ADMINISTRATION DE LA JISTICE
n'avaient pas de lois écrites, que même il leur était défendu d'en avoir, à une époque où depuis longtemps il y en avait de telles dans les autres États, les juges ne pouvaient se prononcer que conformément à la coutume ou à leur appréciation personnelle, latitude blâmée par Aristote'. Sans doute, ce système laissait place à l'arbitraire; il n'est pas probable cependant que les abus aient été plus fréquents à Sparte que dans les pays de droit écrit, oii l'administration de la justice était confiée à des tribunaux populaires sans responsabilité, que rien ne rappelait à l'observation de la loi. Les précautions que Ton crut devoir prendre dans une circonstance particulière pour écliappcraux rigueurs du droit coutumier, sans créer un précédent fâcheux, prouvent que le cas se présenta très rarement. C'était après la défaite de Leuctres, où une partie de l'armée avait encouru des peines sévères pour avoir déserté le champ de bataille. On se trouvait dans l'alternative de frapper un grand nombre de citoyens ou de violer la loi en les renvoyant absous ; Agésilas trouva moyen de sortir d'embarras : il se fit déléguer des pouvoirs législatifs, et s'en servit pour déclarer que les lois existantes reprendraient force à l'avenir, mais qu'elles allaient être momentanément suspendues, qu'elles dormiraient pour un jour, suivant l'expression de Plutarque. Ainsi les poursuites purent èlre abandonnées, et les coupables ne furent ni condamnés d'après la loi, ni absous malgré clle^
Nous n'avons rien de particulier à dire sur lajurisprudence de Sparte. Il est clair que dans un Etat qui par principe interdisait aux citoyens tout moyen de s'enrichir, l'industrie aussi bien que le commerce, qui restreignait autant que possible et immobilisait la propriété, le droit privé devait être extrêmement simple, qu'il ne comportait que de rares applications et le cédait de beaucoup en importance au droit pénal, susceptible (le se diviser en droit criminel et en droit correctionnel, suivant qu'il s'agissait de faits graves ou d'infractions aux règlements de police. Les peines étaient très légères pour les simples