‹ Antiquités grecques (volume 2)Chapitre 226 sur 494 · Id., Hellcn., III · texte numérisé non relu

Id., Hellcn., III

3- Hérodote, IV, 146; Plutarque, Agis, 19; Pausanias, IV, 8, § 3; Thucydide, I, 134.

§ H . — Des devo7?'s civiques.

Le régime de vie et la discipline que Sparte imposait à ses citoyens eut sans doute pour fondement, à l'origine, le caractère national et les mœurs populaires; mais sur ce fondement on éleva, d'après un plan calculé d'avance, tout un système de. règlements, en harmonie avec la constitution de l'État. Ce système embrassait la vie entière, depuis la première enfance jusqu'à la vieillesse la plus reculée. C'était un cercle en dehors duquel nul ne pouvait prendre une direction ni recevoir une culture différentes de celles que semblait reclamer rintérêt général, placé au-dessus de tous les autres mobiles. La promesse faite par l'oracle aux Spartiates que le courage et la concorde leur assurerait la jouissance de la liberté, était présente à l'esprit des législateurs qui déterminèrent les devoirs civiques', et c'est en effet un grand spectacle, bien digne de respect, de voir Sparte qui domptait les ho?mnes, suivant l'expression de Sinionide^ développer chez les citoyens, en subordonnant les tendances individuelles à l'intérêt public, une énergie qui leur permit de soumettre des populations incomparablement plus nombreuses, et de maintenir longtemps leur hégémonie sur toutes les nations de la Grèce. On comprend qu'en présence de ce spectacle, on oublie ce qui pourrait faire ombre au tableau, et que Sparte apparaisse comme l'idéal de l'aristocratie, c'est-à-dire de l'Etat où a prévalu le principe du l)ien. La discipline Spartiate a fait merveille en effet, si le but est de développer, au dépens des autres qualités, celle qui assurait la domination; mais il faut en rabattre, s'il consiste dans le libre jeu de toutes les forces humaines, dans le perfectionnement harmonieux de l'intelligenceet delavolonlé. De ce point de vue, on est beaucoup plus tenté de souscrire au jugenieiil

1. Diodoro, Exccrpta Valic., t. III, p. 2, oïl. nimlorf. •J. IMiilon|iio, /1f/rs(7(/,s', 1.

2!)l» constui iH)N dk si'auti:

(Ir riiicnrni|ilil)l(' Arisldlc, cl ili' n'coim.iilic ijiic la discipliiie sparlialf a l'ail <I<'S Iioiuiikîs gri^ssicrs cl, Loiil. (riim- [iit:ce, au licii de les niiiohlir, et de réaliser l'idéal qu'elle avait la prétention d'atteindre '.

Dès son enh'ée dans la vie, l'enfant était à la disposition de ri"]lal. La (pu'stion de. savoir s'il avait droit à l'exislence ou s'il élail condannié à disparaître nélail pas, comme chez d'autics nations, laissée à l'arbitre du père. Une commissjrjii Iminée des j»lns anci(uis de la tribu décidait de son sort. ParaissaiL-il faible, inlirme ou mal conformé, il était envoyé sur le 'J'ayi^ète dans un emplacement désigné à cet effet et nommé 'Ar.odiix'.. S'il était au contraire sain et valide, on décidait de l'élever. Au cas où il était posthume, et oii le père n'avait pas laissé de propriétés assez (considérables pour fournir des parts à toute la famille, on lui attribuait une portion de terrain tirée au sort, pourvu toutefois qu'il en restât de disponibles'. Jusqu'à leur septième année, les enfants demeuraient dans la maison paternelle, sous la surveillance des femmes. Cependant cette première éducation était exempte de faiblesses; elle devait les préparer à la discipline qui les attendait, et les faire passer entre les mains des bommes sains de corps et d'espfit. Les nourrices ou bonnes lacédémoniennes étaient recherchées à l'étranger, par les familles riches. Alcibiade entre autres avait une bonne lacédémonienne, nommée Amycla^ A sept ans les enfants étaient conduits au paîdonome qui présidait à l'éducation de toute la jeunesse. Le pœdonome les réunissait en différents groupes désignés sous le nom de iXa-.. La réunion de plusieurs groupes formait une classe àyihx ou en dialecte Spartiate 6oya. Chaque groupe avait à sa tête un Ikipyr^;, chaque classe un 6s'jaywp, choisis l'un et l'autre parmi les jeunes garçons plus avancés en âge; il paraît que le o^j^yw? était

1. Arisfcote, Polit., VlII, 3, § 3; VII, 2, § 5 ei 13, § 10-15 et 20.

2. Plutarque, Lycurguc, 16; cf. Hermann, Antiq. Lacan., p. 188 et 194.

3. Plutarque, Lycurgue, 16. Une inscription funéraire, découverte à Atliènes, nous fait connaître un autre bonne lacédémonienne, Malielia, de Cythère, qui avait élevé les enfants de l'Athénien Diogiton, dans le iv^ siècle av. J.-C. Voy. Bulletino di Conisp. archeoL, 1841, p. 56.

élu par les enfants eux-mêmes \ Ces chefs étaient chargés de dirig-er les jeux elles exercices gymnastiques, sous la surveillance incessante du pœdonome et des bidyens qui, escortés desmastigophores, se tenaient prêts à faire appliquer les corrections jugées nécessaires. Outre les représentants de TEtat, il ne manquait pas d'assistants qui suivaient le spectacle avec un vif intérêt et avaient le droit d'excitei- les enfants à tel ou tel tour de force, de provoquer entre eux des défis, de leur donner des conseils, de les réprimander et même de les châtier. Les exercices corporels étaient gradués suivant l'âge, mais il est impossible de rien spécifier à ce sujet; on sait seulement que le pugilat et le pancrace en étaient exclus, comme convenables à des athlètes, non à des guerriers. Courir, sauter, lutter, lancer le disque ou le javelot, étaient les exercices habituels. Il va de soi qu'une part était faite au maniement des armes, bien que les professeurs d'oplomachie, dont l'enseignement comprenait, avec beaucoup de choses inutiles, la tactique et en général tout ce qui concernait l'art militaire, fussent tenus éloignés de Sparte-. A ces leçons s'ajoutaient plusieurs sortes de danses, parmi lesquelles la pyrrique aux mouvements précipités, que l'on dansait en armes et à laquelle les enfants étaient dressés dès l'âge de cinq ansM'oute cette éducation avait pour but de fortifier et d'endurcir le corps. Les jeunes gens allaient à peine couverts, la tête et les pieds nus dès l'âge de douze ans ; ils portaient, môme en hiver, un vêtement unique qui devait durer toute l'année. Leurs cheveux étaient coupés courts. II leur était défendu de se baigner et de se parfumer, si ce n'est à des jours fixés et qui revenaient très rarement. Ils couchaient sans couvertures, sur du foin ou de la paille, et à partir de l'âge où la puberté commence à se développer, sur des joncs ou des roseaux {r.ir,) d'où leur venait le nom de cj-.oîjva'.V Leur nourriture était plus

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