‹ Antiquités grecques (volume 2)Chapitre 9 sur 494 · Pausauias, I, 25 : II, IG; IX, 36 et · texte numérisé non relu

Pausauias, I, 25 : II, IG; IX, 36 et

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cent et la couleur de la réalité, il fait entendre clairement, dans un grand nombre de passages, que les événements dont il s'inspire se sont passés à des époques reculées, que les héros qu'il met en scène appartiennent à une race plus forte que ses contemporains. Plusieurs des fables qu'il a reproduites portent aussi des indices d'où il est permis de conclure qu'elles n'ont pas pris naissance sur le sol do la Grèce, que les Grecs les devaient à leurs communications avec l'Orient et n'avaient fait que se les approprier, ou qu'ils avaient du moins apporté de l'Asie, leur premier berceau, le germe d'où devait sortir le riche et brillant épanouissement de leurs traditions mythologiques. Cette dernière conjecture est celle qui s'applique au plus grand nombre de leurs fables ; les légendes, dont on peut affirmer qu'elles sont empruntées aux Orientaux, Phéniciens ou Égyptiens, sont relativement rares. La majeure partie se révèle au critique impartial comme l'œuvre spontanée de la nation grecque, sans trace de provenance égyptienne ni phénicienne, alors même que les premiers germes de ces fables datent d'un temps où les Grecs vivaient encore sur le sol asiatique, parmi des peuples de même race, auxquels ils devinrent do plus en plus étrangers, si bien que plusieurs n'étaient plus pour eux que des barbares.

Ce n'est pas à dire que les Grecs n'aient eu, avant la période hellénique, de grandes et nombreuses obligations aux Orientaux, en particulier aux Phéniciens, et ne leur aient emprunté beaucoup de notions relatives aux sciences et aux arts. Les Phéniciens, nous le savons par d'irrécusables témoignages, possédaient divers établissements dans les îles de la mer Egée et sur les côtes du continent grec. Dans l'île de Chypre, ils avaient fondé Cition et plusieurs autres villes; en Crète s'étaient réfugiées des bandes de Philistins, une des divisions de la race phénicienne, qui, après avoir gouverné pendant quatre siècles et demi une partie de l'Egypte, sous le nom d'Hycsos, en avaient été chassés par les souverains nationaux. Des Phéniciens s'étaient établis en outre à Rhodes, à Tliùra, à Mélos, et plus au nord, à Lenuios, à Samolhrace, à Tliasos, oïl ils exploitèrent les premiers de riches mines d'or. Il ost acquis historiquement qu'ils possédèrent (îylhère, (huis h'

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f^olfc (le liacoiiic, l'I s'y adoiirii'iT'iiL ;ï la prclic! des coquillages qui |ti'mliiisai('iil la |iniii|(i'(!, cl à la Iciiiliircric '. Los j)rôgTès i|ii(> iii iirii ;i |)('ii sur louli' ri-tctiduc (le !a (li'<'C<' lo culte de la déesse adoivfj dans celle île, d'Aplirodile-( )uiania, sont la ])r(Miv(' niariilcslc que les (w'ocs reçurent des Pliéniciens, en iiiriiir leiiips (pic (1rs uiai'cliandises, des idées et des pralirpies rcli,:;icuscs. On jx'ut donc adinci lr(/ sans (liriiculh'- (pi'jls leni' cnipiiinli-i'cnL le cnllc dont li'S (^ahires étaient J'olijel à Leiniiiis et à Saniolhrace. Le nom même de Cabires paraît s'e.\|>li(pici- jdus aisément par les élymolog"ics phéniciennes que par les élymologies grecques -. Il ne faut cependant pas méconnaître que pour les Cabires, comme pour Aphrodite, des éléments indigènes se mêlèrent aux éléments étrangers. De nicnie ([ue l'image sous laquelle élail personniliéi' la déesse de CiVlbère et les honneurs qu'on lui rendait s'étaient confondus avec la représentation et le culte d'une divinité grecque symbolisant les mêmes idées, des dieux dont l'origine grecque est incontestable furent associés aux Cabires phéniciens. C'est une erreur dont nous devons soigneusement nous garder, bien que les anciens y soient tombés eux-mêmes, de considérer tout ce qui a trait au culte des Cabires comme étranger à la Grèce et d'origine purement phénicienne.

