La face où se trouve la charnière
Le cintre y est remplacé par une plaque unie qui présente quelques traits et trois disques. Au-dessous, en bas, Saûl faisant David son écuyer, et, en haut, un sujet de Joseph, où l'on a cru voir Joseph présenté à Pharaon, qui serait tout au inoins mal à sa place.
7. Samuel présente le jeune David au roi Saûl, assis sur son trône, placé dans un édicule de trois arcades surmontées d'une demi-coupole. Au pied de Samuel, un agneau.
— Trois des frères de Joseph apprennent sa mort à leur père ; Jacob, assis dans un grand fauteuil, tient la robe de son fils.
— Un dragon ailé, à quatre pieds, vient de renverser un bœuf. — Marqué de sept traits.
8. A gauche, une ligne de trois soldats, et, à droite, une ligne de quatre soldats, avec des cuirasses à écailles et des casques coniques. Goliath, dont le cheval s'éloigne, se retourne pour frapper de sa lance David, qui va le frapper de sa fronde. En haut, David va couper la tête de Goliath, agenouillé et renversé à terre.
— Le chef des marchands, debout, vend le jeune Joseph à un officier de Putiphar à cheval. A gauche, deux chameaux, dont l'un monté.
— Le même dragon, tenant le bœuf abattu sous une de ses griffes ; il tient dans le bec un de ses membres déchirés. On peut voir dans la Gazette (2« période, t. XIX, p. 127) le bois emprunté à l'ouvrage de M. Labarte. — Marqué de neuf traits.
9. Une femme précède en dansant deux personnages à cheval, dont l'un est Saûl, qui détourne la tête de jalousie, et l'autre, David, portant la tête de Goliath au bout d'une pique. A droite, la porte de la ville entre des tours hautes et étroites, et, sur le couronnement, un personnage qui assiste à l'entrée.
— Joseph, amené par deux officiers à Putiphar et à sa femme, assis sur un siège en forme de banc. A gauche, la maison de Putiphar.
Un lion furieux jette à terre un cerf qui retourne la tête vers lui. — Marqué de dix traits.
10. Saûl, assis sur son trône placé sous une arcade et portant son
épée sur ses genoux, lance un javelot contre David, agenouillé, qui se garantit avec son bâton. Derrière lui, deux personnages, Jonathan, fils de Saûl, et Abner, son écuyer.
— La femme de Putiphar, debout, ôte le manteau de Jfosepb , assis timidement sur le bord d'un lit étroit. A gauche, la maison de Putiphar,
— Un dragon, à deux ailes et à quatre pattes, foule sous ses griffes un serpent. — Pas de marque.
11. Saûl, assis sur son siège, en avant de la caverne, *parle à deux personnages,' deboi/t. Derrière lui, David, abrité sous l'entrée de la caverne, se contente de lui couper le bout de son manteau.
— La femme de Putiphar, debout, montre à son mari, assis sur un siège, le manteau de Joseph comme preuve du crime dont elle l'accuse.
— Un lion furieux abat sous le coup de ses pattes de devant un bouc à longues cornes, renversé à terre. — Sans marque.
12. David, monté sur le rocher où s'ouvre la caverne et tenant une arme de la main droite, montre de la gauche à Saûl, qui s'éloigne à cheval, le fragment qu'il a coupé de son manteau.
-^ Joseph, amené par un autre personnage, comparaît devant Putiphar, assis sur un large siège.
