LA CITÉ GRECQUE
Oii voi( |).ir re qui jirécèdr' que la part de l']'^lal dans les iiisliluLious pédagogiques claiL peu de chose, en coiii])araison de l'induence que se sont réservée les gouvernemi'iits nujdcrnes. Il ne faudraiL cependant pas en conclure que les Grecs fussent indiirérents aux bimlaits d(; l'éducation; c'est justement parce qu'ils les avaient fort à Cd'ur qu'ils juraient supcrlln de prendi'c des mesures à cet ellct, et d'exercer aucune contrainte poiu' décider les parents on les enfants à profitndes moyens d'insiruclion qui leur étaient largement oilcrts. Il est à propos aussi de rappeler que la partie la plus nombreuse de la population, en vue do laquelle sont surtout établies, chez les nations modernes, les écoles elles prescriptions scolaires, ne se composait pas^ en Grèce, de citoyens, mais d'esclaves que l'Etat ne se souciait pas de mettre sur le pied des citoyens. Les exercices gyninasliqucs étaient interdits aux esclaves par les lois'. On put, lorsqu'on en sentit la nécessité pour le commerce habituel de la vie, initier des esclaves choisis à la connaissance de la lecture, de l'écritm-e et à d'autres exercices du même genre ; c'était un moyen d'en tirer des services plus relevés. Quelques-uns même ne demeurèrent pas étrangers à la culture des lettres, des sciences et des arts^ mais ils étaient bornés pour la plupart aux aptitudes qu'exige le travail des champs ou la pratique d'un métier. Leur instruction n'était qu'une affaire domestique, laissée à l'appréciation des maîtres, et dont l'intérêt seul décidait. Il en était de même pour l'ordre et la discipline qu'il convenait aux maîtres d'introduire dans la maison ; les lois mettaient entre leurs mains tous les moyens de coercition nécessaires. On peut juger par les Économiques d'Aristote ou de Théophraste des vues générales d'après lesquelles étaient traités les esclaves : il y est établi comme règle de n'avoir pas un grand nombre d'esclaves de la môme nation, afin de prévenir les complots qu'il leur serait trop facile d'ourdir ; do ne point les aigrir par des défiances
{. .'Esclîine, Biîic. contre Thnai'quc, 138; t^lutarque, Solon, 1; cf. Hermann dans ses notes sur le Chariklès de Becker, t. If, p. 187. Pline {Hist. Natiir., XXXV, 10) dit à propos des arts du dessin : a Interdiclura ne servi docerentur. »
DE l'éducation publique 131
et des humiliations, sans cependant tomber dans un excès d'indulgence qui eût amené le relâchement de la discipline, de ne pas leur imposer un travail au-dessus de leurs forces, tout en évitant les dangers de l'oisiveté, d'entretenir par une nourriture substantielle la santé de ceux qu'on applique à des travaux matériels, et de reconnaître, àl'aide de procédés bienveillants, les services d'un ordre supérieur. On recommande en outre l'observation des fêtes : en même temps qu'elles apportent aux esclaves quelques moments de repos, elles établissent un certain lien entre tous ceux qui y prennent part. L'espoir de raffriinchissement est présenté aussi comme un moyen d'assurer la bonne conduite des esclaves, et nous savons qu'en eflet les affranchissements étaient assez communs en Grèce. Toutefois les esclaves n'étaient pas par ce fait même admis de plein droit dans la bourgeoisie, comme cela se pratiquait à Rome. On eût craint d'y développer le prolétariat, dont les hommes d'Etat tenaient avant tout à prévenir l'accroissement. En laissant de côté la classe des travailleurs serviles, qui doivent être considérés, non comme une partie intégrante de l'Etat, mais comme une fondation nécessaire, les citoyens ne manquaient ni de moyens ni d'occasions de développer leur force par des exercices gymnastiques et d'acquérir les connaissances nécessaires. Les ressources ne faisaient pas défaut non plus, sans qu'il fût besoin d"élal)Iissemenls spéciaux, à ceux qui recherchaient un plus haut degré de culture. Aous nous réservons d'exposer ce qui composait l'enseignement de l'enfance et de quelle manière il était donné, lorsque nous étudierons la Constitution d'iVthènes, parce que c'est à elle que se réfèrent surtout les documents; mais on peut admettre qu'il était partout le même dans ses parties essentielles. Rappelons aussi en passant que chez toutes h's nations de la Grèce, la musique était regardée conmic uti juiissaiil nioyen de culture. On lui attribuait une iniluenee niorak' dont s'étonneraient de nos jours les dilettantes les plus fervents; aussi avait-on soin de déterminer les modes les mieux appropriés à l'éducation de la jeunesse*. Lorscjue renseigncniciil cul pris
1. Vuv. A. IVgor, ///'■ AV((/''?(.' i{vi' Miisll; iin (jrlccli. Allciiltinn. hrt^sdi-n, 1839. '
i'\2 f.A C.Wf: OKKCniK
une forme irirlli()ili(|ii(', les rln-liMirs d les sopliislcs ouvrirent un cli.'imit |)liis l.ir^i- ;iii\ esprits avides de savoir; niallienrciuscunenl leurs le(;ons n'élaionl pas uraluilos, et les riches seuls poiivai(!iiL en prolilcr. Ceux à (|iii elli^s élai(Mil accessibles les suivaient avec d'autant |)lus de zide, et ne se contentaient pas, comme on le l'ait aujourd'hui, de suivre des cours pendant (juelques années, après quoi, tout entiers à leurs devoirs professionnels, ils oul)lient ce qu'ils ont appris. La jeunesse grecque étudiait longtemps et avec ardeur ; elle avait la conviction qu'avant d'entrer dans la vie publique, elle devait s'y préparer soigneusement et acquérii- de bonne heure la maturité de l'esprit. C'était une inconvenance de se mêler avant le tjemps aux all'aires. Aussi ne voyait-on guère de jeunes gens bien élevés sur la place ou dans les tribunaux. Mais dès qu'un jeune homme commençait à avoir rang de citoyen, le cbanij) de l'activité s'ouvrait devant lui; il devait se montrer digne d'obtenir une place dans une société qui avait l'honneur de se gouverner elle-même. Il pouvait et devait prendre part à la discussion des intérêts généraux, au maniement des afTaii'es d'État, à l'administration de la justice. En témoignant de son dévouement à la chose publique et de sa soumission aux magistrats, il se révélait capable de devenir magistrat à son tour et s'assurait l'estime et les suffrages de ses concitoyens*. Tous cependant ne se consacraient pas à la vie civique, il y en avait beaucoup qui, par inclination ou par des considérations personnelles, se réservaient pour la gestion de leurs propres ail'aires, et donnaient à celles de l'Etat une moindre part de leur temps; mais il était bien difficile de s'en abstenir tout à fait. Le mouvement dans lequel étaient entraînés les citoyens, la vie qui s'agitait autour d'eux, l'air même qu'ils respiraient, tout les avertissait à chaque instant qu'ils n'étaient rien par eux-mêmes, qu'ils ne pouvaient compter que comme membres du tout auquel ils appartenaient, et que la Cité avait main
l.«Naraet qui beiie imperat paruerit aliquandonecesseest, et qui modeste paret videtur qui aliquando iraperet dignus esse. » (Cicéron, Be Legib , III. 2 et 5, d'après Aristote, FolU., VII, 13. § 'i.) Cf. Selon, cité par Slobée {Flurlleg., tit. XLVI, 22, p. 308).