticables, et qu'ils pourront bien finir par en faire un vaste continent. Cependant, dans nos continents anciens, quoi qu'ils aient, eux aussi, été couverts par la mer, je ne vois pas de montagnes composées de madrépores et de zoophytes. Comment expliquer cela ? Est-ce la suite de la différence de climats ; ou ces animalcules étaient-ils moins nombreux qu'ils ne sont aujourd'hui? S'ils continuaient à se multiplier dans la même proportion, non seulement ils encombreraient les mers, mais ils pourraient les déplacer et les faire refluer sur lies terres.
Ce n'est pourtant pas à eux que j'attribue les premiers déplacements de l'Océan: on sait que toutes les parties visibles de la terre actuelle ont été beaucoup plus longtemps sous l'eau qu'elles n'ont été exposées à l'air. Les immenses dépôts coquilliers et les sédiments qui ont formé les craies et les schistes le prouvent suffisamment, car cette invasion de la mer s'est renouvelée plusieurs fois. 11 est démontré, par la succession des débris des êtres, que la terre a été tour à tour couverte par la mer et par l'eau douce; ensuite qu'elle s'est trouvée de nouveau à découvert
et qu'elle a nourri des animaux terrestres; que la mer a reparu, puis encore Feau douce, et enfin la terre telle qu'elle est aujourd'hui.
Notre Europe sera-t-cllc encore une fois le fond d'un Océan? C'est chose assez probable, comme il l'est aussi qu'elle redeviendra habitable. Ce temps sera l'âge d'or des antiquaires. Ce ne sera pas seulement des coquilles, des ossements et quelques pierres taillées qu'ils trouTcront, mais de grandes villes avec leurs monuments et leurs trésors. Quant à leur nom, on ne le saura plus. Il serait donc prudent, dans chaque ville et bourgade, de l'inscrire en gros caractères, soit en relief, soit en creux, sur quelque rocher attenant au sol ou sur un bloc de forte dimension. Si les Romains, les Gaulois, les Francs et même les Français du moyen-âge avaient eu cette précaution, nous n'en serions pas aujourd'hui à chercher la situation de telle grande cité qui a disparu et nous saurions comment se nommaient celles dont parfois nous découvrons les ruines dans des lieux où jamais dos aïeux n'en avaient soupçonnées. Assurément, aux jours de leur prospérité et lorsqu'elles regorgeaient de richesses et d'habitants, ces villes ne se doutaient guère qu'il viendrait un temps où les archéologues pâliraient sur les chroniques, écriraient des volumes et en compulseraient des centaines pour savoir quels étaient leurs noms? Voilà ce que nous non plus ne voulons pas croire de nos capitales et de nos riches cités, et c'est pourtant ce qui arrivera.
Par respect pour l'histoire et pour l'honneur de leur commune, j'engage les maires et les conseillers municipaux à y songer sérieusement. La borne conservatrice porterait non seulement le nojn de la ville, mais l'indication de sa population, la date de sa fondation, celle de l'inscription et les noms des conseillers qui l'auraient votée. Par cette précaution, on éviterait une grande perte de temps aux sociétés archéologiques futures et de cmelles disputes entre les savants. Ce que je réclame ici, c'est non moins dans l'intérêt de la science que dans celui de la paix.
Je ne pense pas m^étre trop avancé en disant que Thomme primitif pouvait n^être pas, quant à la forme, complètement semblable à celui d'aujourd*hui. Pourquoi y aurait -il ici exception pour rhomme seul? Ne voyez- vous pas tous les jours Tinfluence de la position ou de la localité sur les animaux? Les chiens, les chats de nos villes, les moutons, les bœufs, les vaches de nos fermes, ne diffèrent-ils pas essentiellement de ces mêmes animaux à rétat sauvage?
Quand on les place dans une situation complètement anormale, la difi'érence devient plus grande encore. En voici un exemple que cite M. Geoffroy Saint-Hilaire :
« En Belgique, les chevaux ne pouvant s'accoutumer au séjour des mines, on y descend des juments pleines et on y élève les poulains. La forme de ces poulains se modifie immédiatement, leurs yeux acquièrent la puissance de distinguer dans Tobscurité et leur poil se change en une sorte de velours semblable à la fourrure de la taupe. Quand, par hasard, on les remonte à la surface de la terre et qu'ils voient le jour pour la première fois, ils sont éblouis d'abord, mais bientôt leur joie se manifeste par des bonds, des hennissements : ils sont comme ivres de plaisir et fous d'admiration. »
N'en est-il pas à peu près de même des pauvres petits enfants qu'on entasse dans les fabriques ? Lorsqu'ils ont atteint l'âge viril, si toutefois ils y parviennent, ressemblent-ils, pour les formes et la carnation, à un homme des champs, à un ouvrier libre? Cette diff'ércnce est l'œuvre de peu d'années. Qu'en doit-il donc être quand la cause se répète de génération en génération?
En outre du changement de mœurs et d'habitudes ou de la transition de la vie sauvage à la vie civilisée , admettez qu'un mouvement se soit fait sentir dans l'atmosphère terrestre, que l'air vital, sans cesser de l'être, ait éprouvé une simple modification dans la mesure ou l'accord des éléments qui le composent ou seulement dans leur mélange, n'en induirez-vous pas que la forme a dû s'en ressentir?
Qui sait si les hommes abrutis par leurs crimes, ces hommes
444 NOTES ET GOBRESPONDANCE.
que Dieu a punis par un déluge, n'avaient pas été avertis une première fois, comme le fut ce roi de Ninive, par la dégénération de leur forme et, redescendant vers la brute, s'ils n'ont pas été couverts de poil comme les autres mammifères? Qui sait s'ils n'ont pas eu des griifes, comme ils en auraient encore si, dès l'enfance, ils étaient obligés de se servir de leurs ongles pour déterrer leur nourriture ou déchirer leur proie? Qui peut dire enfin si leur mâchoire, servant non-seulement à manger, mais à retenir et à mordre, n'était pas aussi proéminente que celle des babouins?
Que le hasard nous fasse découvrir le squelette d'un de ces hommes, les naturalistes décideront que c'est celui d'une variété de singe, un nouveau genre de quadrumane, et que rhomme fossile n'existe pas.
Je maintiens donc mon dire: non-seulement la modification de la forme humaine est possible, mais elle est probable. L'espèce actuelle doit présenter des diifércnces au moins aussi grandes que celles qui existent entre les animaux antédiluviens et les races vivantes.
Je reviens encore sur une objection qu'on m'a faite souvent ; la voici : « Vous ne pouvez être partout. Qui donc peut assurer que ces silex que vous apportent les ouvriers viennent du dilovium? Les ouvriers sont bien malins lorsqu'il s'agit de leurs intérêts : sachant que vous cherchez des haches dans ce dilnvium, n'est-<^ pas eux qui les y mettent? »
Je réponds : — Ces haches que j'y ai trouvées avant que les ouvriers ne les y cherchassent, parce que seul je leur ai appris à les distinguer des autres pierres, ces haches, ce n'était eertainement pas eux qui les y avaient portées. — Mais aujoard'hoi ils les y portent. — Supposons que cela soit : pour les y porter, il faut qu'ils les cherchent ailleurs et qn-î|s les y trouvent. Alors, dites-moi où ils vont les chercher? — Dans les tourbières. — Dans quel but?— Nous vous l'avons dit: pour les introduire dans le diluvium. — Pourquoi faire? — Four vous les
vendre pins cher. — Et s*ils me lés vendaient meilleur marché? —Alors....— Eh hien! c^est pourtant ce qui arrive, et le motif en est fMile à comfTrefi^h^. On trouve, dans les tourbières, des masses de silex à peine taillés et accidentellement de grands dépôts de haches dites éhauehes ; maiâ les hachfes polies et même celles qui, sans rétre , sont aussi r^fièrem^t finies que les haches qu'on iéc»eiUe fréqiiennnenl dass le dîlfivhira, sont assez rares dans les tonrinères. Ajo«lex-y une plos^ ^nde difficulté d'extraction. n en résolte qne les ouvriers donnaient pour cinquante centimes, 0t même à moins , les haches dn dilnvium , tandis qu'ils vendaient et que j'ai payé moi-même jusqu'à cinq francs des coins venant des sépultures celtiques. Enfin, ce qui prouve ici le plus on moins de rareté des hadies des deux provenances et conséquemment la différence de leur valeur, c'est que j'ai réuni dans ma coUéctôon trois à quatre cents hadies entières et bien faites, qui venaient du diluvium, et qne je n'en ai pas pu avoir plus d'une centaine sortant des tmirbières. Je ne parle pas ici des haches grossières dites ébanches.
