‹ Antiquités grecques (volume 2)Chapitre 163 sur 494 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

liÉACTIONS ET LUTTES

On conçoit qu'un tel état de choses dut rencontrer de J'opposition chez ceux qui en soutiraient, et c'était le cas de tous les citoyens qui, par leur fortune ou par un plus haut degré de culture, dépassaient la moyenne du peuple souverain. Sans compter les violences auxquelles ils étaient en butte, ils devaient considérer comme une injustice d'être placés au-dessous non pas mémo au niveau d'hommes auxquels ils se sentaient supérieurs. De là naquirent dans toutes les démocraties des factions qui, tout en respectant le principe môme de l'État, s'en prenaient à la Constitution. Il n'est plus question nulle part de la noblesse de race et de ses prétentions traditionnelles. Les débris qui en subsistaient s'étaient confondus dans la minorité (cl c>.i'yo'., 10 è'XajTov) qui se composait des riches [d e'r.zpz:. olrAcjTuÔTsp:'.) et des honnêtes gens, des hommes comme il faut {cl 'AxXo'. 'Axyx^zl, cl £7:t£ty.îTç), ainsi qualifiés par opposition avec la foule (5 c-q[xzq, ic zkfficq, cl ttoXacî). On ne pouvait s'étonner que cette fraction désirât mettre fin aux abus du gouvernement populaire, et, comme elle ne pouvait rien isolément, qu'elle se réunît en clubs ou hétairies pour atteindre plus sûrement son but par une action collective. Ces associations se forment d'elles-mêmes dans les Etats oii tous les citoyens s'intéressent aux affaires publiques et ont le droit d'y prendre part, c'està-dire partout où ils ne sont pas écartés par une police soupçonneuse. Elles remontaient en Grèce aussi loin que la liberté. Leurs tendances n'étaient pas toujours anti-démocratiques; souvent même elles se proposaient, non d'attaquerla Constitution, mais simplement de soutenir leurs membres par tous les moyens possibles danslarecherche des emplois et dans les

a{Tairesjudiciaires^Leu^ attitude cependantdevint plus hostile, et elles furent amenées à conspirer contre la Constitution par des circonstances analogues à celles que nous avons signalées dans les démocraties absolues, lorsque les excès en vinrent à ce point que tous les scrupules furent étouffés. L'horreur d'un régime intolérable fut plus fort que le patriotisme. On n'eut pas honte d'appeler à son aide les étrangers ou les ennemis, et de leur sacrifier l'indépendance nationale. Il sembla préférable d'occuper la première place dans un Etat asservi que d'être opprimé par la multitude dans un Elat libre ; mais les meneurs de la démocratie surveillaient attentivement les suspects et saisissiiient toutes les occasions de les supprimer ou de les mettre hors d'état de nuire. Pour cela, ils s'efforçaient de croître en nombre, puisque le nombre était l'unique élément de leur puissance. Aussi, tandis que les démocraties tempérées faisaient valoir le droit de cité comme un honneur, et le réservaient aux seuls enfants du pays, il était prodigué dans les démocraties absolues, et c'était même là un fie leurs caractères distinclifs. Ainsi les fils de citoyennes sont citoyens, bien qu'issus de pères étrangers; il en est do môme pour les bâtards des citoyens-. Enfin les rangs de la bourgeoisie sont ouverts aux étrangers domiciliés et aux affranchis.

Presque tous les Etats nous offrent le môme spectacle d'une démocratie sans frein et d'une minorité réactionnaire, à partir de l'ère funeste qu'inaugura la guerre du Péloponèse. Dans cette lutte qui partagea entre deux camps ennemis presque toute la race hellénique,, les amis du gouvernement populaire devinrent par la force des choses les alliés des Athéniens, acceptés comme les principaux représentants du principe démocratique, tandis que les partisans de l'oligarchie furent rejetés du coté de Spai'le, intéressée à entraver partout les progrès de la démocratie. Toutes les exceptions que roii]iouirait citerrésultèrenl de circonstances passagères et quehjuefois de mobiles personnels. Ainsi, après la fin de la guerre, le roi de Sparte, Pausanias, soutint à Athènes le parti démocratique

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