— Le cintre est remplacé par la plaque d'entrée de la serrure. Comme on le voit, ni l'histoire de David, qui, dans le Guide de la
Peinturey ne commence qu'au sacre de Samuel, ni celle de Joseph ne sont complètes. Quant aux sujets des triangles supérieurs, toujours terminés en haut par un ange à mi-corps derrière lequel il y a souvent une coquille, ils sont à la fois plus simples et plus énigmatiques. Il est probable qu'ils doivent aller un par un avec les sujets inférieurs ; mais avec lequel? Le plus beau (Gazette^ XIX, 127), où est un jeune homme couronné par l'ange et monté sur un char dont les quatre chevaux s'écartent symétriquement comme dans un fronton, est certainement le triomphe et comme l'apothéose de Joseph ; mais, au-dessus du sujet où Joseph descend de son char pour embrasser son vieux père, il y a en haut un homme qui en frappe un autre; celui-ci est comme i^ terre, sur le dos d'un animal aussi à terre qui semble un ane à longues oreilles. La vie du patriarche Joseph, écrite en grec par Philon, Hébreu, et traduite en latin par Pietro Francesco Zino, à Venise» en 1574, est làdessus aussi muette que la Bible et que le Guide de la Peinture. Il n'y a rien de pareil parmi les sujets de Joseph du siège épiscopal de Ravenne. II faudrait voir s'il y a quelque chose d'analogue dans l'histoire de Joseph représentée au xui* siècle dans les sculptures du portail
d'Auxerre ou dans la verrière peinte à Rouen par Clément de Chartres. Est*ce un autre exploit de David? Est-ce un tout autre sujet» par exemple Moïse et TÉgyptien, ou Samson armé de la mâchoire d'âne? La description et la discussion de ces sujets triangulaires demanderaient d'autant plus la présence de dessins complets que la plupart pourraient bien rester sans explication.
J'ajouterai qu'entre la boite elle-même et le couvercle il y a une bande de cuivre émaillée, de dix morceaux seulement parce qu'elle est interrompue aux deux plaques de fermeture; mais c'est un ajoutage non seulement postérieur, mais probablement moderne et très malheureux. Ce n'est nullement un émail byzantin ; il est absolument occident tal, et il doit avoir été coupé en plein dessin dans la bordure d'une grande châsse.
Ajoutons que, dans son état actuel, les plaques de cette belle ciste sont grossièrement collées à la colle forte sur un bâtis de bois, et que le couvercle est couronné par une pomme de menuiserie du plus déplorable effet. Il serait facile de supprimer la bande d'émail, et, sans tenter aucune restauration et, en n'employant qu'un assemblage de tiges de métal très étroites et plates, sans aucune moulure, de remonter le coffret sans le doubler et sans mettre rien au sommet, sauf tout au plus nin anneau pour soulever le couvercle. Autrefois il était certainement monté, peut-être avec des baguettes d'ivoire assemblées qui for^^nt cadre autour de toutes les plaques et qui se seront perdues, car il n'est pas probable que les marques numérales nécessaires pour la mise en place aient été, à l'origine, visibles comme elles le sont aujourd'hui. Il n'y a pas à faire de restauration, mais seulement une simple consolidation, qui serait bien nécessaire.
Il n'y a rien à dire ici d'une autre botte d'ivoire, ronde et, à dessins repercés à jour, qui est de travail arabe, si ce n'est que Millin a donné la traduction de son inscription, faite par M. Silvestre de Sacy. Il en est autrement du fameux peigne de saint Loup, qui a été si souvent dessiné et gravé. L'excellente eau-forte de notre ami Paul Laurent nous dispense d'une description, et nous n'indiquerons, à côté d'elle, que la planche en couleur de Gaussen, parce qu'elle représente l'autre côté, celui où n'est pas l'inscription, ajoutée au xiu* siècle sur un demi-cercle d'argent doré : pecten s. lupi.