Admettons que les terrassiers, contre leurs intérêts et pour le seul plaisir de tromper, aillent chercher dans les tourbières, à deux ou trois mètres sous l'eau, des objets qu'ils trouvent sans peine dans les bancs diluviens, en extrayant du sable pour la bâtisse et qu'ils me les présentent comme provenant de ces bancs , qu'en résulterai t-ii? C'est que je leur dirais qu'ils se trompent ou qu'ils me trompent, car quiconque aura vu une fois une hache extraite des tourbières et une antre sortant du diluvium, ne les confondra jamais; elles n'ont ni la même forme ni la même couleur; enfin, la nature du travail n'est pas semblable.
Pour que les ouvriers aient pn m'ahuser, il aurait donc fritn qu'après avoir retiré ces haches des tourbières ou des terrains qne j'ai nommés celtiques, ils en changeassent la forme et parvinssent à leur donner la couleur jaunâtre provenant de leur séfonr dans des bancs de sable ferrugineux, couleur qui a pénétré dans la pâte même du silex. Il faudrait, en outre, qu'ils se fussent procuré des fragments d'os fossiles, des dâ^ris- d'éléphants et antres mammifères qu^on rencontre dans le sable et qui entourent ces haches et ces couteaux. Combien de fois ne m'a-t-on pas apporté de ces masses de sable ossifère dans leqmA'
étaient des silex taillés que les ouvriers ne me faisaient pas payer» par la raison qu'ils ne les y avaient pas vus.
En résumé, les personnes qui ont présenté sérieusement de telles objections regretteront de les avoir faites. Si elles voulaient se donner la peine de comparer une espèce de hache avec Tautre» elles verraient si la confusion est possible.
Quant aux ouvriers, ils mettent toi^ours, lorsqu'il s'agit de la provenance de ces pierres , une entière bonne foi , parce qu'Us n'ont nul intérêt a n'en pas mettre et que, d'ailleurs, ils ne sont pas tellement aveugles qu'ils ne sentent que la fraude ici serait immédiatement reconnue.
Croira-t-on, maintenant, que ces ouvriers fabriquent des haches pour les jeter dans le diluvium? Est-ce possible? A la rigueur, cela le serait s'il s'agissait des tourbières: là on pourrait peutêtre ne pas distinguer des anciennes les haches nouvelles , car dans la tourbe le silex conserve, sauf des cas rares et purement locaux, sa couleur primitive et toute la fraîcheur de sa cassure. Mais il n'en est pas ainsi des haches du diluvium : nous aFons vu qu'elles prenaient la teinte du terrain où elles étaient restées enfouies et qu'on aperçoit, sur chacune de leurs faces, la couleur différente des couches avec lesquelles elles avaient été en contact. En outre, on reconnaît souvent des traces du frottement des eaux et des corps durs qu'elles charriaient, ce qu'on ne voit Jamais sur les haches des tourbières.
Nous demanderons^ ensuite si un ouvrier, en supposant qu*il parvienne à fabriquer des haches assez semblables aux aneieniies pour tromper l'antiquaire, pourrait, même en vendant ces haches trois ou quatre francs pièce, y trouver un dédommagement snf^ lisant de ses avances et de son travail? D'après les essais que j'ai fait faire sous mes yeux et que j'ai faits moi-même, je ne le crois pas. Sans doute ces couteaux grossiers dits éclats et simulacres de haches qu'on trouve si abondamment dans les pultures celtiques mêlés aux charbons et aux os brisés» fabriqués spécialement pour ces cérémonies , l'étaient sans soin et è la hâte; mais celles du diluvium, taillées en amende et d*une oui» nière si régulière, demandaient un long travail, et l'exigeraient encore aujourd'hui, même avec des outils de fer et l'aide d*i compas.
Pour clore cette discussion, je répéterai ici qu'une partie des haches et autres silex taillés provenant du diiuvium et dont j'ai donné la description, y ont été trouvés par moi-même.
Nous proposions plus haut un cours de botanique souterraine ou l'étude des plantes qui naissent, vivent et meurent sous le sol; nous demandions en même temps l'analyse des espèces qui s'y transforment ou dont les germes, graines, rejetons, après un long séjour dans les entrailles de la terre, reparaissent à sa surface sous une forme différente de celle qu'elles y avaient avant, ce sommeil de leurs moyens reproducteurs. Maintenant, c'est une entomologie souterraine que nous réclamons, car il est aussi des animaux, notamment des insectes , qu'on ne voit qu'accidentellement à la surface.
C'est l'hiver, au pied des arbres et à des profondeurs allant jusqu'à un mètre, que les entomologistes peuvent faire leurs plus belles découvertes. M. F. Marcotte, auteur d'un excellent travail intitulé : Tableau méthodique et synonymique des Coléoptères (Abbevillc, 1852, Mémoires de la Société impériale d'Emulation)^ a trouvé ainsi enfouis un grand nombre d'insectes qu'on avait considérés jusqu'à ce jour comme appartenant à d'autres parties de la France.
Si au Midi on faisait, comme M. Marcotte l'a fait ici, des fouilles entomologiques, on obtiendrait des résultats non moins précieux. Ce ne sont pas seulement les graines et les germes végétaux qui, à l'abri des effets de la gelée et des rayons d'un soleil trop ardent, peuvent se conserver indéfiniment, ce sont des œufs, des chrysalides et des animaux mêmes. On connaît des larves, celles des hannetons, qui restent en terre pendant trois ans: pourquoi n'y en aurait-il pas qui y demeureraient pendant dix, vingt, trente, enfin pendant des siècles? Comment expliquer autrement l'apparition de ces myriades d'êtres destructeurs qui envahissent un pays où ils étaient inconnus ? D'où venaient le puceron laniger, cet ennemi des pommiers, et l'insecte invisible auteur de la maladie des pommes
de terre, et cet autre qui détruit les vignes, enGn ceux plus funestes encore qui nous inoculent la fièvre jaune et le choléra. C'est le vent qui les apporte , nous dit-on ; c'est bien plutôt la terre qui les vomit quand Tépoque de leur développement qui , heureusement, ne se renouvelle que de loin à loin, est arrivée.
Lorsqu^on nous a présenté les monuments des Assyriem, nous n^avons pas demandé qu'on nous montrât leurs os comme preuve que c'était bien là des ouvrages d'hommes. Aujourd'hai, e^est pourtant ce qu'on exige de nous pour croire aux oeuvres antédiluviennes. Sans doute il y a plus d'art dans ces bas-relieCs de Niuive que dans des haches de pierre, mais celles-ci n'en démontrent pas moins sûrement l'existence de l'homme.
