Voy, plus hiaut, p. 369 et
ROLE MORAL DE l'aRÉOPAGE o6o
citoyens de la première classe, qui avaient assez de culture et étaient assez étrangers aux soucis de la vie matérielle pour pouvoir se consacrer tout entiers aux affaires publiques ; et comme d'ailleurs ces magistratures étaient données au choix, il était permis do compter que le peuple n'accorderait ses suffrages qu'à ceux qui les justifieraient parleur intelligence et leur honnêteté. Les comptes qu'avaient à rendre les Archontes, à leur sortie de charge faisaient voir en outre si l'élu avait répondu à la confiance de ses électeurs. Cette épreuve même était-elle décisive et l'Aréopage ne pouvait-il pas exclure ceux qui, après l'avoir subie honorablement, ne paraissaient pas cependant à l'abri du soupçon? Celte dernière hvpothèse, bien qu'elle no soit appuyée par aucun témoignage précis, est pour le moins très plausible '. Quoiqu'il en soit, l'i^réopage était composé d'hommes considérables. Comme on n'arrivait à en faire partie que dans l'âge mur, et que les fonctions étaient à vie, il renfermait nécessairement un grand nombre de vieillards, et cette circonstance contribuait encore à rehausser la dignité morale aussi bien que le prestige extérieur du tribuiuil. Enfin l'Aréopage se rattachait par des lions étroits au culte qui plus qu'aucun autre était appelé à exercer sur les mœurs une innuence bienfaisante. Les Aréopagites étaient en quelque sorte les serviteurs des divinités appelées par excellence Vénérables (ff£[j,vai), parce qu'elles avaient lo privilt-go de représenter dans toute sa pureté le principe de l'élornelU' justice, et qu'appliquées à maintenir entre les hommes la pratique des devoirs sacrés, elles poursuivaient les scéléi-als sous \e nom d'Eiinyes, et récompensaient la vertu en tant qu'Euménides, suivant l'admirable tableau qu'en a tracé yEschvle dans la pièce même où il célèbn; l'institution do l'Aréopage. Le sanctuaire des Euménides était tout proche de la colline d'Ares; les Aréopagites présidaient à leur culte, et nommaient les kpczz:zi chargés
1. Voy. Bergraann, dans sos notes sur l'Anapnij. d'Isocrato, p. 12rt. Los parolos d'Ilypôride citôes par Atliénée (1. .Xlll, c. 21, p. 5()l>) : toù; 'ApîOTtaytTa; àptaTrjdavcâ -civx ev xo(TtY))v£t(o x(i)),Otxi àvtévai ei; 'ApEto Ttayov. c'est-à-diro ([iic les aréopajifilos rdïisr'rt'nt d'adinoltre nu milieu d'oux un personnage sortant du caharol, supposent bien une espt'ce de dociniasic
."GO r.olVKHNI'TMKNT d'athAnkS
<raccoiri|>lir les saciilices*. LiMirs fonclioiiK judiciaiics, (ju'ils cxcrçaii'iil à litr(i de scrvllfiirs des DtuîssiîS, devaient ciilrfjlt'nir aussi dans Iciiràm'î rrllc ciaiiilc religieuse qui, Corinne li- dit yKscliyle, sufliL à pi'éserver 1(!S lioinmes, et les avertir que la pureté du cœur appelle la protection de la divinité. Les Arcopagites avaient en outre la garde d'antiques maximeset de traditions mystérieuses auxquelles on croyait attaché le salut pul)lic^ Enfin leur principale mission consistait à conserver intacte la religion d'Etat et à la défendre contre toutes les atteintes; ainsi tout se réunissait pour conserver vivants en eux ces sentiments purs de piété auxquels le paganisme ne fut pas étranger, malgré ses égarements.
Les détails particuliers qui nous ont été transmis sur l'intluence de l'Aréopage se réfèrent presque tous au temps d'Euclide'', c'est-à-dire au temps oii le tribunal fut rétabli dans la plus grande partie, sinon dans l'intég-rité de ses aiuibutions vigilantes. Telle était du moins la lettre de la loi; mais il faut tenir compte des changements produits dans les sentiments de la nation par une démocratie sans frein. On a vu plus haut les motifs qui avaient décidé Périclès et son parti à dépouiller l'Aréopage de son importance politique et à ne lui laisser que le droit de poursuivre le crime au nom de la justice religieuse*. Les Nomophylaquos, qu'il institua, pour veiller à ce que ni le Sénat ni l'Assemblée ne pussent prendre aucune mesure contraire aux lois ou funeste à l'Etat, n'ont point laissé traces de leur activité. L'histoire ne nous fournit pas plus de renseignements sur le rôlede l'Aréopage postérieurementàEuclide. Nous ne pouvons juger que par un exemple unique de la surveillance que ce tribunal exerçait sur la conduite des magistrats \
1. Voy. MCiller, daas ses notes sur les Euminidis d'.Eschyle, p. 179.
2. Dinarque, c. Démosthrne, § 9, où il faut lire toutefois xà; àTroppritou; ûta9r,xaç et non àTCoOïjxa?; voy. aussi les notes de MtPtzner sur ce passa^^e, p. 93 et 94.
3. Peu auparavant, lorsqu'Athènes fut assiégée à la fin de la guerre du Péloponèse, l'Aréopage s'efforça de venir au secours de la patrie (voy. Lysias, Bise, c. Eratoslhcne, § 69, p. 428). Quel fut le succès de cette tentative? on l'ignore, et les conjectures nous mèneraient trop loin.