Ibid., III, 8,§lM
210 LA i.rn'; (;i(i:f.oi'i':
ct'i'laiii ;iiissi rjiir ccllr (li.s|)()siliiiii une ("ois inlroduilc dans la It'^^islalioii, ne lui |>as loiijoiirs apj)li(jU(''(' siiivaiiL la|)f'ri.s(M; ijiii Tavail conçue, cl deviiil souvtMil un moyen do Iracasscrie, surtoul dans los démocraties absolues'. L'exemple de l'Aliiéiiicn lïyporholos pi-oiivc, il osl viai, (pi'il riait facile d'éluder la loi; aussi lomba-t-olle en désuéliidc On n'était pas d'ailleurs à court d'exjtédicnts pour prévenir le dan^ci' dune silualion troji piépondérante. Le peuple, grâce au rôle de justicier ([uc lui assurait la Constitution, pouvaiten oliservant certaines formes, traîner les suspects devant los trihiniaux et les réduin* à l'impuissance par l'amende, la confiscation, l'exil et même la mort. Il ne manquait pas d'instruments zélés, pour mettre ces moyens en pratique. On trouvait plus de gens qu'on n'en voulait, disposés, sous prétexte de veiller à la sûreté de l'Etat, à se faire honneur dèlre les chiens du peuple-. Ces défenseurs se recrutaient parmi les hommes qui se sentaient portés en avant par le mouvement populaire et jouissaient d'un crédit qui leur aurait été refusé en d'autres circonstances. La considération et l'influence ne sont en effet la récompense dumérite que sous les gouvernements empreints d'un caractère aristocratique. Ce caractère peut être celui de la démocratie, tant qu'une bourgeoisie intelligente et morale sait faire un bon usage de la liberté, mais tout autre est la démocratie absolue qui théoriquement n'existe que dans les Etats où la population urbaine l'emporte en nombre, c'est-à-dire, suivant Arislote, où dominent les artisans et les matelots. C'est par exception que dans ces Etats le vrai mérite est en honneur; on y apprécie surtout les qualités et les talents qui flattent les passions et obscurcissent le jugement. Les artifices de l'éloquence populaire, réduits en formules, à partir du v siècle, devinrent un besoin si impérieux que les meilleures raisons no pouvaient avoir accès auprès des auditeurs sans le secours des sophistes, et que souvent ils liront triompher l'injustice et la mauvaise foi.
1. Voyez ce que dit Diodore (XI, 87) du l'étalisnie, qui no fut en usage que peu de temps à Syracuse.
2. Démoslhène, ado. Aristoglt., 1, § 40; Tiiéophraste, Chonict., 31, 3. Gicéron compare aussi les accusateurs à des cliiens {ProS. Boscio, §56.)
Outre les assemblées générales, dans lesquelles des démagog^iies diserts s'emparaient aisément de la multitude,, les tribunaux fournissaient à l'art de la parole un champ d'inlluence presque sans limites. C'est là que grandit la race des sycophantes, de ces chiens du peuple dont nous parlions tout à l'heure, qui avaient pour profession d'aboyer après les citoyens que leur fortune ou leur situation désignaient aux soupçons de la multitude. Les juges, appartenant à la classe du peuple, n'étaient que trop disposés à écouter favorablemenl les dénonciateurs et à prononcer des amendes qui remplissaient les caisses vides'. A un citoyen riche qui ne demandait qu'à vivre tranquille, en dehors des affaires publiques et ne pouvait néanmoins échapper au chantage des sycophantes, Socrate conseillait sérieusement de s'attacher un homme habile à manier la parole, qui prît de son côté les dénonciateurs corps à corps, et, en dévoilant leurs intrigues, les forçât de lâcher leur proie 'K
\. Lysias, adv. Nicomachum, §22; adv. Epiomt.,^ 1, 2. Xénophon, Memorah . . l\ , 0 .
218 LA CITÉ GIUXQirE