Au surplus, on serait, je crois, tout aussi embarrassé pour nous fournir un squelette assyrien qu'on l'est pour montrer un homme fossile; on a même plus de chances de trouver celoi-cî, à cause de son état moins destructible, car on est tenté de croire que cette fossilité des os ne s'est pas renouvelée depuis la catastrophe diluvienne, ou bien qu'il faut pour la produire une période bien plus longue que celle qui s'est écoulée depuis le déluge de Noé.
En étudiant les imitations d'animaux recueillies dans lês Inmics tertiaires, un naturaliste, malgré la grossièreté des images, poumit avoir un aperçu de la faune de cette époque. Cette «Mrtiott paraîtra bien hasardée: mais à qui voudra m'écouter sans prévention, je demanderai si l'on n'a pas reconnu plusieurs etpèees et même distingué les variétés dans les hiéroglyphes égyptiens, les peintures des Astèques et certains bas-reliefii presque ansrf informes que ces ébauches antédiluviennes?
Jiù'OS ET COBEESPONDANCE. 449
Oa ne trouve plus , dans les lits de nos fleuves , des débris d'h^^opolames ou d'espèces analogues qui , probablement , les ont habités à l'époque antédiluvienne. Ceci s'explique: d'abord, il est douteux que les fleuves d'aujourd'bui soient les mêmes que ceux qui existaient avant la catastrophe diluvienne; ensuite, ces débris, roulés par les eaux, ont été entraînés à la mer ou brisés avant d*y parvenir. Lorsqu'on en retrouve, comme il est arrivé dans l'Amo , c'est que ces ossements , ensevelis sous la masse limoneuse, ont été ainsi arrêtés, et, dès-lors, mis à l'abri du contact des autres corps et de l'entraînement des eaux. Les os de castors qu'on rencontre aux abords de la Somme ne sont pas dans le lit de la rivière, mais dans les marais et les tour* bières qui l'avoisioent.
Cest grâce à M. Thomsen , directeur des musées royaux du Danemarck, qui a bien voulu m'aider dans mes recherches, que j'ai pu me procurer les beaux instruments de pierre venant du Nord, dont j'ai présenté la description dans le chapitre XXV, et qui ornent maintenant ma collection.
Je dois aussi des remercîments à M. le docteur Daniel Soderberg, député de l'île de Gothland à la diète de Stockolm, qui, de son côté, m'a dirigé dans l'étude des antiquités de ce pays et qui, depuis mon retour, m'a transmis plus d'une fois des renseignements utiles. Voici ce que le 12 novembre 1655 il répondait, de Wisby, à plusieurs questions que je lui avais faites sur le Gothland :
« Afin de vous donner une idée de la formation géologique de rîle de Gothland , je vous envoie quelques échantillons des fossiles du pays. Ils vous apprendront que l'île est de formation silurienne. On n'y trouve jamais de fossiles de grands mammi^
ieres, on n'y peut donc chercher à une certaine profondeur des traces de l'industrie humaine. Celles quV>n y rencontre, soit en pierre, soit en bronze, sont à la surface ou peu au-dessous.
» Quant aux antlquitës de pierre, la superstition les croit lancées des nuages lorsque la foudre tombe; aussi les appelle-t-oD coins ou flèches de la foudre. Il faut remarquer que Tespèce de pierre, le tropp, dont sont faites ces haches, n'est pas indigène de Gothland. Ces instruments ont probablement été importés du continent de la Suède, où le trapp abonde.
• Les boucles ou fibules de bronze en forme de i^ de eftle», sont, d'après nos archéologues, particulières au Gothland. On y trouve aussi des armes de bronze, mais si rarement, qu'il m^a été impossible de vous en procurer. Cependant, ces antiquités en bronze sufGsent pour constater l'existence et le déyeloppement de la race celtique en Gothland avant l'immigration des Qermains. Les instruments de pierre indiquent la présence d'hommes d*une autre race, dont nous retrouvons les descendants dans les Lapons* les Finnois, et qui ont été les plus anciens habitants de Ifle.
» Je n'ai pas pu découvrir d'antiquités en os, mais je vous envoie deux clefs curieuses de l'époque de fer et quelques vieilles monnaies gothiandaises. Elles vous feront apprécier le développement et l'étendue du commerce de notre île au moyen-âge. »
A cet envoi étaient joints les fibules indiquées ci -dessus et plusieurs haches et outils en pierre, qui font partie de ceux qui sont décrits dans ce volume.
La question que nous avons déjà abordée, de la reproduction ou non reproduction de la tourbe, a, depuis cinquante ans, été l'objet de nombreux mémoires, sans qu'on soit jamais panrenn à s'accorder: chacun a soutenu son opinion et n^a rien vonln céder à ses adversaires. Il me semble pourtant qu'il n'étail pas impossible de s'entendre. Les partisans de la reproduction pouvaient dire : « Si la tourbe ne se reproduit pas dans les anfimiMl tourbières qui, aujourd'hui encore, donnent naissance i des vtf-
BK^TSS BT GOiUlfiSPONDANCE. 451
gétauz, qu^en deviennent les détritus? S'ils ne se transforment pas en tourbe, il faut qu'ils se changent en terre végétale. Or, si Ton ne rencontre pas de cette terre et si Ton trouve de la tourbe, il est clair que celle-ci se reproduit.
» — Ce que vous appelez de la tourbe, répondent les partisans de la non reproduction, n^en a que l'apparence ou n'en mérite pas le nom, et la preuve, c'est que le travail d'un jour ne vous en donnerait pas de quoi vous chauffer pendant une heure.
» — Qu'importe la quantité, dit l'autre; s'il y en a peu, c'est que l'ancienne tourbière nourrit peu de plantes propres à la formation de la tourbe ou qu'elle a été nouvellement exploitée. »
Je suis assez de l'opinion de ce dernier. Nous avons dit que, d'après notre estime, il fallait un siècle pour produire une couche de trois à quatre centimètres de bonne tourbe: à ce compte, il faudrait vingt -cinq siècles pour former un mètre de tourbe et deux cent cinquante siècles pour en avoir une épaisseur de dix mètres, comme en offrent certaines tourbières. Etonnez-vous maintenant de ne pas voir croître la tourbe.
La position de cette tourbe est quelquefois peu explicable. Ce matin, 22 juillet 1856, ayant été visiter les travaux que Ton fait pour le nouvel embarcadère d'Abbeville, en face la rue Saint- Jean-des-Prés, j'ai été surpris de voir un banc de bonne tourbe de marais, d'environ soixante centimètres d'épaisseur, placé à près de quatre-vingts centimètres au-dessus du niveau de la rivière. Ce banc était couvert d'un Ut de sable fluvial épais de quarante centimètres, sur lequel était à peu près le double de terre végétale et de remblais. Au-dessous du lit de tourbe, je retrouvai la terre végétale, puis un autre lit de tourbe et ensuite le tuf.
Dans une lettre que m'adresse d'Amiens, sous la date du 5 juillet 1856, M. le docteur Louis Douchet, déjà cité, il me donne, sur la découverte d'une forêt sous la tourbe bocageuse, les détails suivants:
« En 1832, on Gt une extraction de tourbe non loin du chemin qui, du côté droit du faubourg de Hem d* Amiens, se prolonge dans les prairies dites les Prés-Forêts^ voisins de la Somme.
