ROLE MORAL DE L ARÉOPAGE
qui précèdent Périclès *. Rien ne nous aide à nous représenter les rapports de ce tribunal avec le conseil des Cinq-Cents, l'Assemblée du peuple et les tribunaux des Héliastes, non plus que la manière dont il s'y prenait pour surveiller les magistrats et leur demander compte de leur administration. Les termes dans lesquels Androtion et Pliilochoros -, rapporlenl que pres(jue toutes les infractions à la loi, quelle qu'en fût la gravité, devaient être portées devant l'Aréopage, sont trop généraux et ne nous permettent pas de faire la part de ce tribunal et des tribunaux héliastiques qui, même avant les cbangements introduits dans la constitution de Solon, étendaient fort loin leur compétence. On ne peut guère douter en particulier que les magistrats aient été aussi justiciables des lléliastes^ Il est probable que la différence consistait surtout en ceci que les Héliastes ne jugeaient que sur une accusation en forme déposée par le plaignant entre les mains de l'autorité cliargée de l'ins- Iruction préalable , tandis que les Aréopagites procédaient d'office, ou sur un simple avis, et instruisaient eux-mêmes l'affaire, avant de la juger. En d'autres termes, les accusations à découvert étaient seules admises par les Héliastes, l'Aréopage au contraire procédait par voie inquisitoriale. A la vérité cette supposition no s'appuie pas sur des témoignages précis ; elle est néanmoins prol)able. L'Aréopage devait avoir aussi une part d'intervention dans les épreuves et les redditions de comptes auxquelles étaient soumis les fonctionnaires, bien qu'il n'en eût })as la direction; son rôle se bornait à déclarer indignes el punissables les fonctionnaires appelés à comparaître devant
1. tMiiliiri|iie {Thniii.stnclc, c. 10), rapporte que ce l'ut l'uréopago qui, dans la seconde guerre médique, procura les sommes nécessaires à l'armement de la llolle. Comment s'y prit-il? t'iularque ne le dit pas. D'après AristoLc {Polit., 1. V, c. 3, fî 5) l'Aréopage était alors en haute considération et conslituait un gouvernemenl aristocratique 1res fort. Nous ne savons rien de plus.
2. Voy. sainl Maximin, dans le préambide aux œuvres de saint Denys l'aréopagile, l. Il, p. 34, édit. d'Anvers, 163i ; cl'. Fniniii. hisl . de IMiiller, l. 1, p. 387.
3. Aristolc, l'diil., 1. Il, c. 9; voy. en pailiculier le i^ i, où les mots tô xà; àp/à; a-psiiOat xa\ îùO'jvïtv désignent les droits (|ue Sulon n'avait pu refuser au peuple.
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II- (jiiisril (les <liM(]-(l(!iit.s cL lus Liihimaiix liùliaslifjuus. l'^ii co (jui (■(•iicci'iK! 1rs r(;l;ili(jiis de rAréo()a^'"o avec lo Sénat et l'Asscniblée du {(ciiplo, un lémoignag'C arili(jiie et dig^ne de foi ' no nous pciuicl pas de, doulcr que des loi'S, cornnie plus tai'd, 1rs Noui()[ilivia(jU('S aient reconnu à l'Arropa^r le droit (roj>[)oser son veto aux mesures qu'il jugeait funestes ou illi^gales, et d'empêcher par IfKju'elles fussent mises aux voix, ou même que, votées, elles leçussent leur exécution. Il est certain cependanl que l'autorité de l'Aréopage fut toujours un peu précaire, ijuil n'avait aucun moyen pratique d'aller contre la volonté du Sénat, de l'Assemblée populaire ou des Héliastes, ni de vaincre leur résistance; mais il n'est pas moins hors de doute que le respect voué par la nation en général à ce tribunal pouvait su})pléer à tout. Môme après que les mœui'S et les sentiments eussent subi de graves altérations, on trouve encore de nombreux et incontestables témoignages de la vénération qu'inspirait l'Aréopage. Qu'est-ce que ce devait être avant que le peuple se fût grisé du vin capiteux de la démocratie ! L'Aréopage, de son côté, avait toujours conservé une austérité morale, une dignité de vie, un sentiment de la justice et des devoirs envers les Dieux et envers les hommes, tels que, suivant l'expression d'Isocrate-, les citoyens les moins bien doués, une fois membres de ce tribunal^ se mettaient à l'unisson et devenaient meilleurs . L'Aréopage était un collège aristocratique, et grâce à l'organisation que lui donna Solon, il justifia ce titre, dans le vrai sens du mot. Avant ce philosophe, le Conseil supérieur qui emprunta son nom à la colline d'Ares', était déjà composé d'Eupatrides , plus disposés à défendre les intérêts de leur caste que les intérêts généraux de l'Etat. On ne peut guère admettre que Solon ait renouvelé le personnel qu'il trouva en fonction, mais il disposa qu'à l'avenir le tribunal ne pourrait se recruter que parmi ceux qui avaient rempli sans reproche le mandat d'Archonte. Or ce mandat ne pouvait alors être confié qu'aux
1. Pliilocliorus, dans iesFragm. Lex. rhetor., pujjjiés à la suite du texte lie Photius par Porson (p. 674) et dans les Fragm. hht. de MuUer, t. I, p. 407.