Plutarque, Lysantire
puissants du jour *. Ils violèrent clos femmes appartenant aux premières familles^ souillèrent des enfants et des jeunes gens, et en vinrent à ce point de jouer aux dés des femmes libres, que le perdant s'engageait à livrer par la corruption ou par la force. L'état de choses établi parLysandre ne pouvait durer; cependant, malgré les limites dans lesquelles Agésilas avait circonscrit le désordre, Toligarchie subsistait encore ; le peuple irrité saisit toutes les occasions de s'en affranchir. Lorsqu'Athènes eut réparé ses forces, la lutte des factions reprit avec acharnement. On peut juger la façon dont le peuple traitait ses ennemis, d'après les événements qui se passèrent à Corinthe : une troupe réunie sur la place et dans le théâtre s'abattit, à un signal donné, sur tous les suspects et les massacra au pied des autels, devant les images des dieux*. De môme, la populace d'Argos mit à mort, sur la dénonciation des démagogues et sans autre forme de procès, non seulement les prévenus, mais tous ceux sur lesquels planaient des soupçons. Plus de douze mille citoyens furent massacrés en masse, comme à Paris les victimes des Septembriseurs. Les instruments de mort furent des massues, d'où le bain de sang qui inonda la ville fut appelé Scyîalistne'^.
Plus tard le peuple, frappé lui-même d'horreur, punit du dernier supplice les instigateurs de ces atrocités, après quoi le calme fut rétabli pour quelque temps. A ce tableau on peut opposer un passage d'Aristote qui nous érlairo sur les sentiments des oligarques'' : ils juraient dans leurs hétairies d'être toujours les ennemis du peuple, et de lui faire le plus de mal possible. Le monument élevé à l'Athénien Crilias par ses amis témoigne des mêmes dispositions. L'oligarchie était représentée une torche à la main, incendiant la démocratie; on lisait cette inscription : « Kn l'honneur des grands citoyens qui naguère dans Athènes ont réprimé pour un temps les folies
1. ALliùiiée, X, |j. 4ii ; vuy. aussi 1rs Frayiit. hiM'ir. ilf Millier, I, p. WM. Le réciL de Théopompe se rapporte sans iloiite à un lomps un ]teu postérieur, mais ce n'est pas une raison pour ne pas le ellrr ici.
'2. Xénoplion, Ikllcn., IV, 4, § 2 et :5.