» Les terrains recouvrant cette tourbe se composaient ainsi :
» 1* Terre végétale et de remblais, un mètre;
» V Terre grisâtre que Ton pourrait nommer vierge, atteodo Tabsence bien constatée de tout objet annonçant nndvstrie humaine, cinq mètres soixante-six centimètres;
» 3* Terreau précédant la tourbe;
» 4* Tourbe compacte;
» 5» Tourbe bocageuse;
)• 6* Au-dessous de cette tourbe se trouvait une masse d'arbres, parmi lesquels dominaient des chênes, des hêtres et des ifs. Les chênes avaient des dimensions peu ordinaires ; leur bois était d^nn noir d'ébène ou dMn beau jaune rougeâtre. Les ifs avaient une couleulr jaune ou rouge-foncé ; je n*ai pu constater leur dimension. Tous avaient leurs feuilles et leurs fruits. Il en était de même d*une incroyable quantité de noisetiers, dont les fruits étaient ri abondants que j^en ai vu remplir en ma présence plusieurs brouettes. Les chênes et les hêtres y étaient si gros et si lourds qu'on fut obligé de les couper et de les fendre dans le trou d*extraction, et qu*on les empilait sur le pré, comme l\>n foit do bois de corde dans nos forêts actuelles.
» Ce qui me frappa plus encore, c'est qu'au milien de ces débris végétaux se trouvait une non moins grande abondance d'ossements d'animaux d'espèces diverses, parmi lesquels je distinguai des tCtes (probablement d'urus) armées d'énormes cornes; d'antres, avec leur i*amuf«, annonçaient une très-grande espèce de eerf; enfin, des défenses de sanglier non moins fortes. »
M. Douchet exprime ensuite le regret de n'avoir pu profiter de l'offre que lui faisait le propriétaire du terrain d'emporter ces ossements, dont on aurait pu charger plusieurs voitures; mais des affaires importantes l'appelant ailleurs , il fut obligé de renoncer à cette étude qui lui offrait tant d'intérêt.
En effet, l'antiquité de cette forêt étant démontrée, celle des ossements ne pouvait être mise en doute. Il eut donc été de s'assnrer si ces espèces étaient bien les mêmes qne les actuelles. Dans cette masse d'ossements, des débris homains pon>
faMt 1111991 se reiicaqtrer« et même des os travaillés* Ttn ai souvent troayé dans des dépôts semblables, 011 bi^n j'y ai cops- Uté» SQr difencis partks d^ la charpente os6e^se des gr^pds numum^b-es , des cicatrices qui ne pouvaient avoir é\é faite3 * ^*avec aoe arme et dè&4Q|:s pAr.uiie main tomaipe, JVi même» ta IIIM9 recueilli un &r 4*^ieii e9fpjicé dans le crâne d'RQ urii$. Ci moreeva provenait 4'uDe tourbière peu épaisse, peu profbmle et probablemeut de (orœatioii asse^ uouvelle.
Celle dont M. Douehet doniie l'analyse est sinon antédiluvienne, du moins d'une époque très-reculée. La conservation des feuilles et des fruits ne prouve pas le contraire : dans presque toutes les tonrbîèves on remafque des parties de plantes et des graines eaîiies enoore. ^'en a) même reconnu dans des tourbes sousmarines. Je suis convaincu que la durée de certains germes et semences est indéfinie* C'est ce qui explique, lorqu'on a détruit un bois et qu'on le laisse repousser, Tapparition d'arbre§ et de plantes qui ne s'y montraient pas avant cette destruction.
J'ai, comme M. Donchet, rencontré des chênes et des ifs, soit dans la tourbe, soit sous le lit des rivières. J'en ai pris des écfaaitfillons que j'ai fait polir et dont les nuances sont fort riches. Les ébénistes de ce pays , quand ils ont avis de semblables trouvailles, ne manquent guère d'acquérir ces bois dont ils font des meubles d'une grande élégance. On s'en sert aussi pour faire des parquets. Mon compatriote et ami, feu le marquis de Flécbin , avait ainsi fait parqueter le salon d^ son coteau d'Aveluy.
La vallée de Somme contient plusieurs de ces forêts souterraines qu'on rencontre au-dessous des tourbières ou dans la tourbe même, à plusieurs mètr«§ au-dessous du niveau de l'eau.
Le fond de la Manche, jusqu'à une certaine distance des côtes . actuelles, doit être couvert des restes de ces antiques forêts. Est-ce par une invasioii subite deç eaux ou par leur empiètemeqt successif, que ces forêts sont devenues sous -marines? 11 est à croire que ces deux causes ont tour à tour agi ici : une première irruption de l'Océan a ouvert le passage et séparé, par un détroit, la France de l'Auglelerre ; puis l'effort continu de la mer a élargi la voie.
Sur quelques points , elle s'élargit encore. Sur d'autres ^ elle
rend à la riye ces masses pierreuses qu'elle leur a jadis enlevées, ces galets, fléau de nos ports.
On découvre des vestiges de ces forêts quand la mer, à certaine époque de Tannée ou à la suite de ras-de-marée, se retire au loin. On en suit les traces jusque sur les côtes de Bretagne, oh la tradition veut que non-seulement des bois et des champs, mais des villes aient ainsi été englouties. On m'a même montré des maisons et des églises sous dix mètres d'eau, avec leurs clochers et leurs tours, qui m'ont paru ressembler beaucoup à des rochers. Mais ce que la tradition veut, le voyageur doit le vouloir et le voir, sous peine d'être mal vu lui-même.
Aux embouchures de la Somme, de l'Authie, de la Canche, la vague, après la tempête, rapporte quelquefois des troncs d'arbres arrachés aux sables ou aux tourbières sous-marines, avec d'énormes morceaux de tourbe roulée qui ressemblent à des colonnes.
L'isthme qui unissait la France et l'Angleterre et qui s'est abymé sous les eiforts de l'Océan à une époque qu'on ne peat préciser, était probablement aussi couvert de forêts et dès-lors d'animaux divers , qui ont péri dans cette grande catastrophe. Les filets des pêcheurs en ramènent de loin à loin quelques débris, notamment des bois de cerf d'une grosseur peu ordinaire. J'en ai envoyé des échantillons au Muséum d'histoire naturelle de Paris, et j'en conserve une tête fort remarquable en ce qu'elle a toute l'apparence fossile.
L'étude des os des tourbières, je l'ai dit ailleurs, est eaeort à faire.
Le goût de Téloquence et du mouvement oratoire est dans la nature de l'homme. Les enfants aiment à pérorer, les sauvages y excellent.
Quand, en juin 1840, les deux corvettes (^Astrolabe et la ZéUe que commandait Dumont d'Urville, lors de son voyage dans ro* céanic, touchèrent sur l'île Toud et se trouvèrent sur le flanc faisant de vains efforts pour se relever, une troupe de sauvages arriva en députation: le chef s'arrêta à quelque distance des
NOTES ET COSBESPONDÂNCE. 455
oaTÎres alors presqa^à sec, et d'une Toiz retentissante fit on long discours aux équipages, dont le but, qu'on reconnaissait à ses gestes très-significatiiis, était de prouver que les navires se trouvaient fort mal là et qu'il fiallmt ks en tirer au plus vite. Ce digne sauvage, ajoute le narrateur M. Demas, officier de Texpéditioii, avait dix Uns raison, mais il ne nous apprenait rien de nouveau (Vaifoga au p^ Sud et dam f^Océanie, tome IX, p. 343).
