CONSTITUTION DE SOLON
Une constitution qui offrait de telles perspectives devait nécessairement exciter dans tous les esprits le désir de se consacrer aux affaires publiques. Ceux qui, insensibles à cette séduction, ne se préoccupaient que de leur intérêt propre, pouvaient être ce que l'on appelait d'honnêtes gens; ils ne méritaient pas de compter comme citoyens. Solon avait clairement montré ce qu'il pensait de cette abstention égoïste, en interdisant de rester neutre dans les dissensions intestines, même quand les partis en venaient aux armes'. Pour le reste, Solon respectait la liberté individuelle, et ne mettait aucun obstacle à ce que chacun pût développer dans toutes les directions ses forces et ses aptitudes. Les actes de nature à blesser la conscience publique étaient seuls déférés à l'Aréopage. Chacun pouvait d'ailleurs faire ce que bon lui semblait et suivre ses inclinations. Les industries lucratives, loin d'être interdites aux citoyens, ne portaient aucune atteinte à lem' crédit; les manifestations les plus élevées et les plus libres de la science et de l'art n'étaient pas l'objet d'une défiance étroite; chacun s'y associait et les honorait. La vie même de Solon, suivant ses propres paroles, ne fut qu'un travail continu de culture intellectuelle-. Le peuple reconnaissait comme lui la loi du progrès; aussi le législateur se rendait-il bien compte que son œuvre no pouvait dans l'avenir répondre à tous les besoins du pays, qu'un jour viendrait où des modifications seraient nécessaires. D'avance, il cherchait les moyens de prévenir toute secousse et de mettre ses lois à l'abri de nouveautés téméraires. Ce fut là son but en organisant la noinoUiéau'.^ sur laquelle nous reviendrons plus tard. Dans la Constitution de Sparte au contraire, tout était calculé pour conserver immuable la forme du gouvernement (jui d'abord avait pu paraître la plus sage au législateur, mais qui en effet était une œuvre exclusive et violente. Tel personnage pouvait réaliser il Spaite l'idéal du citoyen, sans reproduire que de forl loin l'idéal de riiumanilé; dans Athènes les vertus hnmaines
1. t'IuLimiue, Su/o/i, c. 20; voy. ;uissi Aalu-(jellc, II, 12, où lo véritabl» sens de la loi est expluiuû d'après Arislolo.
2. l'rjpâCTxw 5' alc\ iTo).),à ôtôa(Tx6|Jiîvo; (l'liilar(|ui\ Sn/vii, c. 'M).
384 (iOij'vi.iiM.MKN I I)aiiii.m;s
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('lui (II- la (ili'cc, cl elle le (lf\ail ailX luis de Sdjnii.
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On coiiipi'crid sans jicine (juc la ('(»iisliluli(iii de S<dnn ii'ail |ias dès le déhiil produit lous ses ell'els. Le iégislaleur n'avail pu naturoUement satisfaire toutes les exigences des partis extrêmes; les lutU\s recommencèrent, et donnèrent à un anibiti(>ux habile et résolu l'occasion de renouveler, avec de meilleures cliunces, la tentative de Cylon. Pisistrate, après de nombreuses alternatives de succès et de revers, mourut en possession de la tyrannie et put même la transmettre à sus lils; mais ce n'est pas ici le lieu de raconter ces événements. Pisistrate et ses successeurs avaient conservé les ^formes de la Constitution, en tant qu'elles pouvaient se concilier avec la tyrannie, et l'on peut dire que leur règne fut moins fatal à l'Etat que n'eussent été la suite des discordes et le triomphe successif des diverses factions. Aussi quand, après la chute des Pisistratides, les dissensions recommencèrent, et que la noblesse, ayant à sa tète Isagoras, prit momentanément le dessus, le peuple était en grand danger de perdre la lUierlé que lui avait léguée Solon, si Clisthène ne l'eût emporté à son tour. Pour assurer les conséquences de la victoire et enlever à la noblesse les moyens d'action qui la rendaient encore prépondérante, Clisthène modifia profondément la Constitution dans le sens démocratique. Il commença par augmenter la puissance du peuple, en concédant la nationalité à un grand nombre d'étrangers résidents, parmi lesquels^ outre les métèques étaient compris les affranchis'. Sans abolir précisément
t. 1-îien ii"est jikis injuste que le jugement porté par Hégel {Gesch. der l'hilvs., t. I, p. 181) : « Une constitution qui perniellait à Pisistrate de s'emparer de la tyrannie et n'avait pas la Ibrce nécessaire pour rendre son entreprise vaine était évidemment atteinte d'un vice intérieur. »
DÉVELOPPEMENT DE LA DÉMOCRATIE 38o
les quatre tribus existantes*, Clistiiène. pour affaiblir leur importance, introduisit une nouvelle division en dix classes, qui furent aussi nommées tribus, dont chacune se partageait en cinq naucraries et en un nombre double de districts administratifs nommés dêmes, d'un mot ancien dont le sens était modifié tout exprès. Nous examinerons plus en détail cette innovation ; il suffît actuellement de faire remarquer qu'elle s'explique par deux motifs : l'impossibilité de faire rentrer les nouvelles recrues dans les anciens cadres, et certainement aussi l'espoir que cette nouvelle distribution de la puissance politique ferait perdre à la noblesse rinfluencc traditionelle qu'elle avait exercée jusque-là dans les districts régionaux, et donnerait au peuple le sentiment de son indépendance. L'accroissement du nombre des tribus eut pour conséquence que les membres du Sénat furent portés de quatre cents à cinq cents, cinquante étant pris dans chaque tribu. Le nombre des Héliastes dut suivre la même proportion, sans atteindre toutefois le nombre de six mille auxquels ils parvinrent plus lard. Il est vraisemblable que des modifications correspondantes furent apportées aussi dans l'organisation des fonctionnaires, car nous voyons un grand nombre de collèges composés de dix membres d'après le nombre des nouvelles tribus, sans savoir d'ailleurs dans quel ordre et à quel moment ils furent institués. Par une autre mesure féconde en résultats, qui doit être attribuée également à Clisthène, un grand nombre de fonctions considérables, entre autres l'archontat, furent soustraites à l'élection et livrées aux chances du hasard. Quelques critiques se refusent à croire que ce parti extrême, qui ne leur parait compatible qu'avec une démocratie radicale, ait pu être pris déjà par Clisthène% mais nous savons ' que la substitulioii du hasard au choix ne fut pas toujours une preuve de licence
1. Il L'slctMiiihi (lu iiioiiis i|iic l'on rot roiivc plus lard encore trace de l'oxisleuce des quatre l'hylobasileis ; voy. SrlKniianii, .itl. Pmccss, p. 116, et de Gente Atlicd, p. 7, n. 22.
2. l'ar ex. Grote. dunl je crois avoir réruU' les arguunMils spécieux dans le luéuioire inlilulé Verf'assuivjsiirsi'h. Atliciis, p. OS.