La question des peignes conservés dans les Trésors d'église a été traitée plus d'une fois : par Ducange au mot Pecten^ par Macri dans son Hierolexicon^ par M. d'Arbois de Jubainville dans l'ouvage de Gaussen, > par le P. Cahier dans les Nouveaux Mélanges d'archéologie y par
MM. Bretagne et Renier Chalon dans le Bulletin monwnental (XXVII et XXXVIII), et il serait trop facile de rendre interminable une liste de renvois à des livres, à des églises et à des collections; bornons-nous, à cause du voisinage, à celui plus simple et du même temps qui est conservé à Auxerre, et à celui du Musée de Cologne, parce qu'il en a été question dans la Gazette (2* série, XIII, 406). Qu'il suffise- ici de rappeler que ces peignes n'étaient nullement des ustensiles de toilette, mais des peignes officiellement ecclésiastiques et cérémoniaux. Ducange a dté un legs fait à une église, en 837, d'un ciboire et d'une croix d'or avec un peigne d'or, et il a d'autres citations de peignes d'ivoire, toujours avec des objets sacrés. La longueur et l'espacement des dents les rendent absolument impropres à un service utile, et le peigne de saint Gozlin, qui était autrefois à Bouxières-les-Dames etqu'on a vu à l'Exposition rétrospective de Nancy en 1875, avait la consécration d'un dicton populaire : ceux qui avaient les cheveux mal en ordre s'étaient peignés avec le peigne de saint Gozlin. Dans le symbolisme de l'ancienne liturgie, et sans avoir besoin de l'explication souvent forcée du Rational de Guillaume Durand, qui dit que les dents signifient la discrétion, le prêtre montant à l'autel se peignait, ou plutôt en faisait le simulacre, dans le sens à la fois physique et moral de l'idée de décence et de pureté. A partir du xvi* siècle, le peign^ ne figure que dans le sacre des évêquesj ^arVicUi âS^m un peigne ^R»^dans le Pontifical de Clément VIII; «Mtts^ûans l'Église grecque et orientale, où^le port des longs cheveux et de la barbe s'est maintenu, l'usage s'en est conservé, et le peigne reste déposé sur l'autel.
Pour celui de saint Loup, qui, avec ses lions et son arbre, est d'esprit, sinon même de travail byzantin, le travail de filigrane et la sertissure des pierres, comme la réparation des dents, sont postérieurs, et ont été ajoutés lorsqu'il était déjà honoré à l'état de souvenir et de relique. Une des pieiTes manque; l'inventaire de 1653 en constate déjà la perte, et ce n'est pas le seul exemple de semblables peignes raccommodés. Dom Calmet nous apprend qu'aux deux peignes d'ivoire conservés de son temps à la cathédrale de Metz, on avait remis en argent celles des dents qui s'étaient perdues.
Le peigne de saint Gozlin passait pour guérir de la teigne; une autre relique de saint Loup conservée dans le Trésor de Sens passait pour guérir les maladies des yeux. C'est un bel anneau, d'or très pur, garni d'un gros saphir, en cabochon qui, comme le dit l'historien de Sens, Rousseau, est « enclavé entre deux figures de barbeaux », maintenant très usées, qui sont plutôt des têtes de dragons, accompagnées de quatre
griffes. Il est gravé dans le Dictionnaire du mobilier de Yiollet-Ie* Duc, III, 21.
Du reste, saint Loup, qui a été archevêque de 612 à 623, a laissé toutes sortes de souvenirs à Sens, qu'il ainoait profondément et dans Tintérét duquel il s'entremettait volontiers. La Légende dorée de Jacques de Yoragine a raconté là-dessus une historiette amusante. Le roi Clotaire, apprenant que les cloches de Saint-Étienne de Sens avaient une merveilleuse harmonie, donna l'ordre de les itpporter à Paris pour avoir le plaisir de les y entendre souvent. Cela déplut au saint; quand elles furent hors de la ville, elles perdirent la douceur de leur son. Le roi, sachant cela, ordonna de les restituer à saint Loup, et, lorsqu'on les rapportait à Sens, sept lieues avant d'arriver, le son qu'elles avaient perdu leur revînt. Comme, si les voies romaines existaient encore, on ne les entretenait plus guère, il estprobable de toute façon que les cloches n'étaient pas bien grandes et n'avaient pas encore des voix de bourdon. On ne peut, à propos d'elles, s'empêcher de penser aux gémissements des Sénonais et de les comparer à ceux des Parisiens quand Pantagruel voulut accrocher au cou de sa jument la grosse cloche de Notre-Dame.
La bague de saint Loup nous amène à l'orfèvrerie. Le Trésor a de beaux calices en vermeil du xvii' et du xviii»' siècle, qui n'ont rien d'exceptionnel ; mais la perle en ce genre est le grand calice du xiii* siècle, qui a été souvent gravé, et que le dessin de M. Laurent, d'une exactitude et d'une vérité de caractère bien remarquables, met absolument sous les yeux de nos lecteurs, ayec sa merveilleuse pondération et la grasse souplesse de sa tournure magistrale. Dans la simplicité robuste et dans l'harmonie de ses lignes, c'est un vrai chef-d'œuvre d'orfèvrerie.