La précision des mouvements de la terre est bien grande et la chose est essentielle. On peut juger des inconvénients qui résulteraient pour ses habitants du moindre dérangement dans sa marche : « Si par une cause accidentelle, dit M. Isidore Geoffroy » Saint-Hilaire , la vitesse de la terre venait à se ralentir tant • soit peu ; s'il y avait un ou deux jours de vingt-quatre heures » et demie au lieu de vingt-quatre heures justes, une marée s'en » suivrait qui dominerait de plus de cent mètres tous les con- » tinents habités des zones tempérées. Par compensation, l'archipel » indien redeviendrait un continent et ne ferait qu'un avec le 9 sud de l'Asie. Prenons la supposition inverse. Deux ou trois » jours de vingt-trois heures seulement, par suite d'une accélé- 9 ration dans le mouvement diurne de la terre, enverraient aux » régions équatorriales une marée qui ne manquerait pas de noyer » le sud de l'Asie , de l'Afrique et de l'Amérique , et de vider » tout-a-fait la Baltique et la Méditerranée. »
A l'époque de transition, quand le fer était rare encore, on ne l'employait qu'avec parcimonie. J'ai vu une sorte de masse trouvée dans une tourbière, fûte d'un fort beau morceau d'ivoire qu'on avait plaqué de fer, ce qui indiquerait que le fer était alors plus cher que l'ivoire.
J'ai lu dans la Revue de Paris du 15 novembre 1854, {Mige 649 et suivantes, dans un article intitulé : MyHifiûotian antêdihwietmê^ qu'un malin chirurgien allemand de Maëstricht, nomme Holfman» un peu pour rire, un peu pour en tirer de l'argent, s^était ingénie à fabriquer des animaux antédiluviens, ce qu'il foisait à l'aide d'ossements fossiles recueillis dans les carrières de Maastricht. Il les retaillait, ajustait, replâtrait, puis les inemstait à l'aide d'un mastic dans des blocs de craie. C'est ainsi qnHl fabriquât, entr'autres choses, plusieurs débris de grands sanriens et une partie du mososaurus, déposé anjourdlrai an nnlsée de l'université de Groningue.
La falsification était si habilement faite qu'elle a trompe Adrien Camper et George Cuvier lui-même, et dans les Tolnmes II, pi. 20, fîg. 21, et pi. 6, fig. 5 et 22 de l'ouvrage de ce savant (Ossements fossiles), sont représentées des parties d'animanz ainsi falsifiés, avec des descriptions entièrement erronées et portant sur des espèces ou des variétés qui n'ont jamais existé. C'est M. ScUegel qui a fait cette étrange découverte.
Il est inutile de dire que ceci ne peut rien ôter au mérite de l'immortel ouvrage de Cuvier. Il ne s'agit que de quelques fints d'une importance très-secondaire, et tous les autres, c'est-i*dire ceux où Cuvier ne s'en est rapporté qu'à lui-mtoe et a travaillé sur ses propres découvertes, n'en méritent pas moins tonte oenfiance.
Mais tous les mystificateurs ne sont pas en Allemagne. J'ai d^à dit comment on m'avait vendu des statuettes en plomb tout neuf métamorphosé en vieux fer à l'aide d'une sauce d'oxide de fer: voici un autre trait de la même espèce. Un jour, un individu de ces environs (Abbeville) , tuilier de son état , m'apporta une masse de sable que je reconnus aussitôt à sa oonleur appartenant au terrain dilavien. En e£fet, le porteur m'aun que ce sable, qui contenait une tête de mammifère, |irofuuait du banc de Menchecourt. Je débarrassai l'objet d'ouïe parte du
Nons n ooMffiSPONDAmB. 4S7
sable qui renveloppail et je reconoas une tête de cheval. Elle arait dû appartenir à un sujet de grande taille; cela m'étonnait, car jusqu*alors les débris fossiles de chevaux que j'avais vus indiquaient une race plus petite que Tespèce actuelle. Sans pousser plus loin, pour IHnstant, Texamen de la tête, je dis au tuilier de foinUer à la place d*oà il Tavait tirée et de s'assurer si le reste du sqodeMiB ne s'y trouvait pas» 11 me promit de le £dre» et peu de jours .«près il ra*apporta un fémur et un tibia qui pouvaient avoir appartenu au méoie animal.
Je parlai de cette découverte à mon collègue de la Société d!Em«btiott, M. Bâillon; il me montra d'autres fémurs et tibias qu'il avait acquis du même ouvrier. Dessous le sable , je vis que, contre l'ordinaire^ ces os étaient entourés d'une substance blanche ressemblant à la craie, ce qui me parut inexpliquable , pitkqtt^ avaient ëlé trouvés dans le sable et ncm dans la marne. Je soupçonnai donc quelque supercherie, et, rentré chez moi, je dégageai entièrement la tête du sable et de la couche blanche qui l'ffliveloppaîent, et après un examen attentif je fus convaincu qu'elle n'était pas fossile.
Je fis venir le vendeur et, ^ns rien témoigner de mon soupçon, je lui dis de m'indiquer de quelle partie du banc il avait retiré la tête et les antres os. 11 me Tindiqua. Je m'y rendis immédiatement et je reconnus que cet endroit n'avait point été fouillé depuis longtemps. J'y conduisis mon homme. Il parut interdit, mais il ne voulut rien avouer.
Je m'adressai alors à l'un de ses camarades : ils étaient d'accord et il ne parla pas. Enfin, un troisième, qui n'avait pas eu part au prix assez élevé que f avais donné de cette tête, me révéla la friponnerie. Cétait un ouvrier venant d'Amiens qui avait imaginé ou importé ce procédé et Pavait enseigné aux autres. Ils avaient pris, dans un atefier d'équarrissage , un squelette de cheval ; ils avaient mis la tête et une partie des os dans un bain de chaux assez épais , et les en avaient retirés pour les rouler dans une masse de diluvium, puis avaient laissé sécher le tout. Ensuite, ils avaient commencé par débiter les tibias et les fémurs mêlés à des fragments d'os véritablement fossiles, et quand ils avaient été certains que la supercha*ie n'était pas reconnue, ils m'avaient apporté la tête.
458 NOTES ET G0RBE8P0NDANCE.
On a beaucoup trop étendu le nombre des race» d'hommes; elles se bornent réellement à trois, ou pour mieux dire à trois variétés , car si c'était vraiment des races ou espèces différentes , leur croisement ne produirait pas des individus producteurs euxmêmes. Ces trois variétés sont: 1* la race blanche ou caucasienne; 2* la race jaune ou mongolique; 3* la race nègre on éthiopienne.
Voici les portraits qu'en donne M. Blanchard, dans le journal le Siècle du 24 mars 1855 :
« RACE BLANCHE. — Tétc arrondie, front saillant , visage ovale, teint blanc et rosé, yeux horizontaux et a fleur de tête, cheveux longs, fins, noirs, châtains, roux, blonds.
» RAGE JAUNE.— Tête pyramidale, visage en losange, yeux obliques et en partie recouverts par les paupières, pommettes saillantes, nez court, barbe rare, cheveux rudes et noirs, oreilles longues et détachées de la tête, teint jaune.
» RACE NÈGRE.— Crâne étroit, allongé et fuyant, aspect grossier, nez épaté, lèvres épaisses, mâchoires proéminentes, cheveux courts, laineux et crépus, bras longs, teint d*ébène. »
Quant aux subdivisions ou sous-v^riétés , elles sont infinies. Voici, seulement pour ce qui concerne les nègres, les dénominations en usage dans nos colonies :
Nègre, mameluck, métive, qnarterone, quinterone, sexterone, etc.
Mulâtre, fils d'un nègre et d'un blanc; mameluck, fils d^un mulâtre et d'un blanc ; métif, fils d'un mameluck et d'un blanc.
Les métives sont aussi blanches que les Européennes.
Nos villes modernes n'approchent pas encore de ceUes de rtaicienne civilisation. Londres, la plus grande cité de l'Europe, de
noffn mt onsuBPOiiDAiiGB. 458
PAfriqiie et de VAménqÊft, d qai b^ en Aandne et en popolatkNi de finies qnVa Ckimt et peot-êlve an Japon, a cent qnatonee mflles WÊ^tm carrés de sajpeiicie. Or, Ninire, d^près les dernikes TÀificatioBS des gé<HnHici anglais , en avait denx cent sdse, et BaMone denx cent Tingt-einq. La population était probaUeaMBt dans b Mène proportion: cdle de Londres est d'an peu pins de denx nnffioBS d*toes; œs Tilles antiques dcTaient en ofeir le donbie.
