‹ Antiquités grecques (volume 2)Chapitre 107 sur 494 · ABOLITION DE LA ROYAUTÉ — CAUSES ET CONSÉQUENCES · texte numérisé non relu

ABOLITION DE LA ROYAUTÉ — CAUSES ET CONSÉQUENCES

Les causes particulières qui, dans la métropole et dans la plupart des colonies, amenèrent le passage de la forme monarchique au g-ouvernement républicain, nous sont presque complètemeut inconnues. Les anciens historiens se bornent à dire d'une manière générale que la royauté avait peu à peu dégénéré en despotisme, que les rois, trop confiants dans leur pouvoir héréditaire, avaient, à force de violences et d'injustices^ ou par le spectacle d'une vie voluptueuse et déréglée, soulevé des mécontentements, puis des révoltes, qui avaient abouti à rabolition de la royauté '. Sans doute les choses se passèrent souvent ainsi, mais non partout : il y avait d'autres causes qui, môme sans la corruption du principe monarchique, devaient abréger la durée de la monarchie. C'est un caractère inhérent au peuple grec de souffrir difficilenient des situations privilégiées, et de tendre à Tégalilé des droits. Sans doute, cet effort ne se produisit pas aussi rapidement à toutes les époques et dans toutes les couches de la population. Les classes qui, par la naissance,, la considération et l'autorité se rapprochaient le plus des familles régnantes, furent les premières à commencer les hostilités. Représentons-nous l'antique royauté, telle que nous l'avons retracée d'après Homère : la puissance est partagée entre les rois et les chefs des familles nobles qui souvent portent eux-mêmes le titre de rois. Le roi n'est que le premier entre ses pairs. Sa suprématie se borne à convoquer et à diriger les assemblées générales , à commander les armées, à présider aux sacrifices publics et à jouir d'un ricbe apanage. On comprend que lepas-

1. Polyl),', Vf, 4, § 8, et 7, i? G-9. Cf. l^laloii, les L'>is, Ht, p. G'.H)D, il Arislote, Polil., V, 8, §22.

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sa^f d'un*' scmlilaMi' nt\aiilû à rolii^arrhie ait pu s'ujx'tcf par une Ir.iiisilidii i'U|ii(l('. On s'était hier» passé de roi ;ï Itlia- (|ii(', |)('ii(laiil |iliisiciirs aimtMîs; on pouvait sans grands ris- (jucs, dans les ])ays où la famille royale venait à s'éteindre. suJjstiluei ;i lainonarchie une magistrature temporaire, exercée par ceux qui avaient déjà partagé l'autorité royale. Les migrations des peuples, qui ne cessèrent en Grèce (ju";i la rorjquète dorienne,f<iurnii-ent aussi des occasions favorables d'en fmiiavec la royauté. Dans les Etats de fondation récente, où les nouveaux venus avaient à soutenir les droits de la conquête contre les populations asservies, les souverains étaient tenus de déployer une activité personnelle beaucoup plus grande que lorsque l'autorité royale, affermie parla tradition, s'exerçait paisiblement. Si le roi ne montrait pas une prudence et une habileté à la hauteur des circonstances, les plus habiles et les plus prudents parmi les grands qui l'entouraient jugeaientqu'il avait assezjoui de sa puissance et de ses honneurs. Lespartis avaient aussi beau jeu, lorsque les rois ne prenaient pas vis-à-vis des vaincus des mesures qui répondissent aux vœux et aux intérêts des vainqueurs. Les anciennes traditions relatives à la Messénie nous ont conservé les traces des divisions qui entraînèrent le meurtre du roi et la fuite de ses enfants, sans toutefois que la royauté ait été immédiatement abolie'. Les mêmes circonstances durent se produire dans les colonies et amener les mêmes conséquences. Il arriva aussi que dans les États où des étrang-ers ne s'étaient pas établis par droit de con(juéte, mais avaient été accueillis comme des botes, le chef des nouveaux venus éclipsa le souverain indigène, et réussit à prendre sa place. C'est ainsi^ dit-on^ que dans l'Attique le Nélide Mélenthos détrôna ThymaHès, de la race des Théséides -. La famille de l'usurpateur avait naturellement dans la nation des racines moins profondes que la dynastie nationale, et il devenait d'autant plus facile de restreindre son pouvoir ou de la mettre de côté.

1. Pausanias, IV, 3, § 3: Apollodore, It, S, § o Pt 7 ; Slrabon. VIII, p. 361.

2. Kl lion paj; Tliymoetès; voy, Bœekli, Cnriiti.': Inscr. gr., p. 229 et 904.

Si l'on en croil les Lradi lions, les anciens royanmes étaient généralement plus étendus que lesÉtats des temps postérieurs. Ce morcellement doit être considéré comme une conséquence des changements introduits dans le régime politique. Chacune des grandes circonscriptions jadis régies par un souverain se présente à nous comme un ensemble de lieux fortifiés, dont l'un servait de demeure au souverain lui-même et les autres étaient occupés parles familles nobles, tandis que le bas peuple était répandu dans des métairies ou des hameaux ; ces lieux fortifiés sont ce qullomère appelle r.ôhe:q et dont le Catalogue des vaisseaux énumère dans chaque contrée un certain nombre, sous des noms qui à la vérité désignent moins des villes quedes districts*. DaiLS les petites localités seulement, comme Ithaque ou Symé où régnait Nireus, il pouvait n'y avoir qu'une seule rSk'.i. Les mots -v:/pzzz-j., ù-v'/tt- rappellent les fortifications ; on aurait tort de croire que d'autres épithètes, telles que ejp'jx.'u'.a, sjpj/sps; supposent l'existence de grandes villes. Mycène, la brillante résidence d'Agamemnon, n'occupait ellemême qu'un très petit emplacement^ Quand il n'y eut plus de chef commun, le lien qni unissait les habitants do tous les lieux fortifiés, de manière à en former un corps politique, se trouva rompu; le palais du roi ne fut plus un point de ralliement, et le pays se divisa en domaines distincts, dont chacun eut une ziA-.; pour centre. Ainsi ce mot en vint à désigner une ville indépendante, avec le territoire qui l'entourait, et les chefs de la noblesse, n'étant plus dominés par un roi et se sentant tous égaux, firent prévaloir le régime oligarchiijue. Cependant, pour assurer la sécurité et faciliter la centralisation, on éprouva le besoin d'agrandir la ville. Autourde la forteresse se groupa une partie de la population éparse dans la campagne, et une ville basse, le plus souvent entourée de murailles, se forma autour de la ville haute (x/.pd-oA-.;), car il n'est pas douteux que tous les forts fussent bâtis sur des hauteurs défendues par la nature. Les autres localités comprises dans le territoire de la ville, soit qu'elles se composassent de plaines ou de vil-

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