Plutarque, Périclès, c
SYMMACHIE ATHÉNIENNE 111
conférence ne se réunit pas. L'obstacle vint surtout du refus que Sparte et ses alliés du Péloponnèse firent d'y prendre part et des efforts qu'ils tentèrent pour en détourner les autres Etats. On peut regretter la mauvaise réussite d'un projet qui avait chance de rattacher entre eux les membres épars de la nationalité grecque; il n'y a pas lieu d'en être surpris. Bien que Plutarque n'indique pas à quel moment fut conçu le plan de Périclès, tout fait supposer qu'il suivit de près la glorieuse victoire remportée par les Grecs sur l'ennemi héréditaire aux bords de l'Eurymédon et les négociations qui ont donné prétexte à la tradition plus que douteuse de la paix conclue par Cimon, lorsqu'était récent encore le souvenir de cette action commune de la Grèce unie pour combattre et pour traiter. Périclès, jeune et ouvert à l'espérance, put se flatter de mener à bien une entreprise dont l'impossibilité l'eut frappé luimême plus tard1. Les Athéniens firent promptement l'expérience que tels de leurs alliés dont l'intérêt devait garantir la fidélité ne demandaient, le péril une fois passé, qu'à s'affranchir de leurs obligations fédérales. C'est ce que tenta de faire Naxos dès l'an 466; d'autres populations suivirent cet exemple, et la violence fut nécessaire pour les retenir. Ainsi ce qui d'abord était une libre association de confédérés égaux en droit, sous l'hégémonie d'une puissance dirigeante, devint avec le temps une sujétion imposée par la force. Au début, en effet, tous les associés jouissaient de leur autonomie ; les intérêts généraux étaient discutés dans des conférences auxquelles chaque nation envoyait des délégués, et qui se réunissaient suivant le besoin, sur la convocation de la Présidence,
1. Je ne puis tomber d'accord avec Grote (Histoire de lu Grèce, t. VIII. p. 31), suivant lequel ce plan aurait rit' conçu immédiatement après la trêve de Trenle ans, c'est-à-dire en 445. Aux raisons citâes plus haut on peut ajouter que Plutarque en fait mention avant l'expédition de Tolmidès el autres événements qui avaient précédé la trêve, bien qu'à vrai dire il n'y ail pas de conséquence certaine à tirer 'le cel argument, étant donnée la méthode de Plutarque qui ne s'astreint [tas à suivre un ordre chronologique rigoureux; mais les mots àpx°^^V(,>v 8è à/0ï<rUai AaxsSatjjLovùov t>, kwÇtq«i tû)v 'AOtjvatwv semblent indiquer des événements antérieurs, car il y avait longtemps en 145 (pie l'accroissement d'Athènes avait porté ombrage a Lacédémone.
car il n'y avait pas de conseil permanent l. Le rendez-vous était à Délos, où était conservée aussi la caisse fédérale. Les contingents en hommes et en vaisseaux, ainsi que les subsides que chaque état devait verser dans la caisse commune, étaient arrêtes après un complel accord suivant le tableau dressé par Aristide. Il est vraisemblable aussi qu'un tribunal fédéral avait été institué pour juger les différends entre un état et un autre, et entre les citoyens des divers États2. Mais ces relations se modifièrent bientôt, lorsque quelques-uns des alliés furent asservis pour avoir voulu se détacher de la ligue, et que d'autres s'exonérèrent du contingent qu'ils devaient fournir à la flotte par le payement d'une somme d'argent 3. C'était se désarmer eux-mêmes, et les Athéniens en devinrent plus puissants. Ils ne perdirent pas de temps pour transporter de Délos dans Athènes la caisse commune, dont les gardiens d'ailleurs paraissent avoir toujours été désignés par eux <, et dès lors ils disposèrent des fonds comme ils l' entendirent, sans consulter leurs alliés. A quel moment précis se produisirent ces changements, on ne peut le dire B; mais il est certain que les contributions et les contingents à la charge du plus grand nombre des alliés, sinon de tous, étaient fixés par les seuls Athéniens. La preuve en est qu'à certains d'entre eux sont appliquées, dans des inscriptions datant des années 432-419°, par conséquent de la guerre du Péloponnèse,
1. Thucydide, 1. I, c. 97. Vov. Bœckh, Staatshamh. der Athen., t. II, p. 593.
2. C'est l'opinion de Grote (t. VII, p. 274 et suiv.), à laquelle je me suis rangé dans l'écrit intitulé Verfassungs-Gesch. v. Athen; voy. aussi Curtius, Hist. Grecque, t. II, p. 496. Mais il faut bien reconnaître que les preuves manquent, et que toutes tes conjectures sont libres ; voy. U. Kœhler, zur Gesch. d. Delisch-at t. Blindes, dans les Abhandl. derBevl.Akad., 1869, p. 90.
3. Thucydide, 1. I, c. 99; Plutarque, Cimon, c. 2; voy. aussi Meier, Opusc-, t. I, p. 205, où est exprimée cette opinion fort juste que les contributions des villes fédérées n'avaient rien d'excessif.