étendant, cette nlinttHon dn nondire d'habituits par Pélendne de la TiOe est Iwt ineerlanie; nn aperça de la consommation nous gnideraît bien mieaz. Combien ne serait pas précieuse une note datant des beaux jours de-Thèbes ou de Ninive, nous donnant des rcnseâgnemcnts locaux de Fespèce de ceux qui suirent:
« Il n^ a pas de petit commerce, disait un journal. Les expropriations fûtes à Paris, en 1S53, pour agrandir certains quartiers, ont léfâé rimportance de quelqBn industries qui paraissaient sans conséquence. Un marcband crémier, levé tous les jours à trois beures du matin, arait vendu, en trois mois, dix-huit mille petits pains à un sou. En huit mois , il avait consommé pour cinq mille trois cent quatre-vingt-dix-sept francs de sucre et cinquante-deux mille litres de lait
» Un pâtissier de la rue des Prouvaires a deux fours sans cesse allumés; il travaille dix-sept heures sur vingt-quatre et ne vend qu'au guichet. Ces deux fours recevant chacun vingt plateaux , en fournissent six cents par jour. En peu de mois , il a employé en pâtisserie cinq cents sacs de farine, dix mille kilogrammes de beurre, trois cents sacs de pommes, vingt-cinq mille œufs, quinze mille kilogrammes de pruneaux, six cents kilogrammes de sel. »
Dans un mémoire fort remarquable imprimé en 1855, intitulé : Rapport à la Société impériale d^Emulation d^AbbeviUe sur Votkvrage de M. Boucher de Perihes^ ayant pour titre: antiquités CELTIQUES ET ANTÉDILUVIENNES, M. E. de Marsy , membre de la
460 NOTES ET CORIIESPONDANGE.
Société des Antiquaires de Picardie, etc., examine» avec une lucidité parfaite, la question archéologique traitée dans mon iiyre. Je ne suivrai pas dans tous ses détails l'important travail de ce sarant archéologue, mais j'en citerai quelques passages.
« Depuis un demi-siècle, dit M. de Marsy, les études arcMologiques ont pris un immense développement ; les esprits sérienx ont trouvé un charme indéfinissable à reconstituer le passé , à suivre les progrès des arts, à décrire les anciens monuments, à retrouver à Taide des médailles les suites des souverains ou des seigneurs, à retracer, en suivant l'impulsion donnée par Du Gange, les institutions du moyen-âge, de la féodalité, des communes, etc.
» Ces recherches ne sont pas un simple objet de curiosité, elles se lient intimement aux arts et à toutes les branches de FIm»toire, elles élèvent Fâme en montrant la fragilité de tout ce qui touche à rhumanité et le peu de traces qu^ont laissées nos dem»ciers lorsqu'on remonte au-delà de quelques milliers d'années : trois ou quatre mille ans! C'est cependant si peu de chose dans l'histoire du monde et presque tout dans le souvenir des honunes.
» Bien que ce passé soit presque moderne, chacun cherche aujourd'hui à soulever un coin du voile qui le cache à nos yeux; les pyramides de Chéops ont laissé deviner les énigmes de leiirs hiéroglyphes, aussi bien que les monuments rnuiques des races hyperboréennes. Bientôt, sans doute, les inscriptions conâfonnes des sépultures de Ninivc ne seront plus un mystère, et, dans ienr langage encore inconnu aujourd'hui , elles retraceront quelques lambeaux de l'histoire contemporaine des patriarches' et des prophètes.
» En archéologie, plus peut-être qu*eu aucune autre chacun marche selon sa capacité; l'un borne ses études aux numents et à l'histoire de sa localité, de son canton, d'une église, d'un château, d'une abbaye; l'autre, au contraire, embrasse quelque sujet plus vaste, tel que l'histoire de la race humaine, de ses migrations, des transformations des peuples, de leur civilisation et de l'influence qu'ils ont, à tel ou tel siècle, exercé sur les autres nations du globe.
» En général, plus l'époque dont on s'occupe est éloignée» plus les faits sont intéressants et plus les rech»:^es présente&t 4e difficultés et d'incertitude.
N0TB8 ET GOSftIfôPONDANCE. 461
» Bans un ouTrage publié en 18i7 {Antiquités céUiquês et aniédUttMefiiies), M. Boacker de Perthes a laissé bien loin derrière lui le «homp ordinaire <les investigations archéologiques. Cest à Tépoque dilnyienne <;&il s*est adressé, el il a demandé aux couches inifrieures de la terre si elles ne pouvaient présenter encore à BOB y^ix quelques tidces palpables et matérielles de la présence des homaes ayant le cataclysme qui a bouleversé la surface de ■olre planète. »
M. de Marsy, en rappelant, page 11, les discussions qui ont en Keu jadis an sujet du fameux homo diluoii iestis^ ajoute:
« n n*cst peut-être pas exact de dire qu'on n'a jamais trouvé d'ossements humains fossiles; car il faut convenir que jusqu'à prâtent t)n n'a pas constaté suffisamment et d'une façon assez positive si des ossements humains, trouvés dans des cavernes on dans des couches inférieures, étaient bien ou non fossiles, ce qui n'est pas toujours très-facile à distinguer. Ainsi, dans le Jura, à Dnrfort, à Kirkdace, à Londres, à Pouvignargues dans le Hérault, à Bize près Narbonne , à Rancogne , Marseille, Liège, Nice, à l'Ile de Cérigo, à Candstad, etc., on a trouvé de nombreux ossements humains que certains savants ont prétendu être fossiles, bien que eette opinion ait été rejetée par le plus grand nombre. (Voir Lydl, vol. II, p. 225. Tournai, Annales de Chimie et de Physique y février 18S3, p. 161. Buckland, Rdiquks dilwm, Marcel de Serres, Ciwemes du Midi de la France^ etc.)
» Malheureusement pour cette question, on a presque voulu jeter du ridicule sur ceux qui cherchaient l'homme fossile^ deppis que Scheuchzer a produit sa fameuse salamandre , qui a été prise pendant un ^ècle pour un homme antérieur au déluge.
» Admettons même qu'il soit incontestable qu'on n'a jamais trouvé, jusqu'à présent, d'ossements humains dans les terrains antâliluviens, serait-il raisonnable de tirer une conclusion absolue de ce fait négatif? Non, sans doute, cet homme antérieur au déluge on peut le trouver et tout doit faire croire qu'on le trouvera un jour. N'a-t-on pas aussi soutenu que non-seulement l'homme mais tous les quadrumanes (singes) n'avaient paru que postérieurement au dernier cataclysme? Eh bien! cependant, l'existence de singes fossiles est incontestable aujourd'hui, bien que les individus de cette espèce soient rares.
» L'homme, nous i'admettoiui, est arrivé le dernier sur la terre, il est postérieur aux autres êtres de la création, et nous ne doutons pas, comme l'expose CuTÎer, qu'il ne soit venu après les trois grandes générations d'animaux primitifs.