1. E. Curlius a démontn^ ingénieusement {lihcin. Muséum, 1850, p. 455 et siiiv.) l'existence d'établissements phéniciens sur les côtes de l'Argolide, à Nauplie. Voy. aussi son livre intitulé Peloponnesos (t. II, p. 10, 47, ilO et passim), où il a relevé d'autres traces laissées par le même peuple dans la péninsule argolique. A un point de vue général, on peut consulter sur la manière dont les Phéniciens se sont répandus en diverses contrées de la Grèce et dans les îles, outre le livre classique de Movers {die Pluenizier), Knobel, Yœlkcrtaf'el der Gencsis, p. 96 et suiv., et sur les noms des lieux qui témoignent de leur présence, Olshausen, dans le Bhcin. Muséum, t8"\^, p. 34 et suiv. Curtius a reproduit en la développant l'opinion exprimée par Olshausen, que des peuples dont la langue n'appartenait pas à la même famille que celle des Phéniciens et, en particulier, les Lélèues et les Cariens, s'étaient associés à leurs expéditions, et s'étaient avancés vers l'ouest à leur suite. Curtius réclame pour ces auxiliaires la dénomination générale d'Ioniens; rien de mieux, pourvu que l'on n'entende pas exclusivement par là la race ionienne proprement dite. Voy. Schœmann, Opusc. acad., 1, p. 1G8, et Gutschmidt, Beitrœge zur Gcschichte des alfen Oriey^ts, p. 124.

2. De Kefirr, c'est-cà-dire grand. Les Cabires sont souvent aussi appelés chez les Grecs les Grands Dieux,

11 est impossible de déterminer le nombre des colons phéniciens établis dans les îles et sur les côtes de la Grèce. En plusieurs points, ils n'avaient sûrement installé que de simples comptoirs pour les besoins de leur commerce, sans chercher à étendre leurs possessions et à fonder de véritables colonies ; mais il est possible qu'ailleurs ils l'aient tenté avec succès. Quoi qu'il en soit, les Grecs estimaient que déjà la prédominance des Phéniciens avait reçu une atteinte avant l'avènement des Hellènes. Bien que Minos, le fabuleux roi de Crète, qui devança de trois âges d'homme la guerre de Troie et, d'après les Grecs, soumit et colonisa les îles de la mer Egée, alors au pouvoir des Cariens et des Phéniciens', puisse être considéré lui-même comme une personnification de la domination phénicienne, il n'est pas moins vrai que les poèmes homériques, le plus ancien document qui jette quelques lueurs sur les relations extérieures des Grecs, ne renferment aucune trace d'établissements phéniciens dans les îles ou sur les cotes de la Grèce. 11 n'est question que des marchands phéniciens qui, en portant leurs marchandises dans ces pays, se livraient par occasion à la piraterie, et enlevaient des habitants -.

Les écrivains postérieurs mentionnent, il est vrai, quelques colonies importantes qui, parties de la Phénicie ou de l'Egypte, se seraient établies en Béotie, en Argolide et en Attique. Mais ces témoignages, soumis à un examen sérieux, perdent tout caractère historique^. D'après Hérodote, Cadmos était le hls d'un roi tyrien, Agénor, envoyé par son père à la

1. Voy. Ilœck, ('reta, II, p. 205 et siùv., et au sujet de Minos considéré comme I^hénicien, Thirlwall, Hislnru nfiircrrr,^. 150, etDuncker, AltcGcschichte, t. I,p. 302. Curtius {Hisl. de la (inrr, [. i,p. S^de la trad. franc.) se prononce en sens contraire.

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