LE PAYS ET LES HABITANTS
siluée au nord qui comprenait sous le nom de Telrapolis les villes de Marathon, de Probalinthos,de Trikorythos etd'Œnoé. Il est constant en effet qu'une population distincte des anciens habitants de l'xVttique et parente des Doriens ou des Hellènes proprement dits a laissé des traces dans l'histoire légendaire et religieuse de cette contrée'.
Toutefois, la tradition ne dit pas que les nouveaux venus aient soumis la population indigène, et les hypothèses proposées à ce sujet par des critiques modernes ne sont rien moins que convaincantes. Il ne peut être question que d'un mélange des deux races, dont les effets se seraient manifestés surtout par l'intluence que les indigènes auraient exercée sur les nouveaux venus. Il est bien vrai qu'une fable ancienne, quoique postérieure de beaucoup à la conquête des Héraclides, présente sous un faux jour cette fusion des deux races, en taisant remonter le nom d'Ioniens à un éponyme Ion, qui aurait eu pour père Xouthos, et pour mère Creiise, fille du roi indigène,, ce qui reviendrait à dire que la race ionienne devrait son existence au mélange des étrangers avec les naturels du pays. A cela on peut répondre que le nom d'Ioniens n'a pas pris naissance dans l'Attique, pour de là se répandre au dehors, qu'il a été primitivement en usage dans une partie considérable de la Grèce ceutrale et du Péloponèse, el qu'il ne fut circonscrit que plus tard à l'Attique, aux îles qui reçurent des colonies après la conquête dorienne et aux côtes de l'Asie Mineure. Les Ioniens que l'on rencontre, à des époques lointaines, en Attique et dans les autres contrées de l'Hellade, venaient de l'Asie Mineure aussi sûrement que toutes les autres races grecques, mais il serait fort difficile d'établir que l'immigration générale ne dut s'accomplir que plus tard, et que ces peuples, adonnés à la navigation, se seraient bornés à occuper le littoral de pays qu'ils trouvaient déjà habités par d'autres. Le retour
1. On peut citer surtoul comme imlices le culte d'Héraclès à Marathon (Pausanias, 1, 37, § 4), el celle circonstance que des habitants de la Télrapole allique s'élaienl joints aux H^'-raclides, lors de leur expédition dans le Péloponèse (Slrabon, Vllf, p. 374). Sur les motifs qui portèrent les I.acédemoniens à épargner la Tétrapole, voy. aussi Diodore, XI l, 45.
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en Asi(( eiil pour f.'iiiso délorminanlf l'arrivée (Vnnv. Iionlc parliodii lan'^j^ion (jiii (\st (l(3vcnu(3 depuis rAchaiV; (tô A-.v'.aXiv;, hordo qui, forcée de céder la place aux Achéens, s'était rappelé sa commune origine avec les habilanls de TAtliquo, et avait clioisi la contrée qu'une partie au moins d'elle-même avait abandonnée jadis, pour aller se fixer dans l'antique /Egialée. Ce premier déplacement avait été une conséquence du surcroît do population produit par l'arrivée de Xouthos, et les émigrants étaient un mélange de peuplades indigbnos et d'Hellènes, auxquels la légende applique aussi le nom d'Ioniens, qui, suivant elle, avait pris naissance dans l'Attique. Lorsque à une époque postérieure on ne connut plus d'Ioniens que dans cette contrée et dans les îles ou sur les côtes colonisées par ses habitants, et que l'on s'ingénia à trouver un éponyme, ce fut naturellement du coté de l'Attique qu'on le chercba, puisque de là étaient parties les migrations qui avaient peuplé les îles et les côtes d'Ionie. Comme ces expéditions, notamment celle de l'/Egialée ou ancienne Achaïe, avaient été déterminées par l'arrivée des Hellènes sous la conduite de Xouthos, Féponyme des Ioniens fut rattaché à la famille de ce personnage ; ce fut son fils qu'on choisit. Mais vouloir pour cela, comme l'ont entrepris quelques modernes, transformer en Ioniens Xouthos et la troupe d'Hellènes dont il était le chef, supposer une migration ionienne de Thessalie en Attique, et une conquête à la suite de laquelle les Ioniens vainqueurs auraient façonné violemment les Pélasges indigènes, ce sont là, selon moi, autant d'hypothèses absolument inadmissibles. Il est beaucoup plus probable que les véritables Ioniens de l'Attique sont précisément les Pélasges indigènes, appelés aussi Kranéens ou Cécropides que, dans l'impossibilité de les reconnaître pour Doriens, il faudrait déclarer Eoliens, à moins que l'on ne se décide à les considérer comme un rejeton de la troisième race à laquelle on ne saurait donner d'autre nom collectif que celui d'Ioniens'. Ce nom fut appliqué auxHellènes
1. Les idées dont on n'a indiqué ici que les traits principaux ont été développées dans la dissertation de Schœmann, de lonibus (Opusc. acad., t. I, p. 149-166).