» Nous ne sommes plus au temps où il fallait resserrer toute la création en six jours. Les théologiens ont interprété d'une hqon toute naturelle les Ecritures de manière â mettre les récits mosaïques en harmonie avec les faits matériels démontrés par les obsenrations géologiques ; ils ont reconnu que le mot hébreu iom ne devait point se traduire par jour^ mais par époque. On peut voir là -dessus les dissertations de Wiseman , Discours sur la rapports de la Science et de la Religion réf>ilie; de Buckland, la Géologie et la Minéralogie dans leurs rapports avec la Théologie naturelle; de Marcel de Sèvres, Cosmogonie de Mdise comparés aux faits géologiques; de Melleville, du Dîltivium, etc. »
M. de Marsy, page 13, après avoir rapporté l'opinion de M. A. Brongniart, qu'on peut lire dans mon premier volume, page 13, cite celle de Cuvier.
« Cuvier lui-même, dit-il, dont l'opinion bien arrêtée est qu'il n'existe pas de fossiles humains, est loin de nier l'existence de l'homme avant le déluge. Voici ce qu'on lit dans son discours sur les révolutions du globe:
« Tout porte à croire que l'espèce humaine n'existait point » dans les pays où se découvrent les os fossiles, à l'époque des » révolutions qui ont enfoui ces os; car il n'y aurait eu aucune m raison pour -qu'elle échappât tout entière à des catastrophes » aussi générales : mais je ne veux pas conclure q%ie Vhomme » n'existaU point du tout avant cette époque. Il pouvait habiter » quelques contrées peu étendues, d'où il a repeuplé la terre • après ces événements terribles ; peut-être aussi les lieux où il » se tenait ont-ils été entièrement abymés et ses os enseveUs eu » fond des mers actuelles, à l'exception d'un petit nombre d'in- » dividus qui ont continué son espèce. »
Plus loin, page 15, M. de Marsy continue ainsi: « Si l'homme a existé avant le déluge, a-t-il pu laisser quelque trace matérielle de son passage? C'est ce que M. de Perthes a cherché, en explorant tous les bancs inférieurs dans lesquels il a pu porter ses investigations.
NOTES ET OOKRESPONDÂMCB. 463
» L^homme, doué par le Créateur d*une intelligence supérieure, a été eu même temps lancé sur la terre avec une constitution physique qui le rend inférieur à beaucoup d'animaux ; lirré à ses propres forces , il est à peu près sans défense et n'est organisé que pour la fuite* Aussi k soin de sa conservation persofineUe fut son premier et son plus impérieux besoin; il dut scanner d'un bâton, d'une massue, d'une lance, d'une fronde ou de quelque instrument analogue; ce fut déjà un progrès quand Il sut fabriquer une bâche et un arc. La première matière qu'il caiploya fut le bois; puis, ensuite, l'idée dut lui venir de se servir de quelques corps plus solides, tels que cailloux, os d'animaux, cornes, arêtes de poissons, etc.
» L'emploi des métaux est évidemment postérieur, bien qu'il soit sans doute fort ancien. En effet , la Genèse , dans un des premiers chapitres, parle de harpes, d'orgues et de toutes sortes d'ouvrages d'airain et de fer que fabriquait avec habileté Tubalcaîn qui descendait d'Adam à la huitième génération. (Gén. ch. IV, V. 21 et 22).
» Mais, à part les objets en métal qui durent être, dans tous les cas, excessivement rares et peu répandus, que peut-il rester de cette grossière et primitive industrie de nos premiers pères? Bien autre chose que les objets en cailloux ou en ossements, car une période de plusieurs milliers d'années a dû anéantir tout ce qui était susceptible de décomposition^ même la plus lente.
» Aussi c'est aux silex que l'auteur s'est attaché; il en a examiné des quantités prodigieuses, recueillies dans les départements de la Seine, de la Somme et de la Seine-Inférieure ; sur un trèsgrand nombre d'entr'eux il aperçoit, d'une façon qui ne lut laisse aucun doute, la trace d'un travail humain. »
M. de Marsy, page 17, dit en parlant des nombreux objets provoiant du diluvium, que j'ai réunis:
« Nous avons vu aussi plus d'une personne qui , avant de visiter la collection de l'auteur, manifestait l'impossibilité d'admettre ce travail humain, revenir, après avoir vu les échantillons euxmêmes, avec une opinion toute différente ou tout au moins avec un sentiment de doute.
» En général , pour faire ces figures , on se serait servi de quelque accident naturel, d'une tache, d'un trou dans le silex, et
Ton aurait, en taillant le reste, complété ce qui manquait pour la façon de cette grossière sculpture. D*autres cailloux taillés paraissent simplement des imitations de dolmen ou de piores druidiques. On peut donc supposer que c'étaient de petits autels ou monuments religieux destinés à Fintérieur des habitations , mais cette opinion est fort conjecturale, et Ton peut faire làdessus toutes les suppositions que suggérera Timagination.
» Nous avons vu ces objets en grand nombre dans la galerie de M. de Perthes, et les amateurs peuvent les visiter; le plus grand empressement est toujours mis pour satisfaire la curiofité de ceux qui veulent examiner les collections riches et variées de Fauteur. Nous avons manié ces cailloux et les avons étudiés avec soin et à loisir; et tout en reconnaissant que ces figures sont très-grossières, nous avons été frappé cependant de la similitude qu'on remarque sur un grand nombre d'entre elles « ce qui fait croire que leur existence ne doit pas être attribuée à l'effet du hasard. On voit une intention évidente de reproduire les mêmes formes de chiens, d'oiseaux, de poissons, d'hommes même, etc.
» Sans doute , au point de perfection où les arts sont parvenus maintenant, on repoussera avec dédain ces silex qu'on aura peine à reconnaître comme une ébauche artistique des premiers âges : mais qu'on ne soit pas si dédaigneux des talents des hoounes encore sauvages; qu'on laisse façonner à un jeune enfant une figure avec de la cire , du bois ou bien une pierre tendre el facile à tailler, ce qu'il fera ressemblera bien un peu à ces cailloux taillés des bancs diluviens. Que serait-ce donc si on lui donnait, avec des outils imparfaits, un corps dur comme le silex? Les hommes primitifs ne sont que des espèces d'enfants; Ut se rapprochent les uns des autres par les idées et les œuvres quili produisent On peut voir au Louvre, dans le musée des Antiquités américaines, une quantité de petites figurines à l'égard desquelles on ne peut contester qu'il y ait travail humain, puisqu'elles sont en une espèce de terre cuite. Eh bien! malgré la malléabilité de la matière première qui permettait à l'artiste de les contourner selon l'inspiration de son génie, elles ne sont guère supérieores à celles recueillies par M. de Perthes.
» Il ne faudrait pas croire , du reste , que ce n'est que ehoi Fauteur qu'on rencontre de ces objets en silex. On coi
namtenaat à ks cottectionner et à les réunir avec soin : il en existe ies collectioiis en Saède, au British Muséum de Londres ^ Hiéme à Paris où Ton en voit quelques échantillons au Musée Ethnographique du Louvre. »
M. de Marsy, sous le titre d'objections et conclusion, poursuit ainsî :
« Nous ayons déjà parlé de Fobjection tirée de ce que, parmi les fbssiles, on n^ayaît jusqu'à ce jour trouvé aucun débris humain; nous ne reviendrons pas sur ce point.
» Mais il est une autre observation dont nous devons dire un mot en terminant.
» Les incrédules et même ceux qui aiment à examiner et à se rendre compte ont dit : Qui nous justifie que les objets présentés proviennent bien des bancs diluviens ? ils ont pu se trouver dans les couches supérieures et d'une époque beaucoup plus récente.
» Si ces objets étaient peu nombreux , on pourrait , jusqu'à certain point, admettre que quelqucs-un^ aient pu se trouver dans les bancs inférieurs par suite de circonstances accidentelles. On pourrait dire aussi qu'il n'est pas impossible que l'auteur ait été parfois trompé par les ouvriers qui auront montré des silex comme trouva dans un endroit, tandis qu'ils provenaient d'un autre.