Comme on le voit, il est d'une forme exceptionnelle. C'était le ciboire où l'on conservait les hosties et qui se suspendait par un anneau dans le ciborium, au-dessus du mattre-autel. Il suffisait d'ôter les deux goupilles latérales pour séparer absolument le couvercle et rendre la coupe à son usage de calice.
Dans le même Trésor, on conserve un pavillon donné par l'archevêque, M. de Gondrin. C'est une sorte de dais fon lourd, donné soit en 1659, soit plutôt en 1665 ou 1666, comme l'a écrit le Père Guichard. Kn le croyant d'argent massif, alors qu'il n'est que de cuivre levètu d'une très forte épaisseur d'argent, celui-ci a écrit qu'il était « plus estimé pour la délicatesse avec laquelle l'ouvrier l'a travaillé que pour la matière ». Nous le trouvons plutôt gros et épais avec l'épatement de sa couronne fleurdelisée, son quadrillage de losanges fleuronnés et sa raide garniture de
lambrequins entremêlés et accompagnés de petites campanes dans le goût commençant que Jean Berain a fait régner jusqu'à la fm du règne de Louis XIV. Pourtant il faut, pour être juste, le supposer à' son point de
OALICB DU XIII* SlftOLB BN AKOBNT DORÉ.
(Trésor do U C4dhédriile de Sens.)
perspective. Quand il était monté à sa hauteur et qu'il était étoffé par deux longs rideaux qui allaient en s' écartant rejoindre les côtés du chœur, il devait avoir de l'effet et s'allégir singulièrement. On le voit mainte-
nant de beaucoup trop près et en dehors des conditions d'éloignement de rœil pour lesquelles il a été conçu ; la rudesse même et la raideur du travail y sont volontaires et devaient lui permettre de ne pas devenir uni et de conserver la forme de ses détails. Sans le rattacher au plafond du grand autel à colonnes du xviii* siècle, où il a cependant figuré, il serait mieux à sa place et plus à son avantage si on le suspendait au centre de la voûte du Trésor.
Le ciboire qu'il protégeait avait même un nom particulier : il s'appelait la coupe, et il a toute une histoire. En 1541, un pauvre jeune hoïnme, qui prétendit avoir cédé à l'instigation d'un orfèvre, le vola, et Sens fut encore plus ému que de la perte de ses cloches au temps de Clotaire. L'orfèvre fut innocenté et n'eut rien, mais Jean Pagnard fut brûlé vif, quoiqu'on eût retrouvé la coupe. On éleva même une chapelle construite en applique entre deux contreforts de la vieille boucherie, démolie maintenant, comme va l'être bientôt l'ancien Hôtel- Dieu, contre le côté droit duquel elle était construite. Dans la grande lithographie de Victor Petit, qui nous en a seule conservé le souvenir, on voit que c'était un bâtiment étroit et en hauteur, cantonné de colonnes et divisé en deux étages, l'étage inférieur n'ayant que trois ouvertures sur la droite, et l'étage supérieur percé d'une suite de six longues fenêtres. Entre les deux étages se trouvait une frise de trois bas-reliefs relatifs à l'aventure, mais, lors de la démolition, déjà tellement perdus qu'on n'y distinguait presque plus rien. Tous les ans, le ^ août, on faisait autrefois, en l'honneur de la récupération de la coupe, une procession solennelle qui avait été instituée par Jacques Ferrand, archidiacre et officiai de Sens. Il est étonnant qu'un petit monument de ce genre ait à son compte une histoire et que, malgré sa célébrité et son intérêt, qui est maintenant dans son ancienneté et dans sa beauté artistique, il ait pu subsister et échapper au creuset.
Par contre, les châsses sont assez peu importantes. Une, qui est très commune, puisqu'elle est en cuivre et décorée sur un seul côté par neuf bosses, posées trois par trois, dont sept, reliées par des lignes saillantes, forment une sorte de marelle incomplète ou mieux de rai, est particulièrement curieuse et de forme plus que rare. Elle est plate, étroite, un peu plus large en bas qu'en haut et garnie sur ses deux petits côtés d'un anneau à passer une suspension. C'est un reliquaire de voyage à porter soit suf la poitrine, soit au côté à un cordon en bandoulière, comme plus tard une cartouchière ou une giberne. Dans sa condition toute vulgaire, la forme insolite de cette petite châsse lui donne un intérêt très particulier.
Une autre châsse en champlevé, où les fonds seuls et les ornements sont émaillés, tandis que les personnages, laissés en épargne, sont seulement dessinés par des traits gravés, et où leurs têtes, sur le côté long, sont rapportées et en relief, est en soi curieuse, mais ici surtout, parce qu'elle a donné lieu à une interprétation qui me parait erronée.
La scène d'en bas est une scène de martyre ; celle d'en haut, un ensevelissement. A droite, à côté d'un autel, sur lequel il y a une croix, des chandeliers à pied et un ciboire, un sicaire coupe d'une épée la tête
CHA88I D> SAIMT-DIM18, BR <MAIL CHAMPLBVi.
(Trésor de la cathédrale de Sens.)
d'un personnage mitre et nimbé de bleu qui ouvre les bras; en haut, la main divine, qui sort du ciel et derrière laquelle est le nimbe crucifère à fond rouge. Au milieu, un personnage tombant à terre va recevoir un coup de hache; un second, agenouillé, attend le coup de hache d'un troisième bourreau. A gauche, un chef, portant un bouclier et l'épée nue, préside à la scène.
Le morceau du haut, qui forme l'une des deux pentes du toit, offre au centre un tombeau dans lequel deux personnages vont déposer un corps enveloppé dans un long suaire. Un évoque, mitre, crosse et nimbé, bénit de la main droite; avec lui, un saint diacre tenant un livre et nimbé. A droite et à gauche, deux acolytes tenant un chandelier.
Sur les petits côtés sont deux personnages jeunes et à longue
robe. Le côté comme le toit de la partie postérieure ne sont décorés que de cadres plats dans lesquels s'enchâssait une glace.
On adit, on dit presque encore — comme Thomas Becket, dont le nom reviendra forcément tout à l'heure, est venu à Sens, — que cette châsse, qui, du reste, ne se trouve pas dans l'ancien inventahre et ne provient pas originairement du Trésor, où elle n'est entrée que de notre temps, représente le meurtre de l'archevêque de Cantorbéry. Si cela était, ce serait un monument bien précieux, mais on oublie que Thomas Becket n'a nullement été décapité; lorsque le roi d'Angleterre l'a envoyé tuer au pied de l'autel, il a été meurtri à coups d'épée, ce qui est fort différent, et il n'y a pas eu deux autres décapitations en sus de la sienne. Le seul de ses acolytes qui soit resté à côté de lui a été seulement blessé. Pour une scène réellement contemporaine et très connue, car le sujet n'aurait été fait à Limoges que sur commande, la variation et la paraphrase seraient vraiment par trop fortes.
Il faut, je crois, s'en tenir à une explication beaucoup moins romanesque. Il doit s'agir là de l'antique martyre de saint Denis* Comme la légende en fait le premier évéque de Paris, on le représente en évoque et à l'autel. Ses deux compagnons, qui ne sont pas décapités par l'épée, mais par la hache, selon la hiérarchie, doivent être saint Rustique et saint Éleuthère, martyrisés avec lui. Puisqu'on représente, sur le seul des deux grands côtés qui ait eu un sujet, et son martyre et son ensevelissement, les deux jeunes saints qui sont répétés sur les petits côtés peuvent parfaitement être une nouvelle représentation de Rustique et d'Éleuthëre à l'état triomphant de béatitude ; ils ne prennent pas pour cela le pas sur le personnage principal, qui garde son rang par la place et l'espace qui lui sont donnés. C'est beaucoup plus simple; il y a donc bien des chances pour que ce soit plus vrai.