» Tout cela pourrait avoir quelque force s'il s'agissait de quelques objets seulement ; mais en présence d'une réunion aussi considérable, lorsque l'auteur déclare que, pour partie du moins, Ds ont été déterrés en sa présence ou recueillis par lui, lorsque souvent encore ils se trouvent recouverts d'une sorte de gangue provenant du terrain qui les renfermait , on ne peut raisonnablement admettre que ces objets proviennent d'autre part que des bancs diluviens; ces bancs ont été eux-mêmes explorés par des hommes parfaitement compétents qui les reconnaissent comme tels, et d'ailleurs la présence d'ossements fossiles le démontre surabondamment.
. » En résumé , nous n'hésitons pas à penser que le livre des Antiquités celtiques et antédiluviennes, écrit d'une manière élégante et présentant un intérêt soutenu , n'ait pour résultat d'appeler l'attention des archéologues sur un nouveau champ ouvert à leurs investigations.
» En ce qui concerne les armes ou instruments dits celtiques^ il présente un relevé d'importantes découvertes d'objets en silex trouvés principalement dans les environs d'Abbeville et les tourbières de la Somme.
» A regard des produits de Pépoqne antédiluvienne , M. de Fertiles a émis une idée neuve et féconde , celle de rechercher les traces matérielles des hommes avant le déluge. Pour ceux qui ont foi dans les recherches et les observations de rauteor, qui suivent pas à pas ses déductions, on n'hésitera pas à considérer la question comme résolue; on dira que bien qu^il n*y ait jusqu'à ce jour aucun fossile humain bien authentique et que l'homme soit le dernier venu sur la terre, il a cependant existé avant le déluge et a été le contemporain d'une partie de ces animaux gigantesques dont nous retrouvons les débris , et Poii verra les traces de son industrie sur ces cailloux où sa main inhabile a essayé ses premières ébauches.
» Mais nous ne demanderons à personne de croire ici sans examen; nous proclamerons qu'on peut rester sceptique, repousser la tradition du déluge et méconnaître les silex. Mais à ceox-la nous dirons : Cherchez vous-mêmes, fouillez les bancs diluviens, interrogez leurs entrailles et voyez s'ils ne portent pas quelque trace du passage de l'homme. L'auteur ne demande rien autre chose; il ne veut rien imposer par autorité, et il aura atteint le but qu'il se propose, celui d'appeler sur un fait nouveau les investigations des savants, dont les recherches ultérieures viendront combattre ou confirmer ce système.
» Qu'on ne se préoccupe donc pas de la crainte de bouleverser quelques idées admises en géologie et qui ne reposent que sur des faits négatifs, qu'on cherche avec confiance, qu^on examine avec scrupule , que sur tous les points où des bancs diluviens seront ouverts on interroge les silex , l'auteur veut avant tout appeler la lumière, et il le fait avec la confiance de la plus profonde conviction ; il ne se réserve que l'houReur d'avoir le premier ouvert la voie sur un sujet d'un aussi puissant intérêt et qui touche de si près à l'origine de l'espèce humaine. » *
B. DB MABST,
Membre de b Bodhi 4m ÀMlfHlrw i»
de la SodiU d'EmalAïkn JAhhwtlK tHw
Janvier 1850.
▲ la suite de ce rapport, M. de Marsy a ajouté, page 21, la acili. ci-après, qui explique le retard qu'a éprouve sa publication.
«Ce rapport, dit M. de Marsy, a été fait à la Société d'Emulation, il y a déjà plusieurs années, pour donner aux membres- ^û la composent une idée aussi exacte que possible de l'œuvre 46^ M. de Perthes. Nous avons demandé nous -même que ce Ya^ort ne fût point inséré dans les publications de la Société, ftUf le Inotif qu'un travail d'un bien plus grand intérêt sur Cf^ matière devait être fourni par une commission de l'institut diargée d'examiner le Mémoire sur l'Industrie fyrimitive* et d'en nnidai^ compte. Le monde savant attachait à cette œuvre une imjpiMrtance réelle, puisque la commission comprenait des membres ch;n»S dans deux sections. Mais ce rapport si impatiemment atteada n'a jamais été fait. Il semble qu'on ait hésité à se prononcer 'mt les questions graves qu'il fallait soulever.
» La voie nouvelle ouverte par Fauteur ne saurait manquer d^étre suivie, et elle l'a été déjà par un savant dont la mort a laissé un vide bien sensible. Le docteur Rigoliot , qui a emporté daps la tombe le titre de membre correspondant que l'Institut Vtnait de lui décerner , lisait , peu de temps avant sa fin préaOtfi^ée, un mémoire sur une découverte de haches en silex faite i Àfniens dans les terrains diluviens de Saint-Acheul, et « il éta- » blissait ainsi, par une preuve matérielle, le fait de l'existence » de l'homme avant les dernières révolutions du globe, etc.** »
» Nqus terminerons ici en racontant une circonstance bien simple t mais qui se reproduira sans doute à l'égard d'autres personnes. C'est par nous-même , qu'il y a six ou sept ans , le docteur Rigoliot fut conduit dans la galerie de M. de Perthes
* Cetl 8008 ce titre que M. Boueher de Perthe8 avait d^abord fait pa- Vittfe, en 1846, son livre des Antiquités celtiques et antédiluviennes,
** Discours de M. Boulbors, au nom de la Société des Antiquaires do
Picardie, lors des funérailles du docieur Rigoliot. Seulement, M. Bouthors
a'eal trotpnpé matériellement en disant que « peut-être M. Rigoliot aura ea
» la gl6ire de dévoiler le premier ce mystère jusqu^à présent devenu t'm-
-m ifénéirable. » Le volume de M. de Perthes est antérieur de sept ans.
I«a' ('Société des Antiquaires de Picardie Pa elle-même reconnu depuis et a
toiéré à cet égard une rectification dans son bulletin.
pour visiter la collection (rinstruments antddiluviens. H ne voulait pas y venir, et il fallut presque lui faire violence pour l'y déterminer; il traitait ces découvertes d'impossibles, à'absurdes même. Mais, après avoir examiné avec la sagacité qui le caractérisait, il fut ébranlé et se borna à déclarer que le fait de Texistence da travail antédiluvien serait par lui tenu pour certain, sMI y avait certitude sur le gisement des objets qu'il venait de voir.
» En homme d'une intelligence supérieure, qui examine, observe et ne s'arrête pas h une idée préconçue, M. Rigollot, de retour à Amiens, s'empressa d'aller explorer les terrains de Saint-Roch et de Saint-Acheul ; et peu de temps après il envoya à M. de Perthes quelques échantillons d'objets travaillés et qu'il avait recueillis dans des couches incontestablement diluviennes. H poursuivit ces recherches, et elles furent plus tard l'objet d'un mémoire, dernier souvenir laissé à ses collègues qui ne croyaient pas devoir être si tôt privés de ses lumières.
» Que l'on continue donc l'œuvre commencée ; qu^ou fouille les entrailles de la terre ; qu'on observe les silex que son sein renferme; et, dans cet ossuaire du premier monde, si nous uV vons pas encore trouvé les restes de nos pères confondus avec les débris de la nature, recueillons du moins religieusement ce qui porte les traces du travail de l'homme primitif; ne méconnaissons pas son œuvre, quelque informe qu'elle puisse être, et, en la comparant aux produits des arts actuels, félicitons -nous avec orgueil de la distance immense que nous ont fait franchir la science et la civilisation. •
E. DE MABST.
Juin 1855.
Pour compléter ces notes, nous ajouterons deux articles qui ont paru les 16 février et 1*' juin 1855 dans l'AbbevUlois et quelques autres journaux, au sujet de la brochure de M